‹ L'Hotel-Dieu de Paris au moyen âge. Histoire et documents: histoire et documentsChapitre 85 sur 236 · IV. — LES MALADES A l'hÔTEL-DIEU. I · texte numérisé non relu

IV. — LES MALADES A l'hÔTEL-DIEU. I

avant la capitale : créer un hôpital spécial, et cela hors Paris. Telle fut la mesure radicale prise par le chapitre de Notre-Dame dans sa séance du 4 novembre 1496. Trois jours plus tard, le doyen se rendit à PHôtel-de-Ville pour communiquer au Prévôt la décision capîtulaire; ce magistrat répondit que déjà la municipalité s^était occupée de TafFaire, que les échevins devaient même en délibérer le lendemain; il pria le doyen de revenir; en attendant, ajouta-t-il, il n'y a qu'une chose à faire, chasser de THôtel- Dieu tous les véroles et n'en plus recevoir.

Le conseil fut suivi : les malades, sans gite, se retirèrent au Terrain, derrière Notre-Dame, au grand effiroi des chanoines, qui demandèrent bientôt leur expulsion. On avait, entre temps; construit des baraquements à quelque disunce de Paris ; que les vénériens s'y rendissent et le chapitre aiderait à leur entretien.

Le 3o décembre, le principe d'un hôpital spécial fut définitivement adopté; restait à décider à qui on en confierait l'administration. La Ville n'avait nulle envie de grever son budget des frais que devaient entraîner l'achat d'une maison et la gestion de rhôpital à y établir; elle eût volontiers laissé ce soin au maître de FHôtel-Dieu, qui n'eût pas, pour son compte, repoussé la combinaison inverse. On finit par sVntendre et par se cotiser : le chapitre s'inscrivit pour 100 livres tournois, dont il donna la moitié immédiatement. Grâce à tant de bonne volonté, on put bientôt acheter une vieille grange et une maison, avec bouge et célier, appartenant à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés et qui s'élevaient au coin de la rue de Sèvres et de la rue du Dragon : c'est là ce qu'on appela les Granges aux malades de Naples .^ Il fut convenu que les frais d'entretien du nouvel établissement seraient supportés par toutes les paroisses de la ville; celles-ci furent réparties en sept groupes; chaque groupe devait, une fois par sçmaine, assurer par sa cotisation le fonctionnement du service hospitalier. Le mardi, les dépenses de l'hôpital Saint-Germain étaient à la charge du chapitre de Notre-Dame et des paroisses delà Cité; chaque chanoine devait un douzain; le doyen et le chantre comptant pour quatre, on atteignait le chiffre de 56 sous 8 deniers.

I. T. II, !!•• 1428, 1429, 1430, 1433, 1435, 1436, 1437, 1438. — Bcrtyct Tisserand, Topographie historique du vieux Paris, Bourg SainUGenuain^ 9a, coll. de VHist. génér» de Paris,

I06 PREMIERE PIKTIE.

Tandis qu'on isolait les vénériens dans un hôpital spécial, les médecins renonçaient à chercher le moyen de les guérir ' ; aussi décida-t-on, le 4 janvier 1497, de faire, le 8 suivant, une procession aux Carmes, et, le jeudi 12, de promener solennellement les châsses de saint Marcel et de sainte Geneviève. Cest sur ces entre* faites que fut rendue la célèbre ordonnance du 6 mars 1497, que l'on a toujours jusquUci prise pour un arrêt du Parlementa

Le 3 avril de la même année, Côme Guymier proposa au chapitre de soigner les vénériens à raison d^un écu par tête; il les nourrissait jusqu'à complète guérison et rendait l'argent en cas d^insuccès. Le marché Ait conclu : dès le 23 mai, des malades furent guéris; le 22 août, la prieuse faisait parvenir 10 livres 8 sous «r à mons' Foumier, chanoine, pour parachever de paier celui qui avoit guery les malades de la grosse veroile x»^.

Malheureusement les choses n'allèrent pas toujours aussi bien. Un an plus tard, — pour quels motifs, nous Tignorons, — les vénériens étaient de nouveau en grand nombre à THôtel-Dieu : les maisons spéciales étaient abandonnées ; elles restèrent en Tétat jusqu'en i5o8.

Le 17 février de cette année, à la requête du Prévôt des marchands, le Parlement décida la tenue d^une assemblée solennelle dans la chambre du Conseil. Etaient présents le président Baillet^ Tabbé de Saint-Magloire, les doyen et pénitencier de Notre-Dame, le président de la Chambre des comptes, le Prévôt et les échevins, les gouverneurs de P Hôtel- Dieu et quelques conseillers, quarte-

X. On sait que les médecins du moyen Age fuyaient volontiers le danger : c Die sabbati xxa mai! ejusdem anni (1475), pro congregacione Universitatis facta in Jacobitis, quia non audebamus ire ad Sanctum-Maturinum propter pestem que ibi vigebat. » (Archives de la Faculté de médecine de Paris, Commentaires, III^ 49.) — 8 septembre 1499 : c ... Secundus fuit super provisione contra quandam mulierem medicam affigentem cedulas per compita hujus civitatis de pluribus morbts per eam curandis : quantum ad istum voluit silere Facultas propter clamorem populi in nos qui noluimus pestiferos visitare. » (Ibld., III, 399.)

a. Arch. nat., Parlement, Conseil, Xit i5o3, fol. 74.

3. t Des exécuteurs de feu maistre Cosme Guymier, par les mains de maistre Jehan Luillier, doyen de Paris, l 1. t. pour Tinterest et indempnité que rOstel-Dîeu povoit avoir à cause d'une croix de cuyvre de nouvel érigée ou c]rmetiere des Soins Innocens» dont il a esté procès entre lesd. exécuteurs et led. Hostel-Dteu. » (Comptes, XXI, 41 3.) — Ibid., XIX, 2o3. •* T. Il, n** 1442, 1443, 1446. ~ Berty et Tisserand, amnr, ctÛ, gs.

!▼. — LES lULABES A L^HÔTEL-DIEU. IO7

niers et bourgeois. Le Pfévôt prit la parole : il y avait à l'Hôtel- Dieu cent soixante à cent quatre-vingts malades de la grosse vérole, maladie contagieuse, comme on sait; tout le personnel pouvait être atteint à son tour; cette situation périlleuse ne pouvait être plus longtemps tolérée. On délibéra, ce qui était âicile, et on décida, ce qui ne Tétait pas moins, que les vénériens seraient désormais envoyés, les hommes à l'hôpital Saint-Germain, les femmes à l'hôpital Saint-Honoré ; ces maisons seraient préalabl^nent réparées et « deuement utenciUées ». On comptait recueillir l'argent nécessaire à la réalisation de ce projet en organisant des sermons, en fiiisant des quêtes, en publiant des indulgences. Un comité d'administration fut élu, et un rapport lui fut demandé : le aS février, deux chirurgiens jurés se rendirent à THÔtel-Dieu; ils y trouvèrent cent six vénériens malades (quarante -huit hommes, cinquante-huit femmes), et soixante-six convalescents en état de quitter la maison (trente-neuf hommes, vingt-sept femmes).

Un mois plus tard, une nouvelle assemblée eut lieu à Notre- Dame, réunion exclusivement composée d^ecdésiastiques appar* tenant aux diverses paroisses de Paris. Le Parlement demandait au clergé dans quelle mesure il entendait contribuer à Texécution de la délibération du 17 février; celui-ci refusa toute subvention et déclara qu'à Tavenir il entendait n^avoir plus à s^occuper de cette question; le projet fut abandonné, et THôtel-Dieu continua, pendant trente ans encore, à recevoir les vénériens ^

I. En 1873, le docteur Chéreau publia dans la Collection de documents rares ou inédits relatifs à Vhistoire de Paris les < Ordonnances fiuctea et publiées à son de trompe par les carrefours de ceste ville de Paris pour éviter le dangier de peste, z53i »; on trouve dans un cliapitre additionnel i cette fort curieuse publication un < Eztraict du livre de deliberacion du Bureau de la Ville », extrait jadis conservé i l'Assistance publique (liasse 878) et qui depuis a disparu; cette pièce comprenait, outre la délibération du 17 février x5o8, le rapport des chirurgiens charge de visiter les vénériens de l*Hôtel-Dieu et la liste des malades en traitement et des convalescents; on ne trouve plus dans la liasse 878 qu'un autre extrait du registre des délibérations de la Ville, extrait où manquent, de la délibération du 17 février^ les noms des délégués^ et du rapport du 23 la liste nominative des malades; c'est à cette pièce et au livre du docteur Chéreau qu'aurait dû peut-être se reporter l'éditeur du premier volume de la collection des Registres des déli' aérations du Bureau de la Ville de Paris (Gollect. de VHist, génér. de Paris), avant de faire suivre les derniers mots de la délibération, copiée dans le registre, de cette note trop brève : 4 le reste de la page en blanc » ; peut-être

Io8 PREMIÈRE PARTIE.

Quelques mots sur la thérapeutique. L'examen des urines était fort en honneur à THôtel-Dieu; mais comme c les signes de l'urine ne annuncent pas tousjours certainement les maladies corporelles de dedans et sont souvent faillibles, par quoy sans autre congnoissance du mal du pacient, ne sçauroit le medicin seure-

ment y applicquer remède par medicine, quant ung medicin

visite son pacient, ja soit que par les urines, egestions, le poux et aultres signes, congnoisse aucunement la maladie du pacient, neantmoins, par interrogatoires de luy ou de sa garde, enquiert du procès de la maladie et demande voluntiés au pacient : « Comme vous portés* vous? » ou « En quel estât vous sentes* vous? » affin d'avoir plus parfaitte congnoissance de la maladie. »

Parmi les remèdes et les médicaments qu'on employait, on peut citer les onguents, les emplâtres, les herbes, les « épices de bouche», la « poudre fine », la moutarde de lin, le safran, le riz, le sucre, le sucre rosat, le miel, Talun de glace; on donnait encore aux malades des amandes, des raisins, des pruneaux, des figues, de rhypocras, de Peau de rose et de la tisane d^orge. Parfois il âdlait recourir à la saignée, — ou faire des processions ou des neuvaines^

<c Après les medicines purgatives et sanatives et que le pacient a recouvert santé, le medicin doibt ordonner medicines preservatives, qui se font par bains, par électuaires et par exercice modéré. » La prescription était ponctuellement suivie à THôtel- Dieu : on plongeait les malades dans de grandes baignoires de métal que leurs roulettes de cuivre permettaient de transporter facilement dans toutes les salles. C'est à la c cuisine aux boulies », dans deux grandes chaudières établies exprès, qu'on faisait chauf-

aaraît-îl cru devoir réimprimer le rapport de Philippe Roger et de Gilles des Moulins; peut-être aussi nous aurai t-it dit ce qu'il iallait penser de ce registre de délibérations qui existait au zvi* siècle et que nous n'avons plus, car ce n'est certainement pas le registre H 1778 des Archives nationales. — T. II, n" 1454, 1495, 1599, 1 733-1737, 1739, 1741.

I . c Pour une chaudière d'errain toute preste et fer rée pour faire la tisenne pour les malades... i (Comptes, IV, 236.) — c Pour fiaiire seignier une des filles, II s. p. un t. » (Ibid.y XV, 226.) — c Baillé à deux filles malades pour les feire seigner, un s. L » (Ibid., XIX, 201.) -^ Comptes, III, 190, 268; VU, 141 ; IX, 162; XIII, 145; XV, 51,224, 3o7, 3o8; XVI, 349; XVII, 159, 341 ; XXI, 925, 927. — A. P. 164089, n* 966. — Livre de vie active, 93, 96, 11 3, 114, 117, 134. — Règlement du xvi* siècle, art, 122, 167.

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