LÉON GAMBETTA
45, rue Bonaparte.
Vendue 41 francs, — un franc cinquante la ligne,
voilà le cours. — Les romanciers en renom sont payés
à un taux plus élevé dans les journaux quotidiens.
Le peintre Zouis David fut un véritable caméléon politique. Il tournait à tous les vents, comme ces girouettes placées au sommet de nos édifices publics. Suivonsle dans quelques-unes de ses étapes. C'est assez curieux.
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Premier peintre du roi, il est royaliste : Il écrit au marquis ***
Rome, 16 février 1785.
Je viens d'exécuter pour le Roi mon tableau des Horaces.
Vendue 40 francs.
27 brumaire an III, période républicaine.
Il est prêt à renier Danton. Nous sommes après thermidor, ce n’est plus l’époque exaltée où l'humanité n'avait pas fait un pas depuis la mort de Socrate. De sa prison du Luxembourg, il demande aux membres de la Convention sa mise en liberté provisoire.
Je n'ai jamais formé de vœux que pour le triomphe de la liberté. Je ne me suis attaché aux hommes qu'à cause de l’ardeur que je leur ai supposée pour cette belle cause à laquelle je me suis dévoué tout entier. Si j'ai été trompé par eux, mon erreurest excusable, puisque ce fut une erreur de l'opinion publique.
180 francs.
8 messidor an VIIL. I! suit le courant des idées nouvelles et se rapproche du pouvoir.
Je peins en ce moment le portrait de madame Récamier.
26 francs.
22 frimaire an XIII. Il est avantageux pour ses intérêts de devenir bonapartiste ; il le devient! Il peint un Napoléon beau de génie et une Joséphine rayonnante d'amour et de jeunesse :
À M. l'Intendant général de la Maison de l'Empereur.
Je viens de terminer l’esquisse peinte de la composition du portrait de sa majesté, destiné au tribunal de la ville de Gènes. Je vais me mettre sur-le-champ à l’exécution sur toile. Je vous envoie le
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dessin de la bordure qui doit être ornée. Je ne perds pas de temps. J'ai deux tableaux en activité, d’abord celui du couronnement, de 30 pieds de long sur 19 de large, ensuite le portrait de Sa Majesté, puis de plus un troisième représentant l'entrée de l'Empereur à l'Hotel-de-Ville,
14 juin 1806. Le farouche conventionnel change de style. Il devient clérical. Il renie Robespierre, qu’il embrassait si affectueusement le 8 thermidor, en lui disant : « Si tu bois la cigué, je la boirai avec toi. »
M. l'Intendant général de la Maison de l'Empereur,
Où dois-je déposer les trois portraits du pape?
20 francs.
14 avril 1810. De plus en plus courtisan.
Après avoir juré jadis une haine éternelle aux distinctions, il prépare sa nomination de commandeur de la Légion d'honneur. Il écrit au même :
Nommé premier peintre de l'Empereur, je demande à être présenté à mon souverain comme officier de sa maison.
40 francs.
21 novembre 1819. Il retrouve un peu le sentiment perdu de sa dignité. Il avait raison, car la Restauration ne voulut jamais ni de David vivant ni de David mort. S’adressant à M. Lechevalier, il lui dit:
Expulsé de France, comme régicide, je ne veux faire aucune démarche pour rentrer en France.
32 francs.
David d'Angers, le sculpteur qui n’avait rien de commun avec son homonyme, l’ami de Saint-Just, de Col-
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lot-d'Herbois et de Marat, écrivit, en 1842, de curieuses lettres au sujet du monument de Gutenberg à Strasbourg. Il voulait tout d'abord mettre sur le piédestal la figure de Bossuet à côté de celle de Luther. Idée bizarre, mais il se décida enfin à supprimer ces deux figures,
puisqu'elles seraient une cause certaine de désordre et de manifestations hostiles.
Il est certain que Bossuet et Luther se seraient regardés avec étonnement.
Vendue 35 francs.
Il serait facile encore d'extraire bien des lettres intéressantes de la galerie des peintres et des célébrités diverses laissées par M. Cottenet ; mais cela nous entrainerait trop loin.
Bornons-nous à dire que cette vente, dont on pariera longtemps, a produit 17,503 francs.
Ne quittons pas l'hôtel des ventes sans mentionner la somme totale de 27,500 francs donnée par la vente des tableaux de M. Plassan. On s’est disputé surtout la Joie de la famille, 3,000 francs ; le Zever, 1,270 francs, et la Sortie du bain, 950 francs.
La Pucelte travestie. — Le Père Duchesne de Tournay. — Olympie. $ — La tante de Florian. — Le diable dans le corps de Rousseau. # — Gentil propos de Mme de Fontaine. — Épitaphe de Mme Du À Châtelet. — Interrogatoire d’Arois. — L’encens de Mme de Pom- | padour. — Collection Pochet-Deroche. — Une venie sans expert : tous ayant refusé. — Un commissaire-priseur malgré lui, — Le | Waterloo de M. Broles. — Cinq Raphaël pour cinq cents francs.
— Une tapisserie d’après Van Dyck.
Paris, 6 avril.
IT faut vivre en riant et mourir en riant, a écrit quelque part cet immortel railleur qui s'appelait Voltaire.
Le précepte a du bon, lorsqu'on peut le suivre; mais tout le monde n'arrive pas à la force de caractère nécessaire pour le mettre en pratique.
Seul, peut-être, le curé de Meudon, de joviale humeur, qui traitait ses malades par la gaieté et ne connut jamais dans sa vie la mélancolie, eut le courage de son opinion. Avant de mourir, il dictait son testament en ces termes :
« Je n'ai rien de vaillant. Je dois beaucoup et je donne le reste aux pauvres. »
Puis, réunissant toutes ses forces et « s’esclaffant de rire » une dernière fois, 1l jeta comme adieu ces paroles à ceux qui l’entouraient :
« Je m'en vais querir un grand peut-être. Tirez le » rideau, la farce est jouée. »
Mais Voltaire, lui, a ri jaune plus d’une fois, et je viens d’en avoir encore tout récemment la preuve dans un dossier volumineux qui le concernait et qui faisait partie d’une vente d'Eugène Charavay, faite le 28 mars dernier.
Ce sont surtout des lettres écrites de Ferney, de Berlin, de Sans-Souci et de Colmar, de 1751 à 1778, à son fidèle ami le marquis de Thibouville, la plupart signées de lui, les autres dictées à son secrétaire Wagnière, et parafées du petit V bien connu des amateurs d’autographes.
Voltaire est aux Délices. Son désespoir est profond. On fait passer de mains en mains des copies de la Puscelle.
21 mai 1755.
Ma pauvre Pucelle devient une p... infâme à qui l’on fait dire des grossièretez insupportables. On y mêle encore de la satire, on glisse pour la commodité de la rime des vers scandaleux contre les personnes à qui je suis le plus attaché. Cette persécution d’une espèce si nouvelle que j’essuie dans ma retraite m’accable d'une douleur contre laquelle je n’ay point de ressources.
Trois mois plus tard, Voltaire exhale de nouvelles plaintes aussi amères que les précédentes :
Les Délices, 3 août 1755.
La Pucelle court partout accompagnée de toutes les bêtises, de toutes les horreurs que de sots méchants ont pu imaginer. Vos
- Français sont trop mauvais.
Voici une lettre qui a tous les emportements de la colère du Père Duchesne. Elle est datée de Ferney, 20 mai 1760. Il s'agit de la guerre que lui font ses rivaux au sujet d'Oreste et de Mie Clairon,
Elle ressemble, pour lui, à celle des rats et des grenouilles de la fable :
Jansénistes, Molinistes, Convulsionnaires, Jean-Jacques voulant qu'on mange du gland, Palissot, monté sur Jean-Jacques, maître Joli de Fleuri braillant des absurditez, que ces gens f.... viennent donc dans la terre de Ferney, je les mettray au pilori. J'ai conservé mes fonctions de gentilhomme ordinaire du Roy, et pardieu, l'on ne sait pas qu'il a des bontés pour moi. Je suis très bien avec Mwe de P. (Pompadour) et M. le duc de Ch. (Choïseul). Je ne crains rien et je me f.., de. et de. et je leur donnerai sur les oreilles à l’occasion.
Cette lettre devait être brûlée, suivant les recommandations de l'écrivain; or, ce sont toujours celles-là qu’on garde de préférence.
Le 23 novembre 1761, il écrivit de Ferney, toujours à M. de Thibouville, pour lui donner quelques détails sur la tragédie d'Olympie :
Le rôle d'Olympie ne convient pas à Mlle Clairon. J'ai écrit cette pièce en six jours, et il n’y a rien d'étonnant si je la modiñe plus tard.
Olympie sera jouée à Ferney avant d’être jouée à Paris. Mme Denis joue Stalira supérieurement. Nous avons une assez bonne Olympie, un bon Cassandre, un bon Hierofante, un bon Antigone. Mic Corneille dit les vers comme son oncle les faisait. Elle est née actrice comique et tragique, c’est un naturel étonnant. Dieu nous la devait.
Florian était par alliance le neveu de Voltaire. II avait épousé sa nièce. Ils étaient en correspondance suivie ; mais c'était Wagnière qui, le plus souvent, tenait la plume. Voltaire mettait simplement son initiale au bas de ce qu'il avait dicté. Voici une lettre assez croustillante du patriarche de Ferney. Il avait alors $1 ans:
22 janvier 1775.
Le vieux malade de Ferney remercie bien sensiblement M. de Florian, Il l'embrasse de tout son cœur. Il lui écrit sur ce petit pa-
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pier imperceptible pour épargner à un jeune offñcier, très médiocrement paié, un port de lettre considérable.
M. de Florian a eu bien des tantes, mais il n’en a pas eu de plus aimable que celle d'aujourd'hui. Il verra, quand il sera à Fer- | ney, une sœur de la nouvelle tante âgée d'environ seize ans et qui ,
serait très digne de commettre un inceste avec M. de Florian, si elle n’était retenue par son extrême pudeur. Il est vrai que cette pudibonde demoiselle va rarement à la messe parce qu’elle s’y ennuie et qu’elle n'entend pas encore le latin; mais vous la corrigerez et vous pourrez bien abandonner pour elle Mlle Dupuits qui vous aimait si tendrement et si violemment. Le nez de Mlle Dupuits ne se reforme pas encore, mais ses doigts acquièrent une souplesse merveilleuse au clavecin, et si elle ne se sert pas incessamment de ses doigts pour lui gratter où il lui démange, il faudra qu'elle soit plus pudibonde que la sœur de votre nouvelle tante.
Voilà tout ce que je puis vous mander de votre famille dont j'ai
l'honneur d’estre un peu par ricochet. Je vous donne ma bénédiction in quantum possum et in quantum indiges.
Signé : V.
Continuons à puiser dans ce précieux dossier.
Le 28 février 1764, dans une lettre à Saurin, Voltaire donne son opinion sur Shakspeare. À son avis, Thomson, s’il avait été moins déclamateur, aurait réformé le théâtre anglais que Shakspeare a fait naître et a gâté. Il ajoute :
Mais ce Gilles Shakespeare avec toute sa barbarie et son ridicule a, comme Lopez de Vega, des traits si naïfs et si vrais et un fracas d'action si imposant que tous les raisonnements de Pierre Corneille sont à la glace en comparaison du tragique de ce Gilles. On court encore à ses pièces et on s’y plait en les trouvant absurdes.
Perséeuté par les dévots, Voltaire, esprit plus faible qu'il ne voulait le laisser paraître, tour à tour athée et déiste, sceptique et croyant, se préoccupait de ce qui se passerait après lui. Il redoutait beaucoup que l’on be jetàt son corps à la voirie après sa mort. Il avait peur de ceux qu'il avait tant raillés !.… :