VII. — LA KÉ90tlMS DE L^ÔTEL-DIEU
entre temps? Nous Tignoroiis; il n^en est pas moins certain qu'aucun traTail n'avait été entrepris, qu'aucune suite n'avait été don* née à TafEiire quand parurent les trois lettres royales datées de G}rbeil, i3 août iSiç.
François I*' avait résolu de construire, aux frais de l'État^ un hôpital pour les contagieux ; dix mille livres tournois seraient remises aux gouverneurs de l'Hôtel«Dieu, à qui le Roi confiait le soin de diriger Jes travaux et plus tard d'administrer la Charité (c^était le nom qu'il entendait donner au nouvel établissement, que les Parisiens dénommèrent plutôt le Sanitat). Cet hôpital devait être construit au-dessous de Paris, aux portes de la ville, sur le bord de la rivière; n'était-ce pas dire entre la Seine et le Pré-aux-Clercs, en face du Louvre ? mais on s'était volontairement gardé de préciser de la sorte, convaincu que Pabbaye de Saint*Germain-des«Prés s'opposerait énergiquement à l'exécution d'un tel projet; on avait feint de laisser aux gouverneurs de THôtel-Dieu le choix de l'emplacement.
Le 2 septembre 1 5 1 9, les gouverneurs achetèrent, pour 1 60 livres tournois, à Antoine de la Vemade, prêtre, licencié en droit et curé de Chelles, « sept arpens de terre, en deux pièces^ assises ou terrouer de Saint-Germain-des-Prez, Tune pièce contenant deux arpens, tenant, d^une part, à la rivière de Seine, d'autre part, aux terres de lad. église de Saint-Germain, aboutissant d'ung bout à ung fossé par lequel l'eaue des fossez de lad. église se vuidé en lad. rivière de Seine^ et d'autre bout au chemin par lequel Ton va de lad. abbaye en lad. rivière de Seine; — l'autre pièce contenant cinq arpens, assiz prez desd. deux arpens, oultre led. grant fossé, tenant, d'une part, tout du long aud. grant fossé, d'autre pan, au curé de Saint-Soulpice, aboutissant d'un bout à la rivière de Seine et d'autre bout au Pré-aux-Qercs s ; le 1 9 suivant^ autre achat, pour 40 livres tournois, de cinq arpents et un quartier, <t au long du fossé de la ville de Paris, tenant, d'une part, aud. fossé et, d'autre part, au chemin tendant au Pré-aux- Qercs^ aboutissant d'un bout à la rivière de Seine et d'autre bout à l'aumosnier dud. Saint-Germain » ; cette pièce appartenait à
Briçonnet. — A. P. 40A, n* 334. — Archives de la Faculté de médecine de Paris, Cofumentatrea, IV, fol. 49 v*. — Doc. hospit., III, i5i, i52, 154. — Registres des déHbérathns du Bureau de la inUe de Fans, I, io3-io5, 226, »33-a95.
t88 première partie.
V a historieur », bourgeois de Paris, Jean Pichore. Dès le lo septembre, on était en procès avec les moines de Saint-Germain, qui, le 24 janvier 1 520, furent condamnés à laisser continuer et achever les travaux ^ Le 2 juin, Tabbé de Saint-Germain vint luimême poser la première pierre de l'édifice^; il n'en continua pas moins sa campagne contre la Charité. Le 1 5 octobre, bien qu'un nouvel arrêt eût été rendu en leur faveur, les gouverneurs durent arrêter les travaux ; le premier achat de pierre datait du 3 septembre 1 5 19*, en un an, la dépense s'était élevée à 11,187 livf^ 16 sous I denier i obole : on avait dépassé le chiffre du crédit et rédifice n^était pas encore sorti de terre' ! Il n'en devait, d'ailleurs, jamais sortir, le trésor royal ne pouvant couvrir une dépense aussi considérable; les moines n'ignoraient pas cette pénurie et comptaient sur elle pour triompher. Ils ne furent pas déçus dans leur espoir. Après avoir vainement attendu l'octroi de nouveaux fonds, les gouverneurs, sans même solliciter l'autorisation du Roi, vendirent une partie des matériaux sur chantier; ils en retirèrent 496 1. II s. t., somme insuffisante pour combler le déficit. On écrivit alors au Roi, lui demandant de ratifier cette vente et d^abandonner à l'Hôtel-Dieu le terrain et les matériaux qui restaient encore : François I*' y consentit; on donna comme prétexte à l'abandon de la Charité la proximité du Louvre, que Tinfection aurait pu envahir^ !
1. Arch. nat.y K 1024. — Mémoires du Parlement, IV, fol. 284 ▼*, à la bibl. de l'Arsenal, ms. n" 2393. — Doc. hospit, III, 162-165. — L. Delisle, Le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, l, 25o; III, 362, coll. de VHist. génér, de Paris.
2. On posa, en réalité, deux premières pierres, l'une à la première plateforme, l'autre à la cinquième, qui faisait l'encoignure du cdté de la tour de Nesle et de la rivière ; le tombier Jean Pite y avait gravé les armes du roi, avec une salamandre au-dessous. ~ c Une pierre de liais en laquelle sont esleTées les armes du Roy, qui est la première pierre dud. édifice, lix s. VII d. » (Doc. hospit. f III, 166.) — Journal d'un bourgeois de Paris sous le règne de François I" (i5i5-x536), 84, 466, publié par Ludovic Lalanne pour la Société de l'histoire de France.
3. La petite construction que l'on voit sur le plan de la Tapisserie, c'est la « grange 1» où les surveillants des travaux avaient leur bureau et où les ouvriers resserraient leurs outils; la présence sur ce c pourtraict » de cette maisonnette, qu'accompagne la légende : l'Hôtel-Dieu neuf, atteste que ce plan n'est certainei):ient pas antérieur à i5i9.
4. Était-ce pour donner à ce prétexte une apparence de sérieux qu'on mesurait, le 28 juin 1620, la largeur de la Seine à la hauteur de la Charité? — Ajoutons que l'on conserve aux archives de l'Assistance publique le
vu. — LA R^FORMR DE l'hÔTBL-DIBU. ' 189
Le projet de 1 5 19 avait échoué comme celui de 1 5 1 5 ; Tagrandissement de PHôtel-Dieu n^ea était pas moins urgent Du reste, on s'en préoccupait toujours. En 1 525, les gouverneurs songèrent à s^étendre du côté du Port-FÉvéque et de Tévêché ; la maison de la fabrique de Notre-Dame leur étant nécessaire, ils prièrent^ mais en vain, le chapitre de la leur céder; l'intervention du Roi et de sa mère n^eut aucun efifet; les chanoines répondirent que leur maison ne pourrait servir à Thôpital, tandis que certains immeubles, propriété de THôtel-Dieu, auquel ils étaient contigus, feraient très bien l'afifaire^
Au surplus, les gouverneurs n'avaient jamais cru à la réussite de ce projet : dès i526, ils présentaient une requête au Parlement, demandant que le chapitre de la Sainte-Chapelle fût condamné à leur abandonner, contre indemnité, la maison du Chef- Saint-Quentin, rue du Marché- Palu; cet immeuble s'élevait entre l'hôpital et la maison du Chat-qui-Péche, qui faisait le coin de la rue du Sablon. Toutefois, comme ils n'avaient pas les ressources suffisantes pour construire une nouvelle salle sur l'emplacement du Chef-Saint-Quentin et de la maison voisine, les gouverneurs ne pressèrent point les choses et attendirent. En 1 53 1, le cardinal Duprat prit la dépense à sa charge; aussitôt on se rendit acquéreur du Chat-qui- Pèche et du Chef-Saint-Quentin'; le 11 dé-
compte^ présenté aux gouverneurs le i" septembre i528, des recettes et des dépenses relatives au projet de François I*'; c'est une copie authentique du compte original, qui avait été déposé à la Chambre des comptes. — A. P. 74*, n* 635. ^ Berty et Tisserand, Topographie historique du vieux Paris, Région du bourg Saint 'Germain^ 193, coll. de VHist. génér, de Paris. — Atlas des anciens plans de Paris, feuille IV (même collection).
1. Arch. nat, Parlement, Conseil, Xu i532, fol. 22 v*. — T. Il, n"' 1997, 1998, 20o3, 2035*2040, 2043, 2045, 2067, 2060, 2o65, 2079.
2. 23 février i53i : c Sur la requeste présentée à la Court, le diziesme jour de mars mil cinq cens vingt-cinq, par les maistres, frères, seurs et commis au régime et gouvernement de THostel-Dieu de Paris, demandeurs, à rencontra des trésorier et chanoine de la Saincte-Chapelle du Palays, défendeurs, par laquelle lesd. demandeurs reqoeroient lesd. défendeurs estre condamnez leur bailler certaine maison, à eulx appartenant, estant joignant la grant porte dud. Hostel-Dieu, du costé de Petit*Pont, pour accroistre led. Hostel-Dieu et y faire une salle neufve pour loger les povres malades gisans en iceluy en grant nombre, en leur baillant par iceulx demandeurs rescom-
pense d'une autre maison ou maisons en ceste ville de Paris, pour le
bien de la chose publicque et à ce que les pauvres malades peussent par cy après estre logez plus à leur aise, par ce que par chascun jour estoient six,
190 raBMlÈftB VAttTXS.
cembre, le chapitre autorisait le dépôt au Parvis de tous les matériaux de construction ; les travaux furent commencés de suite.
Le 21 mai 1 533, les gouverneurs passèrent le premier marché pour l'aménagement intérieur de la Salle-Neuve ou salle du Légat : le menuisier Jean Morel s'engageait à « fere et parfere les couches qu'il convient pour la garnison de la Salle-Neufve, que monseigneur le Légat iaict edifBer de neuf, joignant TOstel-Dieu, qui est jusques au nombre de cent couches, chascune couche de six pieds de long sur quatre pieds de large, à dossier de quatre pieds de hault, le tout à panneaulx plains et le tout enchassillé et à jour par dessoubz ; au devant desquels lictz y aura deux paneaulx couchez; tous lesquels otivraiges seront à deux paremens; sur le chevet desquelles couches y aura ung ais desix poulces de large ou environ pour le service des pouvres*, soubz chascune desquelles couches y aura une petite forme, de la longueur desd. couchœ, qui se ostera pour reposer lesd. pouvres ; le font desd. couches sera faict à double joinct et traverse. Le tout foict de bon bois de Montargis, loial marchant, moiennant et parmy la somme de cent dix solz tournois chascune couche » ; la livraison devait être faite dans cinq mois.
Le 6 juin, les gouverneurs, adoptant les « pourtraicts > et les prix du même Morel, cinquante livres tournois, lui commandent les trois autels de la chapelle.
Le 5 septembre, la veuve de Jean Le Vavasseur, plombier, convient de faire tout ce qui concerne sa partie à raison de cent dix sous tournois le cent de plomb.
Le 2o novembre, autre marché avec Pierre Abbé, pour la four* niture des « ferrures grosses, comme crampons, harpons, treilliz, potences, liens de fer, clous, excepté la ferrure des portes », sur le pied de quinze deniers tournois la livre; il enlèvera gratuitement les vieilles ferrures des maisons abattues.
Le 26 juin i534, Noël Bellemare s'engage à peindre tous les
sept, huit, neuf en ung lict, le sain avec le malade, qui eatoit chose fort piteable et périlleuse, et ceulx frappez de peate avec les autres qui ne le
sont : la Court condamne lesd. défendeurs bailler et délaisser ausd.
demandeurs leurd. maison, en baillant rescompense t L'HôteNOieo
offrait à la Sainte-Chapelle, à son choix, Tlmage-Notre-Dame, rue des Marivaux, le Miroir, rue Saint-Martin, la moitié de la Cdte-de-Baleine, devant le Palais, ou TÉcu de France, rue de la Vieille-Pelleterie. -^ A. P. 4?, n*' 69; 5»! T, n** 7a, 73.