‹ L'Hôtel Drouot en (volume 3)Chapitre 3 sur 85 · H PRÉFACE · texte numérisé non relu

H PRÉFACE

à ce point, sur de tels sujets, c'est incontestablement une compétence inattaquable. Les rares élus à qui M. Paul Eudel a fait les honneurs de sa collection personnelle savent quelle est la sûreté de son goût et le sérieux de ses connaissances. Celui-là n’est pas un amateur vulgaire qui a su réunir plusieurs tableaux de grand prix parmi lesquels un des plus admirables portraits de Rigaud, celui du chirurgien La Peyronnie, et des objets rares, comme son clavecin merveilleusement décoré par Claude Gillot, un pur chef-d'œuvre. Des plats d’Avisseau, des morceaux d’orfèvrerie uniques, des faïences d’une authenticité absolue («ra avis aujourd'hui); on trouve de tout dans le catalogue de ce véritable connaisseur, tout, plus une collection d’argenterie qui n’eut de rivale autrefois que celle du baron Pichon. Un tel amour de la curiosité, une piété si fervente du bibelot, sont les meilleures garanties que puisse donner un auteur entreprenant une suite de volumes, une façon de calendriers artistiques comme celle dont je suis chargé de présenter au public la portion relative à l'année 1882. L'écrivain plein d'humour et de fantaisie auquel on la doit n'est pas seulement un chercheur, mais aussi un philosophe ; un bibelotmane, mais un penseur : il ne regarde pas seulement, il juge. Or, les choses, comme les hommes, ont leur histoire, en ce siècle surtout, où tout est à tous, par l'instabilité croissante des fortunes.

Naître, vivre et mourir dans la même maison!

dit un vers exquis de Sainte-Beuve. Ce rêve est d'un

PRÉFACE. El

autre âge. Où sont-elles les maisons qu'une même famille emplit depuis longtemps de ses douleurs et de ses joies, où la même lignée bégaye dans les mêmes berceaux pour aller ensuite recevoir l’eau bénite des passants sous la même porte? Où sont-elles les reliques qu'on se transmettait pieusement par héritage? Où ces meubles qu’habitait la religion du souvenir? Nous avons changé tout cela. Je ne sais pas si nous avons mis le cœur à droite et crois plutôt que nous ne l’avons plus mis nulle part dans la poitrine humaine. Le fait est que cette billevesée charmante du respect s’attachant aux débris du foyer n’est plus de notre temps. Tout objet ayant une valeur artistique doit donc passer à l'Hôtel des ventes, non pas une fois, mais bien des fois. C'est comme une Bourse à laquelle il va se faire coter. Rien de plus curieux que les variations de son cours. Je pourrais citer l’histoire d'un Saint Michel terrassant le Démon, attribué à Raphaël, qui passa par les prix les plus monstrueusement divers.

Il résulte, de là, qu’à un point de vue plus élevé c’est l’histoire du goût public qui s’écrit à l'hôtel Drouot. Prenez, à vingt ans de distance, — à dix même, — car ce goût est instable entre tous; prenez, dis-je, les tableaux du même artiste, et vous vous ferez une idée, à ses enchères, de l'instabilité des renommées. Comparez un peu ce qu'ont valu les Tassaërt à ce qu'ils valent aujourd'hui. Par contre, allez vous offrir pour rien un Lapito qui s’est jadis vendu très cher. Il y a bien là affaire de mode dans une certaine mesure, mais il ya aussi œuvre de justice. La mort a du bon, surtout pour

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