DAT ALTER SO ENT: ERREUR CURE PEUR
Beaucoup de style. Étonnant de vérité et de vie. Me Benard: bien de son époque avec sa large capote et son cachemire brodé. OEuvres de maitre, certainement supérieures à la /eanne d'Arc du même auteur. Comme dans le sonnet d'Oronte, le temps ne fait rien à l'affaire. Ni les dimensions non plus.
Rencontré dans la salle le peintre A... Causerie sur Ingres. Souvenir raconté par mon ami de sa première visite, quai Voltaire, à l'auteur de l’Apothéose d'Homère : M. Ingres est-il visible? — Non, monsieur. — Est-il sorti? — Non, monsieur. — Serait-il malade ? — Non, monsieur. — Il a séance, alors ? — Non, monsieur. — Dans ce cas,pourquoi ne peut-on pas le voir ? — Impossible, M. Ingres est en train de transpirer !...
Bonnat achète le portrait de femme 3,550 francs. M. Veil-Picard, 2,100 francs le portrait d'homme.
En courant, jeté un coup d'œil dans la salle voisine. Exposition du peintre de marines Émile Vernier.
- La mer, la vaste mer, console nos labeurs.
Pinceau éloquent, bavardant agréablement. Une réelle dépense de talent dans la plupart des toiles accrochées au mur (1). Note curieuse à prendre dans la préface de M. André Theuriet :
Vernier, cet amant passionné et fidèle de la mer, est né en pleines montagnes du Jura.
Et l'influence prépondérante du milieu, que devient-elle ? L’amiral suisse a peut-être existé?
(1) Citons quelques prix : Grande marée d'octobre, Salon de 1885: 1,120 fr. — Vue de la Tamise à Londres, bois : 740 fr. — L'arrivée du poisson à Saint-Yves, bois : 410 fr. — Flottille de barques de péche à Concarneau, bois : 435 fr. — Les autres 90 numéros, toiles ou bois de 40 sur 60 centimètres, ont été vendus de 200 à 400 francs. — Produit total : 24,550 francs.
Avant de quitter l'Hôtel, relevé quelques prix de la liquidation du magasin d'Antoine Fournier que dirigent MM. Chevallier et Gandouin : une Baigneuse en biscuit d'après Falconnet, Sèvres excellent, 1,350 francs; une assiette pâte tendre, 340 francs. (Pas à la portée de toutes les bourses, le service complet.) Dans les porcelaines du Japon, deux potiches ventrues, rutilantes, rouge et or, 1,055 francs. Quatre autres de la Chine, les unes, décorées de rochers, fleurs et fonghoang, 750 francs; les autres, du Kien-Long, fond rose, 615 francs. Ce n’est pas de la hausse, mais ce n'est pas de la baisse non plus.
Mardi 9. — La presse est remplie d’indiscrétions à propos du Mozart de M. de Munkacsy. En dire un mot discret dans ma prochaine chronique. Surtout pas de lyrisme. On dirait que c'est de la réclame. Le grand artiste n’en a nul besoin. Ni moi non plus.
Le bruit court, au concert de la Patti, que M. Pillaut, érudit et musicien distingué, va remplacer à « son cher musée du Conservatoire » mon pauvre et vieil ami Gustave Chouquet, mort d'une laryngite. Un aimable homme et un collectionneur passionné de moins. Il laisse une istoire de la musique et une précieuse encyclopédie des instruments.
Des vides, beaucoup de vides dans la salle. La diva ne vieillit pas. Sa voix non plus. Ses programmes non plus ne changent pas. Je préférerais le contraire. Trop connus /! Baccio et la romance de M"° de Rothschild. Quant aux autres compositeurs inscrits au programme, quelques-uns inconnus dans mon quartier. Paris est si grand!
Minuit. Feuilleté, avant de m'endormir, le coquet volume d'Alfred Stevens. « L'homme est un roseau pensant. » Stevens, lui, utilise le roseau des deux bouts.
Il le taille en plume d'un côté, il emmanche un pinceau de l'autre. Un eumulard d'esprit et de talent, ce d'Artagnan de la brosse. Noté, au ceayon, les réflexions suivantes :
Il faut être de son temps, subir l'influence du soleil et du pays où l’on vit et de son éducation première.
Toute une esthétique en deux lignes. En une phrase le programme de l'art contemporain. Un début très crâne. Il empêchera seulement bien des gens de tourner le bouton de la porte. La réunion sera plus choisie. — Les gens bécarres diraient : select. — Tant mieux.
L'art est fait pour les délicats et passe par-dessus la tête du vulgaire ; sans cela, ce ne serait plus l'art.
Sévère, mais terriblement juste.
Il est plus difficile de mettre de l'air dans un intérieur que de faire du plein air.
En latin, cela s'appelle plaider pro domu suu.
Qu'eût dit le public si, sous le règne de Louis-Philippe, on lui avait prédit que cinquante ans plus tard on élèverait une statue à Delacroix et qu'on se souviendrait à peine de Delaroche ?
La belle demande ! Le public aurait lapidé le prophète. Delaroche serait resté pour lui un Titan et Delacroix aurait été considéré comme indigne de lui broyer ses couleurs.
Géricault, avec une seule figure, raconte toute l’armée du premier Empire.
Très forte, avec son air modeste, cette remarque.
En peinture, on peut se passer du sujet. Un tableau ne doit pas avoir besoin d'une notice,
D'accord. A huit jours d'intervalle, nous nous sommes rencontrés. Voir dernier chapitre ; envoi Besnard au cercle Volney.
Il est toujours dangereux de faire un portrait pour rien, car celui qui a posé ne le défend jamais lorsqu'on le critique.
Voilà le philosophe qui parle. Est-ce par expérience? Est-ce par déduction ?
C'est un crime de faire gratter Notre-Dame. C'est un bienfait de faire nettoyer Notre-Dame-de-Lorette. Cela prouve qu'il ne faut pas faire rafraichir les chefs-d'œuvre et que décidément le temps est un grand maître.
Renvoyé à l'examen du cénacle du quinzième siècle. Prière de nommer un rapporteur. Ed. Bonaffé broderait là-dessus de bien curieuses variations.
Au tour de l'humoristle :
Les mouches ne se gênent pas sur la mauvaise peinture ; elles respectent la bonne. Mystère!
S'y connaitraient-elles mieux que le gros public passablement malmené dans ces /mpressions sur la peinture ? Mystère et discrétion.
Une sentence à faire inscrire en lettres d'or sur le fronton du ministère des beaux-arts :
On ne doit pas trop encourager l'art de la peinture. Il faudrait plutôt faire le contraire.
Nous aurions ainsi moins de peinture et plus de peintres. J'ai aussi écrit cela dans l’un de mes dermiers volumes. Livre V, chapitre v.
Conclusion avant de souffler ma bougie: l'État devrait rendre obligatoire pour les élèves de l'École des beaux-arts la lecture de ce spirituel petit bréviaire.
Mercredi 10. — L'écho est devenu un son, le son un bruit, le bruit un tapage infernal. Toutes les gazettes annoncent que l'auteur du Christ devant Pilate va faire Jouer le Æequiem de Mozart derrière son tableau. M. de Munkacsy est désolé. On raconte partout à l'avance la fête qu'il donnera demain. Voilà des reporters informés ! — Qu'on les décore!
A l'Hôtel, vente de la collection de M. Meynard.
Aimez-vous l'aquarelle, on en à mis partout.
Eugène Lamy fur ever. Trente-deux aquarelles pour une illustration inédite de Molière adjugées 14,200 fr., à M. Hottinguer. Cinq pour Marion Delorme, 2,150 fr. Les quatorze pour Gil Blas vendues 5,500 francs, à M. Olry. M. G. de Rothschild préfère M. Jacquet à M. Lamy. Affaire de goût. Il paye 2,700 francs six petites aquarelles de pages et de jeunes filles réunies dans un même cadre.
Jeudi 14. — C'est le grand jour. M. de Munkacsy, qui à en horreur la publicité, s'arrache les cheveux de désespoir. Il n'a que deux cents places, et il a reçu plus de mille demandes d'invitation pour sa soirée. Sans colère, mais sans faiblesse, il les a toutes refusées. Nombreuses descriptions du tableau. Mozart mourant, le visage envahi par la pàleur, se soulève de son fauteuil, tandis que des musiciens exécutent
son œuvre au clavecin et que dans la pénombre pleurent les siens. En somme, une page puissante et dramatique.
Reçu une convocation des Incohérents. Hs préparent un bal monstre pour le 31 mars, « en l'honneur de la gaieté et de l'esprit français », et ils demandent une bonne idée. Encore plus rare qu'un Rembrandt authentique, une bonne idée! Quand, par hasard, jen ai une, Je la garde pour moi. Tant pis pour Jules Lévy et les Arts Incohérents, je n'irai pas à sa réunion.
Les morts vont vite. Pauvre Baudry! on parle déjà de son remplaçant sous la coupole du quai Conti. Jules Breton, Henner, Laurens, Lefèvre, Moreau, Puvis de Chavannes. A qui la pomme? À qui la palme, plutôt? M. Puvis de Chavannes remplaçant Baudry au conseil de l'École des beaux-arts annonce qu'il ne se présentera pas. Sans beaucoup d'espoir, je vote pour M. Mathurin Moreau. Mon candidat paraîtra trop Jeune pour ceindre l'épée à poignée de nacre. M. Jules Lefebvre décrochera sûrement la timbale,
Les enchères marchent grand train à la vente de la bibliothèque de M. E. Colin : un Béranger de 1847 avec la suite des figures dessinées par Grandville, Charlet, Lemud, Johannot se vend 1,606 franes; les cinq années de la Caricature de Philippon seulement 999 francs, personne n'ayant voulu dire le mot si cher aux crieurs. Les poésies de François Coppée avec eaux-fortes, dessins et gravures de Boilvin, 380 francs. Une Aistoire de Napoleon par Norvins sur papier de Chine provenant de la bibliothèque de San Donato, 41,053 fr. Notre-Dame de Paris, exemplaire de l'édition originale reliée sur brochure par Cuzin, 1,500 fr. Journal de l'£xposition des Portes de fer, dessins de Raffet, exemplaire du due d'Orléans, 2,651 fr. M. Paul Galimard, un bibliophile amoureux des romantiques,
paye 1,000 francs les français peints par eux-mêmes. Édition donnée par Curmer à son avoué. Sous certaines planches de Gavarni, des légendes écrites à la main par l'artiste. Pièce exceptionnelle.
10 heures du soir. — Salle comble avenue de Villiers, dans le somptueux hôtel de M. de Munkacsy. Légère critique de détail : les cheminées en pierre du château de Blois sont représentées en bois. On refuse du monde. C'est plus que le maximum. Avant le Éequiem, le lustre s'éteint, et le tableau resplendit de lumière. L'orgue prélude. Le chœur attaque l'hymne sacrée. Par une illusion d'optique, tous les personnages du tableau semblent chanter. Succès formidable. Enthousiasme indescriptible. Dans son émotion, l’un de mes confrères se trompe et proclame M. de Munkacsy un grand musicien.
Musique sur toute la ligne. C'est décidément la mode. À l’autre extrémité de Paris, rue Bellechasse, chez M. Alphonse Daudet, ce sont les {ziganes qui opèrent. Un joli mot dit sur eux par M. Leconte de Lisle, l'académicien de l'après-midi : — Étonnants, ces tziganes! il ne leur manque que la parole.
Très grosse nouvelle : sur les instances de ses intimes du dimanche, M. Edmond de Goncourt annonce dans la presse qu'il renonce à la publication d'outretombe de ses mémoires. Ils vont paraitre au mois d'août avec quelques coupures. Quatre volumes en deux séries. Un délicat régal littéraire sur la planche.
Vendredi 12. — Réfléchi cette nuit à la soirée Munkacsy. Être enthousiaste paraîtrait vouloir envoyer un remerciement dicté par la politesse. Rester froid serait d'un esprit chagrin que rien ne saurait contenter. Jamais je n'ai mieux compris l'âne métaphysique de
Buridan. Pour en sortir, m'étendre sur Le tableau, qui est bien.
Un ami m'apprend la mort de Desbarolles, sorcier rêveur, mais sincère. Cagliostro multiplié par Lavater. Ce pauvre devin est parti à quatre-vingt-cinq ans en pleine lucidité d'esprit! Il avait encore réglé le duel de Didier et de Saverny dans Marion Delorme à la Porte-Saint-Martin. Type sympathique au suprême degré. Un des rares romantiques. Serrez les rangs, encore un vide!
On raconte chez X... que M. Le Barbier de Tinan, le collectionneur macabre, resté bibliophile par le cuir, a fait, il y a quelque temps, une véritable conquête. Il a acheté un prix fou à Ch. Stein une boîte ronde en cuir, italienne, œuvre d'un grand gainier du quinzième siècle. Il y a assez longtemps qu'il la filait, cette merveille, depuis la vente Castellani! Les petits camarades envient son bonheur.
Samedi 13. — Ouverture de l'exposition des femmes peintres, cinquième tentative de M® Berthaux, une vaillante qui fait de la bonne sculpture. Très remarquée une petite tête d'enfant, sa fille Marianne, sculptée par M Clovis Hugues. Ouvre digne du Salon. Envoyé au l'emps une très courte nomenclature des meilleurs morceaux, — mais le reste? S'abstenir. La critique est aisée, mesdames, et l’art est difficile. Aussi soyons galants, n'abusons pas de nos avantages.
Trouvé, en rentrant diner, le dernier fascicule de l'album du Chat-Noir. I retarde un tantinet, mon fulgurant voisin. Plus romantique qu'intransigeant, quoi qu'il en dise. En tout cas, béaucoup de talent Jeune, original et primesautier sous cette blague empanachée. Très brillant état-major : Rivière, le Rollinat du crayon; Pille, un Hollandais des Batignolles ;
Caran-d'Ache, un Detaille gai; Willette, un Puvis de Chavannes incohérent; Mery, un Giacomelli de mansarde et un Lambert fantastique. J'en passe et des meilleurs pour arriver à Henri Sommi, l’aquafortiste, le Houssaye de la Parisienne. Auteur d'une scie d'atelier qui se chante en chœur aux vendredis du cabaret célèbre :
Un escalier qui n'aurait pas de marches Ne serait pas du tout un escalier.
Dimanche 14. — Jour de calme et de repos. J'en profiterai pour lire l'éloquente et colorée préface de M. de Goncourt, qui ouvre le catalogue de la collection Sichel, formée en grande partie de rarissimes épreuves des bronzes de Barye. Un puissant fouilleur de métal et de marbre, ce sculpteur incomparable. — « S'il était Anglais, a dit Herbert, on verrait ses statues sur toutes les places de Londres. »
Jamais Barye n'a été mieux analysé. Jugez-en par ce coup de ciseau dans la prose de Goncourt :
« Le Maitre, en ces œuvres qui n'ont souvent que le format d'un presse-papier, montre la passivité sereine des éléphants, l'intelligence espiègle des jeunes chiens, les fureurs cabriolantes des taureaux, les effarements peureux des lièvres, la mélancolie des biches couchées, le cou paresseusement allongé à terre! Oh! la robuste et puissante créature! le surprenant bestiaire que ce petit monde de bronze pouvant tenir sur des étagères! »
Avec des descriptions ciselées de la sorte, les expositions deviendraient inutiles.
Lundi 15. — M. Sedelmeyer m'invite à aller voir, dans sa galerie de la rue La Rochefoucauld, le Hozart mourant de M. de Munkacsy, qu'il a acheté. C'est un
service de seconde réservé à la critique. À quoi bon ? Tout a été dit sur ce tableau qui va voyager. Ne vaudrait-il pas mieux le réserver pour le prochain Salon ? Dans l'intérêt de M. Sedelmeyer j'irai le lui dire au- Jourd' hui. à
Nouvelle exposition de Zlane et Noir, décidée pour le mois de mars. Cette fois l'aquarelle fraternisera avec le crayon et le burin.
Paris en détail à l'hôtel Drouot. Une série de jolies esquisses enlevées de verve : Montmartre, l'Odéon, les boulevards extérieurs, la place Clichy, le Carrousel, le pont Notre-Dame. Toutes ces toiles étincelantes de soleil ou embuées de brouillard, bien vivantes, bien personnelles, sont signées Lotis Dumoulin. Peinture claire, coloration fine, observation juste, impressionnisme aimable, mais petites enchères probablement (1).
Chez Bernheim jeune, rue Laflitte, exposition avant le départ pour l'Hôtel des vues de Venise d’'Amédée Rosier. Tual ne doute pas du succès. Je le veux bien. Un tableau représentant des barques sortant du bord de Choggia m'arrête un instant (2); c'est bien, mais trop de Laqune, de Piazetta, de Grand Canal, de Saint- Georges majeur et de Santa Maria della Salute. Mes yeux se fatiguent, je fuis.
Dans la préface d’une vente peu importante, une fin très heureusement trouvée (Georges Duval inventavit), « les collections ont leur automne et l'heure arrive où fatalement elles se dispersent, mais, comme la nature,
(1) En effet les quatre tableaux vendus le plus cher ont obtenu : Le port de Rouen, häut. 92 cent., larg. 1m,30 : 370 fr. — La place de la Bastille, haut. 64 cent., larg. 1®,02 : 300 fr. — Auteuil. Point du Jour, haut. 67 cent., larg. 95 : 235 fr. — A la barrière, haut. 67 cent., larg. 95 : 230 fr.
(2) Ce tableau, exposé au Salon de 1885, a été vendu 680 francs. C'est le prix le plus élevé de cette vente. Les autres toiles se sont placées de 100 à 350 francs.
l'art recommence toujours, c'est pourquoi il porte avec lui une éternelle consolation. »
Ch.-L. Chassin m'envoie un projet du centenaire de 4789 qu'il a présenté à M. Édouard Lockroy. Il veut, pour l'Exposition de 1889, créer un musée et une bibliothèque de la Révolution française. Sur le fronton se lirait la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Tout autour, en statues, bustes et médaillons, seraient évoqués les grands hommes. Quatre voies conduiraient au monument : l'avenue de l'Aumanité, l'avenue de la france, l'avenue des Vations et l'avenue du Zravail. Ce serait une manifestation grandiose du large mouvement inauguré par le serment du Jeu de Paume. Le ministre, premier élu de Paris et petit-fils d'un conventionnel, a déclaré que ce projet lui inspirait la sympathie la plus profonde. Mais l'Exposition se fera-t-elle ? Ne pas oublier de mettre MM. le pasteur Dide, Étienne Charavay, Victorien Sardou et Jules Claretie de cette commission. Ils ont recueilli de précieuses curiosités, livres, gravures et médailles, sur la grande épopée.
Mardi matin 16. — Lu avec étonnement le rapport de l’Académie sur les envois de Rome de cette année. Littérature instructive. L'élève Doucet, de quatrième année, est tancé d'importance. On le menace d'un terrible pensum : vingt torses sans exemption. Qu'at-il donc fait? Un Harem. Fi! des femmes sans pudeur. Pas de pitié non plus pour les élèves Pournier, Popelin et Baschet: faiblesse de dessin, pauvreté des lignes, ombres trop bleues, affectation archaïque du Style florentin. L'Académie ne leur mâche pas les mots. Quels enfants terribles ces pensionnaires de la villa Médicis! Classiques avant le prix, émancipés après |
Compulser les rapports de l'époque à la Bibliothèque, pour examiner si des reproches semblables n'ont pas été adressés à Regnault et à Carpeaux. Chercher, par la même occasion, si certains peintres, complètement oubliés aujourd'hui, n'ont pas été encouragés pour des envois fort médiocres. Constater enfin si.
— Monsieur, on vient du journal chercher la copie.
— Diable! Je n'ai pas eu le temps de faire ma chronique. Je vais déchirer les feuilles de mon carnet, sans rien y changer. Pour aujourd'hui pas de transition, pas de période, pas d’épithète, pas de prose bien peignée. C’est ma vie vécue pendant huit jours que je vais offrir à mes lecteurs. Adieu vat ! comme disent les marins en quittant la terre. Pourvu que je n'aie pas trop parlé du Æcquiem.