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III. Revenus de diverses natures

J’ai rappelé, plus haut, le péage du pont au Double. Une autre source de revenus consista

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plus tard dans les confiscations prononcées à diverses reprises soit contre les duellistes, soit contre ceux qui tenaient des maisons de jeu.

Henri IV, par son édit de Fontainebleau (juin 1609), affecte au revenu de l’IIôtel-Dieu tous les deniers « qui proviendraient des peines pécuniaires, saisies et revenus des infracteurs. »

Par un édit royal de février 1626, Louis XIII ordonne que trois sous appartiendraient à l’Hôlel-Dieu, sur les trente sous qui se percevaient pour l’entrée de chaque muid de vin dans ; Paris.

Louis XIV (12 janvier 1690) attribua tant à l’IIôtel-Dieu qu’à l’Hôpital général, pour trois : ans, la totalité des trente sous par muid de vin entrant dans Paris. Les quatorze parts attribuées à 1 Hôtel-Dieu sur les dix-neuf rapportèrent annuellement une somme de 300,000 livres, i

Parmi les curieuses prérogatives de l’Hôtel-Dieu, je dois noter l’autorisation qui lui avait été donnée par Charles IX (janvier 157à) de placer 1,000 livres de rente à un taux usuraire de 12 p. 100.

Droit de recelte sur les spectacles. — La pensée de prélever sur les plaisirs du riche une prime au profit du pauvre remonte au temps des mystères, que les confrères de la Passion n’obtinrenl l’autorisation de représenter, que sous la condition formelle de verser une somme déter- ! minée dans la caisse des pauvres.

Toutefois, il faut arriver au xvii* siècle pour voir réglementer ce droit.

Une ordonnance de Louis XIV, du 25 février 1699, porte : « Sera levé un sixième en sus des sommes payées à l’entrée aux opéras et comédies, pour être ledit sixième employé à la subsistance des pauvres. »

Des difficultés s’étant élevées pour l’interprétation, une seconde ordonnance du 30 août 1701 statue que « le sixième sera pris sur le produit des places sans aucune diminution ni retranchement, sous prétexte de frais ou autrement. »

En principe, ce droit sur les spectacles avait été établi en faveur de l’Hôpital général, mais le régent Philippe d’Orléans l’avait étendu à l’Hôtel-Dieu (1).

Dans le budget de recettes de l’Assistance publique , le droit sur les spectacles figure dans ces dernières années pour la somme de 1 million 500,000 fr.

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Les faits les plus marquants de l’histoire de l’Hôtel-Dieu, compris entre la fin du xvme siècle et la première moitié du siècle actuel sont : l’incendie de 1772; — l’intervention de l’Académie des sciences pour la grande réforme hospitalière ; — l’origine de l’administration actuelle.

Voici, d’après le procès-verbal de J. -B. Dorival, conseiller du roi, commissaire au Châtelet de Paris, la relation du terrible incendie qui dura onze jours et détruisit toute la partie comprise entre la rue du Petit-Pont et le carré Saint-Denis :

« L’an 1772, le mercredi 30 décembre, à deux heures du malin, sur l’avis que le feu était à l’Hôtel-Dieu, nous nous y sommes à l’instant transporté.

« Le feu embrassait en même temps la fabrique à la chandelle, les boucheries, les escuries,

(1) Ce droit, supprime en 1.789, fut rétabli en l'an V, sous le Directoire, à raison de 1 décime par franc.

n grenier à foin cl à paille, la communauté des religieuses, les salles dites de l’infirmerie, kl lie Jaune et du Légat

I a Je fis ouvrir les portes de la cathédrale, de la chapelle de la Vierge, pour recevoir les ma- [ikles qui se sauvaient nuds en partie et cherchant un asile. »

i Ce désastre vint prouver une fois de plus que le défaut d’espace et l’accumulation des bôtileents,sur un terrain resserré, exposent les malades ;i des dangers non moins terribles que les })i)idémies. Les pertes s’élevèrent h 1 million de livres.

A ce moment, l’opinion publique s’étant énergiquement prononcée pour le déplacement de Iôtel-Dieu, une souscription fut ouverte à cet effet; elle atteignit rapidement le chiffre de 1 1 millions 226,807 livres (1).

De son côté, pour répondre à ces préoccupations, le gouvernement institua une commission |rrise en totalité dans le sein de l’Académie des sciences (Lassone, Daubenlon, Tenon, Bailly, avoisier, La Place, Coulomb, Darcet), afin de rechercher les moyens d’obvier aux effets de [eencombrement des malades dans un seul hôpital central, soit en augmentant l'Hôtel-Dieu ^maintenu, soit en le reconstruisant sur un autre emplacement.

Tenon retrace en ces termes l’état de l’Hôtel-Dieu en 1786 : « Cet hospice secourable, l’outrage de nos pères,.... a toujours excité le plus vif intérêt; aussi toute la France l’a-t-il comblé de biens

« Mais Paris s’accroît, l’Hôtel-Dieu est son infirmerie naturelle, il n’est plus de proportion [nntre la ville, ses environs et leur infirmerie; le pauvre y est pressé, quatre et six couchent |tans le même lit.

« Le public, inspecteur né de celte maison, autant par ses lumières que par ses largesses, f'éclame depuis longtemps contre cette disproportion préjudiciable; différents moyens ont été |nndiqués pour la faire cesser »

Faisant en 1788 l’inventaire du mobilier (2) dans les principaux services, Tenon nous aontre les malades munis chacun d’une batterie de cuisine, de marmites, chaudières et Chaudrons.

A cette époque, on ne se contentait pas de réchauffer les tisanes, ou de préparer les cataplasmes, on faisait cuire dans les salles la soupe des malades, la bouillie des enfants, et généalement tous les aliments dits de collation.

L’Administration a eu beaucoup de peine à déraciner cet usage déplorable du raccommodage \Ues aliments.

Pour compléter ces renseignements, je vais transcrire ici quelques passages du rapport de Bailly, Tenon et Lavoisier sur l’état de l’Hôtel-Dieu avant 89 :

« Ils ont remarqué que la disposition générale de l’Hôtel-Dieu, disposition forcée parle

(1) Dans un rapport à l’Empereur (mars 1809) Touret écrivait : « Il serait digne de la justice du gouverbnement actuel de liquider cette dette sacrée, en assignant aux hospices une inscription sur le grand-livre de [MOO.OOO francs de rente perpétuelle. »

(2) L’estimation du matériel hospitalier, faite le 10 germinal au X, en porte la valeur à 1,965,005 francs ■ (meubles meublants, ustensiles, articles de coucher et de lingerie, matériel d’exploitation, etc.). L’inventaire "ide l’exercice 1860 donne au matériel une valeur de 10,292,495 francs, c’est-à-dire une différence de plus

de 8 millions!

défaut d’emplacement, est d’établir beaucoup de lits dans les salles et d’y coucher quatre, ,• cinq et neuf malades.

« Ils ont vu les morts mêlés avec les vivants ; des salles où les passages sont étroits, où l’air croupit, faute de pouvoir se renouveler, et où la lumière ne pénètre que faiblement et chargée de vapeurs humides.

« Les commissaires ont encore vu les convalescents mêlés dans les mêmes salles avec les malades, les mourants et les morts, et forcés de sortir les jambes nues, été comme hiver, pour respirer l’air extérieur sur le pont Saint-Charles.

« Ils ont vu pour les convalescents une salle au troisième étage à laquelle on ne peut parvenir qu’en traversant la salle où sont les petites véroles ; la salle des fous, contiguë à celle des malheureux qui ont souffert les plus cruelles opérations, et qui ne peuvent espérer de repos dans le voisinage de ces insensés, dont les cris frénétiques se font entendre jour et nuit; souvent dans les mêmes salles des maladies contagieuses avec celles qui ne le sont pas : les ' femmes attaquées de la petite vérole mêlées avec les fébricitantes. :

« Le cœur se soulève à la seule idée de cette situation

« Mille causes particulières et accidentelles se joignent chaque jour aux causes générales et constantes de la corruption de l’air, et forcent de conclure que l’Hôtel-Dieu est le plus insalubre et le plus incommode de tous les hôpitaux »

Louis XIII fit transporter à Bicêtre les soldats invalides.

Louis XIV construisit l’hôtel actuel des Invalides.

C’est Louis XVI (ému des révélations de Tenon) qui a fait donner un lit à chaque malade. [ La Convention, ce dictateur si actif, pensant que ce nom d’hôpital réveillait chez le peuple l’idée d’un lieu repoussant, d’une pitié insultante et cruelle, le proscrivit avec horreur en lui i, substituant le nom d 'hospice. f,

En 1791, les choses avaient peu changé, car voici comment s’exprimait à son tour le duc rti de Larochefoucault-Liancourt :

« L’Hôlel-Dieu, situé au centre de la ville, couvre une superficie de 3,600 toises carrées, ou de h arpents, mesure de Paris.

« Deux bâtiments construits, l’un sur la rive méridionale de la Seine, 1’autre sur celle du nord, communiquent entre eux par deux ponts

« Dans l’un et l’autre bâtiments, on trouve plusieurs^ grands souterrains qui communiquent immédiatement avec la rivière, qui contiennent toutes les matières nécessaires pour le service de cet immense établissement.

« Ces souterrains sont immédiatement au-dessous des salles des malades, et l’on ne doute pas que cette proximité ne leur soit nuisible, et n’influe sur l’insalubrité de l’atmosphère qui les enveloppe.

« L’ Hôtel-Dieu contient 25 salles pour les malades

« Ces salles sont garnies de 1,877 lits, grands, petits ou moyens. Les grands contiennent quatre et quelquefois jusqu’à six ou huit malades à la fois. Chacun des petits lits n’est occupé que par une seule personne; les lits moyens sont partagés en deux par une cloison de planches, et reçoivent deux malades couchés ainsi séparément C’est aux régénérateurs de

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hFrance et à la nouvelle administration municipale de Paris, qu’est réservée sans doute la ire d’effectuer des projets dont tant d’intérêts sollicitent l’accomplissement. »

LLe portique actuel de l’Hôtel-Dieu date du commencement de ce siècle (1804).

Afin de dégager les abords du portail méridional de Notre-Dame, l’architecte Clavareau fit naolir l’église qui formait, comme la plupart des maisons-Dieu du moyen âge, l’entrée prinv,ale de l’hôpital et la remplaça par un pavillon de 25 mètres de développement, couronné une frise dorique et d’un fronton.

(Consacrons quelques mots à l’organisation et à la filiation de l’Administration hospitalière , ;puisson origine jusqu’à l’institution du Conseil général des hôpitaux et hospices civils. ôGràce à l’initiative du cardinal d’Amboise et du chancelier Duprat, le xvi' siècle avait inaurré, en quelque sorte, l’administration régulière de la charité publique à Paris et en France. JJusque-là, l’administration des établissements hospitaliers avait été confiée au clergé. Celle l’Hôtel-Dieu fut placée jusqu’à la fin du xvc siècle sous la dépendance spirituelle el tempomie du chapitre de Notre-Dame.

IL’arrêt du Parlement de mai 1505 « sépare le temporel du spirituel, » el commet huit comisssaires laïques « bonnes et loyales personnes, pour être receveurs et procureurs » pour gourrner et administrer à l’exclusion du chapitre, tous les biens et revenus de l’Hôtcl-Dieu. C’est I l’origine du Bureau de l’Hôtel-Dieu.

iToutefois, malgré la surveillance du Parlement, il fallut renouveler sans succès les mêmes lilits dans le siècle suivant.

lUne déclaration de Louis XIV, du 12 décembre 1698, confirme l’organisation par des mains culières, et pose les principes qui doivent régir l’administration et la comptabilité des hos- ■ces et hôpitaux.

i C’est là le point de départ de la grande réforme. Sa reconstitution sur de solides bases est irrtie victorieuse de l’épreuve du temps, des vicissitudes de la politique et des attaques de eesprit de système.

lün arrêté des consuls du 27 nivôse an LX (1801), sur le remarquable rapport de M. Frochot, anfie l’administration des hospices civils de Paris à un conseil général d’administration, avec concours d’une commission administrative chargée de l’exécution des délibérations du

innseil.

La loi du 10 janvier 1849, en réunissant le pouvoir administratif et exécutif de l’ancien unseil général des hospices entre les mains d’un directeur unique, mais responsable, a de ■'* rroit et de fait attribué à ce fonctionnaire cette action permanente et directe qui est la condioon vitale du service hospitalier.

Le directeur de l’Assistance publique, ainsi investi de tous les pouvoirs d’administration l51 |uui appartenaient à l’ancien conseil, remplaça à Paris, pour tout ce qui est action, les commiscons hospitalières des villes de province.

On peut donc résumer en ces termes l’historique de l’administration de l’IIÔtel-Dieu :

— Le clergé représenté par deux chanoines proviseurs.

— Le Parlement.

Le prévôt des marchands et les échevins de Paris sous François I".

— Le grand bureau des pauvres.

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— Le conseil général des hôpitaux et hospices.

— La direction générale de l’Assistance publique.

Ne perdons pas de vue que les hôpitaux, hospices et établissements de bienfaisance en

général, ont été de tout temps réputés personnes civiles, et déclarés aptes à posséder, acquérir, accepter tous legs et donations.

Toutefois, ces actes de propriétaire privé devaient s’accomplir sous la réserve de la sanction du pouvoir souverain, leur tuteur légal.

Ces principes de droit public, consacrés par les actes de l’ancienne législation, ont été confirmés par toutes nos lois nouvelles.

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Je résumerai cette première partie de notre étude relative au passé de l’Hôtel-Dieu en disant :

1° Que, durant plus de onze siècles, au cœur de la vieille cité, au pied de Notre-Dame, en face du palais de saint Louis, sous les noms pieux d’hôpital Saint-Christophe, d’hospice Sainte- Marie, de Maison-Dieu, d’Hôtel-Dieu, un asile a été ouvert à la misère et à la souffrance;

2° Qu’aux jours de splendeur, comme aux époques de calamité, cet édifice, soutenu par la piété et la munificence de nos rois, a toujours été défendu par le respect du peuple de Paris, qui l’entoure de sa vénération, qui le protège de ses vœux, qui voit en lui le symbole de la bienfaisance au seuil de l’antique cathédrale;

3° Que cet hôpital, ainsi soutenu par la noblesse de ses services et de son nom, renferme encore aujourd’hui plus de 800 malades.

Il suit nécessairement de là que, dans toutes les questions de déplacement, de reconstruction, le sentiment y occupe une place que la raison ne saurait lui refuser, et, pour moi, la meilleure manière de glorifier, d’éterniser la mémoire des fondateurs et donateurs de l'Hûlel- Dieu, c’est de conserver dans l’enceinte môme de la Cité, le souvenir de leurs bienfaits.

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Les changements que le temps a amenés dans les habitudes des populations ouvrières et H pauvres, surtout dans les grandes villes, sont tels, que les anciens édifices hospitaliers ne > conviennent généralement plus aujourd’hui à leur destination ; et comme, d’autre part, il est , bien avéré que le vieil Hôtel Dieu tombe en ruines, nous trouverons dans ces deux circonstances des arguments péremptoires pour que l’administration municipale de Paris, au mo- . ment d’assurer et d’accroître le bien-être de la population pauvre, tienne compte du mouvement général des esprits, et construise un hôpital digne des perfectionnements de l'industrie ( et de la science modernes.

S’il est urgent de reconstruire l’IIÔtel-Dieu, il est indispensable de le remplacer par un hôpital aussi grand et aussi central. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que l’IIôtel-Dieu est un hôpital d’enseignement, un foyer nécessaire d’instruction, le centre de l’éducation clinique de la Faculté de médecine.

J’aborde maintenant la démonstration de celte thèse.

‘COJ.

LL’idée de la reconstruction de l’Hôlel-Dieu, surgie au lendemain môme de l’incendie de 772, s’agitant depuis un siècle , il faut d’abord examiner si sa décentralisation était indiquée des motifs de salubrité.

LLes savants réformateurs de l’Académie des sciences disaient, par l’organe de Bailly : « Toute norme y est difficile ; c’est une masse énorme qu’il faut remuer. » Ils inclinaient à mettre sur ■compte de l’emplacement de l’hôpital, les effets désastreux et très-manifestes de l’encombre- >.nt des lits et des salles.

CC’étaient là cependant les vraies causes d’insalubrité, et lorsqu’elles ont disparu, lesmédehs les plus instruits ont reconnu que, malgré les apparences (construction vicieuse, aménanment médiocre, humidité), l’Hôtel-Dieu n’est pas plus malsain que les autres grands hôpi-

jjc rappellerai, à ce sujet, l’opinion du plus illustre chirurgien du siècle, et rapporterai in lenso les conclusions d’un rapport remarquable de 1838 qui peut être regardé comme le eémoire le plus complet, le plus impartial, le plus autorisé.

FEn 182ô, Dupuylren profita d’une visite que le roi Charles X fit à l’Hôtel-Dieu, pour lui montrer la nécessité de le conserver en l’agrandissant.

AAprès avoir énuméré les conditions qui avaient rendu l’Hôtel-Dieu l’un des meilleurs hôpi-

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