‹ L'Hotel-Dieu de Paris au moyen âge. Histoire et documents: histoire et documentsChapitre 138 sur 236 · Documents, n* 11. — T. II, n · texte numérisé non relu

Documents, n* 11. — T. II, n

yil. — LA RJ^FOMCE DB L^hAtEL-DIEU. Ijg

excita les passions des religieux, qui, dès le début, avaient épousé sa cause et pris son parti; ni les excommunications, ni les lettres du Roi ne purent conjurer la lutte engagée par THôtel-Dieu contre le chapitre. Au mois de mars, le personnel de l'hôpital demanda au Parlement d^enlever aux chanoines l'administration de THôtel-Dieu, qui serait désormais confiée à quatre bourgeois ; tout au moins était-il indispensable d'adjoindre ces bourgeois aux proviseurs, représentants du chapitre ; on demandait, en outre, à la Cour de remplacer le maître par un des religieux et de condamner le chanoine Émery à payer à sœur Catherine TAveugle, qu^il avait « énormément battue et mutilée )i, deux cents livres de dommages-intérêts. Le chapitre combattit ces conclusions; il rédama l'expulsion définitive des religieux Lefèvre et Laurent le Blanc et pria la Cour de sommer le personnel d'avoir à se préoccuper davantage des malades et des soins qu'ils réclamaient.

Par son arrêt du 4 mai, le Parlement donna raison sur certains points au chapitre, sur d^autres à PHôtel-Dieu : il prononçait la destitution du chanoine Émery et du maître Grévin, prescrivait une enquête sur la plainte de Catherine PAveugle, exigeait la construaion dé nouvelles prisons, ordonnait l'introduction à l'Hôtel-Dieu de dix à douxe religieux étrangers ; Lefèvre verserait les mille livres de caution réclamées par les commissaires; aux frères et aux sœurs il était recommandé de se bien conduire, vivant désormais, ou en commun, sans biens propres, ou, à leurs frais, en particulier; la Cour, enfin, refusait d^entremettre quatre bourgeois dans l'administration de PHôtel-Dieu^

Le successeur de Grévin ayant bientôt démissionné, il n^y avait plus de maître à l'Hôtel-Dieu depuis deux ans quand le Parlement enjoignit au chapitre d'en nommer un dans le délai d'un mois; sinon, la Cour confierait l'administration de l'établissement à deux laïques. Aussitôt les chanoines se mirent en quête d^une personne complaisante qui voulût bien, seulement en apparence, du reste, se charger de la direaion de l'hôpital; ils en trouvèrent une ; mais ce ne fut, en réalité, qu'un an plus tard que l'arrêt du 9 janvier i5o3 fut exécuté : le la janvier 1604, Nicolas Noël Ait installé maître, malgré les protestations des sœurs, qui le trou-

I. Arch. tiat^ Parlement^ Aprèe-dînées, XI t 83i5, fol. X25 et suîv. — Documents, n* td. — T. II, &** 1477-1481. '— Lefèvre versa la caution le 24 mai et le a3 septembre 1499. (Arch, nat., H 3666, 468O

l8o t»RBMlèRE PARTIE.

vaient trop jeune et rougissaient, parait-il, d^avoir à leur tête un maître d'école * t

Ainsi la situation ne s'était pas modifiée; toujours les mêmes sentiments hostiles, les mêmes habitudes grossières ; les malades étaient toujours négligés; les mendiants et les vagabonds continuaient à envahir librement la maison. Les chanoines eux-mêmes étaient partagés; Tun d'eux voulut tenter un dernier effort; il accepta la surintendance provisoire de l'hôpital, manifestant Tintention d'y fixer sa résidence et de procéder d'abord à l'inventaire des archives ; cette bonne volonté rencontra les mêmes obstacles et subit le même échec '.

L'opinion publique réclamait une solution. Le 19 décembre, deux maîtres des Requêtes se présentèrent au chapitre de Notre- Dame de la part du Roi : celui-ci connaissait le mauvais état des affaires de l'Hôtel-Dieu et en rejetait la responsabilité sur le chapitre métropolitain comme sur le personnel de l'hôpital; il entendait qu^on mîty sans plus tarder^ un terme à cette situation déplorable ; le chapitre devait, avant tout, choisir quatre ou cinq de ses membres qu'il munirait des pouvoirs les plus étendus et qui trouveraient, du reste, auprès du Roi tout Pappui nécessaire; si cette mesure n^était pas prise, le prince se chargerait lui-même de réta^ blir Tordre à THôtel-Dieu. Le chapitre se confondit en remerciements, témoignant à ses visiteurs combien la sollicitude du Roi pour les intérêts de T Hôtel-Dieu lui était sensible et agréable; quant à la réforme, il s'en était depuis longtemps déjà préoccupé; mais tous ses efforts étaient restés stériles, d^autant mieux que des bourgeois influents et même quelques chanoines n'hésitaient pas à encourager l'Hôtel-Dieu dans sa résistance; toutefois, pour répondre à la volonté si formellement exprimée du Roi, le chapitre allait poursuivre la réforme déjà commencée et tenter une fois encore de la faire aboutir.

En fait, rintervention royale ne modifia rien. Finalement, découragés par tous les échecs qu'ils avaient subis, irrités de savoir mis en doute leur dévouement et leur sincérité, exaspérés surtout de voir le Parlement, qui n^avait pas conscience des diffi-

1. Mémoires du Parlement, IV, fol. 33, à la bibl. de l'Arsenal, ms. n* 2393. — T. II, n" 1490-1494, i5i2, i533, 1644. *

2. T. II, n" 1483-1486, iSog, i3i2, ïbi3, i5i8, i323, i524, i53i, i534> 1541-1546, i552-x557, i564, i568, 1571, 1572, 1574- 1576, i583, i586, i587, 1^89, 1593, 1595-1599.

vu. — LA r]£foricb de l^hôtel-dieu. i8i

cultes que rencontrait le chapitre de Notre-Dame, rejeter sur celui-ci toutes les responsabilités, les chanoines prirent une décision habile et sage : le 4 avril i5o5, ils prièrent la municipalité parisienne de prendre en mains Padministration du temporel de FHôtel-Dieu. On nomma aussitôt une commission qui visita rhôpital le jour même; le lendemain, on arrêta, dans une grande assemblée, à laquelle assistaient quelques membres du Parlement, la nomination de huit administrateurs et d'un receveur général-, ce dernier devait rendre ses comptes devant un conseil composé des délégués de la Ville, de ceux du Parlement, de la Chambre des comptes et du chapitre. Uarrét de la Cour du 2 mai suivant allait ratifier, en la précisant, cette délibération qui avait été prise, il convient de ne pas l'oublier, sur l'initiative et la proposition du chapitre métropolitain lui-même^

Les huit proviseurs laïques, gouverneurs du temporel, étaient élus par la Ville et renouvelables p>ar moitié tous les trois ans. L'ouverture des troncs, la perception du produit des indulgences, la nourriture et Thabillement du personnel, l'achat du linge, la garde des archives faisaient partie de leurs attributions, ainsi que l'administration du temporel du collège des Dix-Huit. Jadis, chaque service avait sa caisse particulière^ sa comptabilité spéciale ; il ne devait plus y avoir désormais qu^une bourse commune à tous les offices ; au receveur général, qui était à leur nomination, les gouverneurs donnaient « pouvoir et puissance de requérir, demander, recevoir, poursuivre et pourchasser tous et chascuns les deniers, blez, vins, grains et autres choses qui sont et pourront estre deues aud. Hostel-Dieu, tant en ceste ville de Paris que es faulxbourgs, tant à cause des cens, rentes, louaiges de maisons, que de revenu de l'ostel du Pressouer, que autrement, soit à cause ' de Poffice de maistre, de boursier, maisonnier, office de la prieuse, appoticairerie que autres deniers » ^.

Les gouverneurs entrèrent aussitôt en fonctions. Ils commencèrent par demander au Parlement, qui le leur accorda, la rentrée

1. Arch. nat., Parlement, Conseil, Xia x5io, fol. 87. — Ibidem, L 532*^. — T. II, n** x6oo-i6o3, i6o5, 1606. — Registres des délibérations du Bureau de la ville de Paris. T. I, io3-io6, 108- 1 10, publié par Fr. Bonnardot, coll. de VHist, génér. de Paris,

2. Comptes, XXI, 11, 12, 407, 469, 410, 460, 858, gBg, 2079; XXIII, 1292. — Documents, n* 25. — T. II, n** 1646, 1657- 1667, 1699, 1714, i85i, 1965, 1999, ^2048, *2049, 2o83. — Doc, hospiU, III, i35, i36.

ït2 PUmiRE PA&TIE.

à PHâteM)ieu de deux frères que le chapitre en avait dbassés et dont k collaboration leur devait être fort utile ; ils ne s^en trou* vèrent pas moins bientôt aux prises avec les plus grandes diffi« cuhés; ils n^avaient pu du jour au lendemain apprendre à gérer le domaine de Thôpital, tâche qui exigeait une longue expérience, comme ils le constatèrent vite; ils arrivaient, du reste, dans les circonstances les plus défovorables : depuis vingt*cinq ans on ne dressait plus de comptes, ou du moins de comptes exacts! Ils en imputèrent la faute au chapitre, qui pourtant n^était pas coupable, et demandèrent au Parlement de contraindre les chanoines à verser une caution entre leurs mains; car ils n'avaient pas plus trouvé d^argent que de comptes, en dressant leur inventaire d'entrée, et ils durent, un moment, faire des avances personnelles de fonds. D'autres mécomptes leur étaient réservés. En 1 507, il y eut un excédent de recettes; Tannée suivante, on congédia le receveur général, « à l'occasion de ce qu'il ne parachevoit de rendre ses comptes, comme il estoit tenu de faire » ; il fut moins aisé de le remplacer : Fexercice de iSog fut établi par les gouverneurs eux-mêmes, c parce quUls ne povoient avoir de personne capable qui se vouhist charger de faire et exercer icelle recepte générale. 9 En 1 5 1 1 , comme en i Sog, le budget fut en déficit.

L'heure des illusions était passée *, en i5o8 eut lieu le premier renouvellement partiel des gouverneurs : les quatre bourgeois sortants se gardèârent d'accepter un nouveau mandat, dont leurs successeurs ne furent investis que malgré eux^

Tenir à jour la comptabilité d^un établissement comme l' Hôtel- Dieu de Paris n'était pas une mince affiiire ; les proviseurs laïques en avaient fiiit personnellement l'expérience; pourtant, obéissant sans doute au sentiment du devoir à^accomplir, mais cédant aussi quelque peu au désir de détourner Pattention, tout en donnant des preuves de l'esprit d'ordre qui les animait, les gouverneurs poursuivirent avec une infatigable obstination Texécution de Farticle de Tarrét du 2 mai 1 5o5 qui prescrivait la présentation de tous les comptes en retard. Trois ans s'étant écoulés et rien

I. Les gouvameurB ne dressèrtet pas de compte pour faoïiéc i5o8. » A. P. 8731, n* 4198. •*" Comptes, XXI, 17-19, 3i9-3i44, 579; XXIII, 1744.

— Arch. nat., Parlement, Conseil, Xt» i5io, fol. 170; Xiii 1^42, fol. 273.

— OocumentSj n* ai. — T. II, n** i63a, i638, 1642. -*« Doc. hospit., III, i35-x37, x39, 141-143. — i^û^er des délièérations du Bureau de la inlbe de Paris, I» iSo^ i63.

vil. — LA RÉFORME DB L^HÔTEL-DIEU. i83

n'ayant encore été foit dans ce sens, ils prièrent le Parlement de mettre en demeure Jean Lefèvre de présemer les comptes des exer* cices antérieurs à 1495, et les chanoines ceux des dix années sui* vantes. Un arrêt conforme fut rendu le 16 juin 1 5o8. Le chapitre, qui n'avait pas été condamné à verser à THôtel-Dieu une caution de 1 ,200 livres parisis, comme l'avait demandé la partie adverse, se mit aussitôt en devoir de faire rendre leurs comptes particuliers à tous ceux qui, du 26 juin 1495 au 2 mai i5o3, s'étaient trou* vés mêlés à Tadministration de Phôpital, notamment au chanoine Jean de Lailly, qui mourut, en 1 5 1 1 , avant l'achèvement du contrôle de ses comptes. En i5i5, le Parlement invite le chapitre à être prêt pour la Saint-Martin; les chanoines font observer qu'à la suite d'un vol commis en 1 5 00, les registres des boursiers Laîné et Leroux ont disparu. Le 27 février 1 5 17, la Cour fixe un nouveau délai et nomme une commission d^examen ; le chapitre fait dresser la minute du compte des années 1495 à i5o5, compte coUeaif, embrassant dix années; ce mode de rédaction évitait bien des firais, mais « led. compte est si brief que ce n'est que ung sommaire, si trouble que nul n'y peut ou pourroit aucune chose congnoistre, au moyen de lad. abréviation d'icelluy, sans avoir tousjours les acquitz au poing et recourir à iceulx. » Les chanoines ne s'étant pas encore . présentés au jour fixé, on les remit au I*' septembre; mais ils durent immédiatement verser 1,600 livres parisis entre les mains du receveur général, qui n^avait encore rien reçu le 7 octobre. Une nouvelle intervention du Parlement eut raison des dernières hésitations du chapitre et Ton commença Fexamen de la comptabilité. Dès le mois de février i5i8, les contrôleurs réclamèrent leur indemnité (on donna six écus à chacun et douze à Tauditeur); le travail ne fut toutefois terminé qu'en 1 5 2 1 ; encore à cette date restait-il quelques points à débattre : il en fut question dix ans durant, puis on finit, avec beaucoup de raison, par n'en plus parlera La réforme de PHôtel-Dieu de Paris au xvi* siècle mérite d'au-

I. Comptes, XXIII; 1x70. —Arch. nat., H 3666; L 534*; Parlement, Conseil, XU iSii, fol. 168 v*; XU iSiy, fol. i5a. —Documents, n** 15-17. — T. II, n- 1696, 1744, 1745, 1749-1754, 1756, 1757, 1759-1761, 1764, 1766, 1768, 1772, 1774, 1777, 178a, 1783, 1796- 1798, 1801, i8oa, i8o5, 1809, i83i, i832, 1838-1842, 1862, i863, 186&-1868, 1873, 1876-1880, i885, 1886, 1888, 1889, 1^3» 1895-1905, 1907, 1938, 1942, 1962, 1963, 1967, 1968, 1971-1973, etc.— Dœ, kospit,, III, i56, 175.

tant plus d'arrêter Tattention que la situation déplorable du vieil hôpital parisien à cette époque ne constitue pas un fait isolé ; les choses n^allaient pas mieux dans les divers établissements hospitaliers de la capitale et de la province : partout on constate les mêmes négligences, on est témoin des mêmes scandales, à Angers, à Nevers, à Chàteaudun, à Meauz, à Orléans, à Gondom^ à Pontoise, partout on voit « Taumône distribuée à coup de bâton, b Il iallut partout réagir et réformer; la question hospitalière est, à cette époque, partout à Tordre du jour; elle est portée devant plusieurs conciles; tous les parlements, et celui de Paris plus qu^aucun autre, s^en préoccupent; et c'est la mesure adoptée, en i5o5, pour THôtel-Dieu de Paris qui fut successivement étendue à tous les établissements du royaume : aux termes de redit de i56i, l'administration du temporel de tous les hôpitaux de France devait être confiée à Tautorité municipale.

D^ailleurs, la réforme hospitalière du xvi* siècle n^a pas seulement un caractère administratif; c'est à cette époque que des principes hospitaliers nouveaux se font jour et commencent à être formulés : on songe à spécialiser les hôpitaux, affectant celui-ci à telle maladie, celui-là à telle autre; on modifie le mode de groupement des malades, réunissant ensemble ceux qui sont atteints du même mal, abstraction faite de la gravité de leur état; enfin, on se décide à isoler les contagieux ^

Cest le président de la Chambre des comptes, Jean Briçonnet, Tun des hommes qui jouèrent un rôle prépondérant dans la réforme de THôtel-Dieu de Paris, s'attirant ainsi Tinimitié du chapitre et celle du personnel hospitalier, qui, le premier, émit le vœu de voir afifecter chaque hôpital de Paris à une catégorie distincte de malades. L'idée était excellente; on n'en poursuivit pourtant pas la réalisation.

I. Arch. nat., Parlement, Conseil, Xl& x 523, fol. 148; Matinées, Xia 4838, fol. 60 Y\ — Mémoires du Parlement, VI, fol. 107, 174; VII, fol. 198; VIII, fol. 37 V, 43, 78 V, i55 V*, à la bibl. de TArsenal, mas. n~ 2395- 2397. — Documenta, n" 18, 22. — T. II, n«* 1609, 1999» 2oi3, 2059. — Labbe et Cossart, Concilia, éd. de 1672, XIV, 476, 553. — Félibien et Lobineau, Histoire de la ville de Paris, I, 897. — Cél. Port, Inventaire dis archives de Vhôpital Saint'Jean d'Angers, zt, xii. — Abbé Boutillier, Inventaire des archives hospitalières de Nevers, viii. ^ A. de Belfort, Archives de la Maison 'Dieu de Châteaudun, introduction par A. Merlet, xxii. ^ J. Gardère, Inventaire des archives hospitalières de Condom, i3 et auiv. ^ laambert. Les anciennes lois françaises, XIV, io5; XXIX, 172.

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