‹ L'Hôtel Drouot en (volume 4)Chapitre 7 sur 122 · LE PRÉFACE · texte numérisé non relu

LE PRÉFACE

Je résolus de le tenter pour ma satisfaction personnelle et je pris le travail comme un problème de lexicologie. J'y employai huit jours. Supposez que vous ayez, mon cher confrère, à composer trois cents dithyrambes de la Transfiguration sans produire une seule fors le méme mot, ainsi que dans un sonnet? Vous ne seriez pas à la noce, dites? Eh bien j'y parvins presque (le cataloque existe, et vous devez l'avoir), oui, jy parvins, et sauf le deux cent quatre-vingt-dix-neuvième tableau pour lequel je ne trouvai d'autre synonyme à chef-d'œuvre que « merveille », mon bourgeois eût été satisfait. « Merveille », qâta tout et, sans l'intervention de Francis Petit, àl ne meüt pas payé ma préface. C'était son droit.

Ce fut d'ailleurs mon chant du cygne au Drouot, et la fameuse salle 8 n'a plus déqusté de ma critique transcendante. Le pauvre Francis Petit mourut, l'Amérique rentra chez elle. À présent c’est elle qui nous envoie des peintres. C’est bien fait. Pourquoi crott-elle aux cataloques ?

Plus tard, comme il me restait un stock considérable de beaux adjectifs sonores et tout neufs dont je ne savais que faire, plusieurs journaux me proposèrent de les écouler chez eux au moment des

salons et des expositions et je fus ainsi amené à prolonger ma critique d'art. C’est sans doute ce qui vous a trompé, mon cher Eudel, sur ma véritable profession. Au bout de dix ou douze Salons, 1 ne fut plus possible de trouver un éloge, une louange, soil une exlase, dans mon sac aux provisions, et je dus me croire vidé. Je l’étais.

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