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132 L'HOTEL DROUOT ET LA CURIC SIT j EN | 82. peau, le cabinet de toilette. Une lithographie : le Bain; une gravure, les Rêves de la fortune, — et un coffre-fort. Parbleu! et
Ce mobilier très authentique d’une Gourdan quel-
conque a été détaillé ces jours derniers à l'Hôtel. ;
Un fragment de l'éloge de His de La SaHe, — Un triumvirat de spéculateurs. — Achat en bloc et revente au détail. — Les quatre vacations de la vente Benjamin Fillon,
Paris, 28 mars.
« Messieurs,
» Le goût des arts, qui était jadis le privilège d’un petit nombre, est devenu maintenant l'apanage de tous. N’a-t-il pas perdu en profondeur ce qu'il a gagné en superficie ? N’a-t-il pas souffert surtout dans sa dignité, dans sa moralité ? Il faut bien le dire : les collectionneurs d'aujourd'hui, à part de très rares exceptions, ne sont plus de vrais amateurs. Ils achètent pour revendre, bien moins séduits par l’amour du beau que par l’appât du gain, cachant le spéculateur sous les dehors du désintéressement et de l'horreur du monde, sorte de marchands déguisés, qui comptent parmi leurs aieux, non plus les Mariette ou les Crozat, mais M. Jourdain en personne : « Comme il se connais- » sait fort bien en étoffe, il en allait choisir de tous les » côtés, les faisait apporter chez lui, et en donnait à » ses amis pour de l'argent. » (Molière, Ze Bourgeois gentilhomme, acte IV, scène 5.)
Ce qui précède est le début de l'éloge de M. His de La Salle, prononcé par M. Anatole Gruyer, dans la séance
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publique annuelle des cinq Académies, le 25 octobre 1881.
C’est une note un peu grave, mais, dans la circonstance, cela présente un tel caractère de vraie actualité, que nous n'avons pu résister à la tentation d'en faire comme l'en-tête de notre article sur la vente Benjamin Fillon. Sans compter que, pour la vente dont il s’agit, il y a eu encore les circonstances aggravantes d'une publicité effrénée d'annonces, de réclemes, à rendre jaloux les directeurs du Zouvre et du Bon-Marché. On achète maintenant une collection en bloc pour la revendre en détail, comme une partie de linge ou un stock de soieries. On opère sur l’art comme sur les denrées coloniales. On s'associe pour une affaire de tableaux, de médailles, comme pour une affaire sur les spiritueux ou les grains.
Je sais bien qu'il y a malheureusement des précédents et que le prince Soltykoff avait opéré ainsi dans la collection Debruge-Dumesnil, M. Seillière pour celle du même prince Soltykoff, M. Basilewski pour celle de Leroy-Ladurie. Mais il y avait dans ces trois cas des circonstances atténuantes. Le prince Soltykoff, après avoir fait comprendre dans la dernière vacation les plus beaux objets de cette merveilleuse collection, avait interrompu la vente le dernier jour et ne les avait point livrés aux enchères; M. Seillière avait carrément retiré de la vente les grands portraits en émail de Léonard Limousin, et puis ces messieurs avaient agi seuls et n'avaient point constitué de syndicat avee un marchand. Il n'y avait pas d'association. Les triumvirs de la vente. Fillon me diront à cela qu'ils sont bien libres de faire ce qui leur plaît. Mais je suis libre aussi d’avoir mon opinion, et je crois que le public l’a partagée et que cette énorme dépense de réclames et d'annonces n’a pas été sans l'agacer un peu.
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Je me serais gardé de faire cette critique avant que la vente eût été terminée; car j'aurais beaucoup regretié que mes réflexions, si peu autorisées qu'elles soient, eussent pu avoir la plus légère influence contraire aux intérêts des vendeurs, très honorables et très estimés. — Ce sont des généralilés que j'exprime et nullement des personnalités.
Quoi qu'il en soit, les annonces et le catalogue très bien rédigés, surtout pour la partie des médailles et des bronzes antiques, avaient attiré des amateurs de tous les pays.
L'Allemagne était représentée par M. Hess, le célèbre numismate de Francfort, et par M. Bourgeois, de Cologne.
L'’Angleterre, par M. Thibaudeau, venu avec de bonnes commissions, qu'il n'a pu exécuter toutes. Il y avait aussi plusieurs marchands de province, et la vente s’est ouverte au milieu d'un concours empressé d’amateurs parisiens, dont beaucoup n'ont pas pu réaliser leurs désirs ; car, dans ces occasions solennelles, les prix de certains objets déroutent les prévisions, et ceux pratiqués dans le commerce pour les objets similaires ou presque identiques n’ont plus, ces jours-là, aucune signification.
Exemple : on citait comme excessive une offre de 4,000 fr. faite à l'amiable avant la vente pour la médaille de Sigismondus Pandolfus Malatesta, très bel exemplaire certainement, mais dont la patine un peu noirâtre pouvait laisser à désirer. Aux enchères, elle atteint le prix de 7,850 fr. sans les frais, et ce n’est pas un prince de la finance ou un amateur millionnaire qui s’en rend acquéreur, mais un simple marchand de Francfort, M. Hess, luttant contre M. Dreyfus, qui est obligé de baisser pavillon et de s’en aller les mains vides.
Mais assez de digressions comme cela ; nous croyors que le compte rendu des diverses vacations sera plus intéressant pour le lecteur que toutes nos réflexions, et nous allons lui donner les détails les plus exacts qu’il nous sera possible sur la dispersion de cette collection qui marquera dans l’histoire de la curiosité.
La première vacation était consacrée aux antiquités grecques et romaines, aux bijoux gaulois, gallo-romains, mérovingiens, aux monnaies grecques, romaines, gauloises et françaises.
Le n° 9. Anse de vase en bronze, que M. Fillon attribuait aux premiers temps de l'empire et dont le sujet offrait un grand intérêt historique. Il a été acquis par M. Fauré-Lepage au prix de 4,890. Il aurait certainement été poussé plus loin, si le bronze n'avait pas été dépourvu de patine.
N° 1. Statuette d’un acteur, bronze d'une grande finesse, monté sur une base antique aussi, mais, comme l’anse en bronze, n'ayant pas de patine ; aussi est-il resté à 3,975 fr. — Charvet avait vendu 1,000 francs cette pièce dans le temps.
N°11. Miroir en bronze gréco-italien, sur lequel est figuré le châtiment du géant Amycos par Castor et Pollux. Comme sur tous les miroirs italiens, dit M. O. Rayet, l'exécution est un peu lâchée, mais la composition est belle et le dessin de grand style. L'intérêt qu'il présente est d'exprimer la transition de l’art grec à l'art romain, et la patine était superbe. Nous en connaissons l’heureux acquéreur au prix de 5,700 fr. : M. le baron Roger.
N° 31. Bague en or de la reine Berthilde, une des cinq femmes que Dagobert [° avait successivement épousées : devait venir prendre place dans la belle et intéressante collection de notre ami le baron Jérôme
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Pichon. Cela n’a pas manqué ; elle y sera en bonne et illustre compagnie, près de la bague du monétaire Abbon et une autre encore qui passe de la collection Fillon dans celle du sympathique président de la Société des bibliophiles. Cette bague est d’un travail moins orné que certaines bagues mérovingiennes. Mais le grand intérêt historique qu'elle présente est une heureuse compensation.
N° 69. Phalère en azurine, représentant un jeune
- enfant vu à mi-corps : 8,200 fr., au baron Roger.
N° 10. Un poignard gaulois ressemblant beaucoup à une langue de bœuf, du xv° siècle, a été adjugé à 1,405 fr.
Bref, le total de cette vacation s’est élevé à 56,091 fr.
La seconde vacation avait attiré plus de monde que la première, malgré le joyeux soleil de printemps. Les ventes d'objets antiques s'adressent à beaucoup moins de personnes que celles des objets du moyen âge et de la Renaissance ; il était facile de voir que la bataille serait chaude et qu'il faudrait, comme on dit, avoir de l'estomac pour remporter la victoire. Parmi les assistants, MM. Armand Dreyfus, Gavet, Odiot, Antiq. du Boulay, opérant pour le musée de Rouen, Charvet, Hofmann, Bourgeois, Guenot, Stein, Boy, revenu d'Italie pour la vente; de Liesville, représentant le musée Carnavalet ; Léonce Leroux, chargé de commissions pour Hyrvoix, de Nantes, le vieil ami de Benjamin Fillon, MM. Basilewski et Spitzer faisant une courte apparition. — Tous attirés comme des papillons autour d’une bougie.
Les pièces de résistance étaient les deux médailles en or et en argent, frappées sous Le règne de Charles VII, à l’occasion de l'expulsion des Anglais. Vendues, la première, en or, 4,520 fr. et la seconde, en argent, 4,000.
Après venait le médaillon de Sigismond-Pandolphe
de Malatesta, le plus beau Pisan de la vente, dont nous avons donné plus haut le prix et le nom de l'acquéreur. Cette médaille n’est pas rare et on en trouve desexemplaires dans toutes les collections. L'exemplaire était certainement très beau ; mais, selon nous, il ne justifie pas un pareil entrainement.
Un prix excessif encore a été celui de la plaquette représentant le roi Zouis X7 V d’après la cire de Benoist. Elle était finement ciselée, très bien conservée, mais 1.500 francs pour une plaquette qui se vend de 3 à 500 francs dans un état excellent! Les Anglais ne se refusent plus rien, car c'est M. Thibaudeau de Londres qui l’a achetée.
Philibert IT, dit le Beau, duc de Savoie. Bustes en regard de Philibert et de Marguerite sa femme. — Très belle pièce dorée, 2,200 fr.
Citons encore un magnifique exemplaire de la médaille au beau revers de Wakomet IT, qui a atteint le prix de 2,950 fr.
Ces prix sont certainement très élevés; mais ils prouvent que l'on apprécie chaque jour davantage le grand art et que ses initiés deviennent plus nombreux. Les grands artistes du xv° et du xvr° siècle avaient été vraiment trop et trop longtemps dédaignés. La plus belle médaille d'un artiste de génie n’atteint pas er core le prix d'une commode ou d'une paire de flambeaux du xvme siècle. Il est vrai que tout le monde peut comprendre une girandole ou un chenet, et que cela est bien plus utile qu'une plaquette de bronze si artistique qu'elle soit. ’
Total de la vacation, environ 61,000 fr.
La troisième vacation comprenait les mn ivoire, les émaux de Limoges, les faïences italienne les porcelaines de Chine etc., ete., vacation }
pour tous les goûts et toutes les bourses. Aussi, assistance nombreuse, amateurs de toutes les séries et marchands de toutes les catégories. Nous ne donnons plus les noms; ce serait nous répéter fastidieusement. On vend un certain nombre de petites porcelaines de Chine sans valeur, pour commencer la vente. Le public est assez froid et ne s’anime un peu que devant un très beau plat de porcelaine chinoise, de grande dimension, adjugé à M. Bourgeois, de Cologne, au prix de 3,000 fr. C'est le prix le plus élevé qu'ait atteint un plat de cette porcelaine.
Le clou de la vacation était la Vierge en ivoire du . xu° siècle, provenant de l’abbaye d'Ourscamps, près de Noyon; on parlait de 15,000, de 20,000 fr., peutêtre plus. Enfin, M. Mannheim la met sur table et demande 15,000 fr. Silence, on commence à 8,000. Elle est poussée par Bourgeois, de Cologne, pour Spitzer peut-être, et achetée par Malinet pour M. Dutuit, un amateur bien connu pour ne pas fixer de limite à ses desiderala.
Le célèbre amateur rouennais l’a obtenue pour 13,000 francs et c'est peut-être une bonne fortune ; elle eût été digne certainement du musée de Cluny, sans celte affreuse tête de l'enfant Jésus ressemblant - à un vieillard, qui restera longtemps présente à notre souvenir.
La plaque d’émail, représentant le Christ en croix, était très fatiguée et très restaurée, nonobstant la gravure et cette légende fantaisiste de Guy de Monfaucon contemplant le Christ en croix; elle n’a été poussée qu’à 1,800 francs. Cet émail était attribué à Monvaerni, dont la signature est excessivement rare.
Nous lui préférons de beaucoup le tableau d’autel, de forme rectangulaire, sous le n° 254, représentant le Christ en croix entre deux guerriers. Les figures sont
gravées et dorées, et Le Christ, vêtu d’une jupe, a la tête rapportée en relief.
Cette pièce intéressante du xme siècle et d’une conservation irréprochable a été adjugée à 3,050 fr.
Une plaque cintrée à sap artie supérieure, attribuée à Nardon Penicaud, était d’un faire excellent et d’un beau coloris, et quoique M. Mannheim l'ait annoncée or rée, elle a été jusqu'à 2,850 fr.
Les faïences italiennes n'offraient pas grand intérêt et n'ont pas atteint des prix à citer. Mentionnons seulement un petit plat de Perse, à fond gros bleu, vendu au prix énorme de 1,380 fr., et un plat de Palissy, le plat aux génies de la paix, bon exemplaire que l’on rencontre souvent, 1,000 fr. à M. Desmottes. Nous n'avons pas vu figurer le plat si intéressant, quoique incomplet, que M. Fillon avait exposé au Trocadéro, représentant une scène de combat, plat unique et portant au revers, en croix, deux BB, que M. Brongniart, nous n’avons jamais su pourquoi, dit être la marque de Bernard Palissy. Nous avons rencontré quelquefois
cette marque, mais nous eroyons que si c'était le signe du célèbre potier, il l’eût reproduite sur ut plus de pièces.
En somme, cette vacation, sur laquelle on comptait beaucoup, n’a pas, Croyons-nous, réalisé les espérances des vendeurs et n’a produit que 52,894 fr.
Les estampes de la collection Fillon ne devaient pas tenter beaucoup les amateurs si difficiles maintenant pour les états et les marges. — Aussi, ne citerons-nous que les portraits en pied des trois frères Coligny, rare etcurieuse estampe, de Marc Duval, adjugée à M. Danlos, à 4,520 fr. ; de Raïimondi, la Zucrèce, 1,100 fr.; la Cwssolette à parfums de François I*, 1,500 fr. — Les Rembrandt étaient de piètre qualité, et le plus cher de