‹ L'Hotel-Dieu de Paris au moyen âge. Histoire et documents: histoire et documentsChapitre 60 sur 236 · IV. — LES MALADES A L HOTEL-DIBU · texte numérisé non relu

IV. — LES MALADES A L HOTEL-DIBU

« la chambre des griefz malades », et les femmes grosses sur celle des accouchées ^

Les enfants, nous l'avons dit, étaient également admis à FHôtel-Dieu; on en hospitalisait soixante à cent par an, pour des motifs très divers. Une mère, par exemple, était tombée malade et s^tait &it transporter à l'hôpital^; les enfants lavaient suivie; ils étaient deux, trois, quatre, parfois plus encore; on les recueillait néanmoins tous. D^autres enfants étaient nés dans la maison ; mais leur mère était morte en couches ou peu après-, ou bien, une fois rétablie, elle avait, en quittant Thôpital, abandonné à la charité publique ceux qu'elle se voyait impuissante à élever. Il en était, enfin, qu^on avait trouvés, le matin, en ouvrant les portes, exposés sur les marches; s'ils ne portaient pas un écriteau indiquant qu'ils eussent reçu le baptême, le premier soin était de le leur administrer'.

Il n'y avait pour les enfants ni salle particulière ni lits spéciaux : on les recevait dans la chambre des accouchées ou dans la Salle^ Neuve; si la place y faisait défaut, on les portait dans un lit momentanément « vague d de la salle Saint-Thomas ou Saint-Denis, ou même de l'Infirmerie; c'est sur la couche il y a un instant encore occupée par un moribond qu'on dépose

1. A. P. 40A, n' 334; ibid., i64Ggg, n« 966. — Livre de vie active, 2, gb. — Comptes, V, 283, 284. -* c Et quant aux malades de maladie originale, ce sont ceulx que les povres mères portent clos et couvers en leur ventre maternel ouquel ont esté conceuz en péché originel, lesquelles povres mères, despourveues de logis, dénuées des biens de ce monde, abandonnées de leurs propres parens et amys charnelz, et souvent la larme à Pœil, en faisant le doeil de leurs propres maris nouvellement trespassés, céans les apportent clos et couvers en leur ventre comme en une hotte, quant ne scevient où

ailleurs descharger leur charge et les reçoy et loge au lieu appelle la

salle aux accouchées^.... » (Livre de vie active, 96.) Voir ibid., 2, 26.

Il était partout de règle de recevoir dans une chambre spéciale les femmes enceintes. (Ârch. hospital. de Melun. Fonds de Saint-Jacques, E 12, 41. — Ârch. hospital. de Meaux. Fonds de l'Hôtel- Dieu, E i .}

2. On peut voir des spécimens de civières notamment à la page 9 du Livre de vie active et au folio 238 du ms. fr. 167 de la Bibliothèque nationale.

3. A. P. Fonds des Enfants-Rouges, pièce i, p. 10, 12, i3. — Arch. hospiul. de Meaux. Fonds de THôtel-Dieu, E i. ^ Arch. hospital. de Melun. Fonds de Saint-Jacques, E x3, 107 : c Le deuxiesme d*80U6t, Pierre Vasse, de Meleun, mourut : pour sa fosse, 11 s. t. — Item, son petit enffant mourut : pour ce, XII d. t. 1

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pêle-mêle une douzaine de garçons et de filles ; les voilà, à Tocca* sien, voisins d'un fou ou d'un syphilitique ! On frémit à l'idée de tous les dangers, physiques et autres, que ces enfants couraient, ainsi répandus, sans distinction de sexe, au milieu de la population toujours fort mêlée d^un hôpital ^

Ce n'est pas tout : il n'y avait qu'une nourrice à l'Hôtel-Dieu pour nourrir, chaque jour, une demi-douzaine d*en&nts; c'est assez dire que leur alimentation était plus qu'insuffisante. Sans doute, il arrivait parfois qu'une accouchée dont l'enfant était mort en nourrissait un ou deux; mais son lait, « corrompu d^ennuy, tristesse ou melencolie^qu'ilz avoient de la mort de leurs

I . c Au moyen du grant apport ou multitude de malades qui abordent ou sont apportez incessamment de jour en jour et d'heure à autre aud. Hostel- Dîeu, fhippez de diverses maladies contagieuses, tant de peste, fièvres chauldes que autres maladies, tlz ne savent où retirer, mettre ou coucher lesd. petitz enffans, sinon au parmy des autres malades, aucuneffois dix ou douze en un lict, tant aux piedz que au chevet, selon la largeur et estandue d'icelluy lict; lesquelz, à faulte de nourrisses comme il est requis neccessairement, ne font souvent que crier, braire ou plorer, qui est une merveilleuze vexation et tourment aux autres pauvres paciens et malades qui désirent repos pour parvenir à convalescence et garison de leurs infirmitez

c Dit qu'il y a de présent grant nombre, comme de cinquante ou soixante, tant garsons que filles, de moyens sages, les ungs de trois, les autres de cinq ou de six ans, entachez de plusieurs sortes de maladies, les aucuns ethicques, les autres ytropicques, les autres febricitans, tant de maladies chauldes que autres fiebvres, couchez en grant nombre oad. Hostel-Dieu en ung mesme lict, tant au chevet que aux piedz, selon la grandeur des lictz, et autrement n'y a ordre ne moyen de les coucher séparément à cause du grant nombre et multitude de malades

c Dict aussi qu'elles sont contrai nttes de coucher lesd. petitz enfBans, tant fillettes que petiz garsons, ensemblement en plusieurs lictz dangereux et sur lesquels estotent mors autres malades de maladie conti^ieuse, à cause qu'il n'y a ordre ne lictz particuliers pour îceulx enffans, mais couchent six, huit, IX, X et XII en ung lict, tant au chevet que aux piedz

« Il n'y a lictz particuliers ne lieux distraitz ne séparez pour les mettre

hors de la communaulté ou grande salle des malades

f Sont contraînttes découcher lesd. petiz enffans de l'aage de m, im, v et six ans es litz vagues ésquelz aucuneffois y sont mors et décédez de frais gens, tant hommes que femmes, frapez de peste et autres maladies conu* gieuses

« Et le scet lad. depposant par les avoir veuz „... en leurs lictz et lieux acoustumez ou ordonnez aux enffans de cueur, quant ilz sont malades, appelle îcelluy lieu rofl&cc de Sainct-Denis. » (A. P. Fonds des Enfants- Rouges, pièce i, p. ii, i3, 14, 26, 28, 29.) - A. P. 40s n« 334.

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