‹ L'Hôtel Drouot en (volume 3)Chapitre 7 sur 85 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

hissent de plus en plus le marché. C'est au point, qu’à l'exposition même de l’œuvre du peintre d'Ornans, organisée par M. Haro au palais de l'École des beaux-arts. plusieurs tableaux ont pu être sérieusement discutés au point de vue de l'authenticité. L'état civil de ceux dont la naissance est irréprochable doit donc servir un jour à en savoir le nombre exact. KA

L'auteur, à ce propos, rappelle, dans une forme-sans prétentions et vraiment bien spirituelle, quelques-uns des jugements de Courbet sur ses contemporains et quelques-unes des anecdotes dont il fut le héros. Il me pardonnera, j'en suis convaincu, d'en ajouter une aux siennes, une que je tiens de bonne source et qui n’est pas des moins curieuses.

C'était au lendemain du 4 septembre, et la République avait été proclamée la veille. Courbet s'en vint frapper à la porte de son ami Olivier Métra, à une heure matinale qui n’avait pas l'habitude voir debout l’auteur de la valse des Xoses. C'est done avec la mauvaise humeur d’un homme qu'on réveille en sursaut que celui-ci lui dit : « Entrez ! » Courbet, singulièrement solennel, s'assit sur le pied de son lit et commença, à fort peu près, le discours suivant : « L’ancienne Marseillaise a fait son temps. C’est beau, mais rococo en diable, et puis les vers ne conviennent plus du tout aux événements contemporains. Morale : il faut une Marseillaise neuve à notre nouvelle République, et je viens sans façon te la demander.

— Pardon ! mais, répondit Métra en se frottant les yeux comme un homme qui n’est pas bien sûr de com-

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prendre, je ne crois pas être l’homme qu'il faut pour faire un chant guerrier.

— Jete dis que tu feras Ça comme un ange.

— Mais je n'ai pas de paroles pour faire une Jarseillaise.

— C'est ce qui te trompe, car je t'en apporte.

— De qui?

— De moi, parbleu !

— Tu es donc poète?

— Plus poète que peintre. C’est ce qu’on n’a jamais compris.

— Voyons tes paroles, dit Métra avec résignation — Les voici :

ER pan! pan! pan! on entend le tambour!

Eh tu! tu! tu! on entend le clairon;

Eh pan! pan! pan! les enfants de la France.

Eh tu! tu! tu! vont mourir pour la Patrie!

— (Ça me paraît très beau, dit Métra, mais je voudrais connaître le second couplet.

— Le second couplet? répondit Courbet en haussant les épaules.

— Mais oui!

— Il n'y a pas de second couplet, et il ne doit pas y en avoir.

— Pourquoi pas?

— Parce que c’est une marche. Eh bien, qu'est-ce qu'une marche? C’est un chant que disent des gens qui passent en rang, tandis que ceux qui les écoutent ne bougent pas. Par conséquent, ce ne sont jamais les

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mêmes personnes qui entendent les paroles. Done, il n’y a aucun besoin de les changer, et rien n’est plus inutile que de faire plusieurs couplets.

Métra, de qui je tiens cette histoire, avoue qu'il de- .meura abasourdi par la subtilité de ce raisonnement, tandis que Courbet, renonçant à le convaincre, et plein de mépris pour son inintelligence, sortait avec dignité et l’air impatient de Diogène cherchant un homme. Il faut lui entendre aussi raconter une autre aventure de Courbet qui, souffrant d’une infirmité peu galante et extrêmement gênante pour s'asseoir, eut l’idée lumineuse de passer une journée dans la forêt de Saint-Germain à consulter les gens qu’il rencontrait sur son cas, « parce que, disait-il, les médecins n'entendent rien à ces sortes de choses, tandis que les paysans ont des simples avec lesquels ils Les guérissent en un clin d'œil. » Les blanchisseurs, les maraîchers et les rôdeurs à qui il s'adressa, le recurent tous de la belle façon, et il rentra le soir dans Paris, disant avec désespoir : « Les paysans aujourd’hui n’en savent pas plus que les médecins! »

Les autographes ont inspiré plusieurs pages pleines d'humour à M. Paul Eudel. C’est encore un coin de l’histoire que nous effleurons là. Très intéressants, les autographes pour ceux qui croient que le caractère d’un homme se lit en même temps que son écriture, aux signes qu'a tracés sa main. Mais pour les autres aussi, c’est une inépuisable mine de curiosité. Les plus amusants que je connaisse sont ceux que Charles Maurice avait réunis dans son histoire anecdotique du théâtre.

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