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d’elles doit battre déjà follement. Comme l’a dit un poète du x siècle :
Servants d'amour regardez doucement, Aux echaffauts, anges du paradis.
Lors jouterez fort et joyeusement
Et vous serés honorés et cheris.
Déjà, sur les côtés, deux chevaux caparaçonnés, tenus en bride par ces belles damoiselles, piaffent d'impatience, tandis que, sur une estrade couverte d’un tapis rouge orné d'animaux fantastiques, a pris place, entre deux suivantes, une majestueuse souveraine portant au front le bandeau royal. Derrière, une tribune à cinq
| arceaux gothiques desquels émergent d’autres têtes de femmes qui regardent curieusement ce qui se passe. Au sommet, une inscription gothique se détachant sur un fond de verdure et de fleurettes.
Cette belle tapisserie, offerte au public par les soins de M° Paul Chevallier, a été acquise par M. Chabrière, régent de la Banque.
12 mai. — Le triage des objets les plus précieux de la collection Ch. Timbal a beaucoup nui à cette vente. On savait que le Louvre avait prélevé le dessus du panier. Le tableau de la Vierge et l'Enfant Jésus, les sculptures sur bois des primitifs, et, parmi elles, /&@ Flagellation et la Nativilé, du x siècle, sont maintepant installés, avec les beaux objets en ivoire, en nacre et en métaux précieux, dans une salle qui fait suite aux galeries où était autrefois le musée dit des Souverains, dans l’aile du palais connue sous le nom de « la Colonnade. »
Aussi, c'est avec une certaine indifférence que les amateurs, qui payent maintenant des sommes folles la
haute curiosité, ont accueilli cette nouvelle. Cependant, ies restes du festin étaient encore excellents.
Louis-Charles Timbal, élève de Flandrin, avec qui il avait travaillé à la décoration de Saint-Germain-des- Prés, était tout à la fois un peintre, un érudit d’un goût judicieux et un collectionneur qui ne s’attachait qu'aux belles œuvres d’une indiscutable valeur. Il avait été aussi critique d’art. De nombreux Salons ont été signés par lui; mais sa prose était froide, étriquée et d’une politesse féroce, a dit Jules Claretie.
La collection formée par ce délicat et ce lettré était connue de tous, ayant figuré dans plusieurs expositions. Elle avait été reproduite en détail, à l’aide de nombreux dessins,publiés par /’Aré pour tous.
Lorsque Timbal mourut, la première réunion de curiosités qu'il avait formée jadis était depuis longtemps dispersée. En proie au découragement le plus vif, il avait cédé, après la guerre, presque tous ses bronzes italiens de la Renaissance à M. Gustave Dreyfus, un amateur très connu dans le monde des arts ; mais, entrainé par ses goûts d'artiste, le peintre ne tarda pas à réunir les éléments d’une seconde collection que vinrent désagréger en partie des dons nombreux faits à Cluny et au Louvre dans un élan généreux.
Comme nous l’avons dit plus haut, une importante cession au dernier de ces deux musées fit passer à sa mort, dans les galeries de l'Etat, la plupart des autres objets recherchés en dernier lieu avec tant de peines et d'efforts persévérants.
Néanmoins, quelques amis fidèles ont suivi avec soin la dispersion de ces fragments de collection à l'Hôtel des ventes. Mais les marchands effarés, hésitants, craignant de prendre des loups, comme ils disent dans leur langue verte, ne savaient trop de quel côté se diriger.
Nous allons donner au courant de la plume les plus intéressantes adjudications.
Une reliure de missel, merveilleusement belle, ache-
. tée 2,100 fr. par M. Gavet. Quelques mots de description
seulement. L'un des plats montrait la Vierge, assise
avec l’enfant Jésus sur ses genoux. Ce groupe doré se
détachait au milieu de plaques d’émaux champlevés,
de cabochons en cristal de roche et de pierres précieuses entourées d’ornements travaillés au grénetis.
Une châsse avec transept et toiture oblongue, surmontée d'une crête en cuivre gravé, doré et découpé à jour. Sujets religieux : la Vierge, l'enfant Jésus, saint Pierre et saint Paul. Au-dessus des figures, des cabochons en verre de diverses couleurs, — A M. Bourgeois, 2,500 francs.
Bas-relief attribué à Mino da Fiesole : la Vierge, assise sur un siège à X, tenant l'Enfant assis sur son genou droit. — M. Duruflé, 1,100 francs.
4 Terre cuite par Jean de Bologne : groupe de quatre figures, sur socle en marbre blanc et noir, 7riomphe de Ferdinand I* — M. Galichoa, 2,550 francs.
Toute une remarquable suite de bronzes italiens du xvi° siècle vers lesquels se tournent en ce moment tous les amateurs :
Saint Jérôme, agenouillé, tenant une croix de la main gauche. Patine florentine, 450 francs.
Saint Sébastien. Bronze noir : 1,500 francs.
La Vierge et l'Enfant Jésus : 220 francs.
Une Téte de femme avec une très curieuse coiffure : 600 francs.
Un Adolescent nu, debout, les bras croisés au-dessus de la tête : 890 francs.
Buste de Cicéron : 315 francs.
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La Mise au tombeau. Bas-relief attribué à Riccio : :
1,140 francs, à Mannheim.
Une plaquette en broaze doré : la Vierge dans sa gloire : 175 francs, à Leclanché.
Prix de quelques dessins :
La Mise au tombeau, dessin de Raphaël. C’est un monument historique ayant passé par les collections de Julienne, sir Thomas Lawrence, Guillaume IT et Galichon. Splendide dessin à la plume, ombré au bistre; le corps du Christ est soutenu par la Vierge et saint Joseph d'Arimathie ; à droite, la Madeleine agenouillée; à gauche, un saint personnage, dans le fond, le calvaire indiqué par quelques traits.
Féral avait demandé 1,200 francs. M. Galichon a :
donné 6,200 francs pour l’œuvre du divin maître. C’est qu'ils sont rares, les dessins de Raphaël! Comptons-les : Venise en possède 105, dont 3 fort douteux, Paris 47, dont 23 exposés sous verre au Louvre; Lille, 40; Florence, 43; Rome, 5; Milan, 6; Naples, 5; Pérouse, 3; Berlin, ; Dresde, 10; Munich, 4; Dusseldorf, 9; l’Angleterre, 50; La Haye, 50; Vienne, très peu; Montpellier en a un très curieux, dessiné des deux côtés, et contenant des vers de la main de Raphaël. Il vient de la collection Alfieri. Chez les amateurs, nous en connaissons quelques-uns, mais très peu de réellement indiscutables. Un très beau dessin à la pierre d'Italie de Bernardino
Luini : la Vierge, vue de trois quarts, les yeux baissés, :
la bouche souriante, les cheveux ondulés, le front couvert par un voile léger. — A M. Galichon, 2,320 francs. M. Kæchlin a payé 600 francs un Xeligieux dans un paysage, de Salvator Rosa, et M. Bonnat 1,100 franes un dessin à la plume de Bartolomeo : la Vierge agenouillée.
La vente a produit 93,310 francs. Le Louvre avait
déjà donné 100,000 francs à la succession. Les héritiers n’ont pas à se plaindre, — mais ils se plaignent toujours. C’est la règle.
Un peu d’autographes maintenant.
Eugène Charavay a fait, le vendredi 12 mai, une vente avec quelques belles pièces.
Un volume relié en maroquin rouge contenait trentedeux lettres de Sféphanie Ducrest de Saint-Aubin, dame de Genlis, adressées par elle à Bernardin de Saint- Pierre. Correspondance inédite qui mériterait d'être publiée.
Très curieuse, cette comtesse de Genlis! Comme Mme de Maintenon, elle avait la passion de l’éducation. Institutrice de M. de Valois, devenu Louis-Philippe, pour lui apprendre les langues vivantes, elle le forçait à jardiner en allemand, à diner en anglais, à souper en italien, et, pour qu'il devint un homme fort, elle exigeait qu’il couchât sur un lit de bois, bravât le soleil, la pluie et le froid, et fit de longues courses avec des semelles de plomb.
Mais revenons à sa correspondance, de 1786 à 1791, avec l’auteur des Zarmonies de la nature.
Le 15 octobre 1786, elle lui parle de J.-J. Rousseau. Pas bien tendre à son égard! Elle croit ses ouvrages infiniment dangereux.
« Les détails licencieux de son roman me révoltent. Les hors ribles Confessions m'ont fait frémir. »
A l’âge de dix-huit ans, elle a vu Rousseau et causé avec lui. Cet entretien lui avait laissé, paraît-il, le plus pénible souvenir :
« Tandis qu'il parlait, je le regardais d’un air hagard et stupé- » fait et je frémissais jusqu’au fond de l'âme. Cette impression fut » affreuse, elle a été ineffaçable. »
Plus loin, relation d'une autre entrevue beaucoup plus tard avec Rousseau. Changement complet. Elle finit même par lui rendre justice et par apprécier son caractère et ses ouvrages.
« J’aimais sa simplicité et sa vivacité, douce et spirituelle. J'ai- » mais surtout la manière dont il parlait de ses ennemis. J'aurais » tendrement aimé sa personne, s’il ne m'’eût pas parlé de ses » Confessions, »
En 1787, la comtesse de Genlis envoie à Bernardin de Saint-Pierre un médaillon en ivoire, exécuté par elle-même, et répond ainsi à une allusion malicieuse faite par lui sur son caractère.
« Ce n’est pas que je sois toujours sans aiguillon. Il y a dans » ma composition, suivant l'expression d'Addison, beaucoup de la » colombe et un peu du serpent.
La même année 1787, elle écrit à Bernardin de Saint- Pierre qui lui a envoyé son chef-d'œuvre. Cette lettre des plus curieuses est à citer tout entière.
Paul et Virginie! J'aime cette histoire à la folie, avec passion; je ne saurais dire à quel excès. Je l'ai lue toute entière; le jour même de l’envoy j'y passais une partie de la nuit. Le lendemain je fus au Rainecy voir M. le duc d'Orléans. Il y avait un monde énorme et je répétais à chaque personne : « lisés Paulet Virginie ». Je ne pouvais dire autre chose. Je n'ai pas eu l'honneur de vous remercier plus tôt parce que ma mère a été dangereusement malade. Elle est mieux, quoique son état soit toujours inquiétant. M. le duc d'Orléans m'a chargé de vous remercier de sa part, pardonnés moi, Monsieur, de ne l’avoir pas fait plus tôt. Mon frère m'a dit qu’il aurait l'honneur de vous écrire, pour vous remercier comme il le doit. On m'a dit que M. de Warville n'était pas à Paris, ce qui fait que je ne lui ait point encore envoyé votre ouvrage.
Mais reparlons de Paul et Virginie. Que ce site étranger y fait bien! quelles délicieuses descriptions ! quel intérêt dans les plus petits détails! c'est un morceau véritablement original et pour lequel j'aurai toujours une prédilection toute particulière. Cepen-
dant, il y a une petite chose que j'y désaprouve, ce sont quelques sentiments de défiance que vous avez donnés à cet aimable Paul. On se cache de moi, on veut donc me tromper? Qui sera confiant, qui jouira de la douceur de compter ce qu'il aime, si ce n’est l’heureux élève de la nature dans l’âge de l'innocence ? Si ce n’est Paul qui ne connait de l'univers que le rocher qui l’a vu naître et quatre ou cinq êtres vertueux et sensibles qu'il aime et dont il est chéri? et c’est lui qui prend de l’ombrage; c’est lui qui craint que Virginie ne se laisse séduire par le monde.
Je n'aime pas non plus ces mouvements ardents et tumultueux que vous avés donnés à Virginie quoique les détails de cette peinture soient charmants, selon moi, c’est à Paul et non à Virginie qu'il eut fallu donner ces mouvemens et cette agitation des sens. Une jeune fille chaste, innocente et modeste n'a jamais rien éprouvé de pareil : innocence et tranquillité des sens sont chés les femmes deux choses inséparables, et je ne veux point du tout soutenir en disant cela qu'elles sont incapables de partager ce qu'elles inspirent; elles partagent et ne désirent point, quand leur imagination n’est point gatée ; ceci ne m'est pas facile à exprimer, mais il y aurait de quoi faire un livre, ce n’est qu'une femme qui le peut écrire et les détails s’y opposent, ainsi ce livre ne sera point fait, c’est dommage, car on n’a là dessus que des idées bien fausses et c'est cependant une des choses où l’on doit admirer le plus la
. sagesse et la prévoyance de la nature.
La deuxième histoire de cé dernier volume me paraît un poème fort agréable, mais rien n’est pour moi comparable à Paul et Virginie.
Adieu, monsieur, recevés tous mes remerciemens, je suis bien fachée qu'il y ait autant d'opposition entre nos caractères, car assurément rien ne me convient mieux que votre esprit et vos sentimens. Je n’ai ni vos talens, ni votre expérience, mais j'ose croire que j'ay certainement le mérite de savoir vous aprécier et en vous lisant on pourrait se contenter d’un tel mérite et même s’en énorgueillir.
Bellechasse, ce jeudi au soir.
Mwe de Genlis était vive. En 1787, elle se brouille avec son ami Bernardin de Saint-Pierre. Elle lui adresse alors des reproches très durs sur un incident qui nous échappe :
« Je ne puis vous cacher que je ne reconnais dans ce procédé LEE
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ni la plus simple notion des convenances, ni l'apparence de l’amitié ou seulement de l'intérêt. »
Mais, à quelque temps de là, elle fait amende honorable, l'appelle sox cousin et lui adresse une longue et piquante dissertation sur la philosophie et l'amitié.
Doit-on s'étonner maintenant que ces lettres, les unes tristes, les autres gaies, toutes scellées des armes de la comtesse de Genlis, se soient vendues en bloc 3,500 fr. ?
Une charmante épiître de Marie-Josèphe de Saxe, fille d'Auguste IIT de Pologne et de Marie-Josèphe d’Autriche, dauphine de France, mère de Louis XVI, écrite de Fontainebleau, 22 octobre 1750, à une amie, et dans laquelle elle lui reproche de ne pas donner de ses nouvelles à sa famille :
« Croyez vous peut être que quand on a fait un enfant, on oublie tout le monde. Si c'est votre idée vous vous trompez furieusemeut, car je suis depuis mes couches tout comme j'étais auparavant et de faire un enfant ne m'a point du tout changé le cœur.
Vendue 40 francs.
Adjugée à 325 francs, une très rare lettre, rédigée en français, par Beethoven à M. Pacini, éditeur de musique à Paris. Le grand compositeur allemand, un peu gêné, écrit de Vienne, le 5 avril 1823, pour lui offrir quarante et une de ses compositions, moyennant la modeste somme de 400 fr.
Une intéressante correspondance de Pauline Bonaparte, princesse Borghèse, duchesse de Guastalla, avec Napoléon I", Marie-Louise, sa mère Lætitia Bonaparte, le cardinal Fesch, son oncle, et M. Michelot, son intendant. Vendue 240 francs.
Six lettres du révérend Père jésuite Guillaume