‹ L'Hôtel-Dieu de Paris en juillet et août 1830Chapitre 10 sur 12 · RESUME DÉ L HISTOIRE DE TOUS LES BLESSES REÇUS A L'HÔTEL -DIEU · texte numérisé non relu

RESUME DÉ L HISTOIRE DE TOUS LES BLESSES REÇUS A L'HÔTEL -DIEU

§ L Plaies du crâne.

POILROUX (Jean- Antoine J, vingt-huit ans, soldat au i5e léger; apporté le 28 juillet. Plaie pénétrante du cerveau. Mort le même jour*

Un inconnu, trente ans environ ; apporté le 28; large fracture au crâne. Mort en arrivant, sur le brancard.

MEUNIER (Alexandre), dix-huit ans, commissionnaire; apporté le 29. Une balie a traversé le crâne. Mort le même jour.

GOLMANN (Joseph), du 7e régiment suisse;

apporté le 29. Balle qui a traversé le front. Mort le même jour.

DOMINIQUE (Antoine), v ingt-quatre ans, soldat du 5e de ligne ; apporté le 29.

Plaie du cerveau par une balle.

Mort le même jour.

DELACOUR (Joseph), trente- deux ans, journalier ;bîessé le 29 par une balle qui a pénétré dans le cerveau.

Mort le 3i.

PASCOT (François), quarante-un ans, peignier ; blessé le 28 par une balle qui a brisé le crâne; apporté le 29. Mort le 3 1 .

Un inconnu, âgé de vingt-cinq ans environ, apporté le 29; coup de sabre sur le haut de la tête. Plaie du cerveau. Mort le 3i.

Un sourd-muet, âgé de trente ans environ; apporté le 28. Couvert de coups de sabre ; l'un d'eux a pénétré jusqu'au cerveau. Mort le 2 août.

De ces neuf individus, aucun n'a pu recevoir de secours , et rien ne pouvait prévenir l'issue funeste d'une maladie évidemment au-

( *?5 ) dessus des ressources de Fart. On voit figurer dans cette liste quelques inconnus dont ou avait cependant constaté le genre de blessure. Beaucoup d'autres également apportés mourans, et sur le compte desquels on n'a pu obtenir aucuns renseignemens précis , pourraient peut-être s'y trouver inscrits, mais dans le trouble et la confusion inévitables en un pareil moment, l'examen des cadavres n'a pu être fait, et l'on a dû se borner à mettre sur les actes de décès, ces mots : coup de feu. Cette vague désignation à laquelle nous ne pouvons rien substituer, s'applique à huit individus qui ne figureront que pour mémoire dans ce relevé, où tout doit être rigoureusement exact et vrai.

Les malades dont les noms suivent , bien que très-gravement blessés , ont survécu plus long-temps, et ont recules secours de l'art.

PRUOT (Pierre) , vingt-neuf ans, maçon; le 28, une balle fracture le crâne et blesse le cerveau. Paralysie, délire. Mort le 7 août.

DELAIRE(CHARLES-FRÉDÉRic),vingt-troisans, du 7e régiment suisse. Fracture du crâne; en même temps fracture de la cuisse gauche. Mort le gaoût.

DELATRE (Jean-Baptiste), vingt-deux ans, garçon marchand de vin ; le 28, crâne brisé par un moellon. Mort le 10 août.

QUIESNE (Marie-Anne), quarante ans, marchande; le 28 , une balle a labouré le sommet de la tête. Assoupissement, délire; trépan. Morte le 17 août.

Si ces quatre malades ont résité à la gravité de leurs blessures, il n'y avait aucune raison de croire qu'ils n'y succomberaient pas tôt ou tard. Le trépan appliqué dans un seul cas, ne Ta été que pour tenter un moyen de prolonger la vie. La malade a succombé huit

jours après cette tentative, et l'ouverture de

son corps a fait voir que l'inflammation des

enveloppes du cerveau avait trop d'étendue

et de gravite pour laisser quelque espoir de

la guérir. C'est au reste la seule opération

de ce genre qui ait été pratiquée à l'Hôtel-

Dieu dans ces événemens.

D'autres individus, également blessés à la

tête, ont été plus heureux, et les secours qu'ils ont reçus ont eu les résultats les plus fa

vorables (i).

THIRION (Rémi), vingt-huit ans. du 3e régi-

(i) Le nommé François Mondidier, âgé de vingtquatre ans environ , reçut le 29 , aux Champs-Elysées > huit coups de sabre sur la tête; l'un d'eux, porté obliquement , a enlevé une portion d'os de trois pouces de longueur sur deux pouces de largeur. Le cerveau n'a pas été atteint, et le malade est sorti en bon état de l'hôpital Beaujon où il a été soigné par MM. Marjolin et Blandin. Il est aujourd'hui à la maison de convalescence de Saint-Cloud.

ment de la garde , blessé le 28 par une balle dans la tempe gauche. Hémorrhagie. Guéri.

BADOUVILLE (Frédéric), vingt ans, élève en architecture; blessé le 29. Un fragment de balle a entamé le crâne et ouvert une artère. Hémorraghies. Entré le 28 août.

Cautérisation. Guéri.

MAROTTE (Gabriel), quarante-un ans, cordonnier; le 2 8, une balle a labouré le front de droite à gauche. Guéri.

B1SSAC (Aimé), dix-sept ans, cordonnier; le 29, il reçoit un coup de sabre peu profond sur le haut de la tête.

Guéri.

PERRIGNON (Étiewwe) , cinquante-cinq ans, cordonnier; le 29, une balle a labouré le cuir chevelu et une partie du front. Guéri.

JOUANNOT(J?RAj*çois),vingt ans, manœuvre; le 29, il a reçu un coup de sabre de cuirassier sur la tête. Guéri.

LALANDET (Pierre), vingt-cinq ans, boulanger-; le 28, une balle a sillonné le front assez profondément. Guéri.

Le premier de ces malades , dont nous avons déjà parlé ailleurs, a éprouvé divers accidens qui ont donné des inquiétudes sur l'issue de la maladie. Les os de la tempe , violemment contus, se sont exfoliés, et ce travail a retardé la cicatrice. Une surdité, qui a paru dès les premiers jours de l'accident , n'a été que passagère. Les autres blessés ont été plus ou moins promptement guéris, et quelquesuns portent même encore des plaies non cicatrisées. Ce sont ceux chez qui la balle a labouré le cuir chevelu. Dans ce cas , la peau déchirée ne se cicatrise que très - difficilement.

Ainsi , sur vingt blessures affectant le crâne, treize ont été mortelles. Dans ce nombre , neuf l'ont été presque immédiatement ; les quatre autres le sont devenues un peu plus tard, en raison de la vigueur des sujets ou de

quelques autres circonstances accessoires *. mais enfin , sans qu'il y eût quelque espérance de sauver les malades. Quant aux sept autres , le traitement a dû être suivi de succès.

§ IL Plaies de la face.

PONTIEUX ( François-Louis ) , trente ■> cinq ans,broyeur de couleurs; le 28,un boulet lui a enlevé la moitié gauche de la face, c'est-à-dire l'œil , le nez et les deux mâchoires. Il n'a pas perdu connaissance. Les mouches déposèrent leurs œufs sur cette plaie énorme , qui fut bientôt remplie de petits vers.

Mort le 4 août.

MONDOT (Jean), trente-un ans, chocolatier; le 28, une balle venant d'en haut a brisé la mâchoire inférieure et pénétré dans la poitrine. Mort le 1 1 août.

FRANÇOIS (Jean), trente-un ans , charpen-

tier; le 28, une balle, entrant par la narine droite , a brisé la mâchoire supérieure et coupé en arrière un gros tronc artériel.

Mort le 1 1 août.

PRONIER (Pierre-Guillaume), soixante ans; le 28, une balle a fracturé la mâchoire inférieure. Erysipèle, délire. Mort le 14 août.

MACQUINIER ( Jean- Jacques ) , cinquanteneuf ans, porteur; le 28, une balle a brisé la mâchoire inférieure. Hémorraghies , délire.

Mort le 16 août.

Ces grands désordres ont dû entraîner la

perte des malades. Si quelques individus ont

survécu à d'énormes mutilations du visage ,

on ne peut considérer cela que comme des cas

rares qui ne forment que de légères exceptions

à la règle. Ainsi , cinq malades doivent encore

être mis au nombre de ceux qui n'ont pu être

secourus. Ceux qui suivent sont dans le cas

contraire.

GAUDIN (Jean), vingt-neuf ans, journalier. Le 28 f une balle entrée à la ra^ cine du nez, en dedans de l'œil gauche, a traversé la face départ en part et est allée sortir derrière le cou. Guéri.

MONTESSUY ( François ) , vingt-six ans , peintre d'histoire. Une balle a brisé la mâchoire inférieure et traversé le côté gauche du cou. Guéri.

QUILLIER( André-Claude) vingt-quatre ans , cordonnier. Le 28 , un biscaïen lui a brisé la mâchoire inférieure.

Guéri.

BERNARD (Jean), vingt-quatre ans , soldat du i5e léger. Le 28, une balle lui a fracturé la mâchoire inférieure.

Guéri.

MOUCHEUR (Charles), quarante ans, coiffeur. Le vingt-huit, une balle a brié en éclats la mâchoire inférieure. Guéri.

MARTIN ( Geneviève ) , soixante-cinq ans , marchande de bois. Le 28 , une balle lui a labouré la joue gauche, de la bouche a l'oreille. Guérie.

DANIEL ( Jeaiy-Baptiste), cuirassier du i#r régiment. Le 29, une balle entre dans la bouche, brise quatre dents supérieures , etsort au-dessous de lamâchoire, en blessantlalangue.

Guéri.

DUMAS (Léonard), cinquante-huit ans, maçon. Une' balle a labouré le haut de la joue droite, depuis l'œil jusqu'à l'oreille. Guéri.

VAUREUX (Louis)/ vingt-six ans , soldat du 3e régiment de la garde. Une balle a traversé la joue droite.

Guéri.

MARAIN (Joseph), vingt-trois ans, commissionnaire. Une balle a déchiré la joue droite. Pas d'accidens.

Guéri.

SAVY (Edme), cinquante-six ans, ébéniste. Le 29, une balle traverse la joue droite , et se loge au fond du gosier. Guéri.

YOUCRMANN (Pierre), vingt-neuf ans, coutelier. Le 28 , une balle a pénétré dans la joue gauche et y est restée, on ne sait où. Guéri.

(284 ) Plusieurs autres citoyens, blessés plus légèrement, ne sont restés à PHôtei-Dieu que quelques jours et nous ne les désignerons pas ici d'une manière plus exacte. Parmi ceux dont il est mention , il en est dont les blessures étaient fort graves. On a enlevé de grandes portions de l'os de la mâchoire inférieure; il y a eu des hémorrhagies qui ont cédé aux gargarismes vinaigrés , au repos complet de la partie malade et à un appareil compressif ap~ proprié. Plusieurs d'entre eux avaient, outre la blessure de la face , une plaie au cou ou à la poitrine , et cette fâcheuse complication n'a pas entraîné la mort. Il a fallu les soumettre à un régime très-sévère, les saigner copieusement, et combattre des érysipèles,qui revenaient avec beaucoup d'opiniâtreté.Voyons maintenant les plaies du cou, qui ne sont pas moins graves que celles de la mâchoire.

§ III. Plaies du cou.

COUDRA Y (René), vingt-deux ans, boulanger. Le 28, une balle lui traverse le cou; apporté ici le même jour, il meurt le 29 au matin.

SAJUDY (Joseph), quarante ans , cordonnier. Une balle a ouvert la trachée artère. Mort suffoqué le ier août.

BESSONNEAU (Léonard), vingt ans, maçon. Une balle a traversé le cou de part en part, et ouvert une grosse artère. Mort le j 1 août.

JOLY (Nicolas), quarante-six ans, charretier. Une balle a traversé le cou de gauche à droite. Pas d'accidens. Guéri.

COUDER (Jean), dix-huit ans, porteur. Le 29, une balle a passé au travers du cou, de gauche à droite, sans produire d'accidens. Guéri.

Un jeune homme de dix-neuf ans reçut, le 28, une balle qui fit une petite plaie au devant du cou. Guéri.

Les trois premiers étaient mortellement hlesses et aucun moyen ne pouvait y remédier. Quant aux trois suivans et à quelques autres que nous passons sous silence, la guérison a été prompte, et l'on a pu s'étonner de ce qu'une balle ait traversé le cou sans rien léser d'important. Lorsque l'on songe à la fréquence des blessures de cette région, quand on voit si souvent des coups de rasoir ou de couteau diviser profondément des parties qui sont si essentielles à la vie, on conçoit à peine comment les gros troncs artériels, les nerfs et autres organes , échappent à l'action des balles ou des instrumens tranchans. Cela tient à leur mobilité, qui leur permet dérouler au devant du corps qui les déplace au lieu de briser. Les artères surtout jouissent d'une élasticité remarquable, elles se prêtent aux mouvemens les plus étendus, et pour agir sur elles, il

. ( *»7 ) faut qu'une cause quelconque y arrive de la

manière la plus directe.

§ IV. Plaies de poitrine.

Nous l'avons déjà dit, ces plaies sont à la fois plus nombreuses et plus graves que celles qui atteignent les autres grandes cavités; le volume de la partie, sa position élevée et son importance bien connue , sont autant de circonstances qui expliquent cette plus grande fréquence et ce danger plus immédiat. Dans une guerre comme celle de Paris, où le rapprochement des combattans et la nature des armes ont souvent permis de choisir le but et de l'atteindre, la poitrine a été frappée dans un grand nombre de cas, et elle ne l'a pas été en vain. La plupart des cadavres portés à la Morgue présentaient des blessures dans cette région. On va voir combien

de malheureux y auraient été conduits s'ils fussent restés plus long-temps sur le champ de bataille.

Un jeune homme, inconnu, bien mis, âgé de seize à dix-huit ans, fut apporté le 27 au soir; une balle traversait la poitrine; il mourut au bout de quelques instans.

Un autre inconnu, âgé de trente ans environ , apporté le 28 au matin, mourut aussitôt avec une semblable blessure.

S ANGE (Antoine), quarante ans, sergent au 5oe de ligne; le 28, une balle traverse la poitrine de droite à gauche. Mort le même jour.

DENOlTEf Victor), gendarme, âgé de trente ans; le 28, une balle a traversé le côté gauche du thorax. Mort le même jour.

DARRAS (Auguste), trente ans, serrurier; une balle a traversé le poumon gauche. Mort le 29 juillet.

BLANQUINQUE ( Xavier), vingt-cinq ans

palfrenier; le a8, une balle est entrée dans îe côté droit de la poitrine. Mort le 3o id.

SIMONOT (François), trente-trois ans, mégissier; le 29, une balle entrée dans la poitrine y est restée.

Mort le 3o id.

REMY (Nicolas), cinquante-quatre ans, ouvrier sur les ports; un fragment de mitraille a ouvert la poitrine à droite. Mort le 3o id.

GAUDIN (Marie- Joseph), vingt-six ans, domestique; blessé le 28 par une balle qui traverse le poumon droit. Mort le 3i id.

VINCHON (Jean-Louis), trente-deux ans , soldat du i5e léger; le 29 il reçut une balle qui a traversé les deux côtés du thorax. Mort le ier août.

TENIEU (François), vingt-six ans, charretier; le 29, une balle lui traverse le côté droit delà poitrine.

Mort le 4 août.

SENPÉ (Bernard), vingt-cinq ans, soldat

<le la garde; balle dans la poitrine. Mort le 8 août.

MORIN (Charles), vingt-huit ans, couvreur; le 28, il a reçu une balle dans le côté gauche de la poitrine. Mort le 9 août.

MAILLARD (Adolphe), vingt-un ans, coiffeur; le 29, une balle a traversé le côté droit de la poitrine. Mort le 9 août.

GAULTIER (Jean-Baptiste), vingt-six ans , journalier; le 29, une balle a pénétré dans le côté gauche et y est restée. Mort le 1 1 août

BERTHOLINI (Auguste), vingt-quatre ans 7 fumiste; le 29, une balle a traversé le côté gauche de la poitrine. Mort le 12 août.

CURIOT (Claude), vingt ans, charretier; balle qui a traversé le côté gauche.

Mort le 16 août.

ALDEBERT (Jean), trente-six ans, soldat du 5oe léger; le 28 il a reçu une balle dans la poitrine, de droite à gauche. Mort le 17 août (1).

(1) Recueilli en ville, ce militaire fut pansé avec zèle.

( agi )

-GUER1N (Pierre), trente-cinq ans, broyeur de couleurs; le 28 , il fut atteint d'une balle qui pénétra dans le côté droit de la poitrine ; il y eut aussi une grave blessure au bras.

Mort le 18 août.

GUILLON (Catherine), trente-cinq ans, cuisinière; le 28, une balle a traversé de part en part le côté gauche de la poitrine, une autre balle a entamé le bras droit. Morte le 9 septembre.

Sur vingt décès causés par des plaies pénétrantes de la poitrine , dix sont survenus dans les deux ou trois jours qui ont suivi la blessure. Plusieurs ont eu lieu au bout de quelques heures, et ceux qui se sont fait at^ tendre davantage ne nous ont jamais paru

Par malheur le chirurgien qui le saigna ouvrit l'artère du bras et donna lieu à de graves accidens. Nous devons dire cependant que la mort a été tout- à-fait -indépendante de ce fâcheux accessoire.

i 2#a ) devoir arrivera une issue favorable. Des fractures de cotes,, la perforation de l'omoplate, des hémorrhagies intérieures, l'emphysème le plus rapide, et une suffocation sans cesse croissante, tels sont les symptômes qui présageaient une terminaison funeste. En vain de nombreuses saignées étaient faites, en vain on s'opposait à l'entrée de l'air dans la cavité de la poitrine ; une fièvre ardente se déclarait bientôt , la pleurésie et l'inflammation du poumon lui-même se développaient avec force, et la mort en était la suite inévitable. Voyons maintenant ceux qui ont survécu à toutes ces causes de destruction.

POÎNTIER (Jacques) , quarante-sept ans , journalier; le 28 il reçoit un coup de sabre de cuirassier qui traverse de part en part le côté droit de la poitrine. Guéri en vingt jours.

MILLET (Françoise) , quatorze ans , dévideuse; le 28 , une balle a traversé le côté droit de la poitrine.

Aucun accident. Epileptique et presque idiote ; elle est sortie guérie le 27 août.

HUMBLOT (Barbe) , trente-neuf ans , concierge ; une balle a traversé le côté droit de la poitrine, de part en part; il ne paraît pas que le poumon ait été blessé. Guérie.

DUVÏN (Charles-Michel), dix-sept ans, plaqueur en argent. Le 29, en entrant au Louvre , un biscaïen a passé au travers du côté gauche delà poitrine. Sorti convalescent le 20 septembre.

BONNAFGUX (Alexis), vingt-deux ans, tailleur; le 28, une balle a pénétré dans le côté droit du thorax d'où on Ta extraite. Guéri le 2 septembre.

ÏAVERNIER (Paul-Joseph) , vingt-cinq ans , menuisier ; une balle a traversé la poitrine et a côntus le poumon. Guéri le 19 août.

METCIER (Jacob) , quarante-huit ans , maçon ; une balle a traversé le côté gauche de la poitrine ; accidens graves. Guéri le 1 4 septembre.

LATERGNE (Jeaf) , vingt-trois ans, maçon; le 28, une balle a pénétré dans lapoitrine et y est restée. En voie de guérison le 26 septembre.

BELHOTE (Joseph), vingt-un ans, imprimeur; un coup de baïonnette entrant dans le dos , a pénétré dans le poumon droit. Guéri.

MOREAU (Louis), trente-un ans, maçon; le 28, une balle a traversé le haut de la poitrine à droite ; accidens graves. En voie de guérison.

Ces dix malades, bien que très-gravement blessés , ont dû leur salut à Pétat d'intégrité des côtes. Il est certain en. effet qu'une côte entièrement fracturée par une balle, présente toujours un grand nombre de fragmens,d'esquilles pointues qui irritent le poumon , donnent lieu à une inflammation des plus vio~

( 2g5 ) Jeu les et rendent tout traitement peu efficace. La fracture de l'omoplate n'entraîne pas les mêmes inconvénient, parce que ses débris ne touchent pas l'organe respiratoire. Quand une ou plusieurs côtes sont senlement entamées dans une partie de leur épaisseur, le danger est beaucoup moindre, parce que les fragmensne sont pas mobiles. Quand au mode de curation des plaies pénétrantes de la poitrine , on les a toutes réunies, sans avoir égard àl'épanchement du sang qui se formait à l'intérieur. Il n'y a plus aujourd'hui de doute à cet égard , et l'expérience prouve que toutes ces blessures doivent être fermées avec le plus grand soin, quitte à ouvrir plus tard les abcès qui voudront se faire jour au dehors.

Nous avons observé un certain nombre de plaies non pénétrantes, et cependant assez remarquables. En voici quelques exemples,

PROVOST (Florentine), vingt-deux ans , couturière; le 28, une balle qui avait traversé la poitrine d'un homme placé devant elle, entra dans le sein droit et s'y logea profondément. Guérie le 21 août.

TERSAINT ( Auguste), vingt-cinq ans; sergent au 5oe de ligne , une balle a percé le côté externe de la poitrine et coutus le poumon.

Guéri.

BASTAUD (Clément), quarante-six ans, cuisinier; une balle a déchiré les muscles de la poitrine et brisé le bras. Guéri.

LEBOIS (Joseph), dix-huit ans, maçon; le 28 , penché en courant, une balle a labouré le dos à droite sans pénétrer. Guéri.

ANDRÉ (Jacques), vingt-deux ans, tailleur; le 29, une balle a parcouru un trajet de trois pouces au-devant de la poitrine. Guéri.

GRAND ( Philippe ), vingt-cinq ans, sergent au 5e de ligne ; une balle a labouré le devant du thorax à gaii-

che, clans retendue de quatre pouces. Guéri.

BËCRIAUX (Jean), vingt-cinq ans, tourneur; une balle a passé au travers du dos, dans une étendue de trois pouces. Guéri.

En joignant à cette liste trois individus blessés de coups de fleuret déboutonné , nous aurons un effectif de quarante plaies de poitrine

sur lesquelles un quart a été suivi de la perte du malade. C'est une chose très-digne de remarque , en effet , que ces blessures si graves et si promptement mortelles dans beaucoup de cas , guérissent très-bien dans d'autres, et fournissent, proportion gardée, moins de décès que les plaies pénétrantes du cerveau ou de la cavité abdominale. Quand un poumon se trouve altéré gravement dans sa structure et ses fonctions , on voit l'autre suppléer son congénère et redoubler d'acti-

098) vite pour entretenir la vie. C'est ce que nous avons observé chez le jeune Duvin et chez plusieurs autres malades qui sont aujourd'hui guéris.

§ V. Plaies du ventre.

Ici encore nous verrons un grand nombre de malheureux succombant à d'irrémédiables lésions des organes contenus dans la cavité abdominale. La mort est moins prompte que dans les plaies de poitrine , à moins qu'un gros tronc artériel ou veineux n'ait été ouvert. L'ouverture accidentelle de quelques organes tels que l'estomac, les intestins, la vésicule du fiel, les reins, etc., qui tous contiennent des matières étrangères, donne lieu à des épanchemens qui produisent une in^ flammation interne de l'espèce la plus grave*

JOCQUET (Julien), cinquante ans Journalier, le 28 , il reçoit une balle au milieu du ventre. Apporté ici, et mort une heure après.

DUCOURTY (Julien), dix-neuf ans, menuisier;, un coup de feu a largement ouvert le ventre au côté gauche.

Mort le 28,

SAINTOINf (Louis), trente ans, grenadier du premier régiment de la garde royale ; une balle a traversé le ventre de part en part. Mort le vingt-neuf.

PERICAUD ( Antoine), soldat de la garde royale ;le 26 il a reçu une balle dans le ventre. Il meurt le même jour.

RENAL (Jean), trente ans, commission naire, une balle entrée dans le ventre a produit une grande hémorrhagie. Mort le 3o.

LAVOYE (François), trente-deux ans, commissionnaire ; balle pénétrant dans le ventre ; une se nie ouverture. Mort le 3o août.

YISMONT (Renaud), vingt-sept ans, soldat

( 3oo )

du 7e suisse; une balle a traversé le ventre de droite à gauche. Mojrt le 3o août.

TOSSON (Jacques), vingt-deux ans, comraissionnaire; il a reçu le 29 une balle dans le milieu de l'abdomen. Mort le 3o août.

CATHOR1NE (Denis), cinquante-un ans, bardeur; le 29, il a reçu une balle dans le flanc gauche; pas sortie. Mort le 3i août.

VANNIER (Aristide), vingt-un ans, tonnellier; une balle a traversé le flanc droit de part en part; hémorrhagie. Mort le 3i août.

GAUVENET (Pierre), vingt ans, serrurier; le 29, il a reçu une balle dans la région de l'ombilic. Mort le Ier r août.

JANNET (Georges), trente ans, soldat suisse; une balle dans le côté droit; blessure du foie ; péritonite. Mort le 2 août.

.DAMAS (Louis), vingt-sept ans, cordonnier; le 2Q, une balle pénètre dans le

( Soi )

coté droit, blesse le foie, brise les côtes. Mort le 1 1 août.

THOMAS (Adolphe), dix-neuf ans, marchand de vin ; une balle qui avait brisé !e bras droit, a passédansle côté droit du ventre, a blessé le foie et produit une péritonite.

Mort le 21 août.

Voici encore quatorze décès dont la science n'est pas comptable, car sur ce nombre, deux seulement ne sont pas survenus dans les premiers jours de la blessure. Tous les autres frappés d'une stupeur plus ou moins profonde gissaient sur un lit de douleur sans se mouvoir, pâles, jaunes, le corps froid, couvert d'une sueur visqueuse; ils expiraient en cet état, ou bien , si quelque boisson un peu excitante les relevait de cet abattement, bientôt de vives douleurs se développaient dans le ventre, cette région se tendait, les vomissemens survenaient, abondans, continuels,

jusqu'à ce que la mort mît un terme à cette scène désolante. Combien n'en avons -nous pas vu périr ainsi, qui, jeunes et pleins de force, se sentaient défaillir et ne trouvaient plus même le courage de regretter la vie? Les grandes lésions du ventre entraînent promptement à leur suite une sombre tristesse, les malades donnent à peine un souvenir aux objets de leurs plus chères affections, et la mort les frappe au milieu d'une indifférence qui n'étonne pas moins qu'elle n'afflige ceux à qui il arrive d'en être témoins.

Mais les blessures ne sont pas toujours aussi graves et quelques circonstances heureuses permettent aux malades de revenir non seusement à la vie, mais aux sentimnes qui seuls l'embellissent. Voyons ceux qui ont recouvré la santé.

RAOUT (Pierre), quarante-six ans, bro-

canteur; le ^8, une balle a traversé le flanc gauche; accklens graves. Guéri le 6 septembre.

RUELLE (Antoine), vingt ans, couvreur; une balle a parcouru le flanc gauche de haut en bas. Sorti guéri le 16 août.

FLEURANT (Thérèse), quarante-deux ans, marchande des quatre saisons.

Une balle a traversé le flanc gauche d'arrière en avant. En voie de guérison le -i5 septembre.

MA1LLOTZ (Bernard), vingt-cinq ans, soldat du j 5e léger ; une balle a traversé le flanc gauche et s'est logée dans la main de ce côté. Elle a parcouru un trajet de cinq pouces.

Guéri le to août,

PONTIER (Pierre), trente-quatre ans, blanchisseur; une balle a traversé le flanc gauche d'arrière en avant; blessure de l'intestin. Guéri le 1 6 août.

DAMPAUX (Etienne), vingt-huit ans, camioneur ; une balle a pénétré

dans le flanc gauche, elle y est restée. Accidens graves. Guéri.

-GUI Fi.LA.UMET (Eugène), treize ans , orfèvre; une balle a traversé le flanc droit de devant en arrière. Sort guéri îe 2 5 août.

On ne s'étonnera pas de ce grand nombre de blessures affectant le flanc gauche, quand on réfléchira à la manière dont se place un homme qui combat. Le fusil soutenu par le bras gauche étendu, entraîne une demi-rotation de tout le corps dans cette direction; c'est ainsi que l'on s'efface, que l'on présente k son ennemi une surface la moins grande possible et que l'on diminue par conséquent les chances défavorables. C'est ce qui explique pourquoi nous avons vu trois fois plus de fractures affectant le membre gauche que le droit, et pourquoi les blessures ont été plus graves de ce côté que de l'autre.

Avant de parler des plaies du bas -ventre proprement dit, nous ne devons pas oublier de faire mention de plusieurs malades dont la partie antérieure de l'abdomen a été frappée par des balles mortes. La contusion de cette partie du corps est très-douloureuse , et chez l'un de nos blessés , il fallut combattre une vive inflammation qui lui succéda.

§ VI. Plaies du bassin.

FRANÇOIS (Fidèle), trente ans, gendarme; le ^ 28, un coup de feu à bout portant l'atteint au-dessus de l'aine gauche, ouvre l'artère iliaque qui fut liée; la mort survint au bout d'une heure.

FORGERON (Jean), quarante -quatre ans, charretier; le 28, il reçoit une balle dans la région de la vessie; apporté ici, il meurt le même jour.

Une inconnue , de cinquante-six ans en-

viron; apportée ie 29; une balle traverse le bassin de gauche à droite. Morte le même jour.

DESVAUX (Prosper), vingt-trois ans , journalier; le 29, une balle traverse le bas-ventre de devant en arrière. Mort le 3o.

Un inconnu , âgé de trente ans , apporté le 29; une balle a pénétré dans l'aine gauche et ouvert une artère. Mort le 3 t.

LECOEUR (Geneviève), vingt -quatre ans ; le 29 , une balle passe au travers du bassin , brise les os. Morte le 2 août.

DULONDEL (Irénée) , trente ans, fourrier de la garde royale ; une balle a ouvert la vessie et le rectum, fracturé les os. Mort le 8 septembre.

CHENAUX (Pierre), vingt-deux ans, soldat du 7e régiment suisse ; une balle a traversé le bassin , brisé les os; inflammations graves. Mort le 20 septembre.

RAILLARD (Antoine), trente-deux ans, bottier ; une balle a pénétré au travers de la fesse jusque dans le bassin où elle est restée. Mort le 22 août.

Ici encore se retrouvent des blessures d'une extrême gravité, et l'on en peut juger à la promptitude de leur terminaison funeste. Trois seulement sur neuf ont donné quelque espoir de guérison ; à force de soins et de patience, la santé paraissait devoir revenir; mais ces malheureux ont succombé à des désordres profonds que l'art ne peut ni prévoir ni guérir. Ceux dont les noms suivent se portent bien aujourd'hui , quoique quelques-uns aient éprouvé des lésons fort dangereuses.

EUBÉE (Louis) , vingt-deux ans , lapidaire ; le 28, il reçoit une balle qui passe au-dessous de la racine de la verge et se loge dans les bour-

( 3oS )

ses , d'où on l'a extraite. En voie de guérison.

FAUDOIS (Nicolas), cinquante • huit ans, corroyeur; le 28 , une balle a blessé et mis à nu le testicule gauche ; on Ta amputé. La même balle a traversé la cuisse droite.

Guéri.

VILLECOQ ( Alexandre ) , vingt-sept ans , sergent de la garde royale ; le 29, une balle qui avait traversé le devant de la cuisse droite, s'est logée dans la peau de la verge. Guéri.

LEBRETON (Edouard), trente-deux ans, marchand forain ; le 29', une balle a traversé la verge à sa base et est allée se loger dans la cuisse droite. Sorti guéri le 19 août.

HERBINIER (Jean), vingt-deux ans, marchand de légumes; une balle a traversé la verge dans son milieu, elle a également traversé les bourses, puis la cuisse, faisant

ainsi six ouvertures. Guéri le 6 septembre.

DUEZ (Louis), vingt-trois an$, perruquier; le 28, les deux fesses ont été traversées de part en part, chacune par une balle; pas d'accidens. Sorti guéri le 12 août.

PETITOT (Nicolas), vingt-sept ans, menuisier; une balle s'est logée dans la fesse gauche; on n'a pu la découvrir. Guéri le 28 août.

LEBLOND ( Sebastien ) , quarante - quatre ans. couvreur; une balle a labouré la hanche droite, dans la partie supérieure. Guéri.

THOMAS ( Louis ) , quarante-deux ans, bottier; une balle a traversé la partie supérieure de la fesse droite.

Sorti guéri.

LETEL1ER (Alphonse), quatorze ans, ébéniste; le 28, une balle a labouré le bas de l'aine et de la fesse droite. Sorti , et mort chez lui le 12 août.

LAMBERT (Ferdinand), vingt-deux ans , cocher; le 29 , il a reçu un coup de

lance dans la fesse gauche. Pas d'accidens. Guéri le 16 août.

CROZE (Etienne), vingt -quatre ans, soldat du 5e léger; une balle s'est logée dans le haut de la hanche droite.

Guéri.

GIGUIER (Marie), cinquante ans, gilettière ; le 29 , une balle entrée un peu au-dessus de l'aine est sortie en arrière du bassin. Pas d'accidens graves. En voie de guérison.

Nous pourrions ajouter à ces douze noms celui de plusieurs individus qui ont reçu de fortes contusions sur cette même partie du corps, soit par des coups de crosse de fusil, soit par la chute d'un pavé , le froissement d'une roue de canon et autres causes également puissantes. En général y la guérison de ces blessures a été difficile, parce que Fépaisseur des organes qui recouvent cette région ne permet pas de combattre efficacement les inflammations qui s'y développent. Il arrive

aussi très-souvent que la commotion reçue par les os du bassin se transmet aux organes qu'ils contiennent, et interrompt leurs fonctions ; la paralysie de la vessie et celle du rectum exigent alors des moyens tout particuliers. Quant à la lésion de certains organes qui n'ont qu'une importance relative, elle ne compromet jamais la vie des individus, au moins d'une manière directe; mais elle devient la cause déterminante d'une disposition d'esprit non moins fâcheuse que difficile à combattre. Les hommes ainsi mutilés deviennent taciturnes, sombres; ils fuient leurs semblables £t sont portés au suicide. Il serait curieux de rechercher quel sentiment moral est mis en jeu dans cette circonstance. Nous abandonnons ce soin, qui nous entraînerait trop loin du sujet dont nous nous occupons en ce moment.

§ VII. Fractures des membres.

Les fractures des os entrent pour plus d'un quart dans le nombre total des blessures soignées à l'Hôtel-Dieu. Déjà si graves par ellesmêmes, ces lésions le sont infiniment plus quand elles sont le résultat d'un coup de feu, parce que la plaie qui les complique entraîne une foule d'accidens auxquels peu de malades ont le bonheur de résister.

Un Veillard inconnu fut apporté le 29; la jambe droite était brisée. Hémorraghie grave. Mor.t au bout de deux heures.

IMBAULT (Adrien), vingt-quatre ans, peintre; le 29, une balle lui brise la jambe droite. Apporté le 3o, il meurt le même jour.

BALLET (Désire), vingt-cinq ans, coiffeur; le 29 , une balle a brisé le haut de la cuisse gauche. Mort le 2 août.

CHARPENTIER ( Charles) , trente-cinq ans ,

sous-lieutenant du 3e régiment de la garde royale ; une balle a brisé la cuisse gauche. Délire.

Mort le 4 août.

BRESSIEUX (Antoine), dix-huit ans, boutonnier ; le 28 , une balle lui a fracturé la jambe droite. Stupeur, délire. Mort le 4 août.

BEURRIER (Claude), vingt-sept ans, charpentier ; le 29 , une balle a brisé le bas de la cuisse droite. Il refuse l'amputation. Mort le 8 août.

GREMAUD (Michel), trente ans , broyeur; le 28 , une balle a fracturé l'avantbras gauche. Accidens nerveux.

Mort le 1 o août.

MOTE (Etienne), vingt-un ans, doreur; une balle a brisé la jambe gauche.

Fièvre, délire, stupeur. Mort le 10 août.

POETTER (Willelhm), dix-neuf ans, tailleur; une balle a traversé l'épaule gauche. Mort le 1 4 août.

SENECHAL (Antoine), soixante-huit ans; une balle a brisé la jambe gauche.

Érysipèle, hémorraghies. Mort le i5 août.

LIARD (André), trente-quatre ans , maçon; une balle a brisé le haut du tibia gauche et blessé le genou. Mort le 1 5 août.

SOUHIER (Louis), vingt-deux ans, soldat du 6e régiment de la garde royale; une balle a brisé le bas de la cuisse gauche. Stupeur. Mort le i5 août.

HERBE (Jean-Baptiste), trente-sept ans,

graveur. Le 28, une balle lui

brise la cuisse droite. Stupeur,

délire , accidens graves. Mort le

1 7 août.

GRIER (Antoine), vingt-neuf ans , ouvrier des ports; une balle a brisé le bas des deux jambes; c'était un cas de double amputation. Le malade s'y est refusé. Mort le 18 août.

BARREAU (Benjamin), quarante et un ans, charretier. Une balle a traversé la partie supérieure du bras droit.

Mort le 18 août.

MANCHON (Antoine), dix-neuf ans, menuisier. Le 28 , une balle a brisé le haut du bras droit; accidens nerveux. Mort le 18 août.

HENNERLY ( Abraham ) , dix-neuf ans , soldat du 7e régiment suisse; une balle a brisé la cuisse à sa partie moyenne» Mort le 22 août.

MORISGT (Nicolas), cinquante ans, pâtissier. Une balle a brisé l'avant-bras gauche ; une autre a blessé le droit. Mort le 19 août.

LEGER (Joseph), trente-quatre ans, tailleur. Le 29, une balle a brisé la partie supérieure de l'os de la cuisse.

Mort le 2 3 août.

LEONARD (Anjye), cinquante-quatre ans , brodeuse. Le 28 un fragment de boulet a emporté le moignon de l'épaule. Morte le 24 août.

LANDEMAINE (Louis), vingt-sept ans, emballeur. Le 28 , une balle traverse le haut de la jambe gauche. Mort le 26 août.

DIARD (Pierre-François), trente-sept ans serrurier. Le 28 une balle a tra-

versé le genou gauche. Stupeur, aecidens graves. Mort le 28 août.

FIRER (Martin), vingt-trois ans ^ imprimeur. Une balle a brisé le fémur dans l'articulation de la hanche.

Mort le 29 août.

ROUZEE (Balthazar), trente ans, compositeur d'imprimerie; le 28, une balle a brisé la jambe droite. Mort le 3i août.

DALIFÀR (Auguste), vingt-trois ans , herboriste, le 28 une balle a fracturé le tibia du côté droit. Mort le Ier septembre.

PARS1S (Pierre), vingt-six ans, tourneur; le 28, une ballea fracturé les deux os de la jambe gauche. Mort le 2 septembre.

MU LLER ( Joseph ) , trente-six ans , soldat du 7e régiment suisse ; le 29, une balle a traversé le genou droit.

Mort le r5 septembre.

GAULTIER (Amable), trente-sept ans, gendarme d'élite; le 28, une balle lui a traversé le genou droit. Mort le 17 septembre.

L ABARBE ( Marie-Ferdinand ) , vingt-neuf ans, étudiant en médecine; le 28, une balle a fracturé le péroné gauche. Il sort de l'hôpital le i3 août et meurt chez lui le 1 5 ici.

Sur ces vingt-neufindividus morts avec des fractures, il en est environ huit qui ont succombé immédiatement ou bien qui n'ont survécu que quelques jours à des blessures qui exigeaient impérieusement des amputations qui furent refusées. Restent vingt malades auxquels on a essayé de conserver des membres qui ne paraissaient pas devoir être sacrifiés de prime-abord. L'événement a prouvé qu'il eût mieux valu amputer aussitôt; mais il resterait encore, pour diminuer le regret de cette omission consciencieuse, la certitude d'un grand nombre de décès , même parmi les amputés ; car il ne faut pas oublier que l'ablation d'un membre n\st jamais exempte de

danger. Il est très-vrai que l'on n'a pas fait à l'Hôtel-Dieu un aussi grand nombre d'amputations qu'on l'aurait dû; mais cette réserve commandée par beaucoup de circonstances accessoires , n'a pas produit de résultats bien fâcheux , puisque le relevé de nos observations d'amputés, prouve que les décès ont été presque aussi nombreux parmi ces derniers. Il est certain aussi que plusieurs malades auront conservé des membres qu'ils eussent perdu , si l'on eût agi avec moins de mesure. Tels sont les suivans :

TRUFFIER (Joseph), trente et un ans, cordonnier; le 28 , un biscaïen brise le haut du bras droit. Fracture consolidée , le s5 septembre.

DESCOMBES (Jacques), trente-deux ans, soldat du 7e régiment suisse j le ^8 , une balle brise la cuisse gauche en son milieu. Guéri.

COMMANDOIR (Michel), vingt -six ans,

cuirassier du 1 e* régiment ; le 28 , une balle a brisé la jambe gauche.

Guéri.

MOSER (Joseph), trente ans, dn 7e régiment suisse; le 28, une balle a fracturé la jambe gauche. Guéri.

MOREAU (André- Joseph), vingt-huit ans, cordonnier; le vingt-huit une balle a fracturé la jambe gauche.

Guéri.

PROUTEAU (Claude -Michel), trente-trois ans, peintre enbâtimens; le 28, une balle a brisé la cuisse gauche. Guéri.

CRAMEL (Auguste), quarante-quatre a 21s, sellier; le 28, une balle a brisé le bas du tibia gauche. Guéri.

BONTEMS ( Madeleine ) , quarante-un ans , journalière; le 28, une balle a fracturé le bras gauche à sa partie supérieure; une autre balle a blessé la poitrine. Bien guérie.

BRIVOIS (Nicolas), quarante-six ans , officier retraité ; le 29 , une balle a traversé l'épaule droite , et brisé

la tête de l'os : pas d'accidens.

Guéri.

RIGAULT (Henri -Adolphe), dix-sept ans, domestique; le 29, une balle a brisé la cuisse et l'avant -bras gauche. En voie de guérison.

BAILLY ( Charles ),. trente ans, tailleur; le 29, une balle a brisé le brasgauche à sa partie moyenne. En voie de guérison.

GRAVANT ( Zacharie), quarante-un ans, mécanicien; le 29, un coup de crosse a brisé la clavicule gauche.

Guéri.

BESSON (Adolphe), vingt-six ans, imprimeur; le 29, une balle a brisé la jambe gauche; accidens graves.

En voie de guérison.

TARRADE (Antoine), vingt ans, teinturier; le 29, une balle passe au travers du genou gauche; il allait malle 24 août lorsqu'il voulut sortir de l'hôpital. Probablement mort chez lui.

KUEUZÉ (Jean), vingt-sept ans, soldat du 7e régiment suisse; le 28, une

balle a brisé la jambe droite et traversé la gauche. Il est en voie de guérison , 3o septembre.

MICHEL (François), quarante-deux ans, journalier; le 28, une balle a fracturé les deux os de l'avant-bras gauche. Guéri.

RELSCH (Jean-Michel), trente-trois ans, mécanicien; le 28, une balle a fracturé le haut du péroné.

Guéri.

MEUNIER (Jean), vingt-huit ans , commissionnaire ; le 29 , une balle a fracturé le bras gauche à sa partie supérieure. Guéri.

GRENIER ( Lucien ) , vingt-huit ans, plombier; le 29, une balle a brisé l'articulation du coude gauche. En voie de guérison le 16 septembre.

GOUGIRUS (Raptiste), vingt-quatre ans, fondeur; le 28, une balle a brisé la cuisse gauche ; accidens graves.

En voie de guérison le 26 septembre.

DESAUNE (Philippe), trente - six ans,

maçon; le 28, une balle a fracturé la cuisse droite. En voie de guérison le 28 septembre.

DORLET ( JeajO, dix-sept ans, chiffonnier; le 28, une balle a fracturé un os de l'avant-bras gauche. Guéri.

Vingt-deux malades affectés de fractures des os des membres par armes à feu, et dans des circonstances telles que nous les avons fait connaître, ont été guéris et peuvent aujourd'huipour la plupart, reprendre rangdans la société. En réduisant le nombre des décès comme nous lavons fait dans le paragraphe précédent, on voit que la moitié environ des fractures a été guérie, et un tel résultat ne paraîtra pas peu avantageux à ceux qui réfléchiront à tous les obstacles que l'on a eu à vaincre. On devra certainement attribuer un aussi beau résultat aux soins prodigues à ces malades. La plupart étaient f&iisés tous les

jours par M. Dupuytren, et personne, à notre avis, ne dispose un appareil de fracture cottfmele chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu. Voyons maintenant les malades à qui l'amputation des membres a du être pratiquée , soit immédiatement, soit plus tard, lorsque les accidens consécutifs forçaient le malade ou le chirurgien à s'y décider.

HÉRISSON (Louis), vingt-trois ans, tourneur en cuivre ; le 28 , un biscaïen brise le bas de la cuisse; elle est amputée aussitôt. Le même projectile déchire le haut de la jambe gauche. Hémorrhagies, gangrène; on ampute la cuisse gauche le 2 août. Mort le 6 août.

V A.SSELIN ( François ) , trente-neuf ans , journalier; un biscaïen brise le haut de la jambe gaucb^p; on ampute aussitôt la cuisse. Mort le 19 août.

DESROCHES (Valentin) , vingt-cinq ans , menuisier; le 28, une balle a brisé le genou gauche et déchiré la jambe droite. On a amputé la cuisse gauche le 14 août. Mort le 17 idem.

RODILLON (Antoine Hyppolite), vingt-trois ans, étudiant en droit ; le 28, un boulet a brisé le genou droit ; on ampute aussitôt la cuisse ; il sort convalescent , des accidens surviennent. Mort chez lui le 7 septembre.

MICHELON (Jean), quarante-sept ans, scieur de long; le 28, un boulet a coupé le genou gauche ; amputation sur-le-champ. Mort le 22 août.

GATINEAU (Charles) , quarante-un ans , peintre; le 28, une balle brise le genou gauche; refus de l'amputation ; on la fait le 6 août.

Mort le \ o septembre.

MIOT (Charles), vingt-huit ans, bonnetier; le 28, une balle a traversé le genou droit. On coupe la cuisse le 19 août. Mort le iet septembre.

SENELLE (Jean-Louis), seize ans, perruquier; le 28, une balle a fracturé la cuise gauche. Amputation le 3 septembre. Mort le 1 g idem.

LASAUVAGÈRE (Louis), vingt-cinq ans, doreur ; le 28 , une balle a brisé le bas des deux jambes. Il entre mourantàl'Hôtel-Dieu le 20 août.

On ampute la cuisse gauche le 1e1 septembre. Mort le 19 idem.

METZEAU (André), trente-deux ans, tailleur de pierres; le 29 , une balle lui a brisé le bas des deux jambes ; il refuse l'amputation, Le 6 septembre on coupe la jambe droite, Mort le i3 idem.

BOISSEL (Louis), quarante-cinq ans, peintre; le 29, une balle a brisé la jambe gauche que l'on coupe aussitôt.

Mort le 6 août.

DESPRÉAUX (Prudent), trente-cinq ans, domestique, le 28, une balle fracture la jambe gauche, on la coupe de suite. Mort le 1 2 août.

BAUDIN (Clément), quarante-cinq ans, peintre ; le 28, une balle a brisé la

tête de l'os du bras; il refuse l'amputation ; on la pratique enfin dans l'articulation le 8 septembre. Mort le 16 id.

DESTOUCHES (Quentin) , soixante-quatre ans \ pâtissier; le 28, une balle a brisé le coude gauche. Amputation le \[\ août. Mort le 20 id.

THOMAS (Adolphe), dix-neuf ans, marchand de vin ; le 28, une balle fracture l'avant-bras droit. On ampute le bras. Mort le 21 août.

BELLEMAIN (Jean-Baptiste) , soldat du 6* régiment de la garde royale ; le 28, une balle a brisé le bras gauche ; on ampute aussitôt.

Mort le 22 août.

Seize amputations ont été faites sans succès , et sur ce nombre il y en a huit qui n'ont été pratiquées que comme un moyen extrême, lorsque toute autre espérance de guérison était ravie. Les malades s'y étaient pour la plupart refusés lors de l'accident, et ils ne

( 327 ) se résignèrent à la supporter que quand ils

se sentaient mourir. On conçoit dès lors tout le désavantage d'une telle position , et le praticien n'est plus comptable des suites de l'événement. Plusieurs , bien qu'amputés surle-champ, portaient en outre de graves blessures, soit à un autre membre, soit au tronc; il n'en faut pas tant pour compromettre le succès de l'opération la plus heureusement faite. Nous exposons fidèlement nos revers; les noms, les dates, les modes d'opération sont exactement rapportés, et les registres de l'Hôtel-Dieu en font foi. Voyons maintenant nos succès, et faisons connaître les circonstances au milieu desquelles nous les avons obtenus.

GAUDRON (François) , vingt-quatre ans , maçon ; le 28 , un boulet a brisé !e genou gauche. On ampute aussitôt la cuisse, Guéri.

LURRIER (Matthieu), trente-trois ans , corroyeur ; le 28, un boulet a coupé le genou droit. Cuisse amputée sur-le-champ. Guéri.

BASTAUD (Clément) i quarante-six ans, cuisinier; le 29, une balle brise le haut du bras droit. On ampute dans l'articulation. Guéri.

B1SSON (Michel), trente-cinq ans, cocher; le 28, une balle a fracturé le bras très-haut, Amputation dans l'articulation. Guéri.

HAMOT (Antoine) , vingt-six ans , clerc de notaire; le 29, une balle brise le bras gauche ; on ampute aussitôt au milieu. Guéri.

SIPOLI ( Sébastien ) , vingt-cinq ans, soldat de la garde royale; le 29, une balle brise le bras droit. Amputation sur-le-champ. Guéri.

ISAMBART (Charles) , soixante-un ans , retraité; le 28 , une balle brise Je coude droit. Amputation le 21 août. En voie de guérison.

DUÏILLEUL (Henri), vingt-neuf ans, ton-

tiellier; le 28, une balle a fracturé le coude droit. Amputé surle-champ. Guéri.

DESPRETS (Louis), trente ans, imprimeur; le 28, une balle a brisé le coude gauche : on ampute le bras aussitôt. Guéri.

PICARD (Pierre), trente-cinq ans, tanneur; le 28, un fusil qui éclate lui brise la main gauche. Amputation du poignet. Guéri.

PARIS (Théodore), trente ans, cartonnier; le 29 , une balle lui écrase la main : on coupe aussitôt le poignet droit. Guéri.

Ainsi onze amputés sont aujourd'hui guéris. Nous pourrions y joindre six ou sept individus auxquels on a enlevé un ou plusieurs doigts et qui sont également hors d'affaire. L'un deux, cependant, le nommé Jacques Louvet, auquel on avait amputé le doigt indicateur gauche , écrasé par une balle, est mort le i5

( 53o ) août de symptômes nerveux dépendant d'une cause morale. Une femme avec qui il devait se marier, changea de sentiment pendant qu'il était à l'hôpital et ne vint pas le visiter. Il en conçut un violent chagrin et succomba au bout de quelques jours. Nouvelle preuve de la fâcheuse influence qu'exercent sur les blessés les passions tristes, et en général toutes les impressions morales vives. Quant aux malades amputés et guéris, il en est qui ont résisté à des accklens bien graves. Le nommé Picard, dont la main avait été déchirée par l'explosion de son fusil, était en outre brûlé de la tête aux pieds, la poudre ayant mis le feu à ses vètemens. Clément Bastaud, dont nous avons déjà fait mention à divers reprises, et qui a subi l'amputation du bras dans l'articulation, portait au devant de !a poitrine, une énorme plaie produite par le passage

( 33. ) d'une balle au travers des muselés qui recouvrent cette région. Malgré tout cela , le succès a été complet, et cet homme, doué d'un courage à toute épreuve, se repose maintenant à Saînt-Cloud.

En résumé, soixante dix-huit malades se ■ sont présentés à l'Hôtel-Dieu avec des fractures des os des membres. Il a été pratiqué vingt-sept amputations, sans compter celles d'un ou plusieurs doigts , ce qui en porterait le nombre à trente-quatre ; sur ces soixante-dixhuit fractures, trente-trois sont guéries, quarante cinq ont entraîné la perte des malades. Cette proportion est énorme, nous le savons bien , mais on n'oubliera pas que sur ces quarante-cinq décès , le tiers environ est survenu dans les premiers jours qui ont suivi l'accident, ou lorsque après avoir refusé l'amputation regardée tout il abord cornu; e indis-

pensable , le patient s'y résignait enfin quand tout espoir de guérison était perdu. On se souviendra également que beaucoup de malades frappés à bout portant, ont offert la stupeur et autres symptômes nerveux à un très-haut degré; que d'autres bientôt guéris de leurs fractures, ont été emportés par des accidens imprévus ou par les désordres existant dans d'autres organes intérieurs. Ces considérations et quelques autres encore que l'on pourrait faire valoir, rendent compte des résultats obtenus et font voir quelle part, dans les succès ou les revers, doit être attribuée à la science. Lorsque chaque chirurgien des hôpitaux aura publié un état exact et circonstancié des blessures qu'il a reçues dans son service , qn'il aura fait connaître le mode de traitement employé, etc., on pourra juger alors la grande question de la valeur relative des

( 353 ) moyens curatifs mis en usage. Jusque là, tout ce que l'on dit n'a aucune valeur, et le public s'abstiendra de croire les choses sans fondement, sans authenticité, quel'onlivreà sa curiosité. Mais poursuivons notre travail, et faisons voir que même à VHôtel-Dieu, il est facile de guérir presque tous ses malades.

§ VIII. Plaies pénétrantes des membres.

NousTie pourrions, sans allonger indéfiniment ce travail, indiquer en particulier chacun des cas dont il nous reste à parler. Il suffira de consigner ici le relevé des différens groupes de blessures, et défaire connaître d'une manière générale l'espèce à laquelle elles appartiennent, leur quantité relative et leur terminaison.

Chez trente malades , la cuisse a été atteinte par un coup de feu. Deux d'entre eux ont eu

( 534 ; les deux cuisses traversées par une même balle. Les deux tiers ont été blessés à la cuisse gauche; nous en avons donné la raison qui s'applique dans cette circonstance à toutes les blessures; le rapport est constamment de quatre sur six, et quelquefois cinq. Chez quatorze malades, la cuisse a été traversée de part en part, sans léser l'os ni les articulations, et surtout sans ouvrir aucun tronc artériel un peu volumineux. Dans quatre cas seulement, la balle entrée au milieu des chairs s'est dérobée aux recherches les plus attentives. Chez les douze autres, des incisions plus ou moins profondes l'ont fait découvrir et ont rendu son extraction facile. En général tous ces malades ont eu leurs plaies débridées, on ies à saignés, misa un régime modéré, et la guérison ne s est pas fait attendre.

Six individus ont reçu des balles dans ie

( 335 ) genou , et si Ton a pu acquérir la certitude qu elles ne pénétraient pas dans l'articulation, du moins on a vu qu'elles s'en étaient approchées autant que possible, La gravité d'une semblable blessure a dû faire redoubler de précautions pour s'opposer au développement d'une inflamation toujours si dangereuse dans ce cas, et l'on a eu le bonheur de réussir.

Neuf jambes gauches, cinq jambes droites ont été traversées ou atteintes par des balles. Dans presque tous ces cas, il y a eu hémorrhagie, même assez abondante, niais toujours aussi la compression, le repos dn membre, des saignées générales et un régime approprié, ont arrêté l'écoulement du sang. Un seul individu a eu les deux jambes traversées par une balle, sans lésion des os, ce qui constitue vraiment un cas rare. Presque tous ces blessés n'ont pas été abattus par le coup de

feu, ils ont pour la plupart marché , beaucoup ont combattu encore, et il fallait leur exagérer les suites d'une telle imprudence, pour qu'ils voulussent s'astreindre au repos qu'on leur prescrivait. Ici encore, les débridemens nont pas été ménagés ; aussi n'a-t-on observé aucun de ces étranglemens si graves, si douloureux, et qui rendent si difficile la guérison des plaies les plus simples.

Plusieurs citoyens ont été blessés au pied, et en y comprenant ceux qui ont eu des orteils entamés, le nombre s'en élève à dix. Ces lésions n'ont exigé ancune opération et comptent parmi celles de ce paragraphe.

Le moignon de l'épaule a été traversé chez neuf individus qui sont aujourd'hui bien guéris. Les balles ont passé autour de l'articulation, quelques-unes même ont paru avoir entamé la capsule fibreuse qui l'entoure, mais

( 537 ) nous n'avons eu à combattre que des acci* dens peu graves. Les sangsues ont été appliquées en grand nombre ?d'abondantes saignées ont été faites et fréquemment renouvelées, la partie malade a été tenue dans un repos absolu , et l'on a par ces moyens obtenu des guérisons sur lesquelles on peut trop rarement compter.

Chez huit autres malades?ce sont les bras qui ont été atteints et presque toujours le membre a été complètement perforé. Nous avons observé chez deux deces individus une paralysie partielle des doigts et de la peau de la main , par suite de la section ou de la blessure de quelques-uns des principaux troncs nerveux qui descendent entre les muscles du bras. Pareille chose a été rencontrée à la jambe et à !a cuisse , par suite de déchirure des filets de nerfs qui sortent du bassin. Il y

a même en ce moment à la maison de convalescence de Saint-Cloud plusieurs blessés qui éprouvent de vives douleurs dépendant d'une cause semblable.

Le coude a été atteint trois fois seulement, et chaque fois les accidens les plus graves sont venus compromettre la vie des blessés. Un traitement anîiphlogistique très-actif a pu arrêter l'inflammation , et plus tard la promptitude de la cure , aussi bien que la conservation des mouvemens de la partie, ont fait voir que le projectile n'avait pas pénétré dans ! articulation.

Quant à l'avant bras, il n'a été blessé que six fois, et Ton n'a observé ni hémorrhagies, ni symptômes nerveux de quelque importance.

Enfin la main a été traversée, entamée, labourée par les balles ou autres projectiles,

( 33g ) chez cinq individus qui n'en ont éprouvé aucun accident remarquable. Le seul cas dfc tétanos que nous ayons observé a été fourni par un jeune homme dont la poitrine avait été traversée par une balle. Le bruit des coups de fusil que l'on tirait à chaque instant fut la cause qui occasiona l'apparition des symptômes nerveux auxquels ils succomba en moins de trente-six heures.

Ce relevé très-succincl de 91 observations qui ont été recueilliespar nous avec tous les dé* tails nécessaires, ne présente pas un seul décès et fait voir combien il est facile d'avoir d e beaux résultats quand on veut choisir ses malades. Nous pourrions même au besoin y adjoindre dix individus affectés d'entorses, onze contusions plus ou moins graves , six grandes brûlures produites par la conflagration de Ta poudre; nous y ferions figurer encore une

( 34o ) douzaine d'hommes apportés ivres ou étourdis par des chûtes , un bon nombre de gens qui, harassés de fatigue, courbaturés, pressés par le besoin, sont venus chercher asile à l'Hôtel-Dieu à la suite des grandes journées. Enfin et pour compléter le tableau , nous y ferions entrer environ cinquante citoyens légèrement blessés qui ne sont restés clans la maison que vingt-quatre ou quarante-huit heures, et sont rentrés dans leurs familles pour y chercher des secours qu'ils ne voulaient pas recevoir d'un hôpital où tant d'autres en avaient un besoin si pressant. Grâce à toutes ces additions, nous arriverions à ce nombre de 590 blessés, et nous ferions voir que la véritable proportion

des décès est bien loin d'être exactement représentée par le chiffre 122? somme totale de tous ceux qui ont été observés à l'Hôtel-Dieu.

Mais nos lecteurs n'ont pas besoin que nous insistions davantage sur ce point qui est désormais hors de doute.

Terminons ce chapitre par une dernière indication. Onze individus morts dans les premiers temps de leur séjour à l'Hôtel-Dieu, n'ont pu être placés dans aucun des paragraphes précédens , la nature du coup de feu auquel ils ont succombé n'ayant pas été spécifiée. De ces onze citoyens, trois sont absolument inconnus; les huit autres sont :

TROULARD (Claude), trente-sept ans, cuisinier. Mort le 28.

LENORMAND (François-Pierre), vingt-neuf ans. Mort le 28.

GIRARDON (Charles), dix-neuf ans. Mort le 29.

GALLET (Adolphe-Michel), vingt-trois ans; soldat de la garde royale. Mort le 29.

ARMAND, vingt-neuf ans. Mort le 29.

ARROQUI (Joseph), trente ans, limonadier. Mort le 29.

RENEUVIER (Jean -Marin), quarante ans^ peintre. Mort le 3 août.

SACHET (Joseph), trente-huit ans, forgeron. Mort le 7 août.

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