VII. — LA RiPORME DE L^hAtEL-DIEU. igS
transaction est du ii janvier i535. Moins d^un mois plus tard, la réforme hospitalière devait entrer dans une nouvelle voie; énergiquement poursuivie, elle allait enfin aboutir.
Le 5 février 1 535, le Roi, dans une lettre qu^il adressa au chapitre de Notre-Dame, manifesta le désir devoir les délégués capitulaires continuer sans interruption leurs travaux. Le 5 mars, ceux-ci rédigèrent un rapport oti ils concluaient à Turgence d'une réforme, notifiant, d'autre part, le remplacement du maître, celui de la prieuse et de la sous-prieuse, et ordonnant aux religieux de remettre aux commissaires du Parlement tout ce qu'ils possédaient en violation des statuts.
Le lo septembre, la Cour enjoignit au chapitre de donner sa procuration aux chanoines Merlin et Berthoul, qui devraient, dans le délai d'un mois, réformer Thôpital et dresser un nouveau règlement, aidés dans cette tâche par Tabbé de Saint- Victor, le prieur de Saint-Lazare et les gouverneurs Germain de Marie et Robert le Lieur. Après avoir £ait une enquête, du 4 au 14 octobre, visité l'Hôtel-Dieu et interrogé le personnel et les malades, les commissaires décidèrent d^assimiler les religieux de T Hôtel-Dieu aux chanoines réformés de Tordre de Saint-Augustin et ils rédigèrent de nouveaiâc statuts.
Le 28 février i536, les abbés de Saint- Victor, de Chaage, de Livry, de Chàteau-Landon et le prieur de Saint-Lazare reçurent Tordre d'envoyer ensemble à THôtel-Dieu huit religieux « pour procurer ceste présente reCTormation, et statutz par nous foictz estre inviolablement observez et gardez, et provocquer par oeuvre et paroUe, par vie et par exemple, les frères^ soeurs et filles à l'observance régulière d'icelle » ; les pouvoirs les plus étendus leur étaient attribués ; ils pouvaient expulser les rebelles, introduire de nouveaux religieux, pourveoir à tous les services, punir les délinquants. Cest à Tun des deux chanoines réguliers fournis par Tabbaye de Saint-Victor que devait être confiée la maîtrise.
On voit combien les mesures arrêtées par la commission du 10 septembre diminuaient Tautorité du chapitre métropolitain;
d'icelluy Hostel-Dieu, que iceulz commis eussent recours à lad. Court : — il vous plaise sommairement et de plain pourveoir aux choses dessusd., aud. estât de pannetier et antres malversacions qui se font aud. hostel, tant à Voffice de la chambre aux coustes, le transport des biens dud. hostel que autres choses cstans du temporel de lad. maison, ou descharger iceulx supplians de lad. charge et commission à euU baillée; et vous ferez bien. 9
celle-ci, du reste, ira, jusqu^en 1540, en s'amoindrissant sans cesse, et c'est même là le fait dominant dans la dernière période de la réforme : bientôt les sœurs ne recevront plus l'habit à Notre- Dame, mais à T Hôtel-Dieu; bientôt le maître de l'hôpital sera désigné par Tabbé de Saint-Victor, qui le choisira toujours parmi ses religieux, les chanoines n'ayant plus d'autre droit que la rati« fication d'un choix qui leur est imposé; bientôt même l'abbé de Saint- Victor et le prieur de Saint-Lazare, nommés visiteurs de THôtel-Dieu, auront seuls le pouvoir de punir les fautes et de réprimer les désordres.
Les chanoines de Notre-Dame ne restèrent pas sans élever des réclamations ; ils protestèrent surtout le jour où les visiteurs changèrent le costume du personnel hospitalier.
Les frères et les sœurs avaient toujours porté l'habit noir, tandis que les chanoines de Saint-Âugustin étaient vêtus de blanc*, Tabbé de Saint- Victor voulut que le costume fût uniforme et que tout le monde portât l'habit des religieux réformés; le chapitre n^y consentit pas et obtint gain de cause le 18 décembre iSSj; mais, un an plus tard, les visiteurs renouvelèrent leurs prétentions et le Parlement, cette fois, leur donna raison. Les chanoines de Notre-Dame ne virent pas sans tristesse et sans inquiétude les religieux de Fhôpital quitter leur antique costume noir, si bien connu des Parisiens ; jadis, quand, de leur seule initiative, ils avaient eux-mêmes introduit à THôtel-Dieu trois fois plus de sœurs grises que la G>ur ne leur imposait de « réformateurs », ils n'avaient attaché aucune importance à cette question d^habit; mais aujourd'hui la situation n'était plus la même : habiller le personnel hospitalier comme les religieux réformés de Saint- Augustin, c'était le confondre absolument avec ces derniers, c'était écarter définitivement le chapitre métropolitain de Tadministration de l' Hôtel-Dieu. Le doute sur ce point n^était pas possible; le Roi lui-même se chargea, du reste, d^éclairer bientôt les moins avisés ^
A la requête de François P', le pape Paul HI, par un acte en date du 18 juillet iSBç, plaça THôtel-Dieu de Paris sous la
X. A. P. 866Q, n* 4137. —Arch. nat., L 53314, 1», 20, 25-27, 29,32; L 53437, 38,40; L 536«,7. Parlement, Conseil, Xi» i538; Xu i539, fol. 61 3, 6x5; Xi» x54i, fol. 7x4 ¥•; XI» X542, fol. 37 v*. — Documents, n" 28-3o, 32- 37. ^ T. II, n** x6i8, 2146, 2147, 2x55, 2x56, 21 59-2164, 2167, 2x80, 2x84*2x92.