‹ L'Hôtel Drouot en (volume 4)Chapitre 15 sur 122 · X VII · texte numérisé non relu

X VII

Protestation des architectes. — Patlentez les peintres. — La taxe de 33 p. 100 en Amérique. — Enquête à New-York. — L'école de Barbizon. — Auguste Sichel. — Grands prix des bronzes de Barye. — Le C couronné. — Roentgen, ébéniste méchanicien. — Les Lavandières, de Boucher. — M. Ravaisson. — Les surmoulés du Trocadéro.

3 mars.

Il ne manquait plus que cela.

Pendant longtemps le baromètre à marqué le beau fixe pour les peintres. Il est à tempête aujourd'hui : M. Turquet propose de leur imposer une patente.

Si elle n'est pas d’une application bien facile, l'idée au fond ne manque peut-être ni de justesse ni de justice.

Pourquoi donc les architectes payent-ils un impôt comme le premier épicier venu, lorsque leurs camarades du pinceau, de l'ébauchoir et du burin ignorent les couleurs variées, mais désagréables, des Avertissements dont le fisc accable sa clientèle ?

Ce sont cependant, eux aussi, des artistes. Ils travaillent côte à côte à l'École des beaux-arts. Ils concourent aux Grands Prix de Rome. Ils vont consciencieusement utiliser ou perdre leur temps pendant quatre ans à la villa Médicis, et ils exposent ensuite aux Salons annuels, dans des salles, il est vrai, complètement désertes. — Ne font-ils pas ainsi de l’art pur tout comme les autres?

Que veut-on de plus ? Pourquoi ces infortunés sont-ils forcés d'entrer chez le percepteur, tandis que leurs heureux confrères dans le sein d’Apollon passent fièrement, les mains dans les poches, devant son bureau?

Criante injustice ! me disait dernièrement l’un des aimables successeurs d'Ictinus, et il me semblait qu'il n'avait pas tout à fait tort.

Grèce aux expositions mensuelles, annuelles, triennales et universelles, les peintres ont la chance de se faire connaître en un jour, d'arriver à la fortune en quelques mois, à la gloire en quelques années et d'être décorés au troisième envoi aux Champs-Élysées, tandis que ces pauvres diables d'architectes, eussent-ils autant de talent que Viollet-le-Duc et Vaudremer, mangent le plus souvent de la vache enragée, tant que ne leur arrive pas « d'un riche particulier », comme on dit dans les programmes de concours, la commande d'un somptueux hôtel ou d’un fastüueux château.

C'est égal, nos amis les peintres ne sont pas contents. Ils se défendent tant qu'ils peuvent du coup qui les menace et je ne saurais les en blämer. Ajoutez à cela qu'elleestencorebéante la blessure faite en pleincœur par les Yankees. Oh! cetimpôt de trente pour cent advalorem établi depuis trois ans, quel coup droit et profond !

Être traités comme des marchands de toiles d'emballage en France. Voir ses œuvres assimilées au bœuf fumé en Amérique, tandis que dans tout l'univers les productions de l'esprit sont affranchies de tout droit! Franchement, reconnaissez-le, c’est dur, et n'avais-je pas raison de dire en commencant que le vent soufflait décidément en tempête sur les peintres?

Elle est, du reste, fort grave, cette question américaine, On ne peut le dissimuler, et le temps n’en a pas encore atténué l’acuité.

J'ai voulu me renseigner auprès de quelques peintres francais, tels que MM. Oudinot et Constant Mayer, qui sont installés définitivement là-bas.

Des lettres que j'ai recues et des documents que j'ai réunis, il résulte, avant tout, que le malencontreux et trop fameux impôt sur les œuvres d'art sera certainement, un jour ou l'autre, si ce n'est supprimé, du moins très amoindri.

Par malheur, nos artistes ne retrouveront plus au nouveau monde, je le crains, les débouchés importants d'autrefois. Car soyez persuadés que, le jour, fort éloigné heureusement, où les Américains croiront leurs artistes capables de lutter avec les étrangers, ils s'adresseront à eux de préférence. Cest une erreur de croire qu'ils possèdent l'indifférence sceptique que nous leur supposons. Ils sont au contraire beaucoup plus chauvins que nous, 1ls pratiquent le vieil adage que les nations ne se doivent pas de reconnaissance et qu'il n'y a entre elles que des intérêts. En effet les deux ou trois peintres quise sont fait un nom à Paris, à l’aide des conseils et du contact de nos maitres, que nous avons traités en enfants du pays dans les écoles de l'État et à qui nous avons distribué des médailles et des récompenses largement à nos Salons annuels, sont déjà très appréciés et très recherchés dans leur patrie.

Actuellement, il n'y a pas d'école américaine proprement dite. On rencontre là-bas des imitateurs français et des imitateurs allemands, mais, à part quelques paysagistes qui n'ont jamais quitté leur pays et qui ne manquent pas de talent, je ne vois, dans les renseignements qu'on m'envoie, aucun peinire possédant une personnalité et une originalité de nature à préparer la création d'un art national.

En somme, les toiles francaises continuent à garder

la vogue, sans conteste. L'école dite de Barbizon, avec Corot, Diaz, Millet et Rousseau, reste toujours fort estimée, quoi qu'on en ait dit, des grands amateurs qui ont une influence prépondérante sur le- marché.

Toutefois, les transactions ont subi un ralentissement sensible. La question des faux tableaux n'est pas étrangère à ce malaise. Elle a jeté dans les esprits le doute et l'indécision. Les collectionneurs éclairés, les vrais connaisseurs, sont encore plus rares au delà de l'Atlantique qu'en France. En général, un maître n'est estimé en Amérique que d'après le prix courant de ses œuvres, d'après sa réputation, d’après ses titres et ses récompenses. Sa valeur réelle entre pour bien peu de chose dans son succès. Rien d'étonnant, par conséquent, que des fraudes aient jeté un désarroi terrible parmi certains acheteurs qui payent uniquement la signature.

En outre, l'engouement et la fièvre paraissent un peu calmés depuis que certains tableaux de maitres secondaires, il est vrai, n'ont pas trouvé d’acquéreurs à des prix non seulement égaux à ceux des premières ventes publiques, mais même similaires à ceux pratiqués à notre hôte] Drouot.

Cependant on prévoit un grand mouvement de reprise pour la vente Morgan qui aura lieu à New-York en mars prochain, le catalogue est un véritable livre d'or de notre art contemporain. Il comprend onze Millet, seize Diaz, trois Delacroix, trois Henner, sept Rousseau, huit Corot, trois Jules Breton, cinq Jules Dupré, trois Fromentin, trois Meissonier, six Troyon, trois Rosa Bonheur, trois Gérôme.

Un pareil événement va révolutionner l'ancien et le nouveau monde et mettre en mouvement autant de capitaux que pour l'émission d’une grande compagnie de chemins de fer.

Une vente moins retentissante, mais dont le succès m'inspire autant de confiance, c’est celle de M. Sichel, qui à lieu depuis samedi devant un public d'élite. Elle a commencé par une série de bronzes de Barye, parmi lesquels un Jaguar dévorant un lièvre, groupe d'une belle patine verte, est monté en quelques instants à 9,400 francs. Il est vrai qu'il s'agissait d'une belle épreuve ancienne, d'une dimension rare, d'un mètre de longueur sur 41 centimètres. Ilavaitété payé 2,900 francs en 1876. Comme d’autres de ces bronzes il avait figuré à la vente après décès de l'artiste. Il est assez curieux du reste, de comparer les prix obtenus en 1876, et ceux qui viennent d'être pratiqués. Lion assis, 2,120 fr.; en 1876, 220 fr. Lion avec serpent, 2,880 fr.; en 1876, 120 fr. Z'léphant écrasant un tigre, 1,700 fr. ; en 1876, 230 fr. Lion qui marche 1,900 fr. ; en 1876, 300 fr. Z'igre qui marche, 2,200 fr. Cette épreuve venait de la collection de M"° de Balzac. En 1876, elle avait été payée 925 fr. et à la même époque les modèles de ces deux bronzes avaient été vendus l’un 1,800 fr., l’autre 2,350 fr.

A citer encore : Zigre dévorant une gazelle, 1,050 fr. ; en 1876, 141 fr. Z'aureau lerrassé par un ours, 2,400 fr. Épreuve numérotée. T'hésée combattant le minotaure, 3,900 fr. ; en 1876, 90 fr. Amazone en costume de 1 830 : 1,050 fr. ; en 1876, 220 francs.

On dit que la plus grande partie des acquisitions qui précèdent ont été faites pour compte américain. Déjà à Baltimore M. Walters, un homme d’un goût personnel et brave, a dit Edmond de Goncourt, a ouvert chez lui un musée spécial en l'honneur de Barye.

Voici en outre quelques prix intéressants à conserver pour l'œuvre complet du grand animalier : Cheval demisang, 300 fr. Cheval turc, 460 fr. Ours assis, 450 fr. Panthère de Tunis, 560 fr. Chat assis, 200 fr. F'aisan,

260 fr. £pagneul en arrét sur un lapin, 600 fr. Gazelle debout, 140 fr. Bouquetin, 180 fr. Lion de la colonne de juillet, T85 fr. Cigogne sur une tortue, 155 fr. Aigle tenant un chamoïis, 200 fr. ;

Une des deux seules épreuves connues "1 la médaille exécutée en 1819 par Barye pour le concours annuel du prix de Rome à l’École des Beaux-Arts : Milon de Crotone dévoré par un lion, a été vendue 240 francs.

Sympathique figure, celle du galant homme qui faisait cette vente dont le total s’est élevé à 64,140 francs. Aux prises avec une maladie grave et cruelle, il était forcé par les circonstances de se défaire d'objets d'art qu'il avait réunis en amateur affiné plutôt qu'en brocanteur bien avisé.

M. Auguste Sichel fut longtemps employé chez M. Joseph Halphen, le joaillier. Très intelligent, très doué, très artiste, 11 sentit, pendant ses voyages en Espagne, en Égypte eten Turquie, naître peu à peu en lui le goût du bibelot. Il se mit à collectionner avec passion, et vers 1865 il quitta sa première profession pour s'installer comme marchand de curiosités. [Il commenca d'abord par réunir des objets de l'extrême Orient. Puis, agrandissant le cercle de ses recherches, il s’attaqua au dix-huilième siècle dont 1l possède surtout de merveilleux meubles.

Il y a quelques années, pour des raisons tout à fait privées, M. Sichel abandonna à son père et à ses deux frères, qu'il avait jadis appelés auprès de lui, sa maison de la rue Pigalle, et s'installa rue de Clichy. L'appartement, arrangé avec un goût extrême, est trop connu des collectionneurs et du tout-Paris bibelotier pour en essayer la description. C'est là que venaient fureter et causer avec le maitre de la maison les intimes, dont les

principaux étaient MM. Jourde, de Goncourt, Havard, Ludovic Halévy et Mayrargue.

M. Sichel, qu'on rencontrait fréquemment aux premières, se tenait au courant du mouvement intellectuel de Paris. D'une délicatesse extrême, d’une droiture rigoureuse, il comprenait les transactions d'une facon toute spéciale, malheureusement exceptionnelle par le temps qui court. Il n’entendait rien aux trafics louches, aux basses concessions, aux honteux tripotages ; aussi les pièces sortant de chez lui étaient-elles d'une authenticitéabsolue et réellement de choix.

Voici, portant le premier numéro de cecalalogue, dont les numéros se sont détaillés devant Le public d'élite de M° Chevallier et de Charles Mannheim, une superbe commode de la Régence en laque noire dont les cuivres très mouvementés, à la ciselure grasse et large, sont poinconnés du GC couronné. Un indice, mais un indice douteux que ce poincon. Longtemps on a considéré le C couronné comme la signature de Philippe Cafieri; malheureusement, on le rencontre sur des bronzes vulgaires, à peine ébarbés, et, comme le dit avec raison M. Maze Sencier dans son curieux Livre des Collectionneurs, les signatures qui donnent aux bons ouvrages un altrait de plus céssent d’être intéressantes sur des œuvres sans valeur. Vendue 11,600 francs à M. Seligman.

L'ébénisterie du dix-huitième siècle est représentée par deux excellents morceaux : un chiffonnier, signé H.-J. Riesener, en bois satiné et bois de violette avec frise en bronze doré de Gouthière et entrée de serrure au chiffre des Gontaut-Biron, que le musée des arts décoratifs a acheté 8,050 francs; et un régulateur à musique, en bois des iles d'un ton gris, orné de bronzes un peu pâlots qui pourraient bien avoir été trop net-

toyés, ce qui ne diminue en rien leur mérite artistique. Cette gaine fort belle, marquetée comme de la mosaïque, a été exécutée par Roentgen, le célèbre Dawid, qui prenait le titre « d’ébéniste-méchanicien de la reine ». C'est à cet artiste incomparable que Louis XVI paya 80,000 livres un secrétaire destiné à son cabinet. De tout temps, comme on le voit, les belles choses ont coûté cher.

Ce régulateur a étéadjugé 4.055 francs à M. Seligmann.

À signaler aussi : un secrétaire louis-seize en acajou orné de bronzes, vendu 2,900 francs ; un bureau à dos d'âne louis-quinze en ébène et marqueterie de bois de violette, de petite dimension, 2,000 francs ; une adorable petite table à ouvrage décorée de fleurons inscrits dans un damier de bois de couleur. Ses pieds sont si légers: qu'ils semblent jaillir du sol. Des bronzes ravissants, d'une finesse extrème, encadrent ce bijou de grâce, d'exécution, de légèreté, qui mériterait de ravager toutes les épithètes gracieuses du dictionnaire, vendu 2,750 francs.

A citer encore :

Un très beau tapis persan du seizième siècle en velours de soie d’une grande richesse d’ornementation, payé 1,100 francs ; une bouteille arabe en verre incolore décorée en émaux de couleurs; des bronzes japonais de la bonne époque; des laques d’un éclat et d'une finesse incomparables; de belles porcelaines de Chine, famille verte et rose, et deux jolies gouaches : les Lavandières etles Marchandes de fleurs, par le miniaturiste van Blaremberghe, qui ont été adjugées au prix de 4,000 francs.

Par exemple, dussé-je être seul de mon avis, je fais mes réserves pour une pendule louis-seize dont le cadran s'élève entre deux figures en marbre blane : l'Étude et la Méditation, qui ne me plaisent guère. Le

catalogue les attribue à Falconnet. Que l'expert me permette, pour cette fois, d’être en désaccord avec lui. Nous sommes bien loin de l'admirable pendule des Trois Grâces, de M. Double; les draperies seraient plus légères, les bras et les mains mieux modelés, si nous étions en présence du maitre de la grâce et de l'élégance. Quant aux bronzes, je les trouve d’un goût médiocre. Le trophée avec son coq gaulois et la frise où se jouent des amours agitant des sonnettes se retrouvent sur des pendules ordinaires. Je crains bien que M. Sichel n'ait pas retrouvé dans l’adjudication faite à 4,000 francs à M. Steltiner le grand prix qu'il avait jadis payé, dit-on, cette conquête.

Parmi les tableaux, avec deux Debucourt : Une danse champêtre et le Concert après le repas, un portrait d'homme de Toqué, une étude de Fragonard, je ne vois guère que les Lavandières qui soient dignes du souvenir des connaisseurs. C’est une réduction assez fraiche du grand tableau de Boucher qui a fait partie de la collection du baron d'Ivry.

Ah ! le brillant et verveux décorateur, avec son faire spécial et sa couleur bleue, que ce « peintre de la volupté et des grâces »! Comme son paysage de théâtre légèrement brossé encadre à ravir ses villageoises enrubannées, qui ont l'air de marquises travesties. Charme maniéré, convention absurde, extravagante, soit, mais composition aimable qui vous attache et dont l’ensemble vous séduit toujours. Diderot disait que Boucher avait tout, excepté la vérité et 1l le comparait à l’Arioste en poésie.

Pour aimer Boucher, il est indispensable d'étudier jusque dans ses dessous intimes la société blasée du dix-huitième siècle, dont il n’a été, en résumé, qu’un étincelant et inconscient corollaire. Il n’y a d’ailleurs pas fort longtemps que l’auteur de l'Aurore et Céphale

a reconquis la place d'où l'avait arraché une critique injuste. Sous l'influence de la réaction classique, 1l passa tout à coup pour un corrupteur de la jeunesse. On l'accusa d’être responsable de la décadence du goûl et même des mœurs de son époque. Original dans son esprit de dépravation, disait-on, il n'avait aiguisé son crayon et broyé ses couleurs que pour charmer les yeux du vice.

Bien plus, dans un accès de lyrisme pudique, Grault de Saint-Germain s’écriait en 1808 :

Son pinceau bas et trivial a perdu toute espèce d'idée de pudeur et de délicatesse, ses tableaux sont justement tombés dans le galetas de la brocante.

Il devint comme un nouveau bouc chargé des péchés d'Israël, et la réprobation fut si unanime contre celui qui portait à ses toiles

Les caresses de l’art, essence de baisers,

que dans l'intéressante et très complète étude de M. André Michel, sur Boucher, je trouve qu'en 1806 une Vénus sur les eaux, contenant onze figures grandeur nature, était retirée des enchères sans trouver acquéreur. En 1822, à la vente Saint-Victor, un paysage de Boucher était adjugé 22 francs, et le Berger apprenant à jouer de la flite à sa bergère montait péniblement à 41 francs.

On croit rêver en lisant de pareils documents, dont l'authenticité n’est cependant pas contestable.

Les Lavandières se sont vendues toutefois un peu mieux. M° Chevalier, à 4,905 francs, a laissé tomber son marteau. C'est bien bon marché.

Afin d'éviter des sautes d'opinion aussi déplorables

et aussi absurdes, j'estime qu'il est indispensable de laisser constamment sous les yeux du public les manifestations si diverses et parfois si opposées des siècles passés. On arrive ainsi à faire, pour tous, un cours permanent de l'histoire de l’art, et on habitue la foule aux qualités personnelles qui sont inhérentes aux œuvres d'après l’époque où elles ont été faites et suivant le pays qui les a concues. |

Les services incalculables que le Louvre a rendus dans ce sens trouveront un puissant auxiliaire dans le Musée de sculpture comparée créé, il y a quelques années, par Viollet-le-Duc et continué par M. Ravaisson. Tout en éloignant des antiques l'érudit conservateur, le gouvernement a eu le tact de lui laisser achever, au Trocadéro, l'œuvre dont il s'était occupé jusqu'ici avec autant de zèle que d'intelligence.

Comme le remarque avec esprit l’un de nos confrères de la presse artistique, le titre officiel de Musée de sculpture comparée est peut-être d'une vérité discutable : |

Tout au moins pour devenir saisissables à l'œil nu, ces comparaisons entre origines différentes de l'art architectural, à des époques séparées par quelques milliers d'années, demanderaient-elles à être soutenues par quelques spécimens un peu plus nombreux ; ce serait le strict nécessaire. Quant à remplir largement le programme tracé, il faudrait pour cela adjoindre de nombreux exemples empruntés à l'art égyptien, persan, indien, arabe, cambodgien, mexicain, maure, espagnol, russe, flamand, italien, allemand, sans parler du chinois et du japonais. C'est ce qui n'est pas fait encore.

M. Planat a raison absolument.

Néanmoins, cette exposition, quelle que soit son enseigne, renferme une réunion de chefs-d'œuvre incom-

parables dont la plupart sont inconnus et seront, pour bien des gens, une révélation inattendue.

Je l'ai souvent écrit, et je le redis encore, si les principaux spécimens de la statuaire et de la sculpture monumentale de l'antiquité romaine, grecque et même sgyptienne sont populaires, il n’en est pas ainsi pour les œuvres de notre vieille France, dont on ignore quelquefois jusqu'à l'existence. — Ce sont ces œuvres admirablement surmoulées que M. Ravaisson, l’ex-conservateur des antiques au Louvre, a groupées dans une desailes du Trocadéro et que nos jeunes artistes apprendront enfin, je l'espère, à étudier et à admirer.

Le côté {ypique et vraiment novateur de ce musée, c'est l'importance presque prépondérante donnée à la sculpture ornementale et à l'architecture. Cette excellente idée ne saurait être trop vigoureusement encouragée. J'engage fort les organisateurs à étendre davantage encore dans cette voie leur courageuse et remarquable tentative.

Lorsqu'on connaitra les chefs-d'œuvre grandioses des treizième, quatorzième, quinzième siècles dont le musée renferme d'importants fragments, le bon sens national finira par amener une réaction salutaire contre certaines théories aussi radicales que dangereuses. On s'apercevra que les artistes du moyen âge n'étaient pas « si barbares » qu'on voudrait le faire croire et pour ceux-là aussi la justice sonnera, comme elle a sonné pour Boucher et nos gracieux maitres du

siècle dernier.

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