‹ L'Hôtel Drouot en (volume 3)Chapitre 5 sur 85 · PRÉFACE. Y · texte numérisé non relu

PRÉFACE. Y

chose comme une avant-scène de première à cet étrange spectacle. Elle tira de dessous sa pelisse un sae de cuir et,entourée d’odieux brocanteurs aux faces patibulaires qui lui parlaient avec une familiarité dont j'étais révolté, elle commença à suivre, avec une flamme étrange dans les yeux, une vente de bibelots, tendant ses belles mains nues vers chaque objet mis aux enchères, le retournant dans tous les sens, faisant des moues dédaigneuses, se faisant mettre à part, avec beaucoup d'autorité, ce qu’elle avait choisi.

J'avoue que Rébecca inclinant sur son épaule la cruche qui désaltéra Éliézer était plus poétiquement occupée que cette belle fille d'Israël marchandant des tessons et des argenteries démodées.Je n’en demeurai pas moins fidèle à ma première impression; je revins le lendemain et les jours suivants. J'osai même un jour lui demander la permission de porter un immense pot à tabac en Delft dont elle était embarrassée jusqu’à sa voiture.

Elle profita de l’occasion pour me vendre quelques drogues que je payai ce qu'elle voulut. Si l’amour est aveugle à l'ordinaire, c’est bien pis quand il veut faire le connaisseur de curiosités. Quand nous nous fachâmes, je fus bien deux ans sans vouloir revoir le seuil maudit où mon cœur s’en était allé, pêle-mêle avec les faïences ébréchées. Puis les expositions de tableaux m'y ramenèrent, et maintenant c'est avec une indifférence magnifique que je le franchis.

Donc, dans ce nouveau volume de M. Paul Eudel, vous trouverez tout ce qui s’est fait d'intéressant, à l'Hôtel,

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par cette année de krach qui dispersa tant de rapides fortunes. Voici d’abord la vente Paul de Saint-Victor laquelle ne se rattache d’ailleurs nullement à ce grand événement financier. L'auteur fait, à ce sujet, cette réflexion philosophique « qu’ils vivent surtout par le cerveau, ces écrivains brillants, bien plus que parles yeux, et ne cherchent pas à s’entourer de chosesinutiles pour provoquer l’enthousiasme de leur imagination souvent surexcitée. » Il s’en fallait cependant de beaucoup que le remarquable auteur d'Zommes el dieux professàt le mépris de ces terrestres biens au même point que legrand poète des Émaux et camées. Ce fut ma plus grande surprise, quand j'entrai, pour la première fois, chez Théophile Gautier, de voir combien son salon modeste était pauvre de trésors artistiques : quelques tableaux seulement et bien peu ayant une sérieuse valeur.

Des esquisses et des dessins de camarades, voilà tout. I y avait plus de vingt ans cependant que Gautier exerçait le métier de critique d’art avec un éclat incontesté et que sa légendaire indulgence distribuait à tous des encouragements dont sa haute valeur littéraire faisait le prix. Mais il paraît que la reconnaissance des artistes a besoin d’être soliicitée, ou, du moins, nos mœurs ont bien changé; car je sais de superbes collections ayant payé une prose notablement inférieure à celle de Gautier. C’est que, chez ce grand homme qu'ont connu vraiment ceux-là seuls qui l’ont approché, le désintéressement égalait le génie. Rien de plus curieux d’ailleurs que ses goûts intimes en peinture; car il n'était pas aussi tolérant qu'on se l’imagine et, dans sa bienveil-

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