‹ L'Hôtel Drouot en (volume 3)Chapitre 15 sur 85 · MAT 4 L · texte numérisé non relu

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qui tombaient sur les artistes illustres avec lesquels ils vivaient. Aussi gardaient-ils précieusement les belles choses qu’ils possédaient. Tous leurs loisirs se passaient dans leur cabinet; c'était là le centre de leurs plaisirs les plus délicats, et ils ne songeaient guère à la spéculation qui paraît préoccuper autant que l’art les nombreux collectionneurs d'aujourd'hui.

Telles étaient les réflexions que je faisais l’autre jour au milieu du tohu-bohu de ces salles de l'hôtel Drouot, renouvelant sans cesse leurs expositions, pendant ce mois de janvier si fécond en adjudications. On fait d’excellentes affaires avec la passion apparente des belies choses. On achète maintenant des tableaux pour les montrer avec un certain orgueil, afin de prouver que si

on est riche on n’en est pas moins un homme de goût.

Collections formées autour des tables de l'hôtel Drouot, qu'on vend lorsque la satiété est arrivée et qu'on recommence quelque temps après. Aussi est-ce un défilé de catalogues plus commerciaux que littéraires et, malgré l’abondance de l'offre, les prix se maintiennent grâce à la quantité et à la variété des demandes.

L'objet d’art enlevé, rendu, repris à l'hôtel Drouot, est devenu une valeur de spéculation qui, a sa cote moins officielle que celle de la Bourse, mais parfaite-

ment connue des amateurs.

Déjà les bric-à-brac, lorsqu'ils viennent examiner la vente d’un homme de goût, ne trouvent autre chose à en dire en sortant de l'exposition: c'est de la bonne marchandise. O profanation! l’objet d'art, autrefois si respecté, est devenu une véritable denrée. L’argot commercial est employé pour définir les belles statues et les beaux tableaux. Bientôt lorsqu'ils seront irréprochables, on les vendra sous la simple désignation de qualité loyale et marchande, comme font les cour-

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tiers de commerce dans leurs contrats pour les sucres ou pour les cafés ! À

Ainsi va le monde, et le mois de janvier a vu tant de ventes encore que mon compte rendu passerait bien vite à l’état de volume divisé en chapitres si je voulais m'arrêter à toutes. Il me faut forcément abréger et résumer mes souvenirs en quelques lignes.

Sous l’initiale du duc de B..., la duchesse de Bojano a fait une vente très importante. Cette collection avait été formée avec les galeries les plus célèbres. Elle renfermait quelques-unes des plus heureuses rencontres faites dans le temps par ceux qui ont porté ou qui portent un nom connu dans les arts : marquis de Hastings, comte de Schônbron, comte de Trapani, chevalier de Lissingen, Anguiot, Camille Marcille, Fould et Laurent Richard. Il est facile, du reste, d’en juger par quelquesunes des toiles principales que M. Haro a présentées au

public.

VAN BLARENBERG. — La Prise de la ville de Gênes, charmant tableau d’un joli ton bleu. Vendu 495 francs. Francois BoucHER. — Trois tableaux : La Toilette de

Vénus, toile en mauvais état, provenant de la vente Anguiot, 650 francs. — Le Printemps et son pendant, 940 francs. — L’'Automne, 890 francs.

ANTONIO CANALE, DIT CANALETTO. — Le Grand Canal à Venise, vue prise en face de l’église brillante et pittoresque Gli Salizi, à l’'amorce du Grand Canal. Admirablement bien rendues, les eaux blanchâtres du Canalazzo.

CourBer. — Cinq bons tableaux de lui : La Source du Lison, près de Nans-sous-Sainte-Anne, datée de 1863, vendue 3,530 francs. — Le Ruisseau de Maubouc, à Ornans, 1,500 francs. — L'/iver à Mézières, effet de neige, tableau poussé très loin, d'une impression vraie,

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daté de 1872, acheté 5,380 francs, bien que l'expert

| n’ait demandé que 3,000 francs. — Les Bords du Lac

Léman, près de Clarens, 1,920 francs. — Le Zorrené, vue prise évidemment dans les Alpes, pendant du précédent, 1,900 francs.

Decames. — Le Ckenil. Le catalogue décrit fort bien ce tableau :

« Au premier plan et devant une mangeoire vide est » assis, en pleine lumière, un basset blanc, tacheté » noir et feu; près de lui, un autre basset brun se dé- » tache sur un mur recrépi. Dans le fond du chenii, » plusieurs autres chiens se tiennent couchés. »

Jamais les chiens, pour rendre leur physionomie, n’ont eu un maitre aussi habile.

En 1878, ce tableau faisait partie de la vente Laurent Richard. Cette année, il est passé, pour 5,550 fr., entre les mains du très avisé M. Brame. C’est un bon tableau.

Diaz. — Une C{airière dans la forêt de Fontainebleau. Auprès d’une petite mare et sous un ciel d'orage se détache un groupe de gros hêtres. L'expert avait demandé 5,000 francs de ce tableau, qui monte rapidement à 7,500 francs. Là, deux acquéreurs luttent pied à pied, par enchères de vingt francs, malgré les sollicitations pressantes de M° Escribe d’avoir à accentuer davantage leurs enchères. La victoire est remportée par celui qui met 8,190 francs.

DierricH. — Un Vieillard assis dans un fauteuil, collection de Morny, 625 francs.

Fyr. — Une très belle Æ{ude de chiens, 250 francs.

Gecerreutr. — Les Patineurs, tableau très fin, fait en 1874, acheté 1,000 francs par M. Vannier, associé de la riche maison Pommery de Reims.

Géricauzr. — Trois études vigoureusement peintes de Chevaux percherons, brossés dans l'écurie de lord

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Seymour, 2,150 francs. On a vendu ensuite d'autres études très bien faites, mais qui n'étaient que des €opies, d'après la déclaration de M. Montfort, l'un des rares élèves du peintre vivant eneore. Cependant l’une de ces reproductions, un Cheval de charrette dételé, mangeant son avoine, venait de Couvreur, qui passait pour s'y connaitre, et qui se trompait quelquefois, parait-il, comme les plus forts.

Vax Goxex. — Trois tableaux de lui. Le premier, daté de 1632, intact, excellent, d’un ton doré, d'une couleur chaude et transparente, d'une exécution ferme. Il venait de la vente Lissingen, où il portait le n° 18, et -il avait été gravé par W. Unger. Le maître a voulu représenter dans ce tableau les eaux troubles et agitées de la Meuse à Dordrecht. Des bateaux s'éloignent à l'horizon, d'autres, au premier plan, jettent leurs filets, tandis que, sur la gauche, des pêcheurs abordent le rivage et déchargent leurs paniers remplis de poissons. — Vendu 4,250 francs.

Le second, d'un ton un peu trop bistré, le moins bien des trois, reproduisait une Vi//e de la Hollande, entourée d'un mur d'enceinte, flanquée de tourelles. Signé du monogramme et daté de 1649. N° 20 du catalogue Lissingen, 1,950 francs.

Le troisième, signé également, avait déjà paru en 1878 à la vente Laurent Richard sous le n° 96 du catalogue. — L'Æiver en Hollande. Les patineurs glissent avec art sur la glace, tandis que d’autres se promènent en traineaux. Dans un coin, une tour en ruine et, dans le fond, quelques moulins et les clochers d'une ville qui se profilent à l'horizon. Pas cher! 1,070 francs.

FRANCESCO Guarpi. — De ce maitre si éclatant et si spirituel une importante composition, la Féte du Bucentaure, où tout Venise est groupé dessus et autour du pont de Rialto pour voir la course des gondoles,

vendu 6,000 francs. — Deux jolies petites études représentant, l'une la Douane, 1,500 francs, et l’autre l'Eglise de Santa-Maria-della-Salute, sur le Grand Canal, 11,310 francs.

WiLceM Kazr. — Un intérieur rustique, avec des cuviers, des baquets, des tonneaux, un coq, des ustensiles de ménage et deux paysans assis qui se chauffent. Comment ce tableau avait-il été attribué à Zorg dans la vente Lissingen, alors qu'il est signé de Kalf, à droite, en toutes lettres? 950 francs.

NicOLAS DE LARGILLIÈRE. — Arrangé comme il savait le faire, un beau portrait de dame de qualité, en robe brochée d’or et d'argent, un manteau fourré gorge de pigeon, et retenu au corsage par des ferrets ornés de perles, vendu 1,800 fr. — Un autre portrait de femme indiqué au catalogue de l'Exposition retrospective de 1378, au Trocadéro, comme représentant Marie-Louise- Elisabeth d'Orléans, fille ainée de Philippe d'Orléans, régent de France, celle qu'on appelait Mademoiselle avant son mariage avec le duc de Berry. La duchesse est vue à mi-corps, les cheveux poudrés, ornés de perles et de fleurs, sur un corsage décolleté de satin blanc brodé. Robe couverte d'ornements et drapée d’un splendide manteau de velours rouge, 1,880 francs.

Wiccezm Mieris. — Dandé, à la poitrine jeune et chaste et à qui la grâce sert en partie de vêtements, est couchée sur un lit et regarde dans une vision attrayante apparaitre Jupiter. Tandis que tombe la pluie d’or du séducteur, un jeune amour écarte peu à à peu les derniers voiles qui enveloppent la belle. 605 francs.

J.-F. Mer. — Z'Été, tableau de décoration d’une forme cintrée. C’est l’époque de la moisson. La blonde Cérès, couronnée d’épis, une fauéille à la main et le regard inspiré, est debout, appuyée sur une vanne. A côté

d'elle quelques attributs : une corbeille de pain et des gerbes de blé. Dans le fond, des moissonneurs. Les uns travaillent, les autres dorment. Voilà le tableau. A coup sûr, c'est une femme des champs qui a posé. Ses chairs sont rouges, les attaches peu délicates et les seins ont à leur extrémité de grosses fraises écrasées et violettes qui accusent une maternité beaucoup trop répétée. L'ensemble est rouge. Avouons-le : ce n'est pas beau.

L' Hiver. L'Amour, par un temps de bise et de neige, demande l'hospitalité. Le poète a inspiré le peintre :

J'étais couché mollement,

Et, contre mon ordinaire,

Je dormais tranquillement, Quand un enfant s’en vint faire A ma porte quelque bruit.

Il pleuvait fort cette nuit :

Le veni, le froid et l'orage Contre l'enfant faisaient rage.

Ouvrez, dit-il, je suis nu.

Et moi, charitable et bonne, J'ouvre au pauvre morfondu, Et m'enquiers comme il se nomme.

Je vous le dirai tantôt, Repartit-il; car il faut Qu'auparavant je m’essuie.

Ainsi s'exprime La Fontaine dans une imitation d’Anacréon. Voici comment Millet a traduit cette partie du poème charmant :

Une vestale accompagnée d’un augure portant sur la tète une couronne de chène ouvre la porte à un petit amour qui grelotte de froid. Son carquois presque vide laisse tomber les deux dernières flèches. Il fait pitié. Il est transi. Il est vert.

L'aspect général du tableau est d'un ton terne et gris sans doute voulu pour imiter l'effet que produit la neige

à semer Cote vote … m'a semblé meilleure que son pendant, mais j'avoue . sincérement que tout en admirant le talent de Mill. j'aime autant Hamon dans ses allégories pomp<ien- Des.

- Le public n’a pas été entièrement de mon avis. car - ces deux tableaux, 7 Æ44 et l'Hiver ont été adjugss à “à 45,000 francs, et M. Lafontaine, lex-sociétaire de la Comédie-Française, très passionné, parait-il, pour L== mme nc

E Moxsuc. — Une toile assez jolie représentant. dit-0n. … Louis XVII le prince de Condé jouant ave: un - petit chien, 395 francs.

…. Nocrer. — Une charmante et mignonne petite prin- cesse représeniée deboui dans une robe brodée qui la « tient raide et dans laquelle elle disparait On dirait “qu'elle joue à le grande dame avec son éventail de D 1.220 francs.

£ ADRIEN VAN Osrape — (Euvre de jeunesse datés de “1632, les Chanteurs. Toujours un peu bossus le per- “sonnages de Van Ostade. Un paysan allume sa pige à uw tison, une petite fille mange dans une éuclle énorme, tandis que deux villageois chantent 2ccompaés par un musicien qui souffle de toutes ses forces sa cornemuse. Rien de plus prosaique que le sujet Ê4e ce tablean qui venait de la collection Marcille et qui a été adjugé 2,010 franes.

… Hrxn: Recxauzr. — Une étude: Négresse, à la chemise entr'ouverte, vètue d'un jupon rouge et drapée d'un châle jeté par le peintre sans doute. Elle tient == cranges sur ses épaules. — Alliance harmonieuse et puis- “sante du blane, du noir, du jaune et du roug=. !. 16) “francs.

… Samr-Jeax. — Nature morte d'une profonde eokoration ; des fleurs: dahlias et roses ; du gibier: des far

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sans et un lapin; : des fruits: un melon et des raisins. — Daté de 1854 et vendu le prix de ses œuvres principales, 8,550 francs.

J. RoBtE, 1847. — Sur une table couverte d'une étoffe

se détachent un verre gothique, un bol de Chine à demi renversé, duquel s’échappent des À opaiet et des raisins noirs, 2 ,020 francs.

SALOMON Ruy SDAEL. — Un Paysage avec toutes les qualités ordinaires du maitre. Sujet connu : des barques de pêcheurs sillonnent la rivière. Les unes la descendent, les autres la remontent. Un groupe de pêcheurs trainent un filet près de la rive où s’abreuvent des bestiaux. Dans le lointain brumeux apparaît le clocher d’un village. Signé et daté de 1645. Venant de la vente de Lissingen. Vendu 4,750 francs.

Dapip TENIERS LE JEUNE. — Ze Cabaret. La nature humaine est peinte telle qu'elle est. Tous ces rustres sont vrais. On boit. Les uns sont assis sur un toit de chaume, les autres fument assis sur un banc de bois en souriant et en oubliant les soucis de la vie. Un villageois se dirige vers les buveurs, un broc à la main, tandis que la cabaretière se tient sur la porte, prête à servir de la bière aux clients. C’est l'histoire pittoresque des Flandres que Teniers a fait voyager ainsi dans toute l’Europe, 4,600 francs.

Troyon. — Ze Bac, vue prise à Bonnières sur les bords de la Seine. Venant de sa vente, 2,020 francs.

ADRIEN VAN DE VELDE. — Ze Pâturage. Us broutent tous : vache, chèvre, moutons et chevaux, 1,050 francs.

Mwe Vicée-Leprun. — Portrait d'une merveilleuse, en costume Directoire. C’est loin de son portrait de la galerie degli Uffizi. Aussi 100 francs.

François DE Troy. — Portrait exposé en 1878 au Trocadéro, n° 205, où il était attribué à Hippolyte Regnault. Le Grand Dauphin, cuirasse, habit de brocart.

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En sautoir le grand cordon bleu de l’ordre de Saint- Louis ; au cou, un largeruban rouge, 1,100 francs.

Et, pour la clôture, un pastel bleuté de RosarBa Jeune fille jouant avec un chat, 60 francs. — Une aquarelle inachevée de MeissoniEeR : Charles V el Agnès Sorel sortant d’une chapelle, 330 francs. — F. Micrer. Deux pastels chauds et vigoureux, démontrant une fois de plus toute la souplesse de son talent. La 26claration et le Baïser sur la bouche, 1,500 francs.

En somme, une belle vente qui, par son chiffre surtout, pourra prendre place dans les annales de la

curiosité.

Qui ne connaît, dans le quartier du faubourg Poissonnière, le bonhomme Pitoin, ce type légendaire de l’ancien maitre du roulage ?Il a voulu, lui aussi, avoir sa petite vente et tâter des enchères avant de se retirer des affaires.

Le catalogue portait en tête les réserves formelles du peintre Horsin-Déon qui l'avait rédigé :

Tableaux anciens et modernes attribués aux maîtres suivants :

Voilà un expert qui, tout en ne se compromettant pas, compromet singulièrement la vente dont il est chargé. Quelques bonnes choses cependant dans cette petite collection, formée des nombreux cadeaux que M. Pitoin recevait des artistes dont il était très aimé.

Le Serment du jeu de paume, fait d’après les études et les compositions de David, gardées par son élève Rioult.

Deux charmantes gouaches, de Desprez, très bien conservées.

Une nature morte de Drolling et des ruines d'Huberts Robert, |

36 L'HOTEL DROUOT ET LA CURIOSITÉ x#N 1882.

Vers le milieu du mois dernier, M. Claude Thiénon père et Louis Thiénon ont présenté au public une série d'études peintes et d’aquarelles reproduisant des vues prises un peu partout, en France, en Angleterre, en Ecosse, en Allemagne, en Hollande, en Hongrie, en Italie, en Espagne, voire au Maroc! Bien oubliés ces Thiénon ! Personne ne pouvant me renseigner à leur endroit, je me suis mis à feuilleter le livret du Salon, et c’est avec un véritable plaisir que j'ai reconnu qu'il s'agissait d’un de nos doyens. Louis Thiénon eut, en effet, une médaille de 3° classe, en 1836, comme graveur en taille-douce et, plus tard, comme peintre, une médaille de 2° classe en 1846.

Trop grises, toutes ces aquarelles. On ne veut plus de cette manière-là maintenant.

Cette vente a-t-elle réussi ? J'en doute.

Snccès de la vente de Saint-Victor. — Le moyen de ne pas vieiilir. — Vente de B***, — Esquisses de Delacroix. — Tableaux vendus par les experts George, Petit, Feral et Durand-Ruel. — Galerie Van de Kerkhove. — Roses princesses et Dames aux camélias. — Le dessus du panier de la collection Timbal. — Le sarcophage de Sati.

Paris, 5 fevrier.

La vente de Paul de Saint-Victor, faite le 23 et le 24 janvier, a mieux réussi que nous ne le pensions. Elle s’est faite devant un concours empressé d’anciens amis fidèles au dernier rendez-vous, parmi lesquels Emmanuel Arago, Auguste Vacquerie et Arsène Houssaye. L'ancien directeur de la Comédie-Française, avait écrit pour le catalogue une préface aussi spirituelle que savante.

Le tableau de Clouet a été adjugé 10,900 francs; non au Louvre, bien que M. Paul Mantz fût présent, mais à M. Michel. — La Réverie de Jules Breton, 6,000 francs. — La Petite Bergère de Wenix, conquise par M. H. Péreire, 4,000 franes. — Un Seigneur et sa femme, par Lucas Cranach, payé 3,800 francs par M. Baur. — Henri III à la procession, d'Eugène Lami, poussé vaillamment jusqu'à 3,500 francs par M. Baptiste Guilhiermoz. — Fruits el cristaux de Chardin, 2,500 francs. — Le Concert, de Dirck Hals, un des rares

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tableaux absolument intacts, 2,600 francs, à M. Charles ‘ Pillet:

Puis ensuite: Une Z'ntrée de village, par Breughel de Velours, achetée 1,120 francs. — Portrait de jeune femme de la cour de Henri IV, par Porbus le jeune, 1,020 francs. — Jeune femme, par Van Loo, 1,200 francs. — Le Portrait de grande dame, par Gérard Spronck, 1,020 francs. — L’'Adoration des Mages, ecole vénitienne, 1,205 francs. — Portrait de femme, par Reynolds, 740 francs. — L'esquisse de Puvis de Chavannes, 650 francs. — Par Holbein, Portrait d'homme, 500 francs. — Animaux au repos dans un paysage, de W. Romeyn, 860 francs. — La Sibylle, de G. Moreau, 2,050 francs. — Le Billet, agréable esquisse de Fragonard, 380 francs, au marquis de Charlet. — Le Ponf, de Guardi, 3,050 francs, à M. Fichel, qui a pris, à 2,880 francs. la Prédicalion, de Hubert-Robert. datée de 1782. Enfin une pochade de Goya, un Saint personnage recevant la communion, a été achetée 580 francs par le peintre Bonnat.

Neuf petits bustes-appliques en cire peinte, représentant de grands personages de la cour de Naples et de Bavière au xvu siècle, adjugés en bloc à 4,400 fr.

Vingt-deux miniatures ovales sur vélin, personnages en robe du xvur° siècle, 390 francs.

Un groupe en bois sculpté, enfant assis sur le dos d’un éléphant, enrichi d’incrustations, 500 francs.

Un bas-relief en terre cuite, de Clodion, 410 francs.

Une pendule du temps de Louis XIV (trop refaite), à deux colonnes détachées, en marqueterie d’écaille, 720 franes.

Un petit cabaret en bois noir du temps de Louis XIli, 540 francs.

Terminons par les albums de la Chine et du Japon, qui sont montés à des prix assez élevés, variant de

100 à 600 francs. — Un seul avec une reliure en bois de fer, contenant quatorze dessins, a valu 640 francs.

La vente a produit en totalité 105,032 francs.

Les livres du bibliophile doivent être vendus en mars : environ 1,500 volumes triés sur le volet, en grande partie éditions illustrées du siècle dernier. On a mis aux enchères, rue des Bons-Enfants, quatre mille volumes de la littérature courante dans un état de conservation qui témoignait du respect profond dont leurs feuillets avaient été entourés par le couteau à papier. Quelques-uns cependant ont fait sensation à cause de leurs dédicaces. Me Adam, en adressant Grecque au célèbre critique, avait ajouté: Bien émue, bienanxzieuse, et Monselet avait mis sur la couverture des Galanteries du xvine siècle : C’est en partie pour vous que j'ai écrit ce livre. Mais, quant aux autres, la plupart ont été livrés incoupés au publie, tels qu'ils étaient arrivés chez Paul de Saint-Victor. Décidément, on ne lit plus à notre époque, on parcourt. Ce n’est pas ainsi que procédait Sainte-Beuve.

« Je lis tout, disait-il, c’est le moyen de ne pas vieillir. »

Dans la vente de M. B..…., faite le 23 janvier par les soins des experts George et Georges Petit, il se trouvait une réunion d'excellentes choses : tableaux, aquarelles, dessins, pastels, marbres et terres cuites que les amateurs et les marchands se sont très chaudement disputés.

Deux Guardi, provenant de la collection Boisfremont et représentant des environs de Venise, vendus 1,600 francs.

Une réduction signée de {a Mal'aria d'Hébert : «3,400 francs.

Une esquisse de Géricault : l’Zrcendie d'un camp arabe, que M. Walferdin avait possédée, 500 francs.

Une étude faite par Ingres à Rome en 1811, pour son tableau de J/wpiter et Thétis, 560 francs.

Boilly, un dessin rehaussé, très curieux : le Salon de 1812, celui où fut exposé le grand tableau du sacre de Napoléon Ier, 1,625 francs. $

Des Moutons de ce grand pee Hs6a Bonheur, 4,065 francs.

Deux vigoureux dessins gouachés à Poids de Chine et au bleu de Prusse, par Gustave Doré: la Paix et son pendant, la Guerre, 750 francs.

De Ziem : La Vue de l'église de Santa-Maria-della- Salute, à la belle coupole construite par Longhena, élève de Palladio, vendu 950 francs.

Un Crépuscule dans la forêt de Fontainebleau, cette forêt que Th. Rousseau a si bien étudiée sous ses aspects multiples et qui provenait de sa vente, 1,005 franes.

De Louis David, le portrait inachevé et vigoureusement peint de Pabaut-Saint-Etienne, étude pour son tableau du Serment du Jeu de Paume.

Puis des études bien précieuses, car seules elles rappellent quelques-unes des œuvres d'Eugène Delacroix, disparues dans le terrible incendie de l'Hôtel de ville, en 1871. Qui ne se souvient de ce merveilleux Salon de la Paix, appelé le salon de Delacroix, où les peintures de cet artiste formaient un vaste ensemble décoratif composé d’un grand plafond circulaire, de huit caissons allongés consacrés aux Dieux et aux Déesses de l'Olympe et de onze lympans demi-circulaires que remplissaient des épisodes de la vie d'Hercule. Comme elles étaient harmonieuses ces peintures, calculées pour une impression d'ensemble ! et quelle perte ! Dans cette vente B... ont reparu les esquisses du plafond : la Zerre éplorée obtenant le retour de la Paix, et de deux tympans : Le Repos d'Hercule et Minerve présentant à Junon Hercule enfant. Ces trois morceaux précieux ont été

adjugés par M° Bossy, 2,815 francs. On dit que cet achat a été fait pour le compte de la Ville de Paris. Un bon point à son adresse alors.

Une aquarelle de Jules Dupré : Paysage inspiré par la description d'un roman de Walter Scott, provenant de la vente Marmontel, 5,200 francs.

Un splendide dessin du nommé Guillaume-Sulpice

Chevallier, dit Gavarni, ayant figuré également à la vente Marmontel. La scène se passe au foyer de l’ancien bal de l'Opéra. Un débardeur s'adresse à un chicard gigantesque muni d’un piton hyacinthesque : « Je te dis que c’est mon nez que L’as. » Ces pochades ont certainement vieilli par le costume, mais elles sont toujours de fraîche date par l'esprit, vendu 770 francs.

Enfin, toute une suite de bustes et de statues de Clesinger dans cet admirable marbre de Carrare que le maitre choisit avec le plus grand soin :

Sapho, 710 francs ;

Hercule enfant éloufant un serpent (1868), 460 francs ;

La Zéle du Christ rendant le dernier soupir, provenant de sa vente en 1868, 700 francs.

Quelques jours après le 27 janvier, une nouvelle et imporlante vente sans nom d'auteur (association de marchands sans doute), avec un catalogue bien fait par l'expert Charles George. et, ce qui ne gâterien, illustré d’eaux-fortes, en partie publiées déjà dans des livrets célèbres et recherchés.

Presque tous ces tableaux, de vieilles connaissances que j'ai revues avec plaisir, comme on retrouve des amis après une longue absence.

Au centre de la salle, un grand tableau de près de deux mètres, de l’école flamande du xv° siècle, représentant une composition simple et touchante : le Ca/-

vaire, de Van DER WEYDEN, 1400 à 1464. Les maîtres de cette époque préludent à la véritable renaissance des arts. Ce ne sont plus des primitifs, mais pas encore les maîtres de cette admirable époque du xvr° siècle. Ils aiment toujours à dessiner des attitudes naïves, à enluminer les femmes de robes dorées, à revêtir les guerriers de cuirasses argentées, à faire des ciels tendus d’or ou des lointains en camaïeu bleu. Malheureusement, ce tableau, d’une excessive fraicheur de ton, malgré de nombreuses restaurations, était en partie gâté par un affreux cadre noir aux agrafes de cuivre du plus mauvais goût. Il n’en a pas moins été vendu 20,100 francs.

Provenant de la collection du comte Carlo Castelbarco, de Milan, un Portrait, par ANTOINE Moon, 14525 à 1581. La dame, coiffée du béguin de linon et d’une cornette rouge brodée d’or, se tient debout vêtue d’une robe noire recouverte d'un surtout avec bouffants aux épaules. Le cou est entouré d’une fraise plissée et les poignets de manchettes tuyautées suivant la mode du temps. Le modèle, bien que d’une pâleur maladive, a une telle distinction que je suis revenu à plusieurs reprises, séduit et charmé, admirer ce portrait simple et vrai. Vendu 1,950 francs.

GoverT CAMPHUYSEN. — Une halle de chasse, gravée par E. Champollion, dont j'ai longuement parlé l’année dernière à l’occasion de la vente Roxard de La Salle. Je n'y reviendrai pas. Vendu 6,100 francs.

VAN BLARENBERGHE. — Divertissement à la campagne. On rit, on boit, on danse au son du violon sous les tonnelles d'une guinguette assise au bord d’une rivière où se trouve une barque abritée par une tente disposée en berceau. Comme toujours, ce Swift de la peinture, s'inspirant du royaume de Lilliput, a parsemé la scène d’une multitude de petits personnages en cos-

tume Louis XV, d’un fini précieux et d’une exécution parfaite. Vendu 3,000 francs. |

JEAN LE Duco. — Un Tripot. Le jeu est fini. Soldats et courtisanes se reposent. On cause, on boit, on fume et l'on se caresse. Çà et là, sur une table, des plats et des brocs d’étain; sur un banc, pêle-mêle, des feutres et des manteaux. Bon tableau de ce Flamand, qui vécut de 1636 à 1696, et dont la tonalité toujours un peu grise, ne manque pas de charme. Malheureusement, dans ce tableau, de larges espaces repeints. Vendu 1,920 francs.

JEAN Van KEssEL (1626-1678). — Ze Corps de garde des singes, charmante réplique au célèbre tableau de David Teniers le Jeune, qui faisait partie de la galerie du comte Perregaux, réalisée après sa mort, en 1842. Il fut acheté à cette époque 3,000 francs. Un malheureux chat vient d’être arrêté comme espion; il est conduit devant le chef de poste, un singe en pompons rouges, la canne à la main. Le coupable subit, à la lueur d’une torche, un examen minutieux. Il attend tristement sa sentence, tandis qu'indifférents à son sort des soldats continuent leur partie de trictrac. Vendu 1,320 francs.

LaJoue. — Vue d'un parc dans lequel causent deux personnages du temps de Watteau; provenant de la collection du baron de Beurnonville, 4,000 francs.

Venant de la même collection : Nicozas LANCRET. — La Poupée mécanique. Sur le perron d’un château, deux Savoyards montrent un automate à deux grandes dames en toilette Pompadour. Composition en grisaille sur un encadrement rocaille en camaïeu bleu, 900 fr.

HoLBEIN. — Portrait présumé d'Ulrich Zwingle. Est-ce bien un Holbein? Vendu 2,050 francs.

Van Osrane. — Ze Colin-Maillard, d'une grande finesse de coloris. Dans un intérieur primitif, la partie est gaie et animée. Le patient, le bonnet enfoncé sur le

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