‹ L'Hôtel Drouot en (volume 3)Chapitre 68 sur 85 · RABUTIN DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

RABUTIN DE SÉVIGNÉ

Cette fantaisie de la. grande épistolière est bien, n'est-ce pas, tout ce que l’on peut écrire de plus spirituel sur le souvenir par le portrait? Après cela, il n’y a plus rien à dire sur ce sujet.

J'en étais là de mes réflexions lorsque j'ai trouvé sur ma table de travail une carte séduisante pour aller voir l’exposition des portraits de l’école française du Comte *** {lisez de La Béraudière).

J'allais partir! prendre enfin mes vacances. Mot magique! Faire comme tant d’autres, gens pratiques, qui prennent à cette époque de l’année le chemin de fer pour filer dehors. Mais, quand on aime les arts, comment résister aux séductions d’une vente de l’école française représentée par Lancret, Watteau, Largillière, d'une vente où Lawrence, Van Loo, Danloux, Duplessis doivent faire les frais avec des portraits qui

vous montent à la tête, vous éblouissent et vous

grisent.

J'étais à Paris ; j'y suis resté.

Je n'ai pas voulu perdre une occasion aussi rare de revoir ces œuvres dont les costumes sont reslés gracieux, malgré tous les changements capricieux de la mode. Cest qu'ils savaient peindre un portrait, les maitres de ce temps-là ! Il était toujours conçu avec intelligence. La femme, enveloppée d'accessoires bien choisis, avait une pose charmante bien en situation : la bourgeoise figurée dans sa bourgeoisie, la financière représentée dans sa somptuosité, la duchesse, avec sa robe de brocart, dans son milieu aristocratique.

Nous n’avons plus de peintres capables de comprendre ain le portrait. Maintenant, la manière d'exprimer la beauté varie peu. Le modèle, les mains rêveuses et croisées, entouré d’une pelisse ou d’un châle, se détache régulièrement sur un fond neutre ou brillant. Chacun a ses préférences, mais tous veulent peindre avec le moins de couleur possible : Henner adopte un fond bleu ; de Saint-Pierre et Jules Goupil, le brun; Carolus Duran, le rouge; Jacquet, le gris; Dubuffe, un violacé vineux ; Bonnat, la terre de Sienne; Sain, ce favori des femmes, le vague; Fantin-Latour, la note argentée; Hébert a toujours eu un faible pour le vert. L’habilité ne leur manque pas; tous sont très habiles; mais, comme l’a

dit un habile critique, ce sont des peintres d’un rang très élevé dans les régions moyennes du talent.

Revenons à la collection qui nous occupe. M. de La Béraudière, que je n’ai pas l’honneur de connaître, est le neveu du célèbre collectionneur qui a fait déjà bien des fois des spéculations heureuses. Lui est un homme prévoyant. On dit qu’il a voulu payer son loyer dix ans d'avance. À coup sûr, c'est un homme de goût pour avoir su se former ainsi une galerie de femmes célèbres par le rang, le talent et la beauté. Dans une préface du prince Lubomirski, un écrivain de mérite, la collection est présentée avec art au public.

Cornme ces beaux portraits, dont quelques-uns sont de vrais trésors, devaient bien orner le salon de M. de La Béraudière ! Avec quel regret il a dû quitter ces belles personnes, brillantes de beauté, de jeunesse et de gràce, reines altières, Phrynés triomphantes, Agnès tremblantes ou Célimènes lassées de séduire. Regardons-les une dernière fois, nous aussi, avec cette mélancolie que fait revivre tristement le passé. Faisonsles défiler une à une, anges, démons ou courtisanes, avec notre plume en guise de baguette, comme un cicerone dans un musée de cire.

Me Dugazon, par Pierre Danloux, dit le catalogue de M. Féral. N'est-ce pas plutôt de Duplessis ?

La charmante cantatrice porte une robe de taffetas blanc découvrant un peu une superbe gorge. Une dentelle se mêle à ses cheveux relevés. Sous la robe galamment ornée de nœuds semble battre le cœur, et avec cela une profondeur dans le regard, une physionomie si expressive et si intelligente que je renonce à la traduire.

Bien que déjà sur le retour, la Dugazon me séduit et

me charme malgré moi quand je la regarde. Que d’amoureux elle a trainés derrière son char ! C'était elle qui répondait un jour, hautaine et fière, à un jeune homme lui offrant son cœur et tout ce qu'il possédait : vingt cinq louis :

— Jeune homme, gardez votre hommage et vos vingtcinq louis. Si vous me plaisiez, je vous en donnerais cent.

Cette fois, il n’a fallu mettre que cinquante louis pour emporter chez soi M'ie Dugazon.

Mie Lenormand d'Étiolles, fille de la marquise de Pompadour, par Hubert Drouais.

Blonde, svelte et pâle, une rose au côté, un costume d'une teinte riante, orné de fourrures blanches. Toilette charmante pour l'innocence et la beauté. Sous une coiffure poudrée où des perles ont été jetées comme des gouttes de rosée, le plus joli minois aux chairs veloutées que l'on puisse voir. La gamme générale est bleue, de ce bleu que Musset détestait tant et qui, mélangé de rose, forme un ensemble d’une tonalité très agréable. — Aussi a-t-on apprécié 5,700 francs cette œuvre.

Famille Lenormant de C***, par Nicolas Lancret, signé : Z. invenit el pinæit.

C'est bien lui qui a peint toute cette lignée. Il a reproduit ce qu'il a vu. Tandis que l'artiste travaillait, au milieu d'un gai paysage éclairé par le soleil, les dames pinçaient de la harpe, les seigneurs devisaient ensemble etun joueur de guitare faisait prendre patience à toute la famille. — On a payé 5,000 francs ce tableau.

Par Nicolas de Largillière, la Duchesse de Montbazon, merveilleusement belle et toute couverte de dentelles

frissonnantes ! Ce fut une opulente beauté, suivant les mémoires du temps. Malheureusement l'âme n’était pas aussi belle que le corps. Elle ne se piquait pas précisément de fidélité, la charmante duchesse. Elle chassait de race! Largillière a enveloppé cette Vénus de Milo d’un magnifique costume rouge, de ce rouge qui colore et rehausse tout d'un ton si franc, et que Reynold affectionnait vivement! Vendu 3,200 francs. Pour rien le portrait de Me de Montbazon! C’est une vraie mascotte de l’avoir eu à ce prix là.

La Marquise d'Humières, par Michel Van Loo.

Un @illet à la main, elle ramène autour de sa robe de velours bleu une draperie gorge de pigeon.

Par Carle Van Loo, A%e de Graffigny, Yamie de Voltaire et l’auteur de {a Fille d’'Aristide tombée sous les sifflets. Ge qui faisait dire à l’abbé de Voisenon au sujet de cette chute : ù

— Elle me lut sa pièce, je la trouvai mauvaise; elle me trouva méchant. La pièce fut jouée ; le public mourut d'ennui, et l’auteur de chagrin.

Assise sur un banc de jardin, dans une toilette exquise, Mre de Graffigny tient, déployé sur un genou, non les Lettres Péruviennes, mais le plan de son château en construction dont les tourelles s'élèvent derrière elle et

…. dont les créneaux touchent le ciel,

Très séduisante ainsi. Pleine de gràce et d'esprit. Le peintre a merveilleusement saisi la pensée qui passe dans ses yeux : Zxegi monumentum. Le tout dans une bordure du temps de la plus remarquable sculpture, payé 820 francs.

Me d’'Esparbès de Lussan, par François de Troy. —

Coiffure poudrée avec des fleurs naturelles dans les cheveux. Le cou et les bras nus, elle est prête à partir pour le bal. Ses yeux sont animés déjà par le plaisir du bal éblouissant. A mettre au-dessous ces vers de Hugo :

Quel plaisir de bandir éperdue dans la foule,

De sentir par le bal ses sens multipliés,

Et de ne pas savoir si dans la nue on roule,

Si l’on chasse en fuyant la terre, ou si l’on foule Un flot tournoyant sous ses pieds !

La Comtesse de Rieux, par Robert Tournières.

Elle cueille des fleurs dans une corbeille. De sa robe de velours écarlate (les femmes ont toujours aimé la pourpre comme les cardinaux) émergent ses épaules blanches comme du marbre. Une draperie de soie bleue, brodée d’or, voile le reste. C’est dommage.

Me Clairon, par Antoine Vestier, signé Vestier fecit, 1771. — 800 francs.

La célèbre pécheresse, qui traduisait les me des autres avec tant de sensibilité, et qui les éprouvait si bien pour son propre compte, n'a pas recherché ici les effets de la toilette pour poser devant son peintre. Elle est dans un délicieux négligé du matin, les cheveux simplement relevés et poudrés. Charmante ainsi sans apprêt. À inscrire au bas, comme plus haut, ce sonnet dont j'ignore l’auteur :

L'âge mür est venu qui ne t'a rien Ôté.

Même en ton négligé, la plus jeune beauté,

Sous ses plus beaux habits, te cède la couronne.

Oh ! que la rose s'ouvre étalant ses couleurs.

Les boutons sont charmants, mais j'aime mieux les fleurs, Le soleil à midi plus qu’au matin rayonne.

Marie-Antoinette, par Mwe Vigée-Lebrun. — 1,205 fr,

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Ce portrait, d’une extrême ressemblance, a figuré à l'exposition des Alsaciens-Lorrains.

La reine, vêtue suivant la mode adoptée sous les bocages de Trianon, porte une robe rouge décolletée et ornée de fourrures. Les yeux, d’un bleu transparent, ont une expression intraduisible. Altière et fière, elle a le front un peu haut. Sur ses cheveux rouges, — ce qui est très exact, — un léger nuage de poudre est tombé pour les rendre blonds.

La Fille de Sedaine, par Me Vigée-Lebrun. Un portrait qui, n’en déplaise à Féral, pourrait bien être un Danloux.

Belle et charmante dans sa robe chaste aux miroitements de satin, les cheveux poudrés et relevés suivant la mode du temps, et avec cela une candeur virginale, un frais minois,

Et ce charme inconnu, cette fraîche auréole Que couronne un front de quinze ans!

Vendu 400 francs dans le temps par l’habile miniaturiste Coblence, ce portrait, la perle de la galerie, a été fort disputé jusqu’à 9,100 francs. Heureux acquéreur! plus heureux certainement que l’auteur du P4ilosophe sans le savoir et de La Gageure imprévue. Après avoir régné un moment, sans aucun rival, sur l'Opéra, l'Opéra- Comique et la Comédie-Française, pauvre Sedainel il ne laissa guère à ses enfants que son nom pour toute fortune.

Et dire que ces vingt et un numéros ne se sont élevés qu’à 44,235! Lacroix en avait offert 60,000 franes avant la vente.

Pendez-vous, amateurs qui lirez ces lignes. Vous étiez absents ce jour-là. Peut-être cependant retrou-

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verez-vous encore quelques-uns de ces portraits chez leur propriétaire.

Nous sommes loin du temps où un concierge répondait à un visiteur qui demandait :

— M. Delacroix peintre ?

— Nous n'avons pas d'ouvriers dans la maison.

La vie de bohème est maintenant surannée. Le rapin a fait son temps. Schaunard a des rentes et joue à la Bourse. Marcel demeure avenue de Villiers et s'intéresse aux panoramas.

Les temps sont changés. Il faut réussir ou mourir, usé par le travail et la misère. Or, tous les artistes ne peuvent avoir pignon sur rue. Beaucoup, poursuivis impitoyablement par le malheur, voient, avant l'hôtel, arriver la vieillesse, et la dernière ressource de ceux qui n’en ont plus est de choisir entre un pistolet et un lit d'hôpital. Combien nous en pourrions citer dont les rêves ont fini de la sorte !

Notre société civilisée ne devra bientôt plus assister à de semblables tristesses. Fondée en 4880, la Société de l'art et de l'amitié se propose d'aider, de soutenir et d’honorer à la fin de leur carrière les ouvriers de la pensée qui ont droit comme les autres à leur part de bonheur ici-bas.

Dans ce but utile et généreux, une réunion de lettrés, de savants et d'illustrations de tous genres, a résolu de chercher, par des ventes, le capital nécessaire pour édifier une villa de retraite ouverte à tous les artistes que des infirmités prématurées obligeraient à suspendre leurs travaux.

Ce ne sera ni un lieu d’exil ni un hôpital, les artistes sont trop fiers pour accepter la charité, mais un prytanée peuplé de geris d'esprit et de talent. Là, dans une tranquillité parfaité, les déshérités de la fortune, moyen-

nant une légère pension, pourront, avec une entière indépendance, se livrer au travail, entourés du respect de tous. — Il s’agit de leur créer, en un mot, une véritable assurance contre toutes les éventualités fâcheuses qui entourent une carrière où trop souvent l'idéal fait perdre de vue les réalités de la vie.

Œuvre de reconnaissance envers ceux qui travaillent à la gloire du pays par leur savoir et par leur génie, ce lieu de repos, une fois construit, deviendra la Légion d'honneur de l’art recevant ses légionnaires.

L'idée de cette fondation a été accueillie avec enthousiasme. M. Alex.-Norbert Vuy, initiateur de l’œuvre et son directeur, a su grouper autour de lui, sans distinction d'opinion, les noms les plus sympathiques et les plus distingués de Paris par le rang, le talent et la fortune. Ce n’est pas une petite chapelle, à l'esprit étroit et aux agissements mesquins, comme bien des sociétés artistiques — Meissonier, Gérome, Ch. Garnier et le duc de La Rochefoucauld sont à la tête de la société Ari et Amicitiæ. À côté d'eux, comme fondateurs et comme conseillers du comité : Paul Abadie, L. Bonnat, Caro, H. Chapu, Henri Delaborde, Paul Dubois, Ed.Laboulaye, Bastien Lepage. Falguière, J. Franceschi, J.-J, Henner, Gust. Jacquet, Eugène Lambert, J.-P. Laurens, E. Luminais, Antonin Mercié, Van Marcke, de Nittis, de Vasselot, À. Vollon, Marquiset, député, W. Busnach, Alfred Arago, Paul de Rémusat, sénateur, et Bardoux, ancien ministre.

Déjà les souscriptions et les dons s'élèvent au chiffre de 176,765 francs. Cette année, comme la précédente, une vente a été organisée; chacun des sociétaires s’est empressé d'exécuter généreusement ses obligations. Les dons magnifiques d'œuvres d’art ont afflué.

La salle 8 de l'hôtel Drouot a été pendant quatre

jours, du 27 au 31 mai, transformée en une salle du Louvre en 1982. Jugez-en plus loin, par quelques-uns des numéros vivement disputés, présentés par M. Georges Petit et adjugés par M° Chevallier.

Ce qui a fait le succès de cette vente, ce sont les petites toiles des chefs de l’école. Le public en devient de plus en plus friand. Avec toute la bonne volonté du monde, on ne peut abattre les murs de sa maison pour y faire entrer les tableaux gigantesques. Puis, ce n'est pas la proportion du cadre, mais le talent du peintre qui fait la grande peinture. Les maîtres, lorsqu'ils tiennent une brosse, trouvent toujours assez de place pour montrer qu’ils possèdent du génie.

ALBERT AUBLET. Jeune femme; 425 francs.

Pierre BERGERET. Vature morte, hauteur 0,40, largeur 0n,32; 325 francs.

BENJAMIN CoNsTaNT. Une place à Tanger, haut. 0",48, larg. 0m,39 ; 1,010 francs.

Léon Boxnar. Jeune Italienne, h. 0,50, larg. 0,31; 9,600 francs.

ANronNIo Casanova v EsroracH. Un coup d'État, haut. 0m,40, larg. 0,32; 3,125 francs.

GEORGES CLAIRIN. Venise (aquarelle); 300 francs.

PIERRE-AUGUSTE Cor. Ze premier baiser, haut. 0m,55, larg. 0,45 ; 1,650 francs.

PascAL DAGNAN-BOUVERET. Z@ jeune tricoteuse ; 4,000 francs.

Karz DAUBIGNY. Paysage, haut. 0,30, larg. 0,58; 510 francs.

Juues DEGRAVE. Silence, haut. 0,40, larg. 0w,32; 850 francs.

EnouarD Deraizce. Aquarelle, 3,900 francs.

Luis-Ricarpo FaLEro. Za sorcière en retard, hauteur 0,41, largeur 0,75; 450 francs.

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GABRIEL FERRIER. Belhsabée, haut. 0,46, larg. 0,33; 900 francs.

FiRMIN GIRARD. Zes pivoines,haut. 0,21, larg. 0" ,14; 1,700 francs.

LÉON GÉROME. Un duo, h. 0,32, 1. 0,41; 10,000 fr.

JEAN-RICHARD GOUBIE. Cheval blanc, haut. 0,22, larg. 0w,27 ; 700 francs.

Louis-Apozpne Gros. Un gentilhomme du temps de Henri III, haut. 0,40, larg. 0m,22; 325 francs,

Gusrave Jacquer. Une aquarelle; T10 francs.

JOSÉ-JIMENEZ ARANDA. Un savant, haut. 0",32, larg. 0,23; 1,325 francs.

DaniEL RinGeway. Une laveuse (aquarelle); 1,000 fr.

Maurice LELorR. Ze violoneux (aquarelle); 1,280 fr.

TimoLéoN LoBricHon. Ze jour des confitures, hauteur 0®,34, largeur 0®,24; 720 francs.

Luicr Loi. Un coin de Paris, haut. 0,36, larg. 0,55; 505 francs.

Evaiste LumiNaIs. Prunehaut, h. 0®,41, larg. 0®,31; 950 francs.

ADRIEN MAR. Ze galant jardinier, haut. 0,98, larg. 0,30 ; 420 francs.

JEAN-CHARLES MEISSONIER. Sans beaucoup de soucis; 2,800 francs,

Luc-Ocivier MeRSsoN. L'arrivée à Bethléem (esquisse); 850 francs.

FerNanD PeLez. La première cigarette, haut. 0,17, larg. 0,21 ; 855 francs.

JEAN Pokironorr. Z'{ude ; 1,500 francs. |

JEAN-FRANCÇOIS RAFFAELLI. Rencontre le soir, hauteur 0,26, largeur 0®,21 ; 550 francs.

Euice Van Marcke. Un marais, h. 0,51, larg. On,71; 8,100 francs.

JULES CHAPLAINE, le sculpteur — bon pour un médaillon; 400 francs.

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Pauz Dusois. Amphitrile (bas- relief en bronze). haut. 0®,39, larg. 0=,29 : 200 francs.

Juzes-Pieere ROULLEAU. Hébé (groupe en brons) 1.600 francs.

Laxzeorrni. Les lilas (buste en marbre); 400 francs.

Marssoxier, l'un des présidents de l'institution, a eu comme toujours et partout les honneurs de la séance. Son aquarelle, intitulée Valentin, a été achetée . 21,500 francs. Noblesse oblige. Il ne pouvait faire qu'un beau cadeau. |

La recette a été belle : 125,036 franes.

Ajoutez quelques fêtes organisées par la presse, une tombola avec une représentation théâtrale, une grande loterie autorisée par le gouvernement, puisque le vent souffle de ce côté, et bientôt la société devra se réunir pour discuter le choix du terrain, les plans et les devis des constructeurs. Nous voyons déjà arriver le moment où, travaillant à leur chevalet sous ee toit hospitalier, | et se reposant sous de verdovants ombrages, les peintres de la Société pourront s'écrier dans ieur reconnaissance, comme le Tityre des Bucoliques : Amicitia

nobis hzc otia fecit.

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La petite curiosité et les petits amateurs, — Tout est bon pour la collection lorsqu'on a le feu sacré. — Les prospectus, les pamphlets, les papiers peints, les chapeaux, les boutons, les cannes, les perruques, les chaussons, les pipes et les fautes d'orthographe.— La palmaressomanie. — Les lauriers des élèves Gambetta, Clémenceau, Jules Verne et Jules Vallès,

Paris, 30 juin.

La physiologie de l’amateur n’est plus à faire. Elle a été écrite depuis longtemps déjà avec talent par Walter Scott dans l’'Aniquaire, par Balzac dans le Cousin Pons, par Champfleury dans l’ÆZüel des commissairespriseurs, par Henri Rochefort dans les Pefits mystères de l’Hôlel des Ventes, et tout récemment M. Edmond Bonaffé, un savant très compétent dans cette matière, et, ce qui ne gâte rien, un homme d'infiniment d'esprit, a tracé une PAysiologie du curieux, où l’on retrouve, avec la touche mordante, toute la saveur de La Bruyère.

Mais la collectionomanie se présente sous des aspects bien divers. Si vous me le permettez, ce sera le sujet

de ce chapitre.

Il me semble, en effet, qu’il y a encore quelque chose à dire sur certains collectionneurs qui ne veulent rien laisser perdre des défroques que le temps en s’enfuyant dépose sur la rive.

Ils ont le feu sacré, ils fouillent, ils furettent, ils ouvrent tous les tiroirs, groupent les objets les plus inattendus, les classent, les étudient, les numérotent, les étiquètent et forment ainsi, avec des spécialités souvent vulgaires, un ensemble des plus curieux et toujours des plus utiles.

Ce ne sont pas des fous bizarres ou des antédiluviens à visière verte. Non, s'ils s’attachent aux petits côtés de la curiosité, c’est que souvent ils manquent des ressources suffisantes pour satisfaire leurs goûts. Ils n'ont qu'une patience inépuisable et ils tiennent à la dépenser. 4

L'un réunit des prospectus. Il a tous les catalogues illustrés du Zouwvre et du Bon-Marché. Sa plus chère satisfaction est de penser qu'il laissera, après lui, pour l’histoire des modes de notre pays, un recueil des plus précieux.

L'autre groupe des dédicaces. II n’achète que ces livres-là dans les ventes. Bien curieux surtout ses envois, dans les rapprochements des noms et des personnes, lorsqu'ils ont un peu vieilli, avec le revirement des choses d’ici-bas !

Celui-ei n’a que des complaintes sur les grands eriminels et des pamphlets où passent tous les grands hommes par suite des mouvements de la politique. Il a d’abord acheté des mazarinades. Il en a huit cents. Il est passé ensuite à la Révolution et à la Restauration.

C'est par milliers qu’il a dû compter les satires. Aujour-

d’hui, il est débordé. Il lui faudrait passer sa vie sur le boulevard Montmartre pour se tenir au courant de ce qui parait tous les jours.

Celui-là, avec un fol entètement, ne veut que des papiers peints de toutes les nations et de toutes les époques. C’est une puissance en son genre. Les grands fabricants lui font inutilement la cour. Même présentés

de £

re

par ses meilleurs amis, il refuse de les recevoir. II ne veut pas qu’on copie ses modèles et il ne les montre qu’à quelques rares initiés qui le comprennent. Il se réserve pour l'Exposition de l'Union centrale. Ce sera, dit-il, une révélation. On y verra: le papier d'idylle de la fin du xvure siècle, des corbeilles de fleurs et des sujets Watteau ; le papier austère de la Révolution, des toges, des faisceaux consulaires, des mots sévères dans les cartouches; la Loi, la Justice, le Droit; le papier belliqueux du Consulat et de l’Empire, les mameluks, les Pyramides et le prince Poniatowski ; le papier sensible de la Restauration avec Paul et Virginie, les paysages de Vernet et les tarentelles de Léopold Robert; le papier gothique du règne de Louis-Philippe, le romantisme, Quasimodoet Notre-Dame de Paris, et la légende du Petit caporal ; le papier neo-grec du second Empire, des colonnades, des bouquets de fleurs, des rayures et des teintes plates; le papier lapageur de notre époque, velours de Gènes et soieries brillantes. Tout un siècle raconté par des rouleaux. L’apothéose par le papier peint !

L'un de ces maniaques a eu l’idée de recueillir pour son herbier les plantes et les herbes qui poussent entre les interstices de nos pavés et sur nos murs. Il en a recueilli trois cents espèces.

Les chapeaux n'ont pas eu que les honneurs des conférences du peintre Vibert. Un amateur aveuglément passionné en possède un assortiment de toutes les formes et de toutes les époques, depuis le caudebec de Boileau jusqu’au bolivar de la Restauration. Il a même le chapeau du Petit caporal donné au peintre Gros. Très curieuses à voir, ces vitrines où se profiient les bonnets et les mortiers du temps de Louis XII, le chapel fourré d’hermine du xrv° siècle, le tricorne, les chapeaux des cardinaux, le chapeau polichinelle du Direc-

toire, et, pour les femmes, le chapeau de la Ze/le-Poule, coiffure gigantesque, représentant un vaisseau avec ses agrès, et la capote cabriolet des merveilleuses du Directoire. Il aura trop à faire avec les modes actuelles, s’il cherche à les suivre pas à pas ; la femme est une créature charmante, qui se déguise toute l’année et ne se repose même pas en carnaval. Elle invente successivement : chapeaux Gainsborough, Devonshire, mistress Hobbard, capotes Riccoboni, panaches Lesdiguières, calèches à la Genlis et bavolet Louis-Philippe, sans oublier les paniers de cerises de Montmorency ou de chasselas de Fontainebleau, si fort à la mode cet été. Il sera bien malheureux s’il veut arriver aux fantaisies variées de notre affreux tuyau de poêle, que nous sommes impuissants à remplacer. A toutes ces petites choses il attache une grande importance. Un farceur lui ayant dit un jour qu'il lui manquait le Chapeau d'un horloger et le Chapeau de paille d'Italie, il a cessé de le voir.

Les boutons ont aussi leurs historiographes. À Gand, en 1845, on en a exposé 35,000. Le compositeur Clapisson, avec une série de sifflets, en avait réuni huit mille espèces, depuis les boutons étincelants du temps du grand roi jusqu'aux fantaisies bizarres des boutons d'incroyables. A l’une des dernières expositions du Musée décoratif, tout Paris a pu voir une salle entière remplie de vitrines avec des boutons du siècle dernier, possédés par le baron Pérignon. Toute l'histoire du bouton depuis le xvu° siècle jusqu’à la Restauration était là : les uns inspirés par les tasses de Wedgwood ou par les grisailles de Sauvage, les autres empruntés aux émaux de Limoges ou aux gouaches galantes des petits-maïtres; — boutons pairioliques, peints sur verre avec la prise de la Bastille ; boutons de joueurs, avec la dame de pique et la dame de carreau ; boutons

Lara

Buffon, montés sur soie avec herbes, coquilles ou insectes ; boutons zodiaque, avec les signes à la sépia ; boutons en nacre, en ivoire, en cailloux du Rhin, en marcassite, en fer damasquiné d'or, en topazes du Brésil. Ma foi, il y en avait de charmants! C'était même très agréable à l'œil, et il est fort regrettable que le catalogue en préparation à cette époque n’ait pas encore paru.

Lors de la vente du prince Demidoff, à San-Donato, en 1880, le catalogue comprenait toute une série de cannes à pommes d'or, à faire tressaillir d’aise les marchands du Palais-Royal ou du passage des Panoramas, les unes en écaille, les autres en jonc, en baleine ou en bois des îles, beaucoup avec des devises, presque toutes enrichies de rubis, de turquoises et d'opales. Plusieurs ont atteint et même dépassé le billet de 1,000 francs.

Il y a quelque part des vitrines remplies de grandes fraises du xvi° siècle, de canons du xvu° et de vertugadins du xvur°, et je me suis laissé dire que M. Deguerle, le censeur du lycée Louis-le-Grand, avait un musée de perruques. Il ne possédait certainement pas la perruque blonde sous laquelle Messaline courait la nuit dans les rues de Rome, ni celles de M. de Sartines, le lieutenant général de police, assorties pour toutes les occasions, perruques pour le négligé, perruques à bonnes fortunes et perruques 2xexoräbles pour interroger les criminels. Mais il avait, parait-il, remué ciel et terre, et il avait fini par se procurer de bien curieux échantillons de ces édifices capillaires, véritables crinières de lions : perruques #-/olio, perruques à id de pie, perruques à la comète, à la minute, à la cabriolel et à la rhinocéros.

Il y a un amateur de noyaux de cerise sculptés. Il en possède un ciselé par Properce Rossi de Bologne, repré-

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sentant une scène d'intérieur : un seigneur, une grande dame, des chaises, une table, avec service complet, fourchettes, couteaux, assietles et chandeliers. — Pour le voir, on le met sous un microscope. Le propriétaire se pâme lorsqu'il l’'exhibe. — C’est du grand art, dit-il.

Frédéric le Grand réunit quinze cents tabatières. Feuillet de Conches parle d'un amateur d'Angers qui possédait un cabinet d'œufs de tous les ovipares du monde, depuis l’alligator jusqu'au serpent à sonnettes. Je ne saiss’il existe encore, cet amateur anglais qui avait recueilli une centaine de cordes des pendus les plus célèbres, qu'il allait chercher sur le lieu même de l'exécution ; j'en doute, car c’est là une collection difficile à défendre et destinée à disparaître peu à peu dans la poche des visiteurs superstitieux.

J'ai lu également quelque part qu’un amateur de bons vins gardait, précieusement étiquetés, avec leur date, en manière d'éphémérides, les bouchons des bons vins qu'il avait bus. C’était la reconnaissance de l’estomac. Malheur à ceux qui lui faisaient boire de la piquette. Ils étaient voués aux gémonies de son musée.

Qu’aurait dit ce gastronome de son original confrère qui n’aimait que la faïence? Répudiant la nature, il avait mis sur son dressoir des légumes en relief, des melons, des bottes d'asperges, des choux verts, puis des plats de noix, de fraises et de cerises. Le moyen était économique pour garnir sa table de primeurs en tout temps.

M. Larenaudès de Caffin groupa tous les chaussons des premiers sujets de l'Opéra, portant le nom de l'étoile dans un cartouche doré. Un autre aime la chaussure qui a si bien inspiré le bibliophile Jacob au point de lui faire écrire son histoire. Celui-là a eu un vrai triomphe à l’exposition du Costume, faite au Palais de l'Industrie, avec ses bottes molles à entonnoirs du temps

de Louis XII, ses souliers à poulaine de Geoffroy Plantagenet, ses cothurnes antiques, ses patins du xvi° siècle, ses mules parfumées de la Renaissance, ses souliers à talon rouge des belles précieuses, ses escarpins de merveilleuses et ses gros houseaux des postillons de l’Empire. La série était complète, hormis la pantoufle de Cendrillon.

Ce collectionneur est actuellement à la recherche du soulier de Marie-Antoinette, ramassé au pied même de l'échafaud. Il fut vendu très cher par le comte Horace de Viel-Castel à l'impératrice, qui eut la naivité de croire à la version du vieillard, ayant fait, lui-même, en 93, cette trouvaille et venant en personne lui en raconter les détails.

Il y a aussi des farceurs dans le genre, et, à ce titre, il doit avoir sa place dans cette galerie, ce bohème Eugène Simon, tué par le noctambulisme et la misère, qui trainait toujours sous son bras le recueil mystérieux de ses bonnes fortunes. Un beau jour, il le vendit trois cents francs à un Anglais enthousiaste. Le lendemain, il racontait à l'heure de l’absinthe à qui voulait l’entendre la manière de s’y prendre. À chaque fois qu’il rencontrait un ami, il tirait gravement de sa poche une paire de ciseaux et un pot de colle. Puis il coupait séance tenante à l’ami ahuri une mèche de sa chevelure, l’arrangeait avec art sur l’un des feuillets et il écrivait au bas : Cheveux de M Caroline F..., du Théâtre des Menus-Plaisirs !

Tout est bon pour les collectionneurs : M. de Watteville a toutes les pipes, depuis le calumet de paix du sauvage de l'Océanie jusqu'au narghileh du sérail, au bouquin enrichi de diamants.

L'amiral Jaurès possède une très curieuse série de mouchettes. M. Lafitte, ancien tailleur devenu un amateur fervent et distingué, en a exposé, en 1880, une

centaine de paires avec plateaux, à l’Union centrale, aux Champs-Elysées.

Tout y passe : les bas, les jarretières espagnoles à devise, les gants avec leurs variétés et les longues mitaines du siècle dernier, sans oublier les têtes de factures illustrées, les cartes d'adresse enjolivées, les affiches de spectacle, les billets de concert ou de théâtre, surtout lorsqu'ils ont des vignettes signées de Saint-Aubin, de Marillier, de Choffard et même de Tony Johannot.

Harlem possède des serres de dahlias et de tulipes. On joue sur ces fleurs. Elles ont une cote comme celle de la Bourse. Chez nous, nous avons dans certains intérieurs les panoplies de sauvagerie, véritables petits musées ethnographiques, et les recueils de timbresposte des lycéens. Je ne parlerai pas des autographes, c'est de la haute curiosité, mais d’un certain portefeuille de fautes d'orthographe commises par nos grands écrivains et recueillies par l’un de nos meilleurs correcteurs d'imprimerie, qui aeu soin de consérver précieusement ces fantaisies grammaticales à chaque fois qu'il en trouvait sur les copies. Voilà, reconnaissez-le, une série bizarre que l'or serait impuissant à former. Allez donc demander à Victor Hugo d'y participer?

Mais il y a une nouvelle passion que je viens de rencontrer et que je tiens à signaler : — la Palmaressomanie !

Un mien ami recueille tous les catalogues de distribution de prix. Il en a des montagnes, classées avec soin, par année et par département. Le but qu’il poursuit est de savoir comment débutent dans la vie les hommes qui arrivent plus tard à la renommée.

Si vous lui parlez, par exemple, de deux orateurs politiques très en vue : Gambetta et Clémenceau, vite, il ira à sa bibliothèque, prendre sur les rayons les pal-

#52 sdià LE

marès de Nantes et de Cahors pour les mettre sous vos yeux.

Feuilletons avec lui ces archives historiques et suivons d’abord Gambetta.

Ouvrons l’année 1852 : le futur dictateur était en quatrième. Pas de grands succès cette année-là ! Pas un seul prix, rien que des accessits : le deuxième de thème latin, d'anglais et de version latine, le troisième d'histoire et seulement le quatrième de version grecque.

1853 moins bon encore : ce n'était alors qu’un élève ordinaire commençant ses premières humanités. A cette époque de bifurcation, il avait opté pour les lettres. Nous n'avons que trois nominations seulement à relever : le deuxième accessit d'excellence et de narration française et le quatrième de version latine.

Continuons. Le jeune Léon est en seconde en 1854. ll n’est pas encore un phénix, mais il travaille mieux. On pose même sur son front pas mal de couronnes : le premier prix de narration française, de version latine et de version grecque, le deuxième prix d'excellence. Plus quelques nominations, le premier accessit d’histoire et de thème grec et le deuxième de cosmographie.

Arrivé à la rhétorique en 1855, il tient son rang parmi ses camarades et recueille à peu près le même nombre de lauriers : le premier prix d'histoire (où il devait tenir une si grande place), le deuxième prix d'excellence et de version latine. Il remporte, en outre, le premier accessit de version grecque; mais il a séulement, triste présage ! — le troisième accessit de dis-

cours français.

Voici 1856, sa dernière année au lycée de Cahors. Il est en philosophie, C’est un grand et décidément un excellent élève, qui cueille presque tous les seconds

L'Al + DUMP PET € :

prix : excellence, dissertation française et latine, version latine.

Ajoutons, et nous aurons fini, que, la même année, le jeune Léon Gambetta, au concours général entre les | cinq lycées de l’académie de Toulouse, se distingue entre tous ses condisciples par le premier accessit de « dissertation française.

Pas bien fort à ses débuts, l'élève Georges Clémenceau, de Mouilleron en Vendée ! ;

Suivons-le pas à pas dans toutes ses classes ! ‘

En 1853, il est en cinquième au lycée de Nantes. « Résultats médiocres : quatrième accessit de thème latin et deuxième accessit de récitation classique et débit. Ce concours, à jour dit, résumait comme on le sait, toutes les leçons apprises pendant le dernier semestre. Il vient d'être supprimé.

Que faisait-il donc en quatrième? Le palmarès nantais reste muet à son endroit.

En troisième, succès peu éclatants. Cependant, deuxième accessit de langue anglaise, préparation sans doute au voyage de New-York, effectué plus tard, et, pour la seconde fois, deuxième accessit de débit.

Deux troisièmes accessits seulement en seconde, pas plus ! L’un en chimie, l’autre encore dans sa faculté favorite : la récitalion classique.

Classe de rhétorique en 1857. Enfin un prix ! Clémenceau couronné comme un César! — Le second prix d'histoire naturelle. — « Il sera médecin, » a dû dire ce jour-là sa famille.

La même année, le futur /eader de la gauche obtient seulement le cinquième accessit de discours français. A noter, en outre, le premier accessit de langue anglaise et le deuxième de débit, nomination qui persiste à chaque classe, indice d’une des brillantes

qualités du futur orateur : débit facile, clair, précis et rapide.

Arrive 1858, la dernière année de son séjour au bahut nantais. Les goûts, la tournure d'esprit de l’élève Clémenceau, qui fait alors sa logique, paraissent le porter plutôt du côté des lettres et de la langue de Cicéron que vers les sciences. Rien ne fait prévoir la carrière médicale qu’il devait embrasser bientôt. Il remporte le premier prix de version latine et de dissertation française et le deuxième accessit d'excellence. A la fin de l’année, il figure parmi les bacheliers.

Mais voici encore des noms connus dans ces palmarès nantais :

Jules Verne, élève de rhétorique, en 1845. Il n'obtient que le quatrième accessit de discours français et remporte seulement l’année suivante, dans la classe de philosophie, le cinquième accessit de dissertation française. C’est fort peu pour un écrivain qui pourrait bien s'asseoir un beau jour dans l’un des quarante fauteuils.

Jules Vallez (sic). Celui-là a été meilleur élève qu'il n’a voulu en convenir dans ses livres l’Z»/ant et le Bachelier. I ne se souvient peut-être plus lui-même des succès qu’il a remportés à Nantes en quittant le collège du Puy. Je vais les lui rappeler. Ce sera sans doute une révélation pour lui, si ces lignes lui tombent sous les yeux :

1846. — Troisième : ® prix de vers latins. — 2° accessit de thème latin.

1847. — Seconde : 1° prix d'excellence. — 1° prix de thème latin. — 1®% prix de vers latins. — 1° prix de thème grec. — 2° prix de récitation classique.

1848. — Rhélorique : excellence, . 1% prix. — Dis-

EF ANTR TT

cours latin, 2° prix. — Discours français, 1° accessit. — Vers latins, 4° prix.

Vous me demanderez peut-être maintenant à quelle conclusion a pu arriver ce collectionneur enragé de palmarès.

Probablement à celle-ci, que les succès de collège n’empêchent pas, comme le soutiennent les amis du paradoxe, de devenir quelqu'un plus tard dans la vie à sérieuse, et, pour vous en convaincre absolument, nous reprendrons quelque jour les catalogues de mon ami.

XXXIIT

La porcelaine de Saint-Cloud. — Aussi belle ‘que {celle de Chine

d'après Martin Lister. — MM. Chicaneau. — Décor et marques de leur fabrique. — Précieux types de la collection Leroux. — Les continuateurs de Pierre Chicaneau. — Note historique

de Voltaire sur les débuts de la porcelaine.

Paris, 5 juillet.

On a beaucoup écrit depuis quelque temps sur les porcelaines de France, d'Angleterre et d'Allemagne. Les fabriques de Meissen, de Sèvres, de Chelsea et de Chantilly ont donné lieu à des études intéressantes, et le public a recherché tous les matériaux pouvant servir à l’histoire de ces différentes manufactures. Comment se fait-il que la première en date, celle qui a eu l'honneur de fabriquer les premières pièces de porcelaine tendre, celle qui représente le mieux dans son élégante décoration le goût et l’art français, la fabrique de Saint-Cloud, ait vu si longtemps ses produits négligés et rester presque inconnus des amateurs et des savants ; car M. Brongniart lui-même, le féroce ennemi de la pâte tendre de Sèvres dont il fit vendre au tombereau les pièces non décorées, en ignorait l'existence. Nous ne prétendons pas faire ici de la technologie ; nous laisserons de côté les quatre ordres de porcelaine de M. Jacquemart et nous ne parlerons ni du kaolin ni du petun-tsee. Nous ne disserterons pas non plus sur la porcelaine tendre naturelle et sur la porcelaine tendre

artificielle. Nous laisserons cette entreprise à de plus doctes et plus experts que nous, et nous nous contenterons de parler en simple amateur, au point de vue artistique et historique, d’une charmante porcelaine à laquelle on n’a pas, selon nous, rendu la justice qu’elle mérite.

Nos aïeux avaient meilleur goût; car, à la fin du xviie siècle et au commencement du xvine®, les produits de l’usine de Saint-Cloud étaient déjà très renommés, très appréciés, et le docteur Martin Lister, voyageant en France en 1698 pour s’instruire dans les arts et les industries françaises, ne manqua point d'aller visiter la manufacture de Chicaneau, dont il parle de la manière suivante : |

« J'ai vu la poterie de Saint-Cloud et j'en suis très content; car je l’avoue, je n’ai pu trouver aucune différence entre les articles faits dans cet établissement et la plus belle porcelaine de Chine que j'aie vue. Cependant les peintures en étaient beaucoup mieux exécutées, nos ouvriers étant bien meilleurs artistes que les Chinois ; mais l'émail de cette porcelaine n’est nullement inférieur à celui des porcelaines chinoises en blancheur, en égalité de surface et en absence de tout défaut.

» On vend à Saint-Cloud ces poteries à un prix très élevé; on demande plusieurs écus pour une seule tasse à chocolat. On a vendu des services de thé à raison de 400 livres le service. »

Lister ajoute que M. Morin, propriétaire de cet établissement, exploitait depuis plus de vingt-cinq ans le secret de la fabrication de cette pâte ; mais qu'il n'avait réussi que depuis trois ans à l’amener à ce degré de perfection. Ce qui fait remonter à 1695 la découverte en France de la porcelaine tendre, par conséquent à une évoque antérieure de quinze années à celle de la fabri-

cation à Meissen, par Jean-Frédéric Boettcher, de la porcelaine dure.

« Deux ans plus tard, le 3 septembre 1700, madame la duchesse de Bourgogne (nous dit le Mercure de France), ayant passé par Saint-Cloud et tourné le long de la rivière, pour aller chez madame la duchesse de Guiche, fit arrêter son carrosse à la porte de la maison où MM. Chicaneau ont établi depuis quelques années une manufacture de porcelaines fines, qui sans contredit n’a point de semblable dans toute l'Europe. Cette princesse prit plaisir à voir faire sur le tour des pièees d'un beau profil. Leurs Altesses Royales, Monsieur et Madame, font souvent l'honneur à MM. Chicaneau d'aller voir leur manufacture. Ils reçoivent aussi de fréquentes visites de princes, de seigneurs, d’ambassadeurs et de toutes sortes de curieux qui viennent chaque jour admirer la beauté des ouvrages qui s’y fabriquent et dont il se fait un grand débit pour les pays étrangers. Ils ont établi leurs magasins pour la vente de leurs porcelaines à Paris, au coin de la rue Coquillière et des Petits-Champs, proche la place des Victoires. »

Il semble résulter une contradiction de cette seconde énonciation, car Martin Lister indique comme propriétaire le sieur Morin, et le Mercure nomme Chicaneau : nous croyons que c'est la bonne version, et que Morin devait être le chimiste de l'établissement.

La vogue dont parle le Mercure de 1700 devait se continuer longtemps; car, dans le journal de Duvaux, le célèbre marchand attitré de la cour, publié par M. Courajod et qui embrasse une période d’une douzaine d’années, de 1748 à 1759; il est fait mention plusieurs fois de la porcelaine de Saint-Cloud.

« Du 12 septembre 1750. — Vendu à M. le comte du Luc, huit tasses et soucoupes, pot à sucre de Saint-Cloud et un grand cabaret de la Chine. 42 livres.

» Du 4 juin 1755. — Vendu à MF le Garde des Sceaux, une toilette de bois d'acajou massif avec un tiroir, les garnitures de Saint-Cloud. 120 livres.

» Du 9 juillet 1755. — Vendu à Mr° la marquise de Pompadour, huit gobelets et soucoupes de Saint-Cloud et six coquetiers pour la laiterie. 58 livres. »

Le comte du Luc dont il est question est probablement celui dont le cabinet fut vendu après décès, les 22 et 23 septembre 1777, et qui, ne renfermant que 53 numéros, monta à la somme de 38,805 livres 9 sous, somme relativement importante pour une vente comprenant aussi peu d'objets. — Si les acheteurs ne sont pas en plus grand nombre dans le journal de Duvaux, on voit du moins que ce sont personnes de goût et de qualité.

Voici encore un autre document que nous citerons entier :

« Il y a quinze ou vingt ans que l’on a commencé en France à tenter d’imiter la porcelaine de la Chine; les premières épreuves qui furent faites à Rouen réussirent assez bien, et l’on a depuis si heureusement perfectionné ces essais dans les manufactures de Passy et de Saint-Cloud, près Paris, qu’il ne manque presque plus aux porcelaines françaises, pour égaler celles de la Chine, que d’être apportées de cinq ou six milles lieues loin et de passer pour étrangères dans l’esprit d’une nation accoutumée à ne faire cas que de ce qu’elle ne possède point, et à mépriser ce qu'elle trouve au milieu d'elle.

» En effet, pour la finesse du grain de la matière, pour la beauté de la forme des vases, pour l'exactitude du dessin et pour l'éclat des couleurs, surtout du bleu, il faut avouer que les porcelaines de Quangsi (sic) ne sont pas plus parfaites que celles de France; une seule chose

manque à ces dernières, c’est l'œil du blanc, qui est encore un peu louche, ou quelquefois trop matte (sic). »

(Article PORCELAINES. Dictionnaire universel du Commerce, ouvrage posthume du Sieur Jacques Savary des Brulons, inspecteur général des manufactures pour le Roy, à la douane de Paris. Edition de 1748. Il résulte de l'approbation que le manuscrit était antérieur à 1723.)

Nous glisserons rapidement sur l’histoire de l’établissement, en ne citant que quelques dates et quelques noms essentiels.

Le premier fabricant et inventeur de la porcelaine tendre est Pierre Chicaneau, qui n’avait rien de commun avec le Chicaneau des Plaideurs de Racine. Dès l'origine de Ja fabrique, la marque est un soleil, en bleu, au grand feu, adoptée comme une flatterie à l'adresse du roi-soleil et de sa devise : Nec pluribus impar.

Le 12 avril 1713. Lettres patentes du roi accordant « à Mme Barbe Coudray, veuve de Pierre Chicaneau, Jean- Baptiste-Pierre et Geneviève Chicaneau, tant conjointement que séparément, leurs hoirs et ayants cause de faire dans le bourg de Saint-Cloud et dans telles villes et autres lieux de nostre royaume que bon leur semblera, excepté néanmoins la ville et faubourg de Rouen, un ou plusieurs établissements de la manufacture de porcelaine fine de toutes couleurs, espèces, façons et grandeurs, etc., ete. »

Avant d'obtenir pour elle et ses enfants le privilège royal, la veuve de Pierre Chicaneau avait épousé Henri Trou, huissier de l’antichambre du duc d'Orléans; mais celui-ei n’avait pu paraître dans les actes officiels, parce qu'il n'appartenait pas à la corporation des faïenciers, et il se fit recevoir le 1% septembre 1706.

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Chef de la fabrique, Trou fit mettre sur les produits son chiffre si connu :

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Puis,en 1722, arrêt qui, en rappelant une première prorogation de dix années accordée le 15 mars 1715, par le roi Louis XIV, aux entrepreneurs de la manufacture de Saint-Cloud, octroyait une nouvelle prorogation de vingt ans, nommément à Jean-Baptiste Chicaneau, Marie Moreau, veuve Pierre Chicaneau, Henri et Gabriel Trou, enfants du second lit de Barbe Coudrey, et, à partir de cette époque, la manufacture se divise. Trou dirige Saint-Cloud, et Marie Moreau ouvre une autre usine dans le faubourg Saint-Honoré. Les porcelaines marquées C. M.

soni probablement de cette seconde fabrique.

On voit, par ce qui précède, que la fabrique de 1695 existe encore en 1757. D’autres documents seront peutêtre retrouvés plus tard, qui serviront à établir la filiation et la transmission de l’établissement et il ne nous reste plus qu’à définir le caractère de décoration de la porcelaine et les différentes formes de fabrication qu'elle a employées.

Et d’abord, depuis l’origine jusqu’à la fin, la fabrique a conservé fidèlement le type primitif de son ornementation; type charmant d’ailleurs et résumant, dans des arrangements d’un goût irréprochable, le style décoratif de l’époque de Louis XIV, qui précède la régence. Un de nos amis, M.L. Leroux, un de ces amateurs modestes et désintéressés dont l’espèce devient de plus en plus rare chaque jour, collectionneur fervent de céra-

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