AVANT LE 20* JUILLET
L'histoire d'un hôpital comme i'Hotel- Dieu de Paris, écrite avec impartialité, d'après les doctfmens authentiques déposés dans les archives de la ville et dans celles de l'administration, offrirait un haut degré d'in-
térêt , non seulement aux médecins , mais encore aux fonctionnaires chargés de la salubrité publique. On y verrait un établissement fondé par quelques hommes pieux, dans le seul but d'accomplir les saints devoirs de l'hospitalité, devenir peu à peu le refuge des indigens, s'agrandir par suite de dotations successives au point de servir d'asile à une foule de malades , d'infirmes, de femmes en couches, d'enfans abandonnés, et justifier ainsi tout ce que promet son beau titre. Ceux qui, dans la suite des temps, se chargèrent de perpétuer la sublime pensée du fondateur, avaient par malheur beaucoup moins de lumières que de zèle; aussi vit-on s'introduire successivement une foule de graves abus , tant dans la disposition physique des lieux que dans leur régime intérieur. Il a fallu qu'après plus de douze siècles
(i5) d'expérience perdue , quelques hommes ?
poussés par une ardente philanthropie, profitassent de l'heureux mouvement imprimé par une première révolution , pour opérer une réforme que l'humanité réclamait en vain depuis si long-temps. Alors seulement on vit diminuer la proportion des décès, et ce vaste sépulcre, qui dévorait chaque année des générations entières, fut pour ainsi dire contraint de rendre à la société quelquesunes des innombrables victimes que lui sacrifiait la barbarie des temps anciens. Une fois entré dans cette voie de perfectionnement, tout alla de mieux en mieux , et chaque année vit naître des améliorations importantes. On abattit un grand nombre de maisons qui entouraient les deux principaux corps de bâti mens; on perça les salles de larges fenêtres; on diminua le nombre des
lits ; chaque malade fut couché seul ; enfin on parvint à des résultats tellement satisfaisans, que l'Hôtel - Dieu , tel qu'il existe aujourd'hui , réunit presque toutes les conditions exigibles dans les établissemens de ce
genre
Nous n'entreprendrons point de retracer ici tous les événemens remarquables qui ont signalé la longue carrière de cet hôpital : une semblable tâche serait trop au dessus de nos forces, et nous éloignerait d'ailleurs du but que nous nous proposons d'atteindre ; qu'il nous suffise de dire qu'après avoir résisté à deux vastes incendies, il a été sur le point de disparaître pour la plus grande gloire d'un savant architecte qui, s'étant déclaré son ennemi personnel , parodiait le delenda Carthago du vieux Caton, et voulait faire adopter ses plans à l'autorité supérieure. Le vieil
( *7 ) édifice a bravé toutes les tempêtes ; il reste debout, mutilé, il est vrai, mais plein encore de vigueur et toujours cher, non seulement à ceux qui y ont retrouvé la santé, mais surtout aux jeunes médecins qui sont venus dans ses vastes salles puiser une instruction qu'on ne trouve nulle part ailleurs aussi grande, aussi libérale, aussi complète. Qui pourrait s'étonner de ce sentiment de prédilection des anciens élèvest de l'Hôtel-Dieu pour cette maison devenue une nouvelle patrie , au sein de la patrie elle-même? Si l'on ne peut retourner sans un vif plaisir aux lieux où se passa notre enfance, si le cœur bat en revoyant les murs du collège que toute la sévérité des maîtres n'a pu faire haïr, quelle émotion n'éprouvera-t-on pas dans un lieu où, plein de jeunesse et d'ardeur , on a vu s'enfuir quelques rapides années au milieu de
( !« ) travaux intéressaus, de plaisirs bien vifs, et où on a contracté de ces liaisons d'amitié non moins fortes que naïves et désormais à l'abri des coups du temps ! Combien de fois n'avous-nous pas vu des hommes d'un âge mûr, habitant la province , amenés à Paris par diverses circonstances, accourir à motel- Dieu , et saluer d'un regard ému ces lieux si chers à leur souvenir! Ils parcourent ces saKes qui composaient autrefois leur service , ils reconnaissent encore avec ivresse quelques vieux serviteurs , qui semblent survivre à tout ce qui les entoure pour nouer la chaîne des temps passés avec les temps modernes; leurs jeunes successeurs, les Internes, sont la faisant à leur tour ce qu'ils faisaient eux-mêmes à une autre époque , et bientôt ils échangent avec eux les seniimens d'une douce fraternité. Mais quittons ce sujet qui nous entraînerait trop loin,
( '9 ) et revenons au point qui doit nous occuper spécialement.
Les deux grands corps de bâtimens qui bordent les rives du petit bras de la Seine , et sont réunis par deux ponts , contiennent mille lits distribués dans quinze salles. De ces salles, cinq seulement sont consacrées à la Chirurgie; elles renferment 264 lits, 191 pour les hommes, 75 pour les femmes. Les deux salles de femmes et une salle d'hommes , formant un effectif de n3 lits, composent le service de M. Dupuytren, Chirurgien en chef; des deux autres l'une appartient à M. Breschet, Chirurgien ordinaire, l'autre à M. Sanson , chirurgien en second. Le service des autres salles est partagé entre six Médecins et un Médecin sédentaire (1), qui en outre est
(1) Cette place que l'administration créa pour servir
chargé spécialement de l'inspection du service et des élèves, tant internes qu'externes. Tel est le personnel médico-chirurgical de l'Hôtel-Dieu , auquel il faut adjoindre un Pharmacien en chef et de nombreux internes en pharmacie.
La situation de cet établissement et son antique renommée y attirent une foule de malades; année courante leur nombre s'élève à quatorze mille. Dans les circonstances urgentes, on met des lits de supplément , et il arrive alors que la population monte à environ douze cents personnes. L'hiver long et rigoureux que nous avons eu cette année
a rendu nécessaire cet excédant de service pendant plus de trois mois. La même chose
de récompense aux anciens élèves de la maison , et qui devait, par conséquent', être temporaire, a été immobilisée au bénéfice du titulaire actuel.
(ai )
est arrivée en été, à une époque plus re* culée, et jamais on ne s'est aperçu que cette espèce d'encombrement ait produit de fâcheux résultats. Nous reviendrons bientôt sur ce fait, qui est incontestable.
Dans une maison où Ton reçoit tant de maladies aiguës , le mouvement doit être rapide et la durée moyenne du séjour des malades très-courte. C'est en effet ce qui arrive et ce qui produit ces renouvellemens si prompts, dont les autres hôpitaux offrent peu d'exemples. Le bureau central d'admission est situé sur le parvis Notre-Dame ; c'est là le point d'où vient la plus grande partie des malades qui sont reçus dans les hôpitaux , et l'on conçoit que les plus gravement affectés sont envoyés de préférence dans l'établissement le plus prochain. Qu'on retire de la Seine un noyé -, que les Commissaires de police soient appe^
lés pour une asphyxie, un empoisonnement, un suicide quelconque , ou tout autre accident grave, le malade, le blessé est aussitôt conduit à l'Hôtel-Dieu, et souvent il n'y arrive que pour expirer au bout de quelques instans. D'un autre côté, les consultations publiques données chaque jour à une grande affluence de malades, font recevoir d'urgence beaucoup de cas graves dont il faut tenir compte pour l'évaluation exacte des résultats statistiques de cette maison.
Sur quatorze mille malades reçus chaque année à l'Hôtel-Dieu ? on compte environ deux mille décès. De ce nombre il faudrait défalquer deux ou trois cents individus qui meurent dans les vingt-quatre premières heures de leur séjour, et qui appartiennent bien à la statistique administrative , mais non à la statistique médicale , puisqu'ils n'ont subi aucun traite-
ment dans la maison. Quoi qu'il en soit, la proportion des décès est de un sur sept et une fraction, car ordinairement les entrées dépassent le chiffre que nous avons indiqué, tandis que les décès sont toujours au-dessous. Il est constant que la mortalité est moindre dans les autres hôpitaux. Tâchons de faire connaître les véritables causes de cette différence , ou du moins soumettons à un examen consciencieux celles dont on la fait dépendre. Le nombre des lits est, dit-on, trop considérable pour l'exiguïté du local. Il est certain que la mortalité est devenue moindre, à mesure que Ton s'est rapproché du terme où l'on est maintenant. Autrefois h population journalière de l'Hôtel-Dieu s'élevait à trois mille individus et quelquefois davantage. lies registres d'entrée étaient alors si mal tenus , qu'une supputation exacte de la proportion
des décès est chose impossible ; on peut l'évaluer à un quart et même plus, en y comprenant les nouveau - nés , car on faisait dans la maison une immense quantité d'accouchemens. Souvent aussi on voyait survenir des affections endémiques qui multipliaient le nombre des victimes , et, suivant toute apparence ? ces accidens étaient le résultat de l'encombrement des salles.
Qu'on se figure en effet de longs couloirs bas et obscurs , remplis de vastes couches dans lesquelles on entassait jusqu'à six malades à la fois; un voyageur harassé de fatigue dormant auprès d'un varioleux ; un typhus auprès d'une fièvre intermittente ; un mal de gorge au voisinage d'une grave dyssenterie, et l'on s'étonnera qu'un homme ait pu sortir vivant de ce cloaque empesté. La médecine elle-même était complice de tant de barbarie.
( *5 ) Voyez-vous ce grave Docteur Régent de l'ancienne Faculté, parcourant les salles, conduit par une Religieuse? Elle lui désigne au milien de cette foule de patiens celui qui lui semble avoir besoin de secours ; un examen tel quel a lieu, une prescription est faite et confiée à la mémoire de cette respectable mère qui en reçoit ainsi tous les matins plusieurs centaines. Il n'y avait à cette époque ni internes, ni externes, ni pharmaciens; les religieuses suffisaient à tout, et l'imagination s'effraie en songeant aux ommissions inévitables , ainsi qu'aux erreurs que l'on devait commettre à chaque instant.
Ainsi que nous l'avons diten commençant, des abus aussi révoltans ont duré jusqu'à la fin du dernier siècle , et de leur destruction date une nouvelle ère pour les hôpitaux de Paris. La première et la plus importante de
( & ) toutes les réformes , le coucher isolé , a eu sur la mortalité une influence remarquable. Les lits réduits à des dimensions convenables, se sont trouvés suffisamment espacés pour assainir les salles; les fenêtres ont été agrandies , multipliées ; il y en a toujours une entre chaque couchette , ce qui établit un isolement facile entre chaque malade. Anciennement les grands lits appelés Charniers, n'étaient pas seulement destinés à contenir cinq et six malades , leur ciel supporté par quatre grosses colonnes recevait chaque soir quelque hôte qui venait y chercher un asile. De nos jours l'Hôtel-Dieu toujours ouvert à tous les malades , n'exerce plus cette antique hospitalité qu'une police municipale bien entendue rend inutile. Le médecin sédentaire et les chirurgiens de garde veillent: sans cesse aux réceptions d'urgence qui ne se
font en général qu'aux heures où le bureau central est fermé. Un état civil parfaitement tenu rend un compte exact de tout individu admis dans la maison , et prévient ainsi ces disparitions si fréquentes sous l'ancien ordre de choses. Le nombre de médecins a été augmenté , chacun d'eux a beaucoup moins de malades dans son service ; il est secondé par un élève interne qui le représente hors le temps des visites ; des élèves externes sont chargés des pansemens ; enfin un interne en pharmacie écrit sous sa dictée toutes les prescriptions qu'il exécute ensuite sous la surveillance du pharmacien en chef de la maison.
Un service ainsi organisé ne peut jamais péricliter , et les malades sont assurés de ne manquer d'aucun des soins que réclame leur état. Si l'administration mettait un peu moins
de parcimonie dans le régime alimentaire \ si elle se souvenait toujours qu'un hôpital ne peut être nourri comme une caserne , l'état actuel de l'Hôtel-Dieu ne laisserait presque rien à désirer; mais rien n'est parfait ici- bas , et personne n'a le droit de s'en étonner.
Ce n'est donc point à la quantité des lits qu'il faut attribuer l'excédant de mortalité qu'on observe à l'Hôtel-Dieu. Dans tous les hôpitaux de la capitale et à la Charité plus particulièrement , les salles, à dimension égale, en contiennent un plus grand nombre, et cela est vrai surtout pour celles consacrées à la chirurgie. Nulle part les lits ne sont aussi éloignés les uns des autres ; construits en fer et d'un modèle à la fois élégant et commode , rien ne s'oppose au renouvellement facile de l'air , les ciels sont à jour , les rideaux en
étoffe de coton blanche et légère , tout enfin est disposé pour la plus grande salubrité possible.
On a prétendu que le voisinage de la rivière entretenait dans les salles inférieures , surtout , un degré d'humidité qui viciait l'air en rendant plus prompte la décomposition des matières animales. Ce reproche pourrait tout au plus être mérité pendant les grandes chaleurs lorsque les eaux basses ne coulent plus que très-lentement , et alors en ouvrant les seules fenêtres extérieures, ainsi que celles situées aux deux bouts de l'édifice , on obtient un courant d'air très-capable de produire une ventilation suffisante. Qu'on ne croie pas d'ailleurs qu'il y ait jamais dans les salles aucun foyer d'infection ; les soins de propreté sont si actifs , si bien entendus qu'on n'éprouve jamais en y entrant cette
(5o) impression qui , dans certains hôpitaux , affecte si désagréablement l'odorat. En i8;a5 , lors de cette épidémie de variole si meurtrière 4 plusieurs salles étaient pleines d'individus affectés de cette grave maladie ? et cependant les recherches les plus attentives n'ont pu faire découvrir aucun accident qui résultât de cet encombrement passager.
Quant à la position de l'hôpital au milieu d'un quartier populeux et malsain , ces inconvéniens jadis très-grands ont diminué depuis que Ton a démoli un grand nombre de constructions qui obstruaient les deux principaux corps de bâtimens. Les salles placées en travers sur le petit pont ont disparu depuis plusieurs années , et lorsque l'on aura effectué la coupure des deuxgrande? ailes qui empêchent ie passage des voitures au devant de l'Archevêché, rien désormais ne
( 3. ) pourra être raisonnablement allégué contre cet établissement. Peu à peu la Cité voit ses ruelles obscures et infectes remplacées par des rues larges et propres , les nouveaux ponts qui y arrivent rendent la circulation plus active , et les causes d'insalubrité disparaissent de jour en jour.
Ainsi donc l'Hôtel-Dieu ? avec tous les perfectionnemens qu'il a subis depuis trente années , n'offre plus dans sa situation physique aucun des inconvéniens qu'on lui reprochait autrefois à si juste titre , fet l'on doit attribuer la proportion des décès qui y arrivent uniquement à la gravité des maladies qu'on y traite, La suite en fournira de nouvelles preuves.
Tout ce que nous venons de dire s'applique plus spécialement au service médical de la maison , sans cependant manquer de rapports
(3a) avec les salles de chirurgie. Les renseignemens nous manquent sur la manière dont on disposait les salles des blessés avant la réforme des hôpitaux. Quoi qu'il en soit , c'est surtout sous le rapport chirurgical que l'Hôtel-Dieu avait acquis une grande célébrité, et les fastes de l'art conservent les noms justement célèbres d'une longue suite de chirurgiens en chef qui ont bien mérité de la science et del'humanité. M. Dupuytren, leur digne successeur , a jeté sur ce vaste théâtre les fondemens de sa renommée , et les temps modernes en offrent peu d'aussi brillantes. Long-temps il remplit seul les nombreux devoirs attachés à sa charge ; son activité suppléait à tout , elle entraînait à sa suite internes , externes , chef de clinique , élèves chargés du service de la consultation ; tout marchait avec zèle, et l'on retrouvait
(33 ) dans chacune des parties de ce vaste ensemble , une portion de la pensée puissante qui l'animait tout entier. Depuis quelques années, le service chirurgical a pris une extension qui réclamait de nouveaux collaborateurs ; MM. Breschet et Sanson secondent les efforts du chef et justifient chaque jour la confiance qu'on leur a accordée dans cette circonstance. Bien que l'empire soit tombé aux mains d'un triumvirat , l'unité de vues, de moyens, de doctrine, n'en subsiste pas moins, et la science s'enrichit de ces efforts combinés qui tendent tous vers un même but. Les élèves aussi viennent y puiser des leçons qu'on ne trouve ailleurs ni plus nombreuses ni plus savantes. N'avons-nous pas vu, naguère encore, M. Dupuytren faire le matin une visite détaillée de tous ses malades, une leçon de clinique sur les cas les plus intéressans, pratiquer les opé-
( 34 ) rations nécessaires, et donner ensuite la consultation aux malades du dehors. Le soir, après la visite, MM. Breschet et Sanson faisaient alternativement une leçon : le premier, sur l'anatomie chirurgicale ; le second, sur la médecine opératoire. Une foule d'étudians se pressaient dans l'amphithéâtre , et l'on doit regretter que des exigeances administratives n'aient pas permis d'exécuter ce plan d'instruction du moins dans sa seconde partie, car pour celle qui est traitée par M. Dupuytren, aucun obstacle n'a été apporté à son accomplissement.
On peut croire que les matériaux d'un bon cours ne manquent pas dans une maison où l'on conduit sans cesse des maladies graves, des cas rares, des blessures de toute espèce et où les consultations gratuites données tous les ans à plus de dix mille individus, font
affluer une foule de lésions extraordinaires. Il n'est presque aucune des maladies qui entrent dans le vaste cadre nosologique, que Ton n'observe au moins une fois chaque année dans les salles de i'Hôtel-Dieu ; les leçons ne portent pas sur des faits isolés , mais le plus souvent sur des masses , de sorte que l'on observe à la fois les variétés dues à lage, au sexe , aux professions , et qu'en peu de temps on acquiert une expérience qu'on n'obtiendrait pas ailleurs.
Cependant certaines parties de la chirurgie ont un caractère de spécialité tellement tranché, qu'il faut un concours de circonstances toutes particulières pour en faire l'objet de leçons spéciales. Les plaies d'armes à feu sont dans ce cas, et M. Dupuytren avait rarement l'occasion d'en faire voir quelques exemples pour servir de base à des préceptes généraux.
Depuis 1 8 î 4 et 1 8 1 5 , de semblables blessures ont rarement été traitées à l'Hôtel-Dieu ; et, si Ton en excepte quelques-unes des malheureuses victimes des fusillades de la rue Saint- Denis, en 1827, on n'a guère vu dans cet hôpital que des plaies résultant de duels ou de suicides. Les coups de pistolet dans la bouche, sur le front, aux tempes, dans la région du cœur , etc., ne sont pas rares, et le professeur ne manque jamais de donnera ce sujet tous les détails qui peuvent s'appliquer à la connaissance d'un genre de blessure aussi digne d'intérêt.
La chirurgie militaire, si brillante pendant plus de quinze années de guerres mémorables sur tous les points de l'Europe , semblait sommeiller, et les traditions vivantes de sa gloire devenaient de jour en jour plus rares. Quelques ouvrages empreints d'un vrai mé-
(3?) rite restaient entre les mains des élèves sans exciter cet intérêt qui s'attache si fortement aux choses palpables. Jamais, en effet, les descriptions les plus rigoureuses ne peuvent équivaloir aux observations recueillies de visu ; il y a dans un fait soumis à l'examen de nos propres organes, une valeur intrinsèque que rien ne remplace : l'œil , le doigt du jeune chirurgien, lui en apprennent plus en un instant qu'un traité volumineux rempli de sages préceptes. Tout ce qui a été fait jusqu'à ce jour, sur cette matière, s'est trouvé soumis à une épreuve nouvelle. C'est au sein des hôpitaux de la capitale , dans ce calme de la réflexion, loin du tumulte des camps et avec tous les moyens de comparaison possibles, que cette enquête a été faite sans partialité, sans prévention , uniquement dans l'intérêt de la science et de l'humanité,
( 38 ) Les résultats obtenus devront sans doute inspirer quelque confiance puisqu'ils ressortent de recherches dont tous les élémens sont publics. Le nombre des malades, leur âge, leur profession , la nature de leurs blessures, le mode de traitement employé, tout est patent, à la portée de chacun, et jamais plus haut degré d'authenticité ne se rencontra nulle part dans une affaire de ce genre. Loin de nous la pensée de jeter quelque doute sur les travaux antérieurs à notre époque; la probité scientifique d'un écrivain serait la dernière chose que nous voudrions contester, et nous sommes loin d'avoir quelques motifs pour cela : nous ne voulons que profiter de la circonstance actuelle pour soumettre ce qui a été dit sur les plaies d'armes à feu à une sorte de contre-épreuve , dont le résultat ne peut qu'être avantageux à la chirurgie.
(39) Pour arriver plus sûrement à ce but, nous avons commencé par faire connaître le terrain sur lequel la question va être débattue. Il nous reste encore à traiter un point qui n'est pas moins important : voyons ce qui a été fait à l'Hôteî-Dieu pendant les dernières journées de juillet. Il y a dans ce récit diverses circonstances qui serviront à expliquer des faits dont l'intelligence serait difficile sans cela : on se convaincra qu'il importe beaucoup de tenir compte de tout, lorsqu'on veut arriver à la solution exacte d'un problème aussi compliqué.