IV PRÉFACE
les immortels. Je sais quelques membres de l'Institut qui auraient bien à souffrir s’ils vivaient assez pour voir vendre leurs toiles dans quelques années seulement. Le jour où le nommé Paillet transforma en boutique de brocanteur l’admirable hôtel que le sieur Claude de Bullion avait édifié dans la rue Plètrière et fait décorer par Simon Vouet, Blanchard et Sarrasin, il porta un rude coup à l’amour-propre posthume des artistes; car ce fut là que l'Hôtel des ventes eut son berceau.
On sait quelle place cette institution a prise dans la vie parisienne. Je dois avouer cependant que je l'ignorai longtemps, ayant la flânerie plus portée aux choses de nature qu’à celles de l’ingéniosité humaine. Comme bien d’autres, ce fut l'amour qui me la révéla. Par une belle après-midi de printemps (ce n’est pas hier, hélas! puisqu'il y avait encore des printemps en ce temps-là), j'avais suivi, depuis la rue Pigale, une admirable créature dont la démarche était positivement d’une déesse, grande , avec un juvénile bondissement de formes, coiffée d’une épaisse chevelure noire, et dont les yeux baissés avaient je ne sais quoi de délicieusement virginal. J'aurais été ainsi jusqu'au bout du monde, ce rendez-vous que Des Grieux donna à tous les amoureux fervents. Mais cette remarquable personne s’engouffra entre les battants de velours de l'Hôtel Drouot, et, comme je m'y étais précipité sur sa trace, je la vis monter au premier, aller droit à une salle et s’y comporter absolument comme chez elle, un des hommes de service lui ayant apporté une chaise au premier rang des acheteurs groupés autour d’une table crasseuse, quelque