RUE DE LA VERRERIE, VIS-A-VIS SAINT-MERRY, À PARIS
Ce clavecin n’a pas de légende arrivée jusqu’à nous. Il appartenait au chanteur Hermann Léon et fut acheté chez un marchand nommé Basset, par le baron Jérôme Pichon, président de la Société des bibliophiles français. Il orna pendant plus de quinze ans son salon dans l'ancien hôtel de Lauzun, qu’il habite au quai d'Anjou. Quelle fut sa destinée? S'il pouvait parler et raconter ses mémoires, que de révélations piquantes il nous ferait sans doute. Il nous redirait les paroles d'amour murmurées par les duchesses pendant que, la tête penchée, elles faisaient, tout en rêvant, flotter leurs blanches mains sur son clavier d’ébène. L'histoire d’un clavecin ! Quel charmant livre on pourrait faire sous ce titre |
Le premier claveciniste de Louis XIV, André, sieur de Chambonnières, quittant la vieille virgénale et l’antique épinelte, a peut-être, à la cour du grand roi, enchanté doucement son parterre de princesses royales, avec ses sons mélodieux ?
Le Florentin Jean-Baptiste Lulli, le chef des Petits violons du roy, s'est-il servi de l’œuvre d'André Ruckers pour trouver, dans quelques salons du temps, l'inspiration des ballets qu'il composait alors pour les grands de l’époque ?
Fr. Couperin, le professeur célèbre du xvur° siècle, dont le talent n’a jamais été dépassé par ses deux
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frères Louis et Charles, a-t-il fait résonner, grâce à lui, sous ses doigts, dans les petits appartements de Versailles, les gracieuses bluettes de ses compositions ?
Du Moustiers, le maître de chapelle du prince de Clermont, qui improvisait sans s'arrêter toute une journée: Schobert, attaché à la maison du prince de Conti; Simon, le maître de clavecin des enfants de France, ont-ils accompli, sur ses touches délicates, des prodiges de talent?
Nul ne le saura jamais!
La restauration de ce vénérable chef-d'œuvre vient d'être faite. Un véritable artiste, un Italien de Paris, M. Tomasini, s’en est chargé. Il a accompli sa tâche avec succès. Il n’y avait du reste que quelques sautereaux à remplacer et à accorder l'instrument ; car, d’après sa structure, il est aisé de voir qu'il avait du, dans le principe, être bien au-dessous du diapason actuel.
Une audition a été donnée devant un public d'élite par un jeune artiste de grand talent, Gabriel Pierné. Au premier abord, l'oreille a été désagréablement impressionnée, sous l'influence de l’égratignement de la corde par la plume du sautereau ; mais la limpidité argentine et délicate du son rendait si purement la mélodie que, le premier moment passé, cette musique nouvelle a charmé et séduit tous les di/ettanti présents, qui ont successivement applaudi le charmant menuet de Boccherini, une sonate de Mozart, une symphonie d'Haydn, une gavotte de Lulli et quelques morceaux choisis dans les opéras de ce maitre bien à nous et si peu connu, notre gloire française, Philippe Rameau.
Et comme conclusion, vous allez sourire, à sceptiques
mes amis, que je rencontre tous les jours, vous ne croyez pas , je le sais, au xvur° siècle ; vous voulez que tous les progrès soient du xix° siècle. Lui seul est grand et Gambetta est son prophète. Le clavecin, direz-vous dédaigneusement, n’est qu'une épinette agrandie ; mais le piano n’est aussi, sachez-le, qu'un clavecin perfectionné par le marteau. L'invention du piano ne nous appartient pas, à mes contemporains ; elle date de 1717, époque à laquelle Schræter construisit un clavecin dont le mécanisme permettait de jouer piano et forte à la volonté de l’exécutant. Dès 1760, Silbermann, en Allemagne, et Zumpe, en Angleterre, multiplièrent la création nouvelle. Le premier des Erard (Sébastien) naquit en 1752, et le premier des Pleyel (Ignace), en 1757. Les pianos sur lesquels Auber a composé le Haçon, Boieldieu la Dame Blanche, Meyerbeer lui-même, les Zuguenots, étaient sortis des fabriques des meilleurs facteurs du siècle dernier.
Le clavecin et le piano ont vécu longtemps côte à côte, au siècle dernier, en bonne intelligence. Vous avez préféré au clavecin fin, mais métalliqne, un fils ingrat, le piano moelleux, mais sourd. Avez-vous eu raison ? Ne vous prononcez pas sans aller entendre les deux instruments dans un tournoi musical qui aura lieu prochainement et souvenez-vous que Mozart a écrit toutes ses sonates pour le clavecin.
[1 Les amateurs et les loups-cerviers. — Le bric-à-brac de Paul de Saint-Victor. — Ses admirateurs, Hugo et Lamartine. — La Maja, de Goya. — Les primitifs et les maîtres français. — Le
spiriluel Francesco Guardi. — Le noctambulisme.
Paris, 25 janvier.
On a beaucoup médit des collectionneurs, mais je crois qu'ils ont été encore trop ménagés.
Au moment où apparait une lézarde à l'édifice finäncier, où l’on craint que la crevasse n’augmente et que la maison ne s'écroule tout entière, vous croyez peutêtre que l’hôtel Drouot reste plongé dans une tristesse noire? — Vous connaissez bien peu les amateurs. Ce sont des gens impitoyables. Ils ne vivent que de décès ou de ruines. Ils sont féroces comme des loups affamés par un temps de neige.
.... Quærentes quem devorent.
Dans les coulisses du bric-à-brac dont je suis chargé de dévoiler les mystères, il ne règne aucune sympathie pour les joueurs malheureux, et, si l’on parle beaucoup de la débàcle de la Bourse, ce n’est en résumé que pour se féliciter du regain qu’elle va certainement donner à la saison de 1882. « Il y aura de grosses différences à » payer à la liquidation et il faudra faire de l'argent. » Nous aurons de belles affiches avec des surprises
» incomparables. Que de beaux objets séquestrés de-
» puis longtemps vont être relancés dans la circulation ! » Tant mieux pour nous qui avons su, grâce à notre » passion favorite, échapper à la terrible fièvre du jeu. » Tant pis pour les éclopés de l'Union générale. »
Voilà ce que disaient autour de moi, dimanche, les vieux habitués de l'endroit, dans les couloirs de cette Bourse de la curiosité qui vit cependant des fantaisies du luxe et où la vie active ne semblait nullement suspendue. Une foule plus nombreuse que jamais s’entassait dans les salles d'exposition, se dirigeant cependant de préférence vers la collection de ce radieux prosateur qui s'appelait Paul de Saint-Victor et qui fut un grand écrivain dont chaque page était un tableau de maitre.
Le catalogue d'une main, le crayon de l’autre pour noter rapidement sur les marges blanches les impressions fugitives du premier coup d'œil, je me mis à visiter très en détail tout ce qui était exposé pour l’étudier, morceau par morceau, en faire l’objet d’une chronique très détaillée.
Déception amère ! presque dès le début, je me vois forcé de renoncer à ma tàche ! Cela n’enlève certainement rien à son grand talent souple et varié, mais le célèbre critique d'art, l’étincelant feuilletonniste du Moniteur n'était en résumé qu’un fort médiocre collectionneur. À quoi bon, en effet, s’attarder dans les descriptions des cheminées japonaises, des poteries de Satzuma, des cabinets en laque aventurine, des eommodes Louis XV en bois de placage, des étagères en bois de fer, des meubles anciens composés de pièces et de morceaux, des bahuts flamands dans le genre de ceux que tiennent les grands magasins du Louvre, dans le rayon des meubles belges.
C'est là le défilé ordinaire du mobilier cent fois décrit qui appartient à Monsieur tout le monde, et qui n’exige aucune science spéciale, aucune étude, aucune aptitude
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artistique. Il peut être aisément formé dans une journée de flänerie, en parcourant les magasins qui présentent leurs étalages cosmopolites dans la rue de La Fayette et dans la rue de Châteaudun.
Nous nous attendions certainement tous à tout autre chose, mais il paraît qu’il en est souvent ainsi de ces admirables stylistes. — La vente de Théophile Gautier fut également l’objet d'une profonde désillusion de la part des amateurs
.... par l'odeur alléchés.
Ils vivent surtout par le cerveau, ces écrivains brillants, bien plus que par les yeux, et ils ne cherchent pas à s'entourer de choses inutiles pour provoquer l’enthousiasme de leur imagination souvent surexcitée.
Les tableaux seuls à cette exhibition pouvaient arrêter un instant les curieux et provoquer quelques critiques sur le goût du grand critique, surtout en ce qui concerne les attributions respectées ou sanctionnées par l'expert.
Le Goya, représentant une jeune femme étendue sur un lit de repos, revêtue d’un costume espagnol, n’est bien certainement que la copie de ce grand tableau du musée de Madrid, qui représente, dit-on, la duchesse d’Albe, bien connue sous le nom de la Haja vêtue, et qui a pour pendant la Jaja nue. Deux tableaux d'une élégance exquise et d'une couleur charmante.
Le Clouet si vanté, portrait d’un réformateur grave comme un apôtre et coiffé de sa barrette, auquel on avait donné la place d'honneur au milieu du panneau du fond de la toile, nous paraît en trop mauvais état pour être acquis par le Louvre, comme on en a exprimé le désir. Ce petit panneau fendu a été mal réparé. Nous savons bien qu'il vient du cabinet Gaignières, ce célèbre
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amateur du xvir siècle qui vendit sa collection au roi, mais ce n'est pas là un échantillon assez beau pour le mettre dans nos collections publiques. — Comme il est loin de valoir celui de la galerie Demidoff, vendu à San-Donato en 1879 et qui a été acheté par un amateur belge! Laissons-le tranquillement suivre le cours de sa destinée.
Paul de Saint-Victor avait acheté presque tous ses tableaux dans ses nombreuses pérégrinations en Italie, en Hollande et en Allemagne. Se défiait-il de l’entrainement qu'il avait subi dans ses voyages? Etait-ce pour cela que peu de profanes avaient franchi le seuil de son sanctuaire? — Nous serions tenté de le croire aujourd'hui. )
C'était à coup sûr une collection formée sans grands frais et par un homme tellement applaudi, dans ses articles sur les beaux-arts, qu'il devait avoir une trop grande confiance en lui. Comment ne pas être grisé, du reste, sur son propre compte lorsque Victor Hugo lui disait : « On écrirait un livre rien que pour vous faire écrire une page », et lorsque Lamartine, dont il avait été le secrétaire, s’écriait dans un élan enthousiaste : « Il serait capable d’éblouir le soleil s’il le regardait en face, » ou bien: « Quand je veux lire du Saint-Victor, je mets des lunettes bleues. »
Voyez-vous tous ces écrivains lui disant : Vous êtes un prodige ! Vous êtes un génie ! Nous eussions tous succombé, n'est-ce pas? nous nous serions crus infaillibles dans nos jugements et nous aurions acheté, pleins de confiance, les tableaux qui nous auraient séduits à première vue, quitte à le regretter plus tard.
Mais je ne veux pas continuer à critiquer. J'ai fait mes réserves. Je tiens à payer maintenant un juste
tribut d'admiration à certaines toiles que j'ai été heureux de trouver dans ces derniers souvenirs de l'écrivain de race, de l’illustre Zwndiste qui a fait Zommes et Dieux, ces études artistiques, Barbares et Bandits, cette haine sincère et profonde contre la Prusse, les Deux masques, remplis des magnifiques fusées de ce Ruggieri littéraire.
Disons d’abord que Paul de Saint-Victor avait un goût tout particulier pour les primitifs du xiv° et du xve siècle, et que sa galerie renfermait quelques bons spécimens de plusieurs de ces écoles : Un très curieux portrait d'homme du Vénitien Gentile Bellini ; une peinture religieuse sur fond d’or du Florentin Botticelli, dit Sancho ; un intéressant tableau de l'Allemand Lucas Sunder dit Cranach; un panneau avec la Vierge et l'enfant Jésus, attribué à Ghirlandajo ; /’ Annonce aux bergers, d'Andrea Mantegna ; une composition allégorique de Spinelli et beaucoup d’inconnus de ces époques reculées dont le nom de tous les maitres n’est certainement pas arrivé jusqu’à nous.
Les maîtres français séduisaient tout particulièrement Paul de Saint-Victor. Il avait un ardent amour de la patrie et de tout ce qui s’y rattachait ; aussi trouvonsnous parmi ses tableaux bien des pages appartenant à cette école charmante du xvmf siècle, et parmi elles un Fragonard délicieux, répétition du tableau de la collection Lacaze : une jeune femme nue couchée sur un lit et tourmentée par un Amour mutin qui lui enlève ses derniers voiles ; — un Carle Van Loo, portrait de jeune fille blonde et poudrée, avec une rose dans les cheveux, les épaules nues entourées d’une écharpe en soie gorge de pigeon; — un paysage d’Hubert Robert intitulé Ze Pont de Bois, d'une tonalité délicieuse ; — une nature morte de Siméon Chardin, d’une vérité extraordinaire :
prunes de monsieur, melons, pommes d’ap?, éparses sur une console de marbre au milieu de verres de Venise qui luisent de reflets papillotants, à côté d’un bocal de cerises vers lequel on est tenté d'avancer la main. — Tout cela est vivant, comme disent les amateurs.
L'école vénitienne est représentée par un ravissant petit tableau de Francesco Guardi, de l’exéeution la plus pure et la plus spirituelle, suivant le mot aujourd’hui consacré. Il ne s’agit pas là d’une de ses vues de Venise qu'on rencontre sans cesse, mais d’un paysage animé par ces petits personnages faits avec rien qu’une tache blanche dont il avait le secret. C’est là sans doute une trouvaille heureuse dans cette cité des doges que le collaborateur de l’Asliste affectionnait, où il venait souvent faire de longs séjours, ce qui avait fait dire de lui qu’il était « un Vénitien allant quelquefois à Paris. »
Peu de modernes parmi ces tableaux. Les peintres n’ont pas gâté ce critique par des présents d’Artaxercès. Dans cette vieille maison de la rue Furstenberg où il demeurait et qu'avait habitée Delacroix se trouvait seulement Une vue de Douarnenez par Jules Breton ; une Jeune paysanne, aquarelle d'Eugène Louis ; Henr IIT à la procession, que Lalauze a reproduit à l’eau-forte, ce qui rappelle cette phrase du livre : Homme et Dieux :
« Le dimanche, 5 avril, le roi fut à la procession, portant le cierge allumé ; » dit Lestoile dans ses Mémoires.
Quand j'aurai parlé d’une sibylle de cet étrange Gustave Moreau et d’une esquisse de l’âge d’or de Puvis de Chavanne, où des nymphes se cambrent dans les bras vigoureux des faunes, je crois qu'il ne restera plus rien à citer des œuvres de nos contemporains devant figurer à cette vente. Ma tâche sera achevée, car je ne compte pas parler des japonaiseries ni de la chinoiserie,
» albums ou brüle-parfums, chimères, poissons, tirelires
émaillées, ni des groupes plus ou moins authentiques en porcelainei de Saxe ?
Mais n'est-ce pas l’occasion, en terminant cette chronique, de dire quelques mots sur celui qui avait forme cette galerie, au moment où elle va affronter le jugement dernier des enchères?
Je n'ai eu l’occasion de me rencontrer avec Paul de Saint-Victor qu’une seule fois dans ma vie, il y a quelques années. Nous dinions ensemble chez l'un de nos emis, Émile Récipon, qui habite, dans les Champs-Elysées, l’ancien hôtel d’Audiffret-Pasquier. Je me souvenais de ce que Victor Hugo avait dit: « Combinez la science d’un mage assyrien avec la courtoisie d’un chevalier français, vous aurez Saint-Victor, » et je m'étais fait de lui une idée bien différente de celle dont j'ai gardé depuis le souvenir.
Il me parut froid et hautain. Il desserra à peine les
dents pendant toute la durée du diner, ne se déridant P pas, restant raide, solennel, compassé, cherchant à se
taire plutôt qu'à parler et fixant de temps à autre sur les convives ses gros yeux comme des lentilles. Le soir, il n'eut, à l'heure du cigare, quelques mots aimables que pour M. Francis Charme, des Débats, qui lui fut présenté. De très bonne heure, fuyant la musique, avec une politesse glaciale, il salua la maitresse de la maison et lui dit, pour s’excuser de se retirer si tôt, qu'il n’était pas 2oc{ambule. J'ai retenu le mot. C’est à peu près tout ce que je lui ai entendu dire dans cette soirée.
Je n’oublirai jamais cependant son profil bourbonien, ses moustaches régence et son air d’émigré qui passe, évoquant les grands passés disparus.
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Les grands curieux depuis Laurent de Médicis. — Le tableau devenu une marchandise. — La duchesse de Bojano. — Les faux Géricault. — L'Été et l'Hiver, de J.-F. Millet. — Une nature morte de Saint-Jean. — Le bonhomme Pitoin. — Prudentes réserves d’un expert. — Les deux Thiénon.
Paris, 2 février.
Les curieux datent de loin. Sans remonter au déluge, ni aux lettres de Pline, ni aux épitres de Cicéron qui parlent des collectionneurs de l’époque, on peut en citer un grand nombre dans des temps déjà éloignés, mais un peu plus rapprochés de nous.
Le roi Clovis brisant de sa francisque la tête duSaxon qui avait brisé lui-même un vase précieux et lui disant : Souviens-toi du vase de Soissons, fut, dans notre histoire de France, l’un des premiers antiquaires. Il défendait les chefs-d'œuvre contre la brutalité des barbares de l'époque.
Sous l'influence de Laurent de Médicis, dit le Magnifique, Florence devint le centre du mouvement dela Renaissance. Protecteur éclairé des arts, il forma une collection superbe de dessins des artistes qui l’entouraient : Luca Signorelli, Dom. Ghirlandajo et Michel-Ange, et des maitres peintres, architectes et sculpteurs qui avaient vécu à la cour de son grand-père, Cosme de Médicis : Brunelleschi, Donatello, Michelozzo, Masaccio et Lippi.
Jules Romain, le meilleur élève de Raphaël, avait le goût des médailles.
Vasari, dans son excellent ouvrage, la Vie des peintres, parle du choix qu'il avait fait, avec une prédilection toute particulière, de dessins provenant des grands maîtres avec lesquels il s’était trouvé en relations.
Rubens avait rassemblé dans son palais d'Anvers des médailles, des camées, des peintures, des vases antiques et des pierres gravées.
Le cardinal Léopold de Toscane renfermait dans de grands portefeuilles, couverts d'ornements dorés, plusieurs milliers de dessins dont quelques-uns dataient de l'époque de Cimabue et de Giotto.
En Angleterre, lord Arundel, dont le portrait fut fait par Rubens et par Van Dyck, acheta le premier des tableaux et des statues pour orner le jardin et les galeries de son palais. C'était un grand collectionneur, celui-là, car il voulut faire transporter à Londres l’obélisque qui depuis a fait l’ornement de la place Navone à Rome.
Le duc de Buckingham, de célèbre mémoire, l'homme le plus élégant de son temps, eut une collection qui fut, selon les mémoires de l'époque. dispersée en 1648.
Le roi d'Angleterre, Charles Ie", acheta 80,000 livres la galerie du duc de Mantoue. Il avait des bijoux, des vases d'or, des tableaux et une bibliothèque. A sa déchéance, toutes ces merveilles furent vendues par ordre du Parlement 2,625,000 francs, somme considérable pour l’époque.
En France, le cardinal Mazarin avait réuni dans son hôtel des choses splendides, par les soins de Jaback, qui fut chargé de le représenter à la vente du malheureux roi dont je viens de parler.
Louis XIV était un curieux. Il aimait les artistes. Sa collection a formé celle du Louvre.
Puis vient ensuite cette époque des catalogues, si bien
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étudiée par Charles Blanc dans son Zrésor de La curiosilé:
La comtesse de Verrue, la maîtresse du duc de Savoie, cette Maintenon du roi de Sardaigne, qui dépensait cent mille francs par an pour sa curiosité.
Crozat, qui avait dix-neuf mille dessins, études, académies, pensées primitives, dessins arrêtés, cartons de fresques ou de tapisseries, vendus à sa mort seuiement 136,401 livres.
Le chevalier de La Roque, qui possédait 300 tableaux vendus par Gersaint. #
Mariette, dont le cabinet a été catalogué par le graveur Basan et qui atteignit 283,726 livres 11 sols, les dessins compris pour 123,491 livres. Un paysage de Watteau se vendait alors 176 livres.
M. de Julienne, l'ami de Watteau, dont Remy a écrit la biographie dans la préface de son catalogue et qui possédait le Bon Samarilain, de Rembrandt, vendu 1,551 livres.
Randon de Boisset, ce riche fermier périêtel lié avec Greuze, et que Boucher accompagna dans un voyage en Flandre pour l'aider dans ses acquisitions, dont la collection fut vendue 1,356,975 livres, gouaches, bijoux, estampes, médailles, anciens laques, meubles, porcelaines, pendules de goût, et parmi ses tableaux: les Pélerins d'Emmatüs, de Rembrandt, acquis pour la somme de 10,500 livres. |
Que de souvenirs ils évoquent dans notre esprit, ces hommes d'Etat, ces maitresses royales, ces financiers d'esprit, ces grands seigneurs qui s’honoraient du titre de curieux. Ils étaient jaloux de leurs trésors artistiques. Ils étaient fiers des galeries qu’ils avaient formées, bravant les fatigues et les dangers des voyages. Il leur semblait qu'ils participaient aux rayons de gloire