‹ L'Hôtel Drouot [et la curiosité] en 1881 [jusqu'en 1888]Chapitre 15 sur 21 · RS G. B. T. B · texte numérisé non relu

RS G. B. T. B

ou R«. 0. R. T. B.

ou bien encore AN*, F. D. C.

Au moins faudrait-il mettre à chaque catalogue un index pour que le lecteur puisse saisir la valeur de

L'HOTEL DROUOT EN i88i. «60

chaque lettre ; sans cela, ce sont bien souvent des hiéroglyphes que ces signes impossibles à déchiffrer exactement.

Malheureusement^ MM. Rollin et Feuardent ont une clef — qu'ils gardent pour eux et les leurs ; — quant aux autres, ceux qui ne sont pas initiés,

Odi profànum vulgus et arceo,,.

Telles sont les réflexions que je me suis faites en examinant cette très curieuse et très savante collection qui tient si peu de place et qui exige tant de savoir (1).

C'est un puils de science, ce docteur Colson, un érudit vieilli dans Tétude, l'un des doyens de la numismatique qui, depuis tantôt un demi-siècle, a réuni plusieurs milliers de spécimens de monnaies grecques et romaines, et les types les plus curieux parmi les monnaies françaises.

C'est uû fort des forts parmi les Cohen, les Longpérieret les Saulcy; il a commencé ses cartons à une

(i) Depuis qae ces lignes ont été écrites, et poar ne pas laisser nos lecteurs dans un état cruel de perplexité, nous avons demandé, pour eux, à MM. RoUin et Feuardent, la traduction de ces caractères cabalistiques, afin qu'ils puissent les expliquer aisément, s*il leur tombe sous la main un autre catalogue de numismatique 1

R*. — G. B. — T. B. veut dire quatrième degré de rareté, grand bronze, très beau. ~ On classe ainsi la rareté: L'éciielle est divisée on huit degrés, notés par des numéros; Ri. csi voisin du commun; RS. confine aux pièces presque uniques.

RX. — OR., T. B. s'explique ainsi : Hareté^ degré t or et très beau.

A. V*., P. D. G. — A. V. est ici pour A. U.. auretim^ or, et le chiffre 4 est la quatrième graruleur d'après l'échelle de Mionnet, qui a loo millimètres de diamètre et dix-neuf cercles de différentes grandeurs. F. C. D est l'abrégé de flw,r de coin.

Il y a d'autres signes encore : E. L. Eleclrum; G. R". médai</on en or; A. R". médaillon en argent; M. B. tnoyen bronze; P. B. petit bronze ; Q. quinaire ou troisième grandeur. Les trois mots : médaille, médaillon et quinaire désignent, en termes d'antiquaire, les trois modules différents des monnaies, frappées en or ou en argent, à Rome et dans l'empire remain.

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époque plus difllcile qu'aujourd'hui. La science n'était pas faite encore. I^es erreurs s'accumulaient et les imitations n'étaient pas hardiment démasquées. par les Rollin et Feuardent, la terreur des contrefacteurs.

Il y a de tout dans ee cabinet de médailles, malgré la vente des monnaies royales déjà faite avec un grand succès en février 1868.

D'abord les beaux types grecs de Thrace, de Campanie, de Thessalie, d'Ëpire, de Bithynie, avec la belle médaille de Syracuse en argent, si connue, représentant d'un côté la tété de Proserpine couronnée de roseaux et entourée de dauphins ; de l'autre, un personnage conduisant un quadrige au galop. Au-dessus, vole une Victoire tenant une couronne, A. Rvo. T. B., disent MM. Rollin et Feuardent.

Si je ne craignais pas de passer pour un profane, je souhaiterais, pour m'en faire une belle épingle de cravate, posséder cette belle épreuve A. R»^. T. BI Ce qui veut dire une rareté arrivée à une n^^ puissance.

Arrive ensuite le défilé des Ptolémées d'Egypte, puis les rois de Syrie, les Séieueus, les Démétrius, les Alexandre, les Antiochus : Basileos, Antioxou Philopatros (Antiochus Philopator), comme nous disions, en grec, jadis, en quatrième 1

La série des Consulaires ne laisse rien à désirer pour ceux qui aiment l'histoire romaine. Tout le De mris y passe : les Ménélas, les Csecilia, les Scylia, avec de beaux revers; dans un quadrige, les Dioscures au galop, le fronton du temple de Preneste, Énée emportant Anchise, et des Gladiateurs combattant dans l'arène.

Nous voici à la fin de cette république romaine qui avait civilisé le monde entier.

■ — ^ ^i^—i— I— >rf^— f^»*^^— ^M— iw^p>^p^^^a^— i— M

L'empire apparaît, le Jlaut Empire romain^ comme dit M. Duruy, ie collaborateur de Napoléon III. Le défilé est des plus curieux.

Voici Jides César et Ma/rC" Antoine^ frappés dos à dos.

JSrtUtis a pour revers un bonnet de la liberté entre deux poignards.

Julie, la femme d^Âgrippa, sous les traits de Diane.

CtUigula^ sur une estrade, haranguant les soldats.

Claude, accolé à la statue de TEspérance.

Néron, jouant de la lyre. — entre deux crimes sans doute. 1

Âffrippiney sa mère,. Fulvie, la femme d'Antoine, et Livie, celle d'Auguste.

Puis, tous ces fantoches au sceptre éphémère. Galba, qui règne huit mois, VUellius, deux mois, et Otkon, trois, mois. ironie! ce dernier a pour revers; la^^euriâé, debout.

La décadence marche maintenant à grands pas. Le grand empire romain craque de toutes parts. Nous ne tarderons pas à entrer dans le Bas-Empire et à nous promener dans la boue.

Ils sont curieux, tous ces empereurs et toutes ces impératrices, voulant passer à la postérité avec des emblèmes variés, images de leurs idées, de leurs désirs ou de leurs tendances.

Des artistes habiles ennoblissent les types qu'ils reproduisent. Les légendes du revers de ces médailles ne sont que des flatteries ou les symboles des plus audacieux mensonges. Les faits contredisent cette numismatique comme une ironie. Elles ont toujours, dans tous les temps de despotisme, le même caractère, les vérités officielles.

Fi^us se fait firapper au revers avec une Rome assise sur un bouclier, — Julie, sa fille, avec Vénus.

DomitiuSy avec un esclave germain enchaîné.

Trajan, avec un Dace assis devant un trophée*

Adrien^ avec une Victoire, une Félicité et une Fortune, — rien que cela ! — Sabine, sa femme, avec la Concorde et la Piété. C'est plus modeste.

Antonifij avec une massue et un caducée en sautoir. — FausHne, sa femme, avec la Victoire l'enlevant sur une gloire.

Marc'Aurèle, avec la Clémence, représentée par un bûcher à quatre étages.

FaustiTie, jeune, avec des attributs très variés : ua bûcher oméy Vénus Génitrix, un paon qui plane, la statue de la Santé, ce qui est prudent, et, ce qui ne gâte rien, la Pudeur.

Zuciiis Verus tient à avoir un brasier. Pas très tendre cet empereur, du reste.

Lucille, sa femme, avec Vénus, s'appuyant sur Cupidon, près d'un autel allumé. Très significatif, cet emblème.

Crispine, la femme de Commode, avec la Joie debout.

Septime Sévère., avec le cirque et une galère au milieu ; légende : LatUïa temporum, autrement dit :

Tout à la joie. Pas si sévère que cela, Septime. Caracalla, avec une Diane dans un bige conduit

par des taureaux.

Mais il faut s'arrêter ici, cela nous entraînerait trop

loin.

Que de souvenirs elles évoquent ces monnaies de notre pays. Toute l'histoire de la France est là depuis dix siècles. Que de désastres elles rappellent ! Que de grandeurs elles inscrivent sur leurs faces ! Si elles pouvaient parler ces petites pièces usées, frottées, brisées, en or, en argent ou en cuivre, dire dans combien de

pourpoints ou d'escarcelles elles ont passé, les curieux romans que Ton pourrait écrire sous leur dictée I — Combien ont séjourné des siècles, reléguées dans la terre, cachées dans les murs, enfouies dans des cheminées I — Que de convoitises elles ont soulevées, que de mauvaises actions elles ont pu provoquer. L'or, diton, est une chimère. J*en conviens, mais pour ceux qui a*en ont pas.

Elle est bien complète cette série qui s'ouvre à Tannée 814 et ferme en 1760. Toutes les monnaies sont représentées par les plus beaux échantillons — une oiole de Pépin d'Aquitaine, un denier de Charles le Simple, une piécette d'Eudes, une obole de Louis VII, nne chaise d'or de Philippe le Bel, un gros tournois de Louis X, un aignel d'or de Philippe V, un écu d'or de Philippe de Valois, un gros blanc au lis de Jean le Bon, un franc à pied de Charles V, une florette de Henri \^\ un petit blanc de Charles VII, un écu au soleil de Louis XII, un dimin de François P', un demiteston de Henri II, un sol parisis dé Charles IX, un double sol de Henri III, une pièce de quinze deniers de Louis XIH, un liard de Louis XV I

Et pour finir cette nomenclature déjà longue des médailles du docteur Colson, qui, pendant toute la semaine, se sont dispersées, dans la salle S, sous le marteau de M, Delestre, le commissoire-priseur des érudits, citons toute la série de ces puissants seigneurs de la féodalité, petits roitelets qui avaient droit de haute et de basse justice, faisaient battre monnaie, pendaient haut et court, tenaient le roi de France en échec quand ils ne le retenaient pas prisonnier, comme le duc de Bourgogne avec Louis XI. — Beaucoup sont là ; Jean sans Peur, Thibaut de Champagne, Hugues de Châlons, Charles le Téméraire, Conan-Mériadec, duc de Bretagne, Gui de Saint-Paul, Jean de Flandre, Guillaume l'In-

sensé ; Bertram, évèque de Metz, Enguerrand de Créqui, et toutes ces princesses qui ont leur page dans Thistoire ou dans le roman : Jeanne de Ponthieu, Berthe de Souabe, Éléonore de Vermandois, Marie de Blois et Marguerite de Constantinople.

Il faut bien Tavouer, dans cinq cents ans, avec le système décimal, ce sera un peu plus facile, pour les collectionneurs de Tépoque, de réunir toute la série des monnaies frappées en France en l'an de grâce 1881.

Bien maigre, en somme, le menu de la semaine. L^hôtel ferme peu à peu chacune de ses salles. Etienne Gharavay n*a pas craint cependant de faire lundi sa dernière vente de la saison. Il connaît son public qui lui restera fidèle de près ou de loin : for evert -

Elles sont toujours amusantes ces lettres des ventes d*autographes. Bien des gens s*y montrent en déshabillé, et, comme ils ne posent pas pour la galerie, ils disent des choses qui les peignent sur le vif.

Glanons çà et là quelques citations intéressantes :

Bazaine écrit à un général le IS juin 1862. II demande à aller au Mexique comme général de division : »

J'ai fait la guerre en Espagne de 1S35 à 1839. La langue espagnole m'est familière. Je crois avoir de Texpérience, car j'ai beaucoup guerroyé. Enfin je serais heureux d'être utile à l'empereur.

— Et à lui, car on sait qu*il en revint riche, marié et maréchal.

Sarah Bemhardt écrit sur du papier à entourage violet orné de son chiffre avec sa devise : Q,v4inU même.

David le grand peintre, Tauteur de VErUèvemerU des SoMnes^ trace le programme de la fête du 10 août au

Gbamp-de-Mars, dont il était l'un des promoteurs. Il s'écrie dans un accès de lyrisme :

« Amour dô rhumanité, liberté, égalité, animez mes pinceaux. »

Il indique ensuite la compositioQ du cortège où figurevoQt entre autres les jeunes aveugles, traînés sur un plateau roulant, et les tendres nourrissons de la maison des Enfants-Trouvés, portés dans de blanches bercelonnettes.

On remarquera surtout un char vraiment triomphal qui formera une simple charrue sur laquelle seront assis un vieillard et sa vieille épouse, trainéa par leurs propres enfants.

Exemple touchant de la piété filiale et de la vénération pour la vieillesse ; c'est du pur Romain, comme ses œuvres.

À la fin se trouve cette note caractéristique :

Ne pas oublier que le Ghamp-de-Mars a été prostitué par Tinfàme La Fayette. Imaginer quelques cérémonies pour le purifier.

Mirabeau envoie de Londres, le 30 décembre 1784, à un académicien une lettre où il juge ainsi un ouvrage de Necker :

Quand on sait bien ses quatre règles, qu'on peut conjuguer le verbe avoir et qu'on est laborieux, on est un aigle en finances.

Il dit un peu plus loin dans la même lettre :

Je ne veux pas mourir de faim ici, où Rousseau serait péri de cette triste maladie s'il n^eût eu que ses talents à donner pour hypo-. thèque à son boucher et à son boulanger.

Un curieux document sur les mesures d'ordre prises dans Paris pendant le procès du maréchal Ney. On y voit combien le gouvernement redoutait des troubles

par celle invitation adressée à M. le baron MuffJing^ général prussien, gouverneur de Paris, pendant l'occupation étrangère :

Pour qu'il veuille bien tenir en réserve dans les casernes qu'il lui plaira d'indiquer, et prêts à marcher & la réquisition des autorités françaises^ cinq cents hommes d'infanterie et deux cents de cavalerie.

Très curieux, ce dossier historique !

Thiers refuse en ces termes la candidature qui lui est offerte au 2 mars 1868. Il ne veut pas prendre d'engagements avant de connaître les chances de succès :

« On peut braver un insuccès, mais il ne faut pas qu'il soit ridicule. »

Toujours prudent, le petit père Thiers qui, trois ans plus tard, était président de la République.

Voltaire épanche sa bile avec la Harpe, le 13 novembre 1772.

Notre racaille d'auteurs [sic) est bien grossière et bien violente. Il faut lui apprendre à vivre. J'avais voulu autrefois ménager ces messieurs, mais je vis bientôt qu'il n'y avait d'autre parti à prendre que celui de se moquer d'eux.

Les railleurs n'aiment point à être raillés.

Dirai-je, pour terminer, qu'il est beaucoup question, dans le clan de la curiosité, de deux tapisseries de Boucher, vendues 60,000 francs par un grand marchand à iM. de Camondo, et d'une console servante Louis XVI, en bois de citronnier, avec bronzes dorés superbes, achetée par le même au même pour la petite somme de 40^000 francs.

Vendredi, un buste de Lemoyne, représentant M"® de Pompadour — on la met à toutes les sauces — a été vendu à Thôtel près de 8,000 francs, bien qu'il ne fût pas dans un état irréprochable de conservation.

La vente Double d'un côté, la vente de Ménars de Tautre, produisent leur effet. Nous sommes lancés.

Jadis nous avions les ventes publiques de tulipes en Hollande. — On y faisait des folies. — La Tulipe oragmse date de ce temps-là, sans doute.

Aujourd'hui, c'est l'Angleterre qui se lance de nouveau de ce côté.

Sir John Day, de Tottenham, a vendu sa collection comprenant sept cents orchidées des espèces les plus variées, adjugées pour la somme exorbitante de 40,000 fr.

Une ancienne pousse, montrant une hampe à fleurs et deux jeunes bourgeons de cinq feuilles, faisait battre le cœur de tous les horticulteurs.

4,000 francs cette orchidée I

Allons 1 le monde végétai a, lui aussi, ses fanatiques. — On y recherche la rareté, tout comme ailleurs. Les expositions d'horticulture ne sont-elles pas là pour le démontrer sans cesse?

Une leçon de pronmiciatioD) par Talma. — Résultats de la vente Ambroise Firmin-Dldot» — Les coUectioi^ de Thiersau Louvre. — M^i* Dosne et M. Charles Blanc,

18 juiiieL

Le hasard m'a deraièrement fait lire, dans une collection d'autographes, une lettre du grand Tâlma vendue récemment, des plus curieuses et certainement inédite.

Je me suis empressé de la copier d'abord pour moi, et aujourd'hui je ne puis, pour vous, résister au désir de la publier.

J'espère qu'après l'avoir lue, mes lecteurs me sauront gré de la leur donner tout entière.

Ils verront que la collection d'autographes, qui a du bon, sauve de la destruction bien des renseignements précieux.

Voici en quels termes s'exprime l'acteur qui n'a jamais été surpassé et devant lequel s'inclinent encore aujourd'hui les Got, les Coquelin et les Delaunay — et les maîtres retirés de la maison, Régnier et Louis Monrose.

<r Monsieur,

» Je suis tellement accablé d'affaires et d'études qu'il m'est bien difficile de répondre de suite à toutes les lettres qui me sont adressées et mon arriéré est souvent si volumineux, j'ai sur mon bureau tant de lettres entassées, que je perds courage et ne sais plus à qui répondre et par où commencer ; aussi toutes mes lettres ont-eUes

toujours une série d'excufles pour préambule que pour le i*etai*d de celle-ci vous voudrez bien agréer. Recevez ensuite mes sincères remercîments pour toutes les choses obligeantes que vous voulez bien m'adresser dans votre lettre.

»J'en viens à la prononciation dii mot respect qui fait l'objet du pari dont vous me parlez. La raison que vous avez alléguée en faveur de ma manière de prononcer ce mot dans ce vers,

Sonmis avec respect à sa volonté sainte

est à peu près la même qui me Ta fait adopter. En retrancher le tj dans ce vers, rend la liaison de ce mot avec le suivant sèche et surtout vulgaire, en ce qu'on pourrait paraître ne pas savoir comment ce mot s'écrit. En faire au contraire sentir le t d'une manière légère, rend cette partie du vers moins dure et moins aride; et certes j'aime mieux dire :

Soumis avec respectas sa volonté sainte

que respecassa. Remarquez surtout que le mot avec, qui précède, a la môme terminaison que respec, de sortp que cela ferait de suite avec respec, ce qui ne serait pas très harmonieux; de plus on pourrait encore entendre :

Soumis avec respé qu'k sa volonté sainte.

ce qui ne serait pas français pour l'oreille. Au reste, je ne fais en cela que m'écai^ter d'une règle spéciale pour rentrer dans la règle générale qui veut que la dernière consonne d'un mot s'unisse avec la voyelle qui commence le mot suivant, et par ce moyen je conserve du moins toute la douceur et la pureté des vers de Racine.

» Quant aux mots'Jsraël, Israélite que je prononce à peu près comme s*il y avait un Z au lieu d'un S, il serait possible que cela vînt de ce que je l'ai presque toujours entendu prononcer ainsi, et de l'habitude que j'en ai contractée moi-même. En effet, le voisinage de l'r, qui est une lettre dure et qui suit la syUabe /^, porte naturellement, et à leur insu, beaucoup de personnes à adoucir la syllabe qui précède, à ne faire que l'effleurer : Iz-raël.

» Autrement, le sifflement de YIss, le roulement de l'r, qui vient immédiatement après, se confondent dans le son Issr qui choque véritablement l'oreille par sa dureté. Il y aurait encore une autre raison relative à l'organe qui prononce l'r et 1'* qui militerait en ma faveur, mais trop minutieuse à détailler ici. Il n'en est pas de même des autres mots, comme estime ^ Espagne, etc. Vs est, dans ces mots, suivie d'une lettre ferme, mais non pas rude, et par con-

Béqaentdoit conserver la pronondation naturelle; le goût et l'harmonie veulent donc une exception en faveur du mot Israël. Il y en a dans la langue française de moins réformables que celle-là.

» Au reste, la déclamation ne peut pas toujours s'assujettir aux règles de la grammaire. Elle fait des longues et des brèves, selon les circonstances, de syllabes qui n'ont pas par elles-mêmes aucune quanlité. Il en est de même de la ponctuation. Ce sont des repos dont la passion ne veut pas. Impatiente de la régularité grammaticale, elle s'affranchit des points et des virgules, et ne parle de ne s'arrêter qu'au gré de son désordre. Il doit donc exister pour les vers une prosodie particulière que le goût seul peut indiquer.

» Je crois donc, tout considéré, que vous avez gagné le pari. Il ne m'appartient pas cepondant de juger dans ma propre cause, et les avocats entendus, il faut que vous preniez un tiers pour juge. J'espère que mes explications suffiront pour faire pencher la balance en votre faveur.

» Agréez l'assurance de mes meilleurs sentiments,

Talma. »

Ne serait-ce pas à lire par Got dans son cours de déclamation, afin de montrer aux élèves du Conservatoire ce qu'il faut d'études variées, d'observations intelligentes, de savoir vrai et de travail persévérant pour arriver à devenir un grand artiste dans Tart de bien dire.

Je lui livre ce document, qu'il ne connaissait certainement pas.

Dernier écho des ventes.

La bibliotbèque d'Ambroise Firmin-Didot a donné lieu à quelques belles adjudications.

Le baron James deRothschild s'est payé pour 12,500 fr. le Dialoffue des Créatures, traduit du latin en français, par Colard Mansion.

Le duc d'Aumale a payé 1,100 fr. le manuscrit sur vélin de Flavius Josèphe De bello judaïco, exécuté dans la première moitié du xii^ siècle, à l'abbaye des

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bénédictins de Sainl-Tron, dans le Limbourg belge ; — c'était l'œuvre principale de la vente.

La Bibliothèque nationale a fait de nombreux achats : V Histoire d'Alexandre le Grand, 3,400 fr. ; De excidio Trojœ, de Darès le Phrygien, 2,300 fr.; une chronique des reliques contenues dans le monastère de Saint- Pierre-le-Vif, du bénédictin Geoffroy de Gourion, 1,850 fr.

En somme, cette nouvelle vente a produit un énorme chiffre; mais, une fois déplus, le feuillet d'un manuscrit ne devrait-il pas valoir plus, pour les descendants d'Ambroise Didol, que le papier filigrane, illustré par les vignettes bleues de M. Barré, gravé par M. G. Mauraud, signé et parafé par M. Alfred Mignot, caissier principal de la Banque.

Décidément, l'hôtel Drouot ne les aura pas ; les collections de M. Thiers iront au Louvre.

M^^« Dosne, d'accord avec le ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, a par-devant notaire passé un contrat qui affecte une salle entière à cette galerie, au premier étage, sur la rue de Rivoli.

M. Charles Blanc, un ami delà maison, achève actuellement le catalogue, qui comprend surtout des copies faites à l'aquarelle des tableaux célèbres du Titien, de Raphaël et du Dominicain, des reproductions de bronzes^ antiques, un très grand nombre d'assiettes en vieux sèvres, un buste de Ghiberti, le Mercure en argent de Rude et la maquette de la Madone inachevée, qui se trouve dans la chapelle des Médicis, et que Michel-Ange avait donnée à l'évêque de Florence, Salviati.

A part cette dernière œuvre, rien de bien extraordinaire, comme vous le voyez. M. Thiers aurait pu mieux choisir, lui qui avait été longtemps un curieux, un amateur de gravures, l'ami de M. Mannheim le père, chez lequel il aimait tant venir prendre quelque repos

dans rarrière-boutique de son magasin de la rue de la Paix, à la sortie d'une séance de la Chambre.

Avec sa grande fortune, il aurait dû laisser des merveilles. Il avait traversé le bon temps avec d'autres ressources que celles dont disposait Sauvageot. — Mais

Ne forcez pas votre talent, Vous ne feriez rien avec art.

Les contrefaçons. — Un axiome : tout est faux. — Le rouen de Quimper. — Émaux, bronzes, gravures modernes. — Livres rafistolés. — Tapisseries repeintes. — Vieille toile et peinture neuve. — Argenterie surdécorée. — Le soleil collaborant à la contrefaçon. — Utilité du bois de démolition. — Ressources que présente la cendrée. — Les reproductions honnêtes. — Consulter.

SO août.

ColIecUonneurs, prenez garde à vous ! Les faussaires sont chaque jour plus audacieux. Le mal prend des proportions alarmantes. La contrefaçon monte comme une marée. Cela tente. Il y a trop gros à gagner pour que Tart de la falsification des choses anciennes ne prenne pas des proportions considérables.

N'achetez que ce que vous connaissez bien, et encore demandez des garanties sur facture. Entourez-vous de toutes les précautions imaginables contre la réparation, la restauration et la falsification. Dites-vous que tout est faux, archifaux, cent fois faux, que tout a été étudié, reproduit avec une désespérante perfection, et n'opérez ensuite vos achats qu'avec fa plus grande défiance.

Soyez sceptiques à lendroit des légendes et des séjours séculaires dans lés familles. Ne vous laissez pas aller aux trouvailles dans les chaumières. Le paysan est un complice qui a reçu, en dépôt et pour votre passage, des objets préparés à l'avance.

N*allez jamais dans un galetas pour y trouver le chef-d'œuvre d*un grand maître. Il y a là une scène toute prête. Une famille qui a eu des malheurs et qui est plongée dans une noire misère. On vous amènera devant un Géricault qui a appartenu au général Trois- Étoiles, Tami du peintre, dont on ne se séparera qu'en pleurant. Si vous coupez là-dedans, on dansera un rigodon après votre départ.

Tournez et retournez ces faïences. Elles ovl\ un décor récent sur pâte ancienne. Tout un morceau qui manquait a été habilement remplacé. Voyez : Tendroit réparé jaunit déjà. Flairez-le, il sent l'essence de térébenthine de la peinture qui a remplacé l'émail absent.

Voici du vieux Touen fait à Quimper sur de vieux poncifs retrouvés dans un grenier. Ce vieux chine craquelé, craignez qu'il ne sorte des fours de la rue Béranger. Ce Dieux nevers fêlé a été recolé à la colle céramique qui n'enlève aucunement la sonorité aux pièces (cela est dans le prospectus). Ce saxe a ses deux épées habilement fabriquées ; ce sèvres pâte tendre, avec son rose très rare, est du Napoléon III de la bonne époque. La pâte tendre n'existe plus, et oa en vend plus que jamais. A moins d'être bien fort vous ne reconnaîtrez pas le travail d'un trompeur d'élite qui, sur une pièce de reàut, sur une pâte tendre de Tournai d'un vilain blanc bleuâtre, ou sur un produit de la fabrique de Miriton, a imité patiemment le faire habile des anciens décorateurs.

Ce palissy modelé à Balignblles, ces amphores roumaines, ces médaillons et ces terres cuites de Clodion, ont été cassées à dessein et recouvertes adroitement d'une couche de poussière.

Les plus habiles vous diront qu'aigourd'huî, avec le fer malléable, on obtient des objets qui déroutent les plus experts. Moreau, le célèbre serrurier à qui on

montrait récemment une clef du xvin» siècle d'une adorable ciselure, n*a jamais pu se prononcer sur son authenticité. — Quand le premier connaisseur de Paris, celui qui a formé la plus savante et la plus belle collection dans ce genre, hésite sur la ferronnerie^ que voulez-vous que nous fassions, nous qui ne sommes pas dii métier et qui ne nous occupons que d'art?

Surtout ne vous laissez pas aller à acheter ces émaux translucides, — Ils défient cependant l'examen le plus attentif. Ils sont vifs de couleur, ils séduisent par leur transparence. — Eh bien , ils sont faux 1 Dans un an, ils auront perdu toute leur limpidité. Heureusement que le temps est 'presque toujours contre les contrefacteurs !

Ces émaux de Limoges imitant si bien les P. Raymond et les Penicaud, ils ont été faits chez Robillard, un honnête homme ; il les a vendus pour ce qu'ils étaient à des gens peu scrupuleux qui leur ont donné une patine et les ont revendus comme anciens.

Enlevez la poussière de ces salières émaillées Henri II avec un peu de soin, et vous ferez disparaître une matière qui fait crasse; l'émail nouveau vous apparaîtra dans son éclat moderne. Les habiles pour les émaux contournent les bords des plaques, ébrèchent les coins» font couler de l'acide fluorhydrique pour vert-de-griser le cuivre sous la couverte, d'autres cassent les pieds des aiguières, dites de Penicaud, mais faites chez X..., et remplacent le pied par un bois grossièrement tourné. — C'est navrant I

Écartez ces médailles de Dupré et de Varin, ces deux artistes admirables, ce sont des surmoulés I Refusez ces Jetons, ils sont plus faux que le proverbe, ce sont des gâlvanos. Ces alHns d'or et ces médaillons de Syracuse ont été fondus récemment dans des empreintes {labilement prises. Les faux monnayeurs ont

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plus travaillé pour les coUectioimeurs que pour tromper le Trésor.

Les amateurs de préhistorique, les ferveais de l'époque primitive de la pierre éclatée vous parleront tous des tailleurs de silex moderne qui ont été récem* ment démasqués.

N'achetez pas ces bronzes. Le modèle en est bon certainement. Us ont été faits rue Vieille-du-Temple, dorés au Marais, puis vieillis avec soin pour donner Taspect ancien à cette reproduction. On a rongé à Teau forte certains points où se produit le firottement, afin de laisser voir l^paisseur de la dorure. La ciselure déûe Texamen de la loupe. Elle est hardie comme celle de la Régence, d'une finesse incomparable comme celle du Louis XVI. — Seulement, regardez de près, le grain de^ mattés a la régularité de la roulette, au lieu de rirrégulatité du burin.

Lisez, du reste, VAlmanach des cent mile adresses^ vous verrez, à Tartiele Bronze^ la longue liste des mon^ teurs qui font du vieux neuf.

Allez voir à TExposition permanente des Champs- Elysées les admirables montures du docteur Camus, les bronzes de M""® la comtesse de Biencourt, montés par Dasson, et dites-vous qu'on est de ce côté maintenant arrivé aussi bien que possible.

Gardez-vous surtout des charmautes pendules du xvii^ et du xvm« siècle en bronze doré ou en marqueterie de* Boule. Presque tous les modèles connus ont été édités de nouveau par des hommes d'une honora* bilité indiscutable, les Lesage, les Miallet et les Beurdeley; Chez eux, ils vous vendront les choses pour ce qu'elles scmt ; mais leurs productions circulent. Des gens peu consciencieux les maquillent, les vieillissent et les revendent comme des pièces parfaitement authentiques. Cela se voit tous les jours, (m plutôt cela ne se voit pas.

Si VOUS aimez les instruments de musique, les violons de Técole de Crémone surtout, ne croyez pas aux étiquettes collées sur le fond. Rien n*est facile à faire comme la petite marque de fabrique Antonius StradivarUcs, Cremanensis, facieiat^ anno 1710. La coquille, les tasseaux et les éclisses sont admirablement copiés aujourd'hui. Nicolas jliUpot lui-même y serait quelquefois trompé s'il vivait encore.

Partez vite, après avoir examiné ces gravures. Le tirage a été fait sur du papier moderne passé m jus de tabac pour lui faire prendre la teinte du vieux papier. Gela vous trompera indubitablement plus d'une fois,' bien que vous soyez prévenu. Puis, voyez, elles ont de fausses marges ces gravures; les trous de vers ont été habilement boudbiés. Mettez-les à la lumière, et vous vous apercevrez tout de suite de tous ces défauts. On fait bien aujourd'hui à Taide d'un cache, sur de vieilles planches usées, des tirages sans la lettre^ qui sont lancées dans la circulation sous le titre pompeux ii épreuves avant la lettre.

Les traits qui manquent à ces estampes ont été refaits à la plume, ces eaux*fortes de Rembrandt ne sont que des reproductions photographiques. Vous en doutez? Eh bien, maintenant que vous êtes avisés, vous y serez encore pris plus d'une fois. C'est tellement bien fait ! .

Regardez avec attention ces 7^t^^^, recouverts de maroquin du Levant, polis, ornés de dentelles à l'oiseau. Ils sont charmants, mais ils sont remboîtés dans de vieilles reliures d'almanacbs royaux, comme dans la vente de X. Cela date de loin, n'est-ce pas? — Tenez, feuilletons. — Prenez garde, vous ne vous en apercevrez pas, voilà un feuillet qui manquait et qui a été remplacé à la plume par P. C'est à s'y méprendre. Voici une gravure qui a été remargée. Ce

288 L'HOTEL DROUOT EN 188i.

n*est pas tout, cette édition est une contrefaçon faite en Hollande, les planches ont les figures tournées à Tenvers de celles de l'édition originale.

Ce vieux parchemin recouvre une édition nouvelle, cette feuille n*est pas celle du titre; elle indique la bonne édition et le livre est de la mauvaise. Ce maroquin rouge a été peint en rose pour couvrir les blancs produits par Tusure. Frottez avec votre mouchoir mouillé et regardez. — Ai-je dit vrai ?

Ces Tapisseries sont charmantes. Des cartons de Bérain avec des bordureà de Gillot. Tout cela est bien complet. — Attention! — Voyez, cette bordure, elle a été en partie refaite à Neuilly, les couleurs ravivées ont reparu, grâce à un pinceau adroit. Mouillez un peu le bout de votre doigt! Bien, frottez vivement maintenant. — Regardez, avais-je raison? Votre doigt est coloré comme une palette.

Ces Tableaux sont recouverts de honteux emplâtres qu'on appelle des repeints. Passez de Tesprii-de-vin sur cette signature qui n*est pas dans la pâte, elle coulera comme de Teau. Ces craquelures faites à l'épingle sont l'œuvre d'un truqueur patient et habile. Ces initiales ont été placées fort à propos, dans un coin écarté de la toile, par un monogrammiste habile qui sait parfaitement son métier.

Partez vite après avoir examiné ces toiles de maître qui viennent d'une galerie connue. Elles ont été frottées, lavées à l'eau-forte, astiquées à Tesprit-de- vin. La fleur a disparu, mais le tableau reluit comme la casserole d'une ménagère hollandaise. Cela ne vaut plus rien.

Dans ce portrait, la tête et les mains ont été habilement retouchées par un artiste qui en fait sa spécialité et qui a même ajouté deux personnages dans le fond. Défiez-vous de cet autre tableau, qui est entièrement moderne; seulement on a eu la précaution d'acheter un

tableau ancien avec un vieux châssis. Le tout a été nettoyé et un artiste contemporain a bravement de son pinceau moderne attaqué la toile de jadis à gros grains. Cela s'appelle remettre, non à neuf, mais au vieux.

Un malin a même mis, une fois, derrière toute une série de toiles un cachet de cire rouge armorié pour faire croire à la provenance d'une collection célèbre.

Voyez-vous, n'achetez des tableaux qu'avec la plus grande réserve. Vous avez lu sans doute les procès récents à ce sujet. On raconte que Corot lui-même faisait des faux Corot et voici comment : — Un jeune artiste venait lui demander des conseils. — Il prenait son pinceau, il C(H*rigeait l'ébauche du débutant, la transformait rapidement. Le jeune rapin laissait faire^ admirait, puis murmurait tout d'un coup : — « maître, je suis pauvre, les cinq lettres de votre nom au bas, dans ce petit coin-là, et je pourrais continuer pendant six mois mes études. » Corot , dit-on,' cédait souvent. — Comme cela peint bien cette nature d'élite bonne jusqu'à la faiblesse I

Méfiez-vous I Prenez dans la main cette argenterie habilement reproduite sur des modèles anciens puisés aux livres des maîtres du siècle dernier, les Germain, les Lalonde, les Bérain, les Forty ou les Masson. Les poinçons de l'orfèvre, du fermier et de la Maison Commune ne sont pas frappés, ils sont venus à la fonte. Ne discutez pas cette vaisselle plate avec le marchand qui n'y connaît rien, du reste, et qui ne s'aperçoit pas lui-même qu'il a payé fort cher une pièce unie sur laquelle on a placé un décor gravé ou ciselé qui n'est pas de la même époque que la pièce. Du Louis XVI décoré Louis XIV, comme l'on dit à l'hôtel Drouot.

Ces autographes sont écrits en style du xvu® siècle sur des feuillets de papier ancien avec de l'encre jaunie. Il y a des gens qui passent leur temps à ce travail dans

les bibliothèques publiques. L'affaire Vrain Lucas l'a bien prouvé.

Ces objets gallo-romains, bracelets, miroirs, fibules et autres, badigeonnés d'acide, ont ver-de-grisé bien longtemps dans un bassin, puis dans la terre, pour prendre la patine verte qui les fait ressembler à de la malachite et dont raffolent les amateurs I

Refusez ces bronzes florentins passés à la fumée et vernis ensuite avant d'être placés sur de petits socles de marbre noir.

DéDez*vous de ces miniatures. Ce sont de fausses grisailles de Sauvage; des Hall et des Augustin de contrebande ; tout est fait et refait. Tenez, en voici une signée de Dumont. Elle a été largement décolletée cette petite femme friponne pour la rendre plus appétissante. Nous avons des miniaturistes habiles qui font du vieux à s'y méprendre. Eu^mêmes s'y trompent au bout d'un certain temps en retrouvant leurs œuvres. « Je crois que c'est de moi, » disait l'un d'eux un jour devant moi.

Ne prouvez pas par ûj + i, à ce marchand naïf, que ses ivoires italiens feuUlés sont jaunis non par le temps, mais par le sirop de Calabre, que ses statuettes du viu"^ siècle ont été rongées par la morsure de la chaux vive, que ses verres de Bohème mouchetés d'or ont été fabriqués en cristal rue du Faubourg-Saint-Denis, que ses velours de &énes ont été tissés récemment à Lyon, exposés au soleil complice inconscient, et vieillis beaucoup plus par la ipain des hommes que par le temps. Ne lui démontrez rien. Vous perdriez votre temps. Il se croit plus fort que vous, et il est trompé plus que vous par les courtiers de la curiosité.

Redoutez surtout les meuiies ! Les anciens co frets de rnariage sont construits avec de vieux panneaux, encadrés dans des moulures modernes. Les crédences sont sculptées dans du bois de démolition rongé parles vers,

L'HOTEL DROUOT EN i88i. «91

les vieux haJmts mouchetés de trous faits par un coup de fusil chargé à la cendrée, les tonheurs-du-jour plaqués en bois de rose sur du sapin vermoulu. Tenez, ce bahut Henri II que vous avez,. par les indications d'un chineur, enlevé d'une étable à la campagne, au fond de la province, était arrivé par le chemin de fer de Paris, quinze jours à Tavance, exprès pour vous. Soyez flatté de cette atteation délicate, et voilà tout.

Toutes les capitales travaillent pour la curiosité. Vienne a la spécialité de la taille du métal de roche .et des ors du xm^ siècle, Florence reproduit les armures du xvi® à s'y méprendre, Londres pétrit les pâtes tendres de Sèvres, Constantinople forge les armes orientales, Madrid damasquine les épées, Aix-la-Chapelle se charge de la vieille vaisselle plate, Berlin s'est réservé la reproduction des poteries romaines, Amsterdam s'occupe du fer ouvré, Rotterdam des porcelaines de la compagnie des Indes ; c'est à Hanovre, enfin, que fleurit l'argenterie gothique.

Consultez pour Paris VAlmanachBottin, l'annuaire de Ris-Paquot, le guide d'Agnus pour les commissionnaires, vous y verrez une longue nomenclature d'adresses : réparateurs d'objets d'art, faïences, biscuits, émaux, laques, terres, grès, verreries, albâtres, marbres et plâtres. Tout y passe. Il y a même les spécialistes. C'est indiqué en toutes lettres : Jardinet s'occupe de raviver les couleurs des tapisseries usées par le temps, Jun« kens des appliques et des chenets Louis XIV, G... reproduit des cloisonnés du Céleste-Empire, Ferdinand Gaiden fait du Lucca délia Robbia, Parvillier réussit très bien les majoliques italiennes, Sanson le sèvres de la bonne époque. Pull copie à s'y méprendre les plats de Bernard Palissy, Lebourg peint admirablement le vieux japon; C... remplace, à s'y tromper, les mor-

ceaux perdus, Grangerfait des armures anciennes pour les théâtres et pour les musées d'artillerie.

Tous travailleurs honnêtes, ils fournissent malheureusement des munitions aux truqueurs qui ne le sont pas. Encore une fois, défiez*vous, regardez bien; si vous doutez un instant, n'achetez pas ou consultez un amateur connu ou un expert attitré : MM. Mannheîm pour les faïences. Ferai pour les tableaux anciens, Petit pour les tableaux modernes, Charavay pour les autographes, Van Heddeghem pour les tapisseries^ le baron Davîllier pour les vases hispano-mauresques, Labitte pour les incunables, Morgand pour les livres et gravures du xvm® siècle, le baron Pichon pour l'argenterie, Recappé pour les bahuts, Durand pour les meubles en bois de rose, André pour les émaux, Chouqùet pour les instruments de musique, Guenot pour les miniatures, Moreau pour la ferronnerie, Gavet pour les faïences à reflets métalliques, Fournier pour le chine, Leroux pour les horloges de la Renaissance, Clément ou Vignères pour les gravures, Miallet pour les bronzes.

Je vous le dis, en vérité, c'est le seul moyen aujourd'hui d'avoir le véritable état civil d'un objet d'art.

Les murs de l'Hôtel des ventes. — Les vieilles affiches. — Les livres des deux Musset. — Le roturier Got. — Jetons et emblèmes. -— Un chapelet de devises galantes.

3)0 septembre.

Pas d'autres ventes que celle de Tata, sur le boulevard des Italiens, aux Nouveautés de Brasseur. Tant * mieux pour elle, mais tant pis pour nous 1

Pour les provinciaux en vacances, cela suffit; mais pour les curieux, c'est bien fade.

L'hôte! Drouot est morne et triste comn^e une ruine du moyen âge.

A Tintérieur, on dirait d'une salle de spectacle déjà vide, au moment où tombe le rideau de fer. Les commissionnaires de service ressemblent à des pompiers faisant leur dernière visite.

A l'extérieur, sur la façade, les placards des beaux jours s'effritent eu petits morceaux ; quelques gros caractères rappellent de loin les grandes émotions de la dernière saison. Sur les murs défilent timidement les petites affiches des liquidations judiciaires qui vous regardent d'un air triste et bête.

Vente aux enchères publiques; vente après décès; vente après faillite; vente après acceptation bénéfi-

ciaire; vente par suite de minorité ou pour cause de disparition !

Pas bien gai tout cela I

Plus lugubres encore les sommaires de ces affiches blafardes, pour ceuxqui cherchent quelque chose d'intéressant à iire en tournant, comme flâneurs artistiques, autour de Thôtel Drouot.

Ces inventaires don'nent froid ; rien pour Timaginàtion ou les yeux : des meubles^ du linge, de la literie, des chaises, de la batterie de cuisine, — voire même des pianos. Trop de naturalisme. Fuyons vite 1

Cependant les ventes pointent déjà à Thorizon.

A tout seigneur tout honneur : ce sont les livres qui vont ouvrir la marche.

Quelques catalogues sont déjà distribués. Les petites brochures avec leurs couvertures jaunes, vertes ou bleues, du libraire Labitte et du commissaire-priseur Maurice Delestre, vont chercher jusque dans leurs repaires les plus éloignés les bibliophiles en vacances et leur font leurs plus doux sourires pour hâter le retour de ces amis.

D'abord, dans quelques jours, la bibliothèque d'Alfred et Paul de Musset.

S'ils ont beaucoup écrit tous les deux, ils paraissent avoir bien peu lu : trois à quatre cents volumes, mais presque tous des souvenirs, avec de précieux envois autographes aux deux frères. Quelques-uns de ces livres sont très curieux.

MM. Ed. Perrin, administrateur général de la Comédie-Française, et Got, doyen de la Société [sic), adressent à Paul de Musset, Tancien feuilletoniste du National^ les Archives de la Comédie-Française, d'après le registre de La Grange.

L'HOTEL DROUOT EN i881. 295

Arthur Arnould fait hommage de ses Nouvelles^ Champfleury de sa Comédie académique, Laurent Pichat de son livre : la Libre parole, Alfred de Vigny de son Othello, avec une charmante dédicace à son ami Alfred de Musset : .

A un poète enchanteur, Un enchanté.

Et cependant, dans ce catalogue, presque rien d'Alfred de Musset ; seulement la première édition de son théâtre, offerte à son frère : le Caprice, joué en 1848, eiLouison, en 1849; le Chandelier y en ISiS ; Bettine, André del Sarto, les Caprices de Marianne, en 1851, et ces deux perles ravissantes : Il faut qv!u7ie porte soit oîùverte ou fermée et II ne faut jurer de rien, représentées en 1848.

Il y a déjà trente ans que ces charmantes choses ont été créées par le plus séduisant des auteurs et par la plus délicieuse des actrices. — Vous en doutiez-vous, amis lecteurs? — Non, n'est-ce pas, parce que Tesprit ne vieillit pas. 11 est éternel comme les médailles bien frappées.

J'ai cherché dans cette bibliothèque qui va se disperser un exemplaire de Lui et Elle répondant à Elle et Lui, Des notes de Paul de Musset sur l'exemplaire de George Sand, voilà qui serait curieux, mais ce qui n'existe pas dans ce catalogue. Il faut se contenter de rectifications curieuses écrites de la main de son frère, en marge de nombreux feuillets de son livre : Études bibliographiques sur Alfred de Musset.

C'est déjà quelque chose.

Puis après, en novembre, dispersion de la bibliothèque d'un travailleur, feu M. Davioud, en son vivant architecte bien connu.

t96 L'HOTEL DROUOT EN 1881.

Que trouver dans ce catalogue?

Evidemment, des livres d*ornement et des œuvres inconnues des architectes les plus connus.

Les Planches de Lepautre ; le Recueil des châtea%uc, de Mariette ; la Manière de dastir, de Le Muet ; les Dix livres de Vitruve ; V Architecture française de J. Marot ; les Œuvres à^ Jacques Androuet du Cerceau.

Le vent est de ce côté. — Cela se vendra cuir et poil, comme dit Tun des bibliophiles les plus connus.

L*un de mes amis qui fouille toujours, comme doit le faire un bon chiffonnier littéraire, achète dernièremeat chez un fripier un lot poudreux de vieilles paperasses.

Que Irouve-t-il ? — hasard 1 parmi ces vieux parchemins, une pièce du temps de la Révolution concernant un certain gendarme nommé Got qui, après une action d*éclat, recevait de ses chefs les félicitations les plus chaleureuses.

. Il envoie immédiatement ce document à Got de la Comédie-Française, le professeur du Conservatoire, récemment décoré, en lui demandant de garder ce document s*il peut avoir quelque intérêt pour lui.

Got lui répond immédiatement cette charmante lettre :

« Monsieur^

>»Je vous remercie beaucoup de TintenUon obligeante qui vous a guidé en m'envoyant le document assez curieux relatif au gendarme Got.

» En effet, comme je suis Breton et de souche bretonne, il est plus que probable que ce brave homme était de ma famille, et c'est un parchemin à ajouter, sans doute, à l'armoriai du nom de Got, qui compte déjà, à ma connaissance, plus de cent cinquante années de bonne roture.

» Veuillez agréer, monsieur, l'expression de mes sentiments les plus distingués.

» E. GoT, de la Comédie-Française, d

Mais je n^apprends rien à personne, Got a autant d'esprit que de talent. Il est, en outre, des plus modestes, ce qui augmente sa valeur. Cette lettre le prouve une fois de plus.

D'où viens-tu, charmante boîte de jeu que, collectionneur heureux, je viens de découvrir, oubliée depuis bien longtemps dans le tiroir d'un délicieux petit ôon^ Aeuv'du-^our?

Estr-ce François Germain ou Nicolas Besnier, ces deux orfèvres célèbres du siècle dernier, qui ont ciselé sur argent tes ravissantes arabesques, dessiné tes gracieux contours et buriné tes reliefs si doux? . Tes fiches quadrillées, gravées de noir, aux ornements délicats, ont-elles servi à jouer à l'hombre ou au reversi ?

As*tu figuré au jeu du roy, dans le grand salon de rCEil-de-Bœuf, à l'époque de la splendeur de Versailles ?

De ses blanches mains, la Du Barry a-t-elle puisé dans tes compartiments nacrés les fiches et les contrats, les soirs de fête, dans ses petits appartements, tandis que chantaient la flûte, 1^ galoubet, le luth el les cymbales du célèbre forte-piano de Clicot ?

Pourquoi, sur tes jetons, de joyeux et spirituels emblèmes, un peu lestes quelquefois, mais presque tous charmants et dédiés a l'amour ?

Dites-nolis, fiches gracieuses.

Les roie, les princes et les prélats Et les marquis à grand fracas Et les belles ambitieuses, Dont vous avez compté les cdifp^..

Est-ce Nicolas Verrien,' ce maître graveur de la Régence, qui a pris ces devises dans le livre qu'il avait

composé pour le dauphin, et qui est aujourd'hui introuvable?

Nul ne le saura jamais.

Les jetons garderont leur secret éternel et ne nous livreront que leurs drôleries, leurs éclats de rire et leurs spirituelles facéties.

Bornons-nous donc, sans chercher une réponse impossible à nos indiscrètes questions, à relever quelquesuns de ces dicts amoureux dignes de la carte du Tendre, tout eu respectant Torthographe un peu primitive du temps :

Coté de ia gravure : Une tourterelle sur une branche sèche.

Coté de la légende : Mon amour dure après la mort.

Un oiseau en cage : Je ne dis rien de moy-m&ine.

Un amour qui fait tomber une pluie d'or : Voilà mes flèches.

Une rose qui trempe dans un verre : Je vis, il est vrai, mais je suis dans les larmes.

Deux cœurs enflammés qui se réunissent : Afin de n'en faire qu*un des deux.

Deux pigeons qui s'aiment d'amour tendre : Gratis!

Un cœur que des ailes font voler : Elles remportent !

Une grosse flamme : Je ne descends jamais !

Une girouette : Si vous changez, je changerai.

Un pot bouiUant sur un brasier : f^ous nous consumons tous les deux.

Un amour prenant un cœiir au milieu des épines : Après les peines, le plaisir.

Un éclair : Je meurs en naissant.

Un papillon se brûlant à la chandelle : Je trouve la mort dans mon plaisir.

Un amour qui enlève un poisson au bout de sa ligne : Je meurs oîije m'attache.

Une écrevisse qui se traîne péniblement : In-cy vont mes amours.

Un amour tient un cœur; devant lui un panier rempli de cœurs : Un seul me suffit.

Deux colombes se becquètent tendrement : Il n'est rien de si doux.

Un petit buissou qui montre les petits pieds de Daphnis et de Gfaloé : Je m'en doute.

Un amour, le doigt sur la bouche, tenant une lanterne : Sans bruit.

Un rossignol sur une branche : Je chante par amour.

Toujours galant* ce xviii® siècle!

Terminons par les ironies, les aphorismes et les vérités philosophiques :

Un ceps de vigne pleurant : Après les larmes, les fruits. .

Une sangsue : Sa morsure guérit.

Un cadran sans soleil : Un aveugle sans bâton.

Une grasse perle dans une huître : Elle ornera une couronne.

Un flambeau allumé qui en allume un autre : // ne perd rien de sa lumière.

Un hibou : // a plus de discrétion que d*éloquence.

Deux tronçons de serpent cherchant à se rejoindre : Se rejoindre ou mourir. .

Une comète : Elle cause nos malheurs.

Une abeille qui suce une fleur : Je ne lui fait aucun tort. ' Un coq devant un lion : Je le fais trembler.

Un passereau solitaire sur une montagne : N'est pas moineau qui Vi'ul.

Un oignon : Qui me mord pleure.

Un manuscrit fermé : Ouvrez-moi pour me juger.

Un fila plomb et un triangle : Toujours droit.

Un limaçon qui rentre dans sa coque : Je ne coucherai pas dehors.

Un soleil couchant : Je brillsy mais de loin. I Une prairie fauchée : Il faut que tu meures pour revivre.

Un champignon solitaire : Jamais vieux.

Deux cochons qui se regardent : Et moy sont trois.

Un épi brisé par son poids : Le trop m* accable.

Une abeille vient faire son miel sur une rose : La douceur m'attire.

Une cloche fêlée : On la connaist en la touchant.

La fable de la cigogne : J'en profiteray par mon esprit.

Nous en passons et des meilleures.

aOO L'HOTEL DROUOT EN 1881.

Je ne puis cependant m*empècher d*en donner encore deux, les deux dernières :

Un arc débandé : Mon repos n'est que pour être plus fort. Un cube : De quelque côté qu'on me toume^je suis solidement posé.

N'est-ce pas, ami lecteur, que j*ai fait là une jolie trouvaille et que nos pères avaient bien de Tesprit?

Les joyaux de la couronne. — Une fantaisie de Timpératrice Eugénie. — Un hôtel meublé avec les peintres du jour. — Plus de ventes de l'État, rue des Écoles. — . Les impairs des catalogues. — Annuaire Ris-Paquot. — La vente de la bibliothèque de Paul et d'Alfred de Musset. — Les deux Goya de Henri Rochefort. — Le duo de Venchère, par Pillet et son crieur.

y 7 octobre^

Une belle' veate aura peut-être lieu cet hiver, — celle des joyaux de la couronne (1) que, sous TEmpire, Théry, Thomme de confiance de Napoléon III, gardait dans sa cassette.

(0 A ce siget, il sera pent-être intéressant de savoir qa'en 1791 les diamants furent estimés. — Brin, Christ'm et.Delattre, députés, firent un rapport dans lequel ils évaluèrent :

Les diamants . .♦ 16.730.403|

Parures de diamants 5.646.?06< »*«3'fi'609

Rubis et pierres de couleur 360.604

Perles 006.700

Total. . . S3. 733.913 francs.

"LqPxU ou le Régentf d'une taille parfaite, d'une belle eau et sans défauts pesait, avant la taille, qui a duré deux ans et qui a coûté 600,000 fr., 410 carats. Après, 136 carats un quart.

Pitt l'avait acheté à Qolconde d'un gros marchand indien nommé Jamchand, et revendu 3,i25,ooofrancs au Régent, pour Louis XV, en neo. Le reste n'est qu'une légende absolument fausse.

Le 17 septembre 1792, sous la Terreur, les pierres furent volées et restituées. Plus tard, le Régent servit à couvrir un emprunt au banquier Trescow, de Berlin. — Il est estimé aujourd'hui onxe millions.

Le 15 mars 1873, un nouvel inventaire fut dressé, sons évaluation, ponr

dOi L'HOTEL DROUOT EN 1881.

A la fin de la dernière session, M. Raspail a soutenu à la tribune ce raisonnement assez juste :

a Pourquoi des diamants^ puisqu'il n'y a plus de couronne? »

Le gouvernement demandait à conserver ceux qui avaient une valeur historique.

La Chambre a décidé que, sans exception, ils seraient aliénés.

a Us ne le seront jamais autant que les ministres, » s*est écrié un député de la droite.

Une commission spéciale a été nommée pour étudier la proposition Raspail.

Le produit de la venteserat-ilaffectéàla création de caisses pour les musées nationaux?

Quels seront l'expert privilégié et Theureux commissaire-priseur chargés de cette petite opération?

Le choix sera grand pour ceux aimant les brillants comme l'impératrice Eugénie, qui avait jadis employé un million de ces diamants à faire fabriquer une ceinture pareille à celle de strass que la belle M"'' Delval portait dans le rôle de la fée Aïka de la Bicàe au dois. Cette ceinture de fort mauvais goût, inspiration de féerie qui coûta un million, fut portée uneseule fois 1

roconnailrc les diamants de la couronne, qae les représentants do la docte école devaient remettre à l'État. -^ Il « donné :

51.403 brillants, 21.119 roses, 2.963 perles, 507 rubis, I3(i saphirs, 312 émeraudes, 128 turquoises, 22 opales, 496 diverses.

En tout. . . 77.486 pierres précieuses posant 19,44 1 carats. — l}n joli poids I

L'HOTEL 0ROUOT EN 1881. 303

--. Tti vas au moins l'offrir le Régent? disait Tun de mes amis à un riche collectionneur.

— Ah ! mais non !

— Eh bien I vrai, je ne te croyais pas aussi pauvre que cela.

Nous espérons que Ton aura soin, en tout cas, de conserver dans Tune des vitrines de la galerie d'Apollon, le reliquaire, la montre offerte à Louis XIV par le dey d'Alger, l'épée dont la poignée a été montée en 1824 avec 250,000 francs de diamants, et la collection de décorations offerte par les souverains étrangers.

Une charmante dame de mes amies va s'installer prochainement dans un ravissant hôtel de la rue de Villiers.

Elle a bien voulu me demander conseil sur ses achats de tableaux. .

Je l'ai engagée à orner ses pénales de la manière suivante, en choisissant les peintres les plus en vue en ce moment :

Bans rantickamôre, — Ulmann : Les Sonneurs de cloches.

Dans le fumoir. — Ribot: Un Mousquetaire Louis XIH\ un peu noir de fumée.

Dans la chatiibre à coucher. — Henner : Une Idylle^ vague comme un rêve.

Dan^ le salon. — Carolus Duran ! Les Deux Bébés, — Léon Donnât : Portrait de son seigneur et maître.

Dans le boudoir. — Jacquet : Portrait de la maîtresse du logis, en costume Watteau.

Dan^s la salle de bains. — Jules Lefebvre : Étude de nu.

Bans la salle de billard. — Jean-Paul Laurens : Un tableau d'histoire. — Jules Breton : Une paysanne de Bouamenez^

mi

a04 L'HOTEL DROUOT EN i88i.

Dans la salle à manger. — Vollon : Une nature morte : Poissons, raves, salades et chaudron. — Philippe Rousseau : Des prunes et des cerises.

Dans le cabinet de toilette. — Edouard de Beaumont: Une camériste. — Duez: Une Parisienne.

Dans la bibliothèque. — Meissonler : Un liseur. — H. Pille : Un antiquaire.

Dans le cabinet de travail. — Corot et Jules Dupré : Deux paysages, pour se croire à la campagne.

On a bien voulu m*écouter — et on va faire les commandes. — Nous y reviendrons quand les œuvres seront en place ; je vous dirai Teffet qu'elles produi- * sent.

On proteste do tous côtés. Protestons aussi. L*É(at fait vendre de temps à autre, au dépôtdu Mobilier, rue des Écoles, dans des encans borgnes où nul ne va, en dehors des fripiers de bas étage, des effets réformés. Parmi ces rebuts se trouvent fort souvent de belles choses.

Il faut désormais qu'un triage de ces épaves ait Heu, et que tout ce qui peut avoir une valeur artistique soit exposé à rhôtel Drouot.

C'est M. Edmond Bonaiïé, un spirituel archéologue, qui a commencé cette campagne. Nous Tappuyons.

Mais faudra<t-il que TÉtat procède administrativement. Nommera-t^on une commission pour examiner cette demande? Y aura-t-il une sous-commission chargée de faire un rapport?

Dans ce cas, nous n'obtiendrons rien de la bureaucratie qu'un enterrement de première classe.

Les rédacteurs des catalogues de ventes de tableaux ont quelquefois d'inconcevables entraînements. Ils vont bientôt se mettre à l'œuvre. Je leur recommande de

soigaer leur travail. 11 ne faut plus que nous retrouvions ces étonnantes distractions qu'ils commettent trop facilement dans des accès poétiques d*un lyrisme exagéré.

 la saison dernière, je n*ai pas voulu en parler sur le moment, mais, je me souviens encore de quelques méprises de ce genre. ♦

... La nature est calme, deux paysans travaillent en silence.

... La plaine s^étend à perte de vue, sous un ciel balayé par une brise déjà froide.

... Le givre pend aux arbres, la neige étouffe le iruit des pas.

... Un tas de brioches toutes chaudes et appétissantes.

La deuxièmje année de V Annuaire artistique des collectionneurs ne tardera pas bientôt à paraître.

L'auteur, M. Ris-Paquot, habite Abbeville, ce qui est curieux pour un livre essentiellement parisien. De la province, il adresse toute l'année des appels réitères à tous ceux qui s'intéressent à Tart et à la curiosité, et qui ont l'amour du bibelot.

De tous les côtés arrivent des renseignements ; la moisson faite, il les coordonne avec patience et livre au public un petit almanach Bottin de poche qui est des plus précieux, car rien dans ce genre ne parait à Paris depuilâ la fin du siècle dernier,' où un almanach spécial donnait chaque année le nom des cabinets les plus célèbres et des marchands les plus connus.

Ce petit livre répond à un véritable besoin. Il permet aux chercheurs de se connaître, d'apprendre le goût de chacun, d'échanger des objets inutiles pour d'autres plus recherchés; de pouvoir, dans chaque ville, se mettre en relation avec des spécialistes.

M. Ris-Paquot a déjà beaucoup publié — principalement sur la céramique. Il a dessiné lui-même les planches de tous ses ouvrages sur les faïences de Rouen, de Chine et de Sèvres. Il a eu la patience d*un Chinois en relevant les noms d*une quantité considérable de peintres-décorateurs. Ou lui doit six mille noms, marques et monogrammes mdiqués sur des poteries, des grès, des terres de pipe, des terres cuites et des porcelaines.

Hier, 7 octobre, public de libraires, surtout à la première vacation de la bibliothèque d* Alfred et de Paul de Musset. Les amateurs ne sont pos rentrés encore, mais ils ont tous donné leurs ordres à Morgan^ a Fontaine, à Conquet, à Lefllleul, à Rouquette, qui font leur rentrée à la première reprise des ventes de livres.

Évidemment, beaucoup de livres sont restés entre les mains de M'"® Paul de Musset, qui se relire au couvent des Dames de TEspérance , rue de Clichy. Ce ne sont pas, à coup sûr, les choses les plus intéressantes de la bibliothèque des deux frères qui sont vendues par Labitte. Le succès est surtout pour les envois autographes et les premières éditions ; chacun veut avoir un souvenir de ce charmeur Alfred de Musset.

283 numéros, en tout 1,600 volomes, peu de reliures de luxe. L'auteur de Itolla n'était pas de Tépoque du bibelot.

La Bataille d'Hernmi^ dite par Sarah Bemhardt le 25 février 1880, brochure in-4® de 8 pages, papier de Hollande, avec un envol autographe de François Coppée à Paul de Musset : 7 francs.

La première édition des Chansons de Nadaud avec souvenir de l'auteur à Méry : 6 francs.

Les Archives de la Comédie-Française. MM» Perrin et Got à Paul de Musset : 28 francs.

Le Théâtre monacal, Remboîtage dans une reliure d'almanach royal : 33 francs.

Proverbes dramatiques y par Çarmontelle : 59 francs.

Le Barbier de SévitUy édition de 178S, avec gravures, d'après les dessins de Saînt-Quenlin : 400 francs.

La première éditon de la Vie de Joseph Delorme. Envoi de Sainte-Beuve à Musset-Pathay, le père des deux Musset : 20 francs.

Un Spectacle dans un fauteuil. Première édition, rognée et 'peu propre. — Envoi d'Alfred à son frère, Paul de Musset. Mise à prix de Labitte, 80 francs : vendu 330!

Les Contes d'Espagne et d'Italie, édition originale de 1834, envoi d'A. de M. : 200 francs.

Compter sans son hôte. Proverbe, dédicace d'Augustine Brohan à Paul de Musset : 12 francs.

Théâtre d'Alfred de Musset. Première édition. Charpenlier, 8 pièces : 3S francs.

Le More de Venise^ d'Alf. de Vigny, avec dédicace, 31 francs.

La Religieuse^ de Diderot, avec figures, 92 francs.

La Ciguë. Envoi d'Emile Augier à Alfred de Musset :

L'Imagier de Harlem, drame, envoi de Méry : 17 fr.

Théâtre de Ponsard, envoi de l'auteur à Alfred de Musset : 30 francs.

Ceinture dorée^ comédie en trois actes , offerte par Emile Augier à Alfred de Musset : 36 francs.

Les romans étrangers, les critiques et épistolaires, les polygraphes, les historiens, les biographes, se vendront ultérieurement; mais le plus intéressant a passé sous le marteau de W Maurice Deleslre.

L'hôtel a fait sa réouverture sous le nom de Mussel.

On pouvait plus mal choisir.

908 L'HOTEL DROUOT EN i88i.

Point de ventes d*objets d*art encore ! Cependant les hirondelles s*en vont et les Hollandais vont revenir bientôt se faire ouvrir, pour liquider ce qu'ils ont butiné de droite et de gauche dans toute l'Europe, les grandes salles encore fermées de Tbôtel Drouot. Je compte, du reste, quand le moment sera venu, faire une étude spéciale de ces brocanteurs flamands qui se chargent de pourvoir chaque année de porcelaines de Chine le petit commerce de curiosité, grâce aux longs crédits qu'ils accordent.

Pour le moment, rien! — quand on interroge certains experts, ils vous répondent comme sœur Anne, qu'ils ne voient rien venir. Au contraire , les commissairespriseurs les plus en renom affirment que la saison est déjà assurée.

Mystère qui sera prochainement dévoilé. En attendant, nous sommes à peu près sûrs de recevoir, avant longtemps, un beau catalogue, celui de la collection du peintre Timbal, très riche en objets des xiv* et XV® siècles, connus par les expositions les plus importantes et en partie reproduits dans VArt pour t(ms et les autres publications aritistiques.

Il a bien été question de la vente Cambacérès, qui aurait relancé dans la circulation des émaux sans pareils , mais il parait qu'un instant décidée , elle est ajournée indéfiniment.

Vendra-t-on la collection Benjamin Fillon ? Les avis sont très partagés là-dessus. — D'aucuns, qui se disent bien informés, assurent que non. Elle aurait été traitée en bloc par un intermédiaire masqué. C'est fâcheux, car elle aurait tenu un rang important dans les fastes de l'Hôtel Drouol. — Ce grand savant de l'ouest, écrivain et numismate, avait réuni des merveilles. Nous avons tous vu une partie de ses trésors à l'Exposition universelle, dans la section de l'art ancien. Je me sou-

viens encore de ces bagues mérovingiennes ornées de devises qui étaient déjà convoitées par beaucoup d'amateurs.

C'était un homme profondément érudit que ce Ben-jamin Fillon ; chaque année la Sorbonne entendait des voix éloquentes raconter ses travaux archéologiques, mais c'était aussi un philosophe et un penseur. Il avait mis comme devise sur la porte d'entrée de son château de Saint-Cyr-en-Talmondais : Caritas generis humani.

Puisque l'absence de ventes nous fait quelques loisoirs, profitons de ce chômage de notre tâche hebdomadaire pour parler un peu de choses et d'autres.

Heureux Rochefort I II a toutes les chances possibles. On sait qu'il aime passionnément les objets d'art et qu'il a fait un livre très curieux : les Petits mystères de V Hôtel des Ventes , excellent manuel destiné à éviter bien des déboires aux débutants dans la carrière, guide pratique où il perce bien des ruses à jour, et révèle toutes les supercheries des truqueurs.

Or donc, entre deux arlicles de V Intransigeant y Rochefort a trouvé deux superbes esquisses de Goya. On dit. qu'il en a déjà cédé une avec un beau bénéfice à un expert très connu et que l'autre lui reste pour rien. C'est un coup superbe qui rappelle les douze Titiens achetés par Edmond Âbout, dont personne ne. voulait.

Le vendeur n'est cependant pas le premier venu. C'est un homme fort, M. Eugène Piot, le fondateur du Cabinet de V Amateur, l'un des rédacteurs les plus remarqués de la Gazette des beaux-arts. Celui-là sait mieux que personne faire pour l'acheter le siège d'un objet d'art.

Puisque ce nom vient sous ma plume, je ne puis

310 L'HOTKL DROUOT EN 188i.

m*einpêcher de dire qu'il est bleu étonnant que le gou* vernement ne se soit pas depuis longtemps assuré le concours. d'un homme de cette valeur pour la direction de Tun de ses musées. Eugène Piot sait tout — et beaucoup d*autres choses encore.

Chaque commissaire-priseur a sa manière. Les uns secs, précis, nerveux, remuants, entraînent leurs clients; les autres honnêtes, affables, persuasifs, séduisent leur public ; d'autres enfin mous, monotones, indolents, rendorment ou le font fuir.

Le premier de tous, sans contredit, c'est Pillet qui, après quelques grandes batailles encore, ne va pas tarder à se retirer de la société des commissaires-priseurs, car il a vendu sa charge. Nul plus que lui ne restera dans les souvenirs des habitués de Thôtel. Vif, petit, droit comme un I, d'une activité dévorante, il sait d*un coup d'œil rapide passer toute la salle en revue, aucun signe ne lui échappe. Si éloigné que vous puissiez être, si discret que soit votre avertissement, il voit tout. Un simple clignement d'yeux lui suffit. Il a ses procédés spéciaux. H est lui. Aucune vulgarité dans le geste, aucune monotonie dans le ton, — ce petit homme est bien le Napoléon de T enchère.

Un jour que je l'admirais, je me suis rappelé qu'un musicien avait eu la patience de noter le chant da rossignol, et j'ai eu à mon tour, comme amateur » la eu* riosité de transcrire rapidement au crayon, une à une, sur la marge de mon catalogue, toutes les variations de ce répertoire, qu*il joue toujours sur la çuairiême corde.

Je reproduis textuellement ces mots sans suite^ ces phrases entrecoupées, avec les répliques du crieur. Rien de plus curieux ; j'ai même indiqué les intonations suivant la manière italienne.

Cela pourra servir de traditioa classique à ceux qui vont chercher dans la succession de Pillet les faveurs du public. — Je n'ai pas changé un iota^ du reste, à ce que j'ai entendu.

L'adjudication commence. Le marteau d'ivoire frappe les trois coups sacramentels.

PiLLET. {Andante moderato). — a Nous commençons la vente. Nous vendons le n*» 23. »

Mannheim. (Regardant conamore l'objet). — a 3,000 fl*ancs nous demandons. »

Le CRiEUR. (BUenulo). — « 3,000 on a demandé {>nezzo forte). Il y a marchand à 1,500 ! »

PiLLET. [Adagio). — « Voyons, niessieurs, commençons à 1,500 francs I »

Le cmEUR. [Andantino cou colore). — « 1,5501... 1,6001... 1,6201... »

(On hésite, on attend, l'objet circule).

PiLlet. [Andantino con simpHce). — a On demande à voir, derrière moi... Voyez vite! »

Le CRIEUR. [Allegro non troppo). — a Personne en face 1,650!.., 1,700!... »

PiLLET. {Mezzo forte). — « Allons, pressons un peu, s'il vous plaît. »

Le CRIEUR. [Pizzicato). — a 10!... 50!... »

Pillet. [Interrogativo). — « En veut-on à 1,750? 1,8001... 501... »

Le CRIEUR. [Poco piu lento). — « 1,9001... 251... 501... »

Pillet. ( Vivace). — « Un peu vite, je vous prie. »

Le CRIEUR. {Ben mercato il iasso). — a 2,0001... 101... 201... 50!»

Pillet. [Allegro moderato). — « Suivons, messieurs, 2,0501

Le CRIEUR. [Tempo). — a Suivons, messieurs, 2,050 francs! »

PiLLET. (Apiacere). — «Voyons, en veut-on à 2,050? Plus rapidement, s*il vous plait. »

(Nouvelle pause. Temps d'arrêt dans les enchères).

PiLLET. [Allegro maestoso). — « On n'en veut plus à 2,050?»

Legrieur. [Allegretto grazioso). — 2,075! (/SirA^rmndo), a Voyons le mot! [Cantabile,)ifiQQ\... »

Les enchères languissent. L'objet est de nouveau examiné par les amateurs.

PiLLET. {AniTnato). — «Voyez vitel — On y renonce l — Personne ne dit mot! »

Le grieor. {Crescendo). — « Suivons, messieurs, 3,020!... 30! — 40!— 50! »

PiLLET. {Nervoso), — « Bien vu à 3,050? non? Est-ce bien dit à 8,050?»

Le CRfEUR. [BravamerUe], — « 3,075! (S'adressant à gauche.) Ce n'est plus à nous à 3,050. »

PiLLET. {Allegro agitato). — « Vu?... Non?... Je vais adjuger!... A trois-mille-soix-ante-quinze-francsl Non ?. . . Personne n'en veut plus ?. . . Non ? plus 1 . . . {Zarghetto espressivo.) y adjuge l »

Ici le marteau décrit en Tair une courbe, s'arrête un instant, puis frappe le bureau d'un coup sec.

• . .Procumiit humi hos !

L*objet est définitivement adjugé.

Les revenants à Vhôtel. — Les petits camarades. -^ Le grincheux.

— La curiosité est morte. — Les Hollandais Prenkel et Salomon.

— Ventes prochaines : Duquesne, Courbet, Marie Blanc. — Un pamphlet. — Suppression de l'Hôtel des Ventes et des commissaires-priseurs. — Mes conclusions.

S 4 octobre.

Samedi. — li est deux heures. Je songe a la tâche que j*ai acceptée : renseigner chaque semaine mes lecteurs sur les faits et gestes de dame Curiosité.

Je me dirige, un peu soucieux, vers Thôtel des commissaireS'priseurs. Je pousse vivement les deux portières de cuir vert du tambour de l'entrée. — Je suis dans la place.

^ Je monte rapidement les degrés de cet escalier de pierre rarement balayé que tout Paris connaît et me voilà dans ce grand et long couloir, sur lequel s'ouvrent tous les sanctuaires de Thôtel et qui pourrait s'appeler la salle des Pas-Perdus de la maison des ventes.

On rentre. On est rentré. Chacun reprend ses habitudes quotidiennes, même ceux qui, de Tété, ne se sont pas absentés de Paris, mais qui ont disparu pour se conformer a l'usage et faire croire à une villégiature quelconque.

La foule bigarrée se presse ; on se bouscule. C'est un

314 L'HOTEL DROUOT EN i88i.

va-et-vient perpétuel. La grande galerie reprend sa physionomie habituelle : on dirait le péristyle de la Bourse.

On se reconnaît. On se presse dé questions, vingt poignées de main en cinq minutes. Puis viennent les interrogations : le collectionneur est un curieux. Il ne faut pas Toublier. Il lui faut, avant tout, du nouveau, n*en fût-il plus au monde. Les conversations se croisent rapides, animées. Je m*arrête à chaque pas :

« — Tiens, d*où venez-vous ?

— De Dieppe, le pays des ivoires -*- modernes.

— Avez-vous augmenté vos collections?

— Je n'achète plus rien. Il me faut des moutons à cinq pattes. Mon goût s'épure comme le vin se bonifie, en vieillissant.

— Très enchanté de vous avoir revu. Adieu. »

Autre rencontre.

« — Vous voilà de retour? Vous avez dû trouver quelque chose, vous qui savez si bien chercher.

— Presque rien, une tapisserie de la série des quatre parties du monde, dans un état merveilleux, roulée depuis un siècle dans un grenier et que les rats avaient eu le bon goût de respecter.

— Heureux mortel ! toutes le^ trouvailles sont pour vous comme:

Tous les lauriers, tous les lauriers^ Sont pour le doyen Lhéritier.

— Et VOUS, mon ami, chercheur infatigable, avez-vous réussi à faire, pendant les vacances, un nouveau coup comme celui de Tan dernier?

— Mon Dieu, oui, rien ne sert de courir. Il n'y avait personne à Paris, j'y suis resté, j'en ai profité. — Un

L'HOTEL DROUOT EN i88i. 315

bureau Louis XV, dos-d'âne, eu bois de rose, acheté mille francs. J'en refuse cinq mille.

— Allons, je vois que vous n'avez pas perdu votre temps. Nous allons reprendre maintenant la guerre de tous les jours, car vous êtes mon ennemi le plus intime. Quand donc vous déciderez-vous à faire votre vente... après décès? »

Sur cette plaisanterie un peu aiguë, sans laisser à mon adversaire le temps de se reconnaître, je quitte le couloir et je me précipite dans la première chambre venue.

Je me heurte à un vieil amateur, contemporain de Sauvageot et de Du Sommerard qui s'occupe de tout, mais conte particulièrement fleurette à toutes les estampes galantes de Fragonard. C'est Tamateur qui cherche la série.

Après les premières embrassades — très courtes chez les amateurs — il ne peut s'empêcher de me faire part de ses inquiétudes :

« Il n'y aura pas de vente cette année. Il ne peut y en avoir. C'est fini, bien Qui. La curiosité est morte, Jean, le crieur, n'est plus là pour nous égayer. Pillet se retire. Personne ne le remplacera, on ne voudra plus vendre. Je suis venu ici par la force de l'habitude, mais je n'y remettrai plus les pieds. (Il y sera tous les jours). Voyez, il n'y a plus que des objets faux, qu'on s'obstine à déposer le long des catalogues. Il faudrait une ordonnance de police. Ce sont les étables d'Augias à nettoyer. »

J'avais bonne envie de lui répondre :

— Dites tout de suite qu'il n'y aura plus de licitation, que les amateurs ne changeront jamais de goût, désormais qu'on ne se ruinera pas, voire même qu'on ne mourra plus.

Mais il aurait fallu entamer une discussion — j*étais pressé, et, comme il sait aussi bien que moi que les tri-* bulations humaines sont de tous les temps, je me suis borné à sourire. Il a paru enchanté de m'avoir convaincu, grâce a son expérience. Il n'en demandait pas davantage — j'ai pu me sauver.

Dans une autre salle on exposait le mobilier du chà* teau de V... (cela réussit toujours), qui mV semblé assez singulièrement composé. D'immenses tables dorées du plus mauvais goût, des boiseries de la Qn du dixneuvième siècle, qui faisaient mal à voir, la statue en bois d'un vieux saint — j'allais écrire d'un vieux singe — un plat de ce fils du grand artiste qui s'appelait Avisseau, de Tours.

Tout cela m'a paru un petit nettoyage d'un amateur se débarrassant de ce qui a cessé de lui plaire.

Flânant, seul, au milieu de tout cela, un amateur un peu grinoheux m'aborde et me dit :

« Je n'ai pas perdu mon temps pendant les vacances. » J'ai cloué un bel objet chez un amateur de province. » On m'en demandait un prix insensé. Cela vaut le » triple, ai-je affirmé. Vous avez bien raison de ne pas » vouloir le céder. Et je suis parti. Je ne l'ai pas, mais » personne ne l'aura maintenant. »

Son rire nerveux m'agace. Je suis déjà dans un autre compartiment.

Dans un groupe rangé en demi-cercle pérore un habitué fidèle. On parle de tour, excepté des bibelots que crieur, expert et commissaire-priseur rangent et s'apprêtent à vendre; — delà statuette exquise, achetée par M. de Rothschild et qu'il a exposée au musée de l'art rétrospectif; de la tapisserie payée cinquante mille francs par un riche banquier ; de la vente Courbet, dont on rédige le catalogue, et de l'achat fait par un

L'HOTEL DROUOT EN i88i. 317

amateur et un marchand très connus de la collection B. Flllon. Déception amère pour tout le monde !

— Oh ! rassurez-vous, elle est ajournée seulement, dit quelqu'un. Elle n*est pas rayée du rôle. Â la fin de la session, on nous annoncera pour le mois de mars celte vente, revue annotée,corrigée avec soin, comme le sont les livres de la bibliothèque Mame, par une société d'ecclésiastiques. La collection sera distribuée aux plus offrants et derniers enchérisseurs. Ceux qui désireraient ce magnifique exemplaire du Malatesta du Pisan devront faire des économies, car il sera vivement disputé. »

Autre salle peu fréquentée. J*y reste à peine quelques instants. Je connais ce truquage de longue date. Le mobilier qui va être vendu est connu par cœur, — on le voit toute Tannée. Toujours le même; seulement il y en a vingt éditions. Cela s'appelle en argot de Thôtel des chevaux de retour^ comme on dit des galériens qui, repris en faute, sont réintégrés dans leur bagne. — Pour ce mobilier, on loue une saile au mois. Toute la semaine on offre au public les mêmes objets, et peu à peu, faute de pouvoir lui faire accepter en bloc, on lui fait avaler ainsi le morceau découpé en petites bouchées.

' Au moment de sortir, je me sens retenu par le bras.

— Vous ici! un amateur sérieux 1 je ne l'aurais jamais cru. Avez-vous vu mon beau vase deneversbleu, de la grande époque? — N'est-ce pas qu'il est splendide? — Comment le trouvez-vous?

— Je le connais. Mais, mon cher, si vous m'imposez à l'avance votre admiration, je n'ai rien à vous dire.

— Non, diles franchement ce que vous en pensez. Je ne suis pas de ceux qui demandent conseil avec un parti pris à l'avance.

3i8 L'HOTEL DROUOT EN 1881.

— Eh bien I vrai, il est un peu suspect. Je m*eQ défie. Pardonnez-moi, car je vous dis la vérito. Je m*y laisse toujours prendre et je suis comme Âlceste, du Misanthrope :

J'alle défaut

D'être un peu plus ûncère en cela qu'il ne faut.

Et je me sauve, pour éviter les imprécations de celui qui m'a consulté et qui attendait tout autre chose qu'une critique.

Enfin, un véritable ami, celui qui me renseigne d'ordinaire. Il est dans le secret des dieux, faisant partie de Taréopage de la haute curiosité — on lui dit tout» en secret, et il nous le répète — dans les mêmes conditions.

— Quel plaisir de vous revoir 1 Avec vous» j'abrège les compliments... Et les ventes prochaines?

— Il y aura une grande surprise I

— Voyons, vous m'intriguez. Est-ce la vente de Duquesne, ce malheureux devenu aveugle, Tun des bons élèves de Gérôme? Ses camarades viennent en aide à une aussi grande infortune.

— Non, ce n'est pas cela.

— Est-ce la collection du Sommerard qui revient à flot?

— Vous savez bien qu'elle est achetée en totalité.

— Est-ce celle des brillants et perles fines de feu j^mo Marie Blanc de Monaco, qui aura lieu au mois de décembre?

— Non, vous n'y êtes pas du tout.

— Voyons, n'abusez pas de ma tempérance en me laissant plus longtemps le bec dans l'eau. »

Cela continue ainsi. Impossible d'en rien tirer. Il est aujourd'hui le comble de la discrétion.

Je le quitte à regret. Il m'intéressait bien I en ne me disant rien.

Le temps passe et je n'ai pas trouvé le sujet de mon chapitre.

Je vais enfin à la salle 8, le salon d'honneur, le grand seize! — Le Hollandais Frenkel, d'Dtrecht, débite lui-même sa marchandise. Pas d'expert. Pillet, qui paraît soucieux, tient le marteau d'ivoire. Il adjuge les dernières épaves du premier des Flamands.

Je jette autour de moi un rapide coup d'œil. Tout ce que je déleste est là : les murs sont garnis de miroirs avec des cadres grêles ; des étoffes fanées pendent jusqu'à terre ; du plafond descendent de gros lustres à cinq branches. A côté de moi, des bureaux renflés en marqueterie de bois à fleurs, des armoires de chêne, grossièrement sculptées, que Teniers aimait tant à reproduire dans ses intérieurs, avec des cuisinières recurant leurs casseroles. Sur une tablette, des potiches ventrues de la Chine ou du Japon et des figurines de Saxe, rangées en bataille, attendent leur tour pour être 7rhises sur table.

J'allais me retirer, quand un petit marchand des moins connus s'approche de moi et me dit du ton le plus gracieux pour me séduire :

« — Xout cela vous intéresse. Ce n'est rien. Salomon d'Amsterdam lui succédera la semaine prochaine. Il aura, paraît-il, un tapis splendide persan du xiv® siècle et un autre hispano-mauresque, en velours bleu foncé, avec une série d'éventails et de tabatières en or... Vous le voyez, je tiens à vous renseigner I Viendrezvous?...

— Je ne pense pas. J'attends les grandes ventes. »

Et je pars brusquement.

390 L'HOTEL DROUOT EN i88i.

a Décidément, pas moyen de faire mon chapitre avec tout cela,» medisais-jeen sortant. Vais-je chômer cette semaine, faute d'aliment?

Je prenais, tout pensif, le chemin du boulevard. Tout à coup je me retourne, je suis assailli I

Demandez les fourberies de V Hôtel des Ventes^ par M, Gustave Poulet. Dix centimes.

C'était un énorme placard que vendait une nuée de crieurs, haranguant les passants devant THôtel.

Je n'achète jamais ces machines-la. Les canards du boulevard Montmartre, Tarrestation de Gambetta, le mariage de Louise Michel, l'arrestation de Grévy, me font fuire d'ordinaire, mais la réflexion m'arrêta.

« Tiens, cela va peut-être me donner un sujet. Je ne l'ai pas trouvé là-haut où il y a beaucoup de choses. Je vais peut-être le rencontrer en bas, dans la rue, où il n'y a rien. »

J'achète un exemplaire du pamphlet et je lis en gros caractères le titre :

Discours prononcé par le citoyen Poulet , candidat à la députation du /JP arrondissement^ sur les abus et sur les vols commis tous les jours à l'Hôtel des Ventes, au préjudice du public et du commerce pari-sien.

Voyons. Mais, le candidat malheureux, il n'y va pas de main morte, dans son discours.

C'est un vrai réquisitoire d'accusateur public I J'analyse, car le factum est trop long pour être cité tout entier. Voici les principaux griefs qu'il énumère :

« Plus d'Hôtel des Ventes ! plus de privilège ! plus de monopoles exclusifs!

»Les commissaires-prjseurs forment une association dangereuse. Ils trompent le public et font au commerce parisien une concurrence déloyale.

» Ils organisent des syndicats pour acheter en spéculation.

» Ils vendent des marchandises neuves.

» Ils choisissent pour experts des marchands à leur dévotion.

» Ils trompent le public en ne vendant qu'à la lumière les tapisseries défectueuses et les meubles rafistolés.

» Ils ont provoqué comme représaille le terrible cordon sanitaire qu'on appelle la revision, semblable au boycotage irlandais préconisé par Parnell.

» M« Pillet n'avait pas le droit d'aller à San-Donato faire la vente Demidoff. Les Italiens ne nous ne le pardonnent pas.

» Le Gouvernement a manqué à tous ses devoirs en ne le révoquant pas. Il sera interpellé à ce sujet.

» Nous provoquerons, du reste, avant peu, une manifestation qui demandera la fermeture de l'hôtel Drouot, cette dernière bastille de la féodalité commerciale. »

Que sert de s'emporter? En voulant trop prouver, on ne prouve rien, monsieur Poulet! Du calme! du calmel Vous oubliez

Que c'est une folie, à nulfe antre seconde, De vouloir se mêler de corriger le monde.

Si VOUS désirez la destruction de Thôtel, je suis de votre avis, vous plaidez une cause gagnée dans mon esprit. Qu'on le détruise de fond en comble ! Qu'on le rase, cet affreux monument. D'accord, — mais pour en reconstruire immédiatement un autre plus spacieux, plus commode^ avec des salles mieux aérées et des gradins disposés en amphithéâtre, et surtout des gardiens qui réveilleront les vagabonds venus pour dormir.

Dernièrement, on a fondé un hôtel des ventes à Bruxelles. — Vienne, Rome et Londres nous envient le nôtre. Les grands marchands étrangers nous le disent tous les jours.

M. Pillet est le plus honnête des hommes. Je Taffirme, nous regrettons tous son départ.

311 L*HOTEL DROUOT EN i88i.

n a représenté dignement notre pays à Florence. Les journaux du pays sans amertume et sans fiel se sont plu à le reconnaître.

L'Italie, qui nous doit la Lombardie, peut bien pardonner la vente Demidoff. Solférino efface largement San-Donato. Aussi, je suis de Tavis de Philinte :

Je né vois pas, poar moi, que le cas soit pendable, Et je vous suppUnd d'avoir pour agréable Que je lui fasse un peu grAce sur voire arrêt, Qu'il ne soit pas pendu pour cela, s'il vous plaît.

Quant aux commissaires-priseurs, ils offrent de sérieuses garanties; ceux qui y tiennent s'appellent légion. Ils sont, d*après la loi, responsables vis-à-vis de Tacheteur de )*objet vendu et vis-à-vis du vendeur, du prix auquel il a été acheté. — C'est quelque chose.

Vous voulez détruire cette corporation. Je le sais, depuis longtemps on sonne la cloche d'alarme à ce siyet.

C'est facile à dire, mais que mettrez-vous à la place? Si vous détruisez, il faudra reconstruire. — À côté du mal qu'on signalé, nous aimerions bien qu'on nous indiquât le remède.

Il y a évidemment des abus et des réformes à faire ; seulement il ne faut pas supprimer, mais améliorer ; autrement le mal reparaîtra sous une autre forme et plus dangereux.

On peut reviser le règlement, faire un contrôle sévère des procès-verbaux, nommer des inspecteurs munis de pouvoirs étendus, empêcher la vente des marchandises neuves, imposer un choix d'experts, triés sur le volet, par le tribunal de commerce.

Restons-en là ; du reste, nous touchons à des inté-

rets multiples qui ne sauraient être traités que dans une étude approfondie dç la question. Nous le ferons peut-être quelque jour, le temps nous manque aujourd'hui. Ma chronique est déjà trop longue. Je Tai trouvée, cela me suffit.

L'Océanie à lliôtel Drouot. — Trop de coquillages. — La salle no 5. — La princesse 'de Lamballe. -< Le deuxièmt' dessous. — Ouverture de la salle Sylvestre. — Le bibliophile P. Paris. — Ventes prochaines. — Les livres de Benjamin Filioa. — Hausse des Corot. — Le Hollandais Van Minden. — La Jeune fiancée de Greuze. — Le manuscrit de la famille Benoiton. - Les pattes de mouches de l'auteur d'Odette. -^ Procédés de travail de V. Safdou.

45 novembre.

A rœuvre ! le jour de la chronique est arrivé. Je suis déjà à rhôtel Drouot.

Ce qui me frappe d*abord, pour la première fois, daos une dés salles du premier étage, c'est une exposition d^objets ethnographiques. L*Océanie envoie, elle aussi, des produits à Thôtel. Tout y passera, décidément ! Pas une des cinq parties du monde qui ne défile dans cetle lanterne magique I

J'aime peu ces produits barbares, nattes et rabannes, zagaies et lances, arcs et flèches, haches et frondes, boucliers et ceintures de chasteté des sauvages qui ont tué Cook et La Pérouse.

Aujourd'hui cependant, des études sérieuses sont faites de ce côté. Les savants démontrent que la civilisation a commencé partout de la même façon et par les mêmes objets. L'âge de pierre est le premier symptôme dlntelligence donné par la race humaine dans les Gaules et dans la Polynésie.

Je Tavoue également, les coquillages ne me disent rien. La conchyologie n'est pas du tout mon fait. Je ne vois dans cette exposition à faire tressaillir d'aise M. Bureau, du Jardin des Plantes, que casques, oursins, nautiles, volutes, pholades, patelles. Mais les fossiles, les univalves, les trivaïves, les multivalves, les ptéropodes et les gastéropodes me laissent absolument froid. Les porcelaines — qui ne sont pas de la Chine — me rendent bête ; les buccins n'ont jamais pu provoquer mon admiration. Je n'apprécie que les huîtres, les moules ou les limaçons de Bourgogne sur ma table, — ou bien encore les rochers^ s'ils sont de glace et viennent de chez le glacier en vogue.

Je n'ai jamais pu étudier la zooomorphine, même dans un beau livre que je possède et qui est illustré d'un frontispice de Boucher et de magnifiques planches coloriées à la main. Il faut le dire, c'est seulement pour la belle reliure à Voiseau de Derome qui l'enveloppe, que je l'ai acheté. Le reste m'importe peu.

J'en conviens, il n'en était pas de même d^s Curieux du temps passé. Pas un cabinet d'amateur qui ne possédât, dans ses coquilUers, des pétrifications et des cristaux de roche au milieu des merveilles artistiques de l'époque. Le marquis de Bonnac, maréchal des camps ; le baron de la Tour d'Aiguës, le comte de Tessin, le duc de Chaulnes, gouverneur de la Picardie ; le duc Sully, pair de France; de Bèze de Lys, conseiller au parlement; de Julienne, chevalier de l'ordre de Saint- Michel ; le matquis d'Horiel, capitaine aux gardes-françaises, faisaient graver à leurs dépens, selon le terme d'alors, les phis beaux spécimens de leur suite d'histoire naturelle, choisis avec soin dans leurs armoires de Boule.

Mais je m'écarte de mon sujet. II faut en finir avec les produits d'Honolulu.

Bonne chance à la vente de Tahiti !

Je n*ai plus autre chose à en dire.

11 y a une salle dans laquelle Je n'entre jamais à rhôtel des Ventes : c'est la salle louée à Tannée pour les liquidations difficiles. Elle sent à perpétuité l'odeur de la poussière et de Tessence des tableaux fraîchement vernis, habillés pour Tenchère.

Toujours le même décor, du reste ; trouées comme de Tamadou, les éternelles verdures qui pendent comme des loques le long des murailles ; la petite vitrine plate, à gauche, près de Texpert, avec les souvenirs de famille, les miniatures Empire, les petits amours en saxe qui flânaient jadis sur la commode ; la montre du grand-père, Thullier en argent donné au premier de Tan, et les cloisonnés microscopiques achetés, comme des raretés, aux magasins du Bon Marché en un jour de folle prodigalité.

Dans le fond, derrière Tautel du sacrificateur, — lisez du commissaire-priseur , — flanquée à droite et à gauche de divinités hindoues, de cuivres repoussés, de faux Castelli ou de bronzes japonais, la grande pendule de Boule qu'on exécute à la douzaine, sur le même patron, dans les ateliers des bronziers du faubourg du Temple.

Ne parlons pas des tableaux, pâles imitations de Rousseau, de John Lewis Brown, de Ch. Jacque, de Gérôme et de Meissonier : c'est à faire dresser les cheveux sur la tête I Ces toiles se vendent dix francs, avec le cadre qui vaut déjà plus de la moitié de cette somme.

Il y a surtout, dans cette exhibition permanente, un Soleil coucJiarU^ contrefaçon Ziem, qui me persécute sans cesse. C'est une véritable obsession, cette affreuse peinture. Elle reparait la nuit dans mes cauchemars.

Où va donc tout cela ? — En province ou en Amérique? — CM lo sa î

Je continue ma promenade — la tournée du chroniqueur. Dans une salle, des tableaux anciens et modernes que vont vendre Maurice Delestre et Charles Georges, avec la mention indispensable au catalogue :

« L'Exposition mettant le public à même de se rendre compte des objets, aucane réclamation ne sera admise. »

Cela est prudent. Mais alors, à quoi bon un expert?

Presque rien à noter dans .cette exposition. Quelques beaux cadres français en bois sculpté et doré, italiens à rinceaux et à feuillages; puis un portrait' à Thuile par Schall, de la princesse de Lamballe peut-être : robe blanche décolletée, coiffure poudrée, sourire gracieux, et dans le fond un buste en bronze de Marie-Antoinette. Joli, mais un peu usé.

Je me rejette sur le bas, le rez-de-chaussée, où je ne vais jamais. Faute de mieux, on,.. Le proverbe est un peu léger. Il peut se dire et ne saurait s'écrire.

Ce deuxième dessous ressemble à une cave. On y vend des vins. Cela est bien en situation. Des caisses de saint- émilion, de graves, de saint-julien et de liqueurs sont empilées près de Tofficier ministériel. Une forte odeur de vinasse me prend à la gorge. La foule est un peu mélangée : Bercy et TEntrepôt, sans compter les marchands de vins de tous les coins. Toute cette foule déguste et crache. Pour rafraîchir le palais des acheteurs, un commissionnaire passe sur une assiette du pain et du fromage, taillés en petits morceaux. Â chaque instant, il renouvelle sa provision qui disparait ensuite comme par enchantement. Il regarde alors sévèrement quelques acheteurs faméliques.

Les vrais amateurs se réservent. Ils attendent le moment de déguster le cognac, et la perspective d'un petit verre à bon marché les fait patienter.

Ce n*est pas mon cas et je vais dans une autre salle où Ton détaille aux fripiers du Temple une garde-robe de belle petite. Plus loin se vend, au poids du cuivre et du fer-blanc, toute une batterie de cuisine ; j'arrive au moment où TÂuvergnat de service, enveloppé d*ua nuage de poussière, verse sur la table une malle remplie de chaussures qui ne sont ni des pantoufles de danseuses, ni des souliers à la poulaine, ni les fameuses bottes de Bassompierre. L'usage les a réduits au plus piteux état. « Â cent sous ! » dit le crieur. Je me sauve efflrayé, en pensant qu'il y a des acheteurs pour tout, même pour ce petit tas de boue.

Voilà un chapitre qui manque certainement à l'Histoire de la chaussure du bibliophile Jacob.

La Salle des Ventes de la vieille maison Sylvestre, de la rue des Bons-Enfants, s'est ouverte il y a quinze jours pour la première fois de Tannée.

Dans la salle enfumée, jadis éclairée à la chandelle, que connaissent tous les bibliomanes et qui ressemble, par son mobilier, à une salle d'étude, avec le commissaire-priseur comme pion, on a commencé, le 7 novembre, devant un public de lettrés et de libraires, la vente des 4,344 numéros de la bibliothèque de M. Paulin Paris, l'un des doyens des bibliophiles, pensionnaire de la Bibliothèque de la rue Richelieu pendant trente ans, membre de l'Institut pendant quarante.

81 ans 1 — On vit vieux avec les goûts calmes de l'étude I

Paulin Paris n'était pas un arriéré. Il écrivit une Apologie de l'École romantique en 1824. Le roman de Berte aux grands pies fut réédité par lui. Il eut une

L*HOTEL DHOUOT EN i88i. 319

discussion célèbre, mais oubliée aujourd'hui, avec F. Génin sur la découverte supposée du cœur de saint Louis. En 1853, il occupa la chaire de littérature du moyen âge au Collège de France*

Très curieux à voir ces livres d'un travailleur qui n'avait pas fait, ainsi que certains banquiers, une TaTir^ nerie d'art de sa bibliothèque, suivant le mot de La Bruyère. Il aimait les livres, celui-là, non pour les vendre comme tant d'autres, mais pour les lire et parce que c'est « la meilleure riourrUure de l'esprit, » comme dit Montaigne. Il en avait rempli son appartement de la rue de l'Université. Il les annotait de sa main sur les marges, et s'il les faisait relier, c'était simplement, sans rechercher les maroquins polis du Levant. Une demi-reliure lui suffisait ; quatre P entrelacés sur le dos et la simple mention imitée de Grolier : P. Parisi

ET AHICOJIUM.

II les achetait partout, sur les qiiais, chez les bouquinistes et surtout chez son ami Techener.

Cependant il avait fait des trouvailles aussi belles que celles de Nodier et Parison, par exemple, qui sauvèrent des boites des colporteurs l'un le Marot d'Etienne Dolet, l'autre le César de Montaigne qui, payé 18 sous, fut vendu 1,500 francs. Mais ces rencontres heureuses, il ne les gardait pas, il en faisait profiter immédiatement ses amis.

Le catalogue se présente sous la forme d'un gros volume de 478 pages, demandant dix-huit vacqitions. C'est une réunion très complète de précieux documents sur le moyen âge, d'études, de romans, de contes sur la vie et les mœurs du xvi® siècle et d'ouvrages rares éclairant certains points obscurs ou contestés de notre histoire.

Un peu fantaisistes cependant quelquefois ces savant»

830 L'HOTEL DROUOT EN i881.

dans leurs choix. En parcourant rapidement ce catalogue, composé de livres modernes en grande partie, quelques titres m'ont frappé, comme une note originale au milieu d*un morceau classique.

D'abord ceci s'adresse à vous tous, messieurs :

« Petit Traité de VAmwir des Femmes pour les Sots* BagateUe, 1788, par Champcenetz. »

Assez difficile à demander chez un libraire, surtout lorsque sa femme est au comptoir, n'est-ce pas ?

Le xvni^ siècle était voltairien, on n'en saurait douter:

» Mémoires pour servir à l'histoire de la Calotte, Aux états calotias, 1752, 3 volumes.

Les plus violents pamphlets contre la royauté ne datent pas de la Révolution ; en voici un qui la prépare et la précède de dix ans :

nies Amours de Chariot et de Toinette, Pièce dérobée à Y..., 1799. »

Une plaisanterie lugubre :

(c Compte rendu aux Sans-Culottes ^ par très haute, très paissante et très expéditive dame Guillotine, dame du Carrousel, de la HévolutioD, de la place de Grève et autres lieux, contenant le nom et le surnom de ceux à qui elle a accordé son passe-port pour l'autre monde. Rédigé et présenté aux amis de ses prouesses par le citoyen Tissot. Paris, chez la citoyenne Toutbon, de l'imprimerie du Calculateur patriote. Au Corps sans tète. An 2^ de la mort du tyran. »

Cela donne le frisson comme une ^cène de Sbakspeare,

■1^1 ■ ■ ■ tr

Voici le capitaine Fracasse !

a La Venté au Corse tmirpateur du trône de Louis XV II! j par un soldat vendéen qui ne fait des phrases qu'à coups de sabre.

GhoUet, 1800. »

Anonyme qui a perdu son temps. Plus d'encre que de sang! Les gens qu'il voulait tuer en 1800 ont vécu quelque temps encore.

Pas très tendre cet

« Arrest contre Françoise Fournier, Marie Duval et Barbe Genêt, pfoxenetes [il y a un mot trop cru dans le texte) portant condamnation d'estre fustigées, battues nues et coëffées d'un chapeau de paille, flestries d'un fer chaud^ le 16 mai 1729. »

Nos mœurs se sont quelque peu adoucies ! On aurait trop à faire aujourd'hui si Ton voulait procéder de la sorte en cette délicate matière.

Je laisse deviner aux chercheurs d'anagrammes et de mots carrés ce singulier ouvrage :

n Recueil AB, CD, EF, GH, IK, LM, NO, PQ,RS, TV,XY,Z,eic, In-12, 1745 à 1762^ 4 volumes en veau fauve. »

Rien autre chose sur le catalogue I Cela m'a rendu rêveur, surtout Yetc^, après les vingt-quatre lettres de l'alphabet. Il y a bien le J et l'U qui ne sont pas cités, mais on ne s'en servait pas dans ce temps^là !

Nous conseillons à l'acquéreur de ne pas laisser s'égarer, avec son nom, le

« Petit Almanach des Voleurs à Vusage de tout le monde. Paris,

Triste humanité ! « a l'usage de tout le monde, » dit le titre. L'auteur a cru prudent de garder l'anonyme.

a La Maison académique f contenant les jeux de picquet {sic)^ du

hoc, du tric>traOy du hoca, de la paulme, du paUe-mail et autres jeux facétieux et divertissants. Paris, E. Loysou, 1659. » . .

V Intermédiaire des Curieux devrait bien, dans sa prochaine livraison, nous édi&er sur le hoc et le hoca. D'importation anglaise probablement, le palle-mail comme le crockett et le lawn-tennis.

Toute une série d'anas ;

c Garpentariana, 1724; Ducatiana, 4738; Santeuliaaa, 1717; Sorberiana, 169 i; Valesiana, 1694 ; Vascouiana. »

OU bons mots de MM. Charpentier, Le Duchat, de Santeuil, de Sorbières, de Valois et des Gascons les plus plaisants. — Excellents livres à acheter pour des rédacteurs de nouvelles à la main. Ils trouveraient enfin des choses nouvelles dans ces vieux recueils. Et pour finir :

« Le Passe-Partout galant j par M. le chevalier de l'ordre de ITndustrie et de la Gibecière. — Constantinople, imprimerie de Sa Hautesse. »

Exem]plaire de la comtesse de Verrue dont il porte les armes.

8,000 volumes! Et cependant pauvre bibliothèque à côté de celle qui vase vendre de Tautre côté du détroit et qui met en émoi tout le monde des bibliophiles.

Monsieur Malb'rough est mort.

Aussi son fils, le jeune duc héritier, se décide-t-il, après de longues hésitations, à se séparer des trésors que son père lui a légués. La bibliothèque Sunderland se compose de 20,000 volumes, livres rares et manuscrits poudreux entassés depuis plus de deux siècles dans le vieux manoir de ses pères « le château de Bleinheim, dans le comté d*Oxford. Elle renferme un

exemplaire en caractères gothiques de YAtrioureux transi sans espoir, imprimé en 1503 par Antoine Vérard, fameux libraire parisien à l'enseigne do Saint- Jehan rÉvanfféliste, et aussi les éditions les plus rares de Dante, de Pétrarque et de TArioste, et surtout un exemplaire du Décaméron de Boccace, première édition portant la date de 1471, semblable à celui du duc de . Roxburghe, payé 56,500 francs il y a vingt-cinq ans (1) I Pour ceux qui n'iront pas en Angleterre, je puis leur annoncer qu'ils ne manqueront pas d'occasions. Ils peuvent ménager leurs ressources. Nous aurons prochainement la vente des livres et des tableaux de Paul de Saint- Victor; les ivoires du peintre Timbal; le Seizième Siècle de M. Verdier, qui veut se retirer de la curiosité, dit-on. N'oublions pas les bijoux et les meubles de M"»^ Blanc, de Monaco ; son collier de perles fines estimé un million^ ses diamants qui en valent deux et qui sont déposés à la Banque ; sa pendule, achetée par elle. 85,000 francs à M. Jamarin, pièce gigantesque de 2"',50 de haut, avec un globe colossal à cadran tournant pour marquer les heures, un peu Empire par exemple.

Soyons indiscret. Les lecteurs ne s'en plaignent jamais. Il leur faut du nouveau, n'en fût-il plus au monde.

La collection Fîllon a été vendue 180,000 à 200,000 fr. à M. le comte de La Béraudière et à M. Lacroix, le mar-

(1) Depuis, la yente a eu lieu. Quelques yolumes ont réalisé des prix fabuleux. — Le Boman du roi Arius et des Compagnons de la table ronde, manuscrit sur yelin : 12,750 francs. — /?0 la Ruine des nobles femmes et hommes i 13,000 francs.— Une copie de la Cité de Dieu de saint Augustin, imprimée en 1475 sur vélin et enluminée : S5,ooo Arancs. Le British Muséum a fait l'acquisition de nombreuses raretés, et la première partie de la bibliothèque Sunderland a produit 484,425 francs, La seconde partie doit être vendue au mois d*avril.

chand d'estampes, et les grands libraires de Paris ont pu parcourir, cette semaine, les cartes du catalogue des livres dressé par mon ami Dugast-Matiffeux ; mais la disparition de deux riches amateurs qui achetaient beaucoup, M. James de Rothschild et M. Roederer, de Reims, se fait sentir sur le marché et refroidit un peu Tenthousiasme des acquéreurs.

Pauvre Fillon I c'était un artiste ! Il n'avait pas d'ordre. Sa passion pour les arts l'emportait et il avait compromis une belle fortune territoriale s'élevant à plus de 1,500,000 francs. Quand on vit par le cerveau, comme lui, peut-on s'astreindre à ouvrir un livre de caisse par doit et avoir ^ comme un épicier de la rue Saint-Denis?

Son Adèle Âchates, Dugast-Matiffeux, liquide doucement sa succession sous le manteau de la cheminée de Saint-Cyr-en-Talmondais. .

Voici maintenant deux nouvelles Intéressantes qui ne sortent pas, du reste, des frontières de mon département : la curiosité, où je puis me promener au gré de ma fantaisie.

Ne raillons pas les Hollandais, ils comprennent bien les affaires : Fraenkel, en quatre jours, par Pillet, a vendu pour 105,000 francs de bibelots. Ilnous les laisse et il est parti avec notre argent.

Achetez des Corot ; ils montent comme la Banque de Y Union Grénérale; c'est à croire à un syndicat. Si vous en avez, gardez-les comme une bonne valeur. A la vente R..., des Baigneuses sous iois oui valu 12,500 fr. Est-ce Taimable expert G. Petit qui les a achetées, comme il vient de le faire pour la galerie de tableaux de M. Krabbe, de Bruxelles, que les amateurs ctot enlevée en détail le lendemain de son arrivée à Paris ? Félicitons-le et félicitons-nous. Il s'agit du retour d'en-

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fants prodigues — des Troyon, des Rousseau, des Millet et des Meissonier, accaparés par un étranger. Voyons, n'êtes-vous pas de mon avis, ces cliefs-d'œuvre ne sontils pas bien mieux chez nous que chez nos voisins?

Un Hollandais part, un autre arrive pour le remplacer. C'est le tour de M. Van Minden, à présent. Toute la semaine vont défiler de nouveau les cabarets de Saxe, les garnitures de Delft,les horloges hollandaises, les cornets du Japon et les tentures de velours d'îltrecht. M. Paul Chevallier sera le commissaîre-priseur de cette vente. Il fait ses débuts depuis quelques jours. M. Charles Pillet lui a décidément passé la main. Je dirai, dans ma prochaine chronique, quelques mots sur ce vétéran de la curiosité qui a tenu le marteau pendant vingtcinq ans, avec tant de distinction, dans toutes les ventes importantes du siècle. C'est une physionomie bienparisiennne à peindre.

16 novembre, — Deux Greuze à THôtel des Ventes I la Jeune Fiancée et le Portrait du Filleul du peintre, d'après le catalogue. Les cadres m'ont particulièrement frappé. On copie très bien le Louis XVI maintenant. On fouille le bois merveilleusement. On cherche avec persévérance la couleur et la patine de la vieille dorure. Mais revenons aux Greuze. Dans une vitrine placée au centre de la salie, seuil un petit autographe de Tami de Diderot, ainsi conçu :

« Monseigneur le Duc, je vous envois [sic] la Jeune Fiancée fBv son très humble et très obéissant serviteur : J.-B. jGreuze. » (Cachet de cire rouge.)

Cette mise en scène m'a laissé absolument froid. Il n'en a pas été de même pour tout le monde, probablement, car on a payé 11,200 francs la Jeune Fiancée. Moins entraînante la vente F..., de Liège, et Th... d'Ams-

336 L'HOTEL DROUOT EN iSSl.

terdam avec ses tableaux numérotés à la craie. Ferai, qui est un expert avisé, avait rédigé, du reste, un catalogue prudent où lesattridué à... les d'après et les fimre de... se trouvaient à chaque ligne devant toutes les toiles.

Ce n'est pas d'Odette dont je vais parler. Son succès maintenant est assuré par un traité de cent représentations. Le théâtre n*est pas, du reste, de mon ressort.

Il s*agit d*autre chose. Le hasard, ce dieu des collectionneurs, a fait récemment tomber entre mes mains, à THôtel des ventes, le brouillon du manuscrit d'une pièce du même auteur : La Famille Benoiton.

Cette comédie fut jouée avec un très grand succès, à Tancien Vaudeville de la place de la Bourse, le 4 novembre 1865, dix ans après la chute complète de sa première pièce : La Taverne des Étudiants.

C'est une édition avant la lettre que je possède, et je Tai fait relier par ChamboUe-Duru, en maroquin vert, avec tous les honneurs dus à son nom et à son rang«

L'histoire de ce manuscrit est connue. On en a déjà parlé. Il fut donné, comme souvenir, à Albéric Second, qui demandait, après la première représentation, un autographe à Sardou, ce fils d'un des nombreux auteurs de V Auberge des Adrets^ ainsi que vient de le révéler Arnold Mortier.

Se montrer ainsi en déshabillé à un confrère, ce n'était pas manquer de pudeur.

Depuis, ce manuscrit a passé de mains en mains jusqu'aux miennes. C'est peut-être le seul témoignage qui reste des procédés de composition de l'auteur de Divorçons I car il jette après la copie tous ses canevas au feu.

Vapereau n'est pas toujours exact. Chacun sait cela. Il se trompe lorsqu'il dit que les productions de Sardou

L'HOTEL DROUOT EN 188i. 337

sont écrites avec facilité et souvent avec trop de précipitation. Rien, au contraire, n*est plus étudié, plus cherché, plus remanié.

Tout en travaillant, Sardou jette sur le papier, comme ils viennent, au hasard de son inspiration, des mots étonnants, des idées incohérentes, des épithètes typiques, des lambeaux de phrase, des tirades à effet, des traits d'esprit qui, semés çà et là, doivent pétiller à point voulu dans le dialogue.

C'est un arsenal qui se remplit peu à peu de munitions et qu'il garde sous la main. Il puise dans cette réserve au fur et à mesure que son œuvre avance, pour tirer de temps a autre quelques pétards étincelants qui éclatent au milieu du mouvement scénique.

Molière, dont nous n'avons malheureusement pas un seul manuscrit, ne procédait peut-être pas tout à fait delà sorte; Alexandre Dumas, d'une fécondité remarquable, qui fit en trois jours La Jeunesse de Louis XV, ne devait guère avoir le temps de consulter des cahiers de notes. Il écrivait certainement d'abondance — mais qu'importe? Le principal est que tout marche et se suive. Le public juge l'œuvre achevée :

« Le secret est d'abord de plaire et de toucher. »

Ce manu3crit est certainement une haute curiosité littéraire pour les amateurs d'autographes.' L'écrivain, en plein travail, se livre à toutes les fantaisies de son imagination. Les pages sont émaillées de renvois affectant les formes les plus bizarres, de traits au crayon rouge entourant des taches, et des notes encadrées comme des placages de marqueterie.

Une vraie mosaïque aux couleurs les plus variées que ces feuillets noircis d'une illisible écriture I

L'auteur écrit souvent aussi pour un comédien qui

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a un type particulier. Il lui conserve son caractère ordinaire. Le rôle est distribué dans son esprit avant que la pièce soit sur ses pieds; il lui plaît de voir certains propos dans la bouche de ses acteurs favoris, et il écrit dans ses notes :

a Saint-Germain {Prudent). —Elle a du g^lbe!

» Jane Essler {Marthe). — Je suis en garde-malade. La belle toilette pour une femme !

» Feux {Champrosé). — Le Tattersal du mariage!

9 Fargueil {Clotilde). — Vous voulez percer ? Vous êtes unmur. Vous percerez.

» W^^ Parade {Camilie-Léonide Leblanc) conduit elle-méroe^ va au bois, au théâtre, décide des toilettes; elle est une vraie cocotte!

» Camille {Fanfan Benoitor(j. — Ah ! papa, tu es bien jeune !

» Parade {Benoiton). — Récit de la bataille de GerisoUes : « Qu'est-ce que vous avez sauvé? — Nousavons sauvé la caisse. — {Variante :) Sauvé le roy.— ■ Et vous? — La csdsse. »

Le commencement du manuscrit porte d'une écriture hardie, comme titre, tracé au crayon bleu : LÀ FAMILLE BENOITON. Cette page est couverte d'une large tache de café et ressemble, ainsi que nous venons de le dire, à une véritable carte géographique de France divi&ée en départements. Il faut s'armer d'une loupe pour déchiffrer, du premier coup, la petite écriture une et ser* rée de l'auteur des PcUtes de mouches.

Voici, au hasard, quelques lignes griffonnées sur les premiers feuillets de chaque acte dans lesquels Sardoa se plmt à habiller la pensée de ses marionnettes avec des mots fringants. Le souvenir des lectures du Journal la Vie Parisienne, de Marceliin, ne parait pas étranger à plusieurs de ces notes, comme on le verra par ces citations :

« — Pourri de chic ! *

» -^ Le petit, né de Tamour d'une cassette et d'un coffret.

» — Oui, mou chien vert ! ^

L'HOTEL DROUOT. EN i881. 339

<c— Gomme quoi le mariage est un Inxe qui n'est pas permis à tout le monde. »

» — Il faut bien rivaliser avec les filles qui nous écrasent!

}> — A quoi distinguer une femme honnête ? Au mal qu'elle se donne pour ne pas en avoir l'air.

» — Il traite, comme des chevaux, ses maîtresses.

» — Tiens ! c'est gentil ça, je vais aller le dire à Casquette.

D — Le fils Formichel. Ce jeune canif, un insecte.

» — Les filles une fois mariées, c'est l'affaire du mari.

» — Démontrer que la toilette entraîne les mœurs. Chaque époque a son parfum : Louis XV, le musc; la Révolution, le sang; Napoléon, la poudre ; la nôtre, un mélange de poudre de riz, de tabac et de fumée.

Plus loin, l'auteur se critique lui-même :

« Acte IV. Pas trop d'explication. La pièce est finie ; les réserver pour le cinquième acte.

)) Scène sèche. Rien n'agit. Tous les efforts de Clotilde sont nuls. Il n'y a que le cri de la mère insultée dans son enfant. Aucun après. »

Il y a de piquantes comparaisons à faire sur la façon dont les tirades même les plus célèbres, celle par exemple de rinvocation à sainte Mousseline (scène V du deuxième acte), qui est restée légendaire, est venue tout d'abord sur le manuscrit, même après la mise au net et le texte tel qu'il a été dérmitivement arrêté pour l'impression. Il y a là des ratures et des surcharges qui modifient complètement le premier jet. Dans ce manu^ scrit, pas une phrase qui ne soit biffée, cherchée, recommencée. C'est entre les lignes que l'auteur a écrit sa pièce.

On le voit, si, au théâtre, aux répétitions et même après les premières représentations, Sardou n'hésite pas à couper tout ce qui fait longueur et ne porte pas^ suivant les termes consacrés, il a déjà, depuis longtemps, procédé de la sorte sur son manuscrit. II serait fecile

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de le constater en comparant le texte et l'imprimé; Du reste,

Qui ne sut se borner ne sut jamais êcrife.

L*auteur de Nos Intimes croit au magnétisme. La science de Mesmer, continuée aujourd'hui par son dteciple Donato, a pour lui de grandes séductions. II a été, dans le temps, Tun des plus fervents adeptes des tables tournantes. Ausài, lorsqu'il rêve, laissant venir a lui l'inspiration, il laisse sa main courir au hasard devant lui sur le papier. L'esprit la pousse et ta guide, et tantôt trace des rochers gigantesques, des dentelles de Venise, des arabesques, des dragons ailés ou des broderies du xvi^ siècle. Un jour, l'ombre de Michel-Ange lui a fait construire la façade d'un château merveilleux.

Le manuscrit devait conserver la trace d'une de ces rêveries. Il a des croquis magnétiques, des dessins spirites qui ne manquent pas d'originalité. Il y en a un, très drôle même, sur la marge d'une page. Cette fois, la plume de l'auteur a dessiné et n'a pas décrit un type. L'esprit était assez gai ce jour-là, parait-il, mais à coup sûr ce n'était pas l'émanation d'un 'grand maître ! Gavarni ou Daumier n'ont pas inspiré celle charge idéale que nous indiquons à titre de simple curiosité : Un bonhomme bâti comme un concombre, muni d'un appendice caudal et tenant un bâlon à la main !

Si maintenant l'académicien était peu satisfait de voir que je l'ai montré travaillant en robe de chambre, dans le silence de son cabinet, je tiens à lui dire que si j'ai pénétré, pour un instant, derrière le mur de sa vie privée, je n'en reste pas moins l'un des plu^ sincères admirateurs de son beau talent.

Je lui rappellerai, en terminant, qu'il écrivait, jadis,

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A ce pauvre André Gill, dessinateur du journal de mon ami Polo.

« J'autorise la Lune à publier ma charge, une charge étant, par comparaiflon, le meilleur moyen de faire passer l'original pour très

Aussi, je suis convaincu que, cette fois encore, l'auteur le plus applaudi de notre époque a trop d'esprit pour m'en vouloir d'avoir dévoilé ses procédés de travail. On reproduit les croquis et les études des peintres. Les ébauches et la première pensée des littérateurs «e sont pas moins intéressantes.

Et comme conclusion, je redirai, avec le poète, que les auteurs travaillent comme il leur plaira ; qu'ils aient du talent I nous ne leur en demandons pas davantage :

« Amis lecteurs, le temps ne fait rien à l'affaire. »

Trop de ventes. — Etienne Vallée. — Son atelier et ses tableaux.

— Quatre dessius de Gompte-Calix. — Reliure fauase d'un manuscrit -vendu 20,000 francs. — Une aquarelle de Gavarni. — Liquidation Ewans. — Quelques émaux. — Les étoffes orientales. — La prudence de Texpert Ferai.-*- Une perle mlraculense.

— Une visite chez Etienne Gharavay, rue de Seine.— L*album de voyage d'Alfred de Musset. — Dernieurs adieux de Camille Desmoulin à Lucile. — Mort de M"'^' Paul de Musset.

3ft> novembre»

. Je suis bien 6d retard avec eux I Ils sont là sur ma table une vingtaine, verts, bleus, jaunes et gris I Ils me sollicitent 1 Ils m'appellent I Ils me font les doux yeux, ces catalogues 1 Chacun d'entre eux cherche à fixer mon attenlion. Les uns sont une nomenclature d'armes et de tableaux, les autres de faïences et d'étoffes. Celui^îi est signé de Paul Chevallier et de Charles Manaheim, celui-là de Berthelin et d'Arthur Bloche, cet autre de Quévremont et de Gandouin, puis d'autres enfin de Maurice Delestre et d'Adolphe Labitte, d'Escribe, de Tuai, de Berloquin, de Haro, de Boulland et de Guéroult, toute la fine fleur des experts qui apprécient et des commissaires-priseurs qui vendent. Les émaux, les bronzes, les porcelaines, les livres, les bijoux, les laques, les pendules, les meubles, les biscuits et les cristaux de roche sortent maintenant de leur réserve, Ils veulent tou3 un public, de^ iicbeteurs et

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des chroniqueurs I Aussi, je ne sais vraiment de quel côté me tourner pour commencer ma tâche. Je dis quelquefois : « C'est désolant , pas de ventes I » et je suis obligé d'en convenir, cette fois : « Trop de ventes I »

Remontons tout d'abord un peu loin, au 10 novembre. — Vente après décès d'un jeune peintre : Max-Étienne Vallée, élève de M. Péquégnot. Triste, cette vente! les débris d'un atelier sont comme les décors d'un théâtre I Toujours la même mise en scène ! Ces volumes, qui ser* valent à distraire ou à travailler, défilent en gros tas sur la table banale de la salle des ventes. — Vingt volumes pour dix francs I La littérature contemporaine au poids du papier! Puis, tous les accessoires inévitables, la cuirasse, l'épée à coquille, la cotte de mailles indispensable pour peindre les guerriers du moyen âge, un bout d'étoffe pour trouver le ton d'une draperie, les plâtres qui doivent permettre d'étudier les belles lign^ds des antiques, les moulages faits sur le nu qui donnent des impressions naturalistes, les robes fournies par la marchande à la toilette qui servent à habiller le modèle, la guitare, les rubans, les morceaux de verdures pour les fonds, et, dans un coin, le mannequin qui a gardé ses derniers ajustements de Suissesse , et qui, raide dans sa pose, grimace, regarde et ne reconnaît pas tous ses compagnons qui s'en vont.

Pauvre Etienne Vallée ! Il n'eut pas le temps d'être célèbre. Il était en garnison lorsqu'il faisait ses derniers Salons, ses envois étaient datés du 21« régiment de dragons. Il eut cependant deux bons tableaux à la dernière exposition : la Source et la Qardeuse d'oies. Déception amère I Pas vendus au Salon ! car ils viennent de passer sous le marteau de W Marlio et je n'ose pas en dire le prix, L'un d'entre eu^ç f^it n^ainteaant une

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toile de r<Hid dans la boutique d'un marchand d'estampes du quai Voltaire et de la rue Bonaparte 1

Disons tout de suite un mot, en passant , de quatre dessins de Compte^Caiix qui figuraient dans une vente après décès, la vente X, Y, Z, peu importe! Un peu piqués et mal encadrés, ces dessins, rehausssés de couleur et faits pour ia lithographie, ont longtemps fixé mon attention. Je me reportais à cette époque, encore si près de nous, où l'on peignait du Louis XV avec un sentiment bourgeois et des cgustements 1830.

Les précieuses de Compter-Calix ont des bandeaux plats, des tailles de guêpes, des crinolines et des camélias dans les cheveux 1 Malgré cela, elles ont bien de l'esprit, ces aquarelles ! Elles représentent ces terribles pénitences des petits jeux qui flniss^i^t toujours par un baiser : le chandelier, Thorloge, la confession et le portier du couvent 1

Toute une série de manuscrits dans une vente de M. Bloche, ce qui est rare.

Un Missaie romanum du style lombard xv« siècle, un Livre eclésiasHçue aux armes du pape Alexandre V, venant de la bibliothèque Secousse , reliure à ais de bois, recouverte de vieux veau estampé.

Un Livre d'heures du xv« siècle, contenant un grand nombre de miniatures en camaïeu avec dés bordures d'une finesse d'exécution remarquable.

Le David moderne^ de 1703, par Vertron, exemplaire du roi Louis XV, texte en vers, encadré de filets d'or, œuvre d'un calllgraphe aussi fort que Jarry, l'auteur célèbre de la Guirlande de Julie.

Les Heures de Marguerite de Navarre , reliure très belle des Éves:^ relieurs royaux ; — ne pas cohfondre ; ce sont les Heures, et non les Contes: La reine

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Marçot se trompait peut-être de livre , elle, lorsqu'elle allait à la messe.

Enfin, les Heures de Charles-Quint, ainsi baptisées à cause de sa devise retrouvée dans Tun des encadrements des feuillets, manuscrit du xv® siècle, écrit par un Espagnol et enluminé par un Flamand. Toute une histoire, ce manuscrit ! Il avait été vendu 20,000 francs à un amateur célèbre sur la déclaration formelle d*un grand libraire de Paris que sa reliure, merveille d'art, de finesse et de fraîcheur, était ancienne ; mais, quelques doutes s'étant élevés sur son authenticité, et M. Bachelin-Deflorenne, consulté, n'ayant pas hésité à se prononcer pour une belle contrefaçon moderne, — l'acquisition dut être loyalement annulée.

Dimanche dernier, tableaux modernes et aquarelles exposés par M. Léon Tuai et par Ferai. Peu de chose à dire de cette vente, sinon que c'est la première de l'année qui ait réussi.

G. Clairm. Le Harem. S'il voyait cette peinture aujourd'hui, il voudrait, j'en suis convaincu, regarder à deux fois sa signature. C'est d'un terne! La favorite joue avec son paon favori, pendant qu'une esclave approche avec précaution uu bassin pour lui donner à manger.

Bergeret. De près , une palette de couleur ; on ne distingue rien ; en s'éloignant, on voit peu à peu se dessiner une nature morte : crevettes, huîtres et pickles.

John-Lewis Brown. La Rencontre , scène de la Régence. Un chasseur à cheval salue une dame qui arrive au rendez-vous. — L'habit rouge de rigueur qu'aime tant le peintre. Dans le lointain, une chaise et ses porteurs qui s'écartent respectueusement. Cette rencontre-là me paraît un rendez-vous.

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Portimy. Le Gnet-4^ens. Esquisse provenaat de la vente après décès. Peu indiquée, la pensée reste encore dans un brouillard par trop épais.l

Millet (1867). Poissons, légumes, choux-fleurs, bouillotte, maquereaux, dorades et ustensiles de cui-* sine, le tout noir et sans valeur. Le nom seul est intéressant.

Sd. de Beaumont. Deux pendants : Vffaiit rose^ un charmant bambin en marquis montre à deux gamines attifées en marquises le pan rose de son hahit ; le Pardon, Iç même a genoux devant les mêmes. Comme toujours, charmantes d*esprit ces compositions.

QavamL Une aquarelle représentant une lorette ea tenue négligée et une vieille mégère tenant un panier. Au bas, le dialogue suivant :

« -* Françoise, yous me volez sur le maroliê ; c'est ti*ès mal.

» — Mais c'est dans votre intérêt ce que j'en fais. ••

» — Comment?

» — Mais oui, je mets cet argent de côté, et un jour, vous qui n'avez pas d'ordre, vous ne serez pas fâchée, quand vous m'en demanderez, que j'en aie à vous prêter. »

Je ne sais si cela a été reproduit dans la série des lorettes.

Je croyais qu'après trois ventes il n'y avait plus rien à vendre provenant du magasin Ewans. Il parait que ce n'est pas encore fini. À chaque saison, on liquide peu à peu. Il y a eu encore trois jours de vente, cette semaine. Mannheim n'a pas dû s'amuser pendant ce temps-là. C'est effrayant, en effet, la quantité de mauvaises choses que, dans une carrière un peu longue, un marchand peut entasser. Le commissionnaire préposé à la surveillance de Texposition, voyant mon étonnement, m'a glissé dans Foreille : « Ce n'est rien 1 II y a encore trois grandes voitures toutes pleines dans la

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cour ; elles renferment lin tas d'objets que Ton n'a pu exposer ! » Que voulez-vous ? Tout cela va taire les délices des vieilles filles qui , sans y rien comprendre, aiment les bibelots, comme elles adorent les serins et les perroquets.

Par contre, de très bonnes choses dans une vente de M. Charles George.

Un lit Louis XVI à baldaquin, maladroitement décoré Qt mis sur blanc, par un. barbare qui avait su cependant conserver les draperies en lampas rouge et blanc à médaillons. — C'est rare. — Cela ne se voit plus que dans les gravures de Moreau, du Coucher de la mariée^ et presque jamais à Fhôtel. — Vendu, 1,930 francs. ,

Une coupe à couvercle, en émail de Limoges, décorée de sujets et de personnages^ bibliques avec les initiales de Pierre Raymond — 4,600 francs.

Un coffret à couvercle en toiture, aux plaques en émaux de couleur, rehaussés d'or et enchâssés dans une monture en cuivre. Riche ornementation. Les allégories des saisons représentées par des jeux d'enfants.

— 4,400 francs.

Cinq petites plaques rondes en émail, sujets religieux : la Cène, la Flagellation, le Crucifiement, la Descente de la Croix — 600 francs.

Un canapé et six fauteuils en tapisserie à la main. Le petit point est toujours en faveur — 1,620 francs.

Le 27 novembre, grande exposition, aux deux salles 7 et 8 réunies, des dépouilles opimes que viennent de rapporter les derniers des Hollandais, Hamburger frères d'Utrecht. Tout Paris est appelé au pillage

— sous la surveillance de M« Paul Chevallier. — Puis une vente d'étoffes très remarquables faite salle n<^ 1,

par MM. Bloche et Berlhelio : costumes, couvrerlits, tapis de prière, chapes, étoles, collels de dalmatique, bannières catholiques, étendards de Tislam. Quelle variété dans les motifs de Tornementation : fleurs, palmes, feuillages^ vases, rinceaux élégants, rayures serpentines — et dans Texécution : découpures de satin jaune sur fond de damas, velours blanc relevé de vert et de rouge, gros reliefs en fil d'argent, applications de velours sur soierie et de soieries sur velours. Elles avaient presque toutes, ces étoffes, un caractère orient tal, et Timmobilité des Orientaux en matière d'art, leur respect absolu de la tradition avaient empêché, faute de points de repère, de dresser un catalogue de peur de se tromper sur les époques. Je puis affirmer cependant qu'une tapisserie persane, travail à la main, représentant des animaux afrontés, m'a paru au moins du xni® siècle.

Quand donc retrouverons-nous Tune de ces admirables couvertures de lit destinées aux convives dans les repas de Babylone et qui furent payées dans ce temps, assure-t-on, jusqu'à 800,000 francs de notre monnaie? (1)

Vu dans la collection U. . . qui vient de passer en vente, une perle miraculeuse d'une grosseur exceptionnelle, pesant 4,000 grains. L'orfèvre avait su en tirer habile* ment parti pour faire le torse d'une statuette de cen-

(i) Cette collection, qui venait de l'étranger, a produit 82,670 francs. Voici quelques-unes des enchères obtenues : une bannière brodée, soie et Telours du xyi« siècle, 1,650 francs. — Un tapis persan ancien, 3,ooo fr,

— Un couvre-lit en velours brodé à fleurs, 2,100 francs. ~- Bandeau de lit en velours, i,270 francs. — Devant d'autel de velours rouge, époque Renaissance, i,020 francs. — Deux bandeaux de fenêtres en velours, 1,460 francs. — Bannière en velours rouge, avec encadrement, i,uo fr.

— Chape brodée de soieries, 550 francs. — Deux oriflammes, &30 francs.

— Deux bandeaux en broderie, Fun i,840 francs et l'autre i,S80 francs.

taure en or massif, enrichie d'ornements en brillants et d'appliques en émail translucide.

Avis aux amateurs. — Ferai est décidément un expert des plus honnêtes et des plus prudents. — Dans Tun des catalogues rédigés par ses soins, il désigae ainsi une toile :

Teniers {attribué à) Le corps de garde de singes. Fin petit tableau. — Signé.

Entre ces deux désignations, Tune en tête, l'autre à la fm, attribution et signature, il n'y a que rembarras du choix. Que faire? Dans le doute, suivez le proverbe, abstenez-vous.

Le vent souffle, en ce moment, du côté des autographes. Le public témoigne de jour en jour un goût de plus en plus vif pour les révélations épistolaires. Charavay (Etienne) a fait la semaine dernière une vente importante.

Quelques jours avant, nous étions réunis une dizaine dans ce petit cabinet étroit, bien connu des amateurs érudits, bizarre d'aspect,- situé au' premier étage sur la cour du n^ 51 de la rue de Seine. On dirait d'un cabinet de lecture de province. — Chacun était devant une petite table, absorbé par Texamen des dossiers qui devaient passer en vente. Charavay, toujours aimable, allait, venait au milieu du public, disant un mot à celui-ci, répondant à celui-là , et distribuant, à tous, ces chemises grises qui renferment les lettres destinées à être vendues.

Tout le monde lisait, enfoncé dans ses recherches. On n'entendait que le bruit des lourds omnibus qui remontaient la rue de Seine.

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J*avais déjà feuilleté bien des numéros de la vente prochaine, lorsque Tidée me vint de demander à Charavay de m'indiquer quelques souvenirs intéressants pour ma prochaine chronique.

<K — Dites-mol, cher ami, quels sont les autographes que vous avez vendus le plus cher dans votre carrière d'archiviste paléographe ?

— Une lettre d'Améric Vespuce, me répondit-il, 2,600 francs à la vente de Bepjamin Fillon et une lettre de Pierre Corneille, qui, achetée autrefois 1,000 francs, est arrivée jusqu'à 5,000 francs lors de la dispersion de la collection Chambry.

— Que pouvez-vous, dans une année, vendre d'autographes à Thôtel Drouot?

— Deux cent mille francs, environ ; une seule vacation de deux heures s^est élevée une fois à quarante mille francs.

— Parmi les cabinets catalogués et réalisés par vos soins, quelle est la collection la plus importante?

— Celle de feu Fillon. — Jusqu'ici nous sommes au chiffre de 150,000 francs, et tout n'est pas encore terminé.

— Avez-vous des ventes prochaines importantes en préparation?

— La collection d'autographes des compositeurs de musique de feu M. Fonscolombe, les documents révolutionnaires de M. Pochet-Deroche et la vente Emile Cottenet, qui se fera au mois de mars et qui se compose principalement d'artistes français. Il y a une pièce qui fera sensation : une lettre du peintre Vélasquez, — la seule connue !

— Je crains de vous fatiguer de mes questions , cependant vous me feriez bien plaisir en me disant de quel côté se dirige le courant, actuellement?

— Du côté artistique et littéraire ; la politique est«en

baisse. On cherche à faire des groupes sur telle ou telle individualité; aussi les séries de correspondance sontelles très recherchées. Beaucoup de personnes veulent publier un volume. Avec des documents inédits, une préface et quelques notes, on passe aisément dans la catégorie des auteurs.

— Merci, je ne vous retiens plus davantage. Donnezmoi maintenant cet album de Musset, dont on a tant parlé déjà dans la presse, et je vous rends tout de suite à nos amis qui vous réclament de tous côtés. »

Etienne Charavay m'apporta un album oblong, recouvert de ce papier gris marbré, employé jadis, et comme on en fait encore pour les jeunes personnes qui veulent utiliser pendant les vacances les éléments appris dans leurs cours de dessin.

Ce fut une déception. — Musset, cet esprit si fin, dessinait horriblement mal. Il n*avait pas, selon moi, les premières notions de cet art. Il aurait dû, lui, le poète merveilleux, se rappeler ce qu'a dit le bonhomme La Fontaine :

Ne forcez pas votre talent; Vous ne feriez rien avec grâce.

Le premier feuillet représente une scène de son voyage en Italie. Un marchand présente des coquillages : Bellissime, signore, dit-il ; George Sand se baisse pour examiner, et Musset fait sortir de sa bouche ces mots, encadrés au crayon : Regarde, mignon !\\ est là, à côté, les deux mains plongées dans les poches d'une longue pelisse : Dieu, que t'es bête , mignonne ! répond-il.

L'auteur de Rolla a eu souvent plus d'esprit.

Dn autre dessin représente Musset costumé comme le chanteur florentin, de Paul Dubois, et à côté de lui

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George Sand avec les cheveux arrangés à la Louis XIII et un col à la Valois. — C'est franchement laid.

Plus loin, les voyageurs sont à bord d'un paquebot. Sand fume gaillardement une cigarette. Musset paye son tribut au mal de mer et il se fait parler lui-même ainsi : Homosvm et nihil hnmani a Tnealienumputo.

Assez réussie pourtant la charge de son ami Stendhal (Henri Bayle) sous le type de Joseph Prudhomme, disparaissant dans une grande redingote à la propriétaire. On dirait un dessin de Henri Monnier.

Voici enfin quelque chose de passable : c'est le portrait de George Sand. Elle tient un éventail qui lui cache la moitié de la figure. On ne voit que son front intelligent, et ses yeux, semblables à ceux d'une Mauresque, éclatent comme des diamants.

« Quelle déception 1 dis-je à Gharavay en lui rendant » l'album, ce souvenir- devrait servir à faire des cen- » dres plutôt que de l'argent. Vous devez avoir autre » chose à me montrer de plus intéressant dans la vente » Nugent que vous avez préparée?» A.vec une bonne grâce charmante, il me mit sous les yeux une lettre adressée à Facteur Lekain, par Mademoiselle Denis, la nièce de Voltaire, l'auteur de la Coqwtte punie, refusée par la Comédie-Française ; elle donne d'assez curieux détails sur son oncle, et je transcris ce paragraphe tout entier.

Mourion, 23 janvier.

Vous demandez à moa oncle une tragédie et vous avez raison. Donnez-lui donc le temps de la faire. Son sujet est choisi; mais l'ouvrage n'est pas encore commencé. Il a plusieurs choses à finir avant que de pouvoir y travailler. Heureusement vous savez qall fait fort vlste (sic), il fait des vers mieux que jamais et s'il vit, comme je l'espère, je ne doute pas que vous n'ayez encor (sic) plusieurs tragédies de lui ; pour moi je l'y porterai de tout mon cœur et surtout je l'engagerai à faire toujours deux beaux rôles, un pour vous, et un pour M"« Cléron (sic) et c'est bien son intention.

Il était tard, je ne voulus pas sortir de chez Charavay sans examiner une précieuse et touchante lettre de Camille Desmoulins, écrite dans son cachot et tracée sur des feuillets arrachés de son carnet. Sur ce dernier adieu à sa chère Lucile, le 4 avril 1794, sooj; tombées, çà et là, de grosses larmes qui témoignent de Témotioa avec laquelle ces lignes d*une écriture nerveuse ont été tracées ; dans ces dix petites pages peu raturées, le style s'élève à une grande hauteur, surtout à la fin. Il commence par dire qu*il a comme voisin dans un cachot Fabre d'Églantine et il ajoute :

J'avais rôvé une République que tout le monde eût adorée. Je ne pouvais penser que les Lommes fussent si injustes et si féroces. Comment croire que quelques plaisanteries dans un écrit contre des collèg^ues qui m'avaient provoqué effaceraient le souvenir de tant de services. Je ne me dissimule point que je meurs victime de ces plaisanteries et de mon amitié pour le malheureux Danton. Je remercie mes ennemis de me faire mourir avec lui et Philippeaux.

Socrate but de la ciguë, mais au moins il voyait ses amis dans sa prison. Robespierre fut impitoyable, il mit comme un conspirateur Camille Desmoulins au secret et renvoya sans sourciller à l*échafaud.

Cette lettre du conventionnel le plus sympathique de la Révolution est signée : Ton Camille Des,,, et le reste du nom n'a pas été écrit (vendue 3,000 francs).

Le dossier de cette vente Nugent renfermait encore bien des choses intéressantes :

Le brevet sur vélin de dame d'honneur accordé à Versailles, le 17 octobre 1729, par la reine Marie Leczinska, la malheureuse femme de Louis XV, à la comtesse Louise-Julie de Mailly, qui fut, pour l'en récompenser, l'une des premières maîtresses de son mari (150 francs).

Une correspondance des plus curieuses (1794-1796)

avec M"»* Tallien, où la comtesse de Valence, flUe de la comtesse de Genlis, signe Pulchérie Btvlard. Dans une de ses lettres, elle demande à son amie de lui donner les moyens de voir Btionaparte :

C'est tout à fait un désir impérieux pour moi ; B*il va chez vous, je vous conjure de me recevoir ce jour-là. On a besoin de voir ce qu'on aime tant. Je ne puis me résoudre à aller chercher sa vue dans une fête. Vous m'avez dit que je le verrai chez vous et c'est là que j'ai envie de le voir.

Le comte de Valence partageait Tadmiration de sa femme pour Bonaparte; revenu de Témigration, il s'attacha à la fortune du général qui, devenu empereur, le créa sénateur et remploya dans ses armées.

Ces vingt-six lettres ont été vendues 1,000 francs.

Une très spirituelle épitre de Méry à Alexandre Dumas, où il narre Tayenture d*un savant allemand qui s*est évanoui à la lecture du latin macaronique de rinscription de la place Vendôme (41 francs).

Eûfln, et ce n'était pas les choses les moins intéressantes qu'avait réunies TAnglais Nugent, toute une série de documents et de lettres sur Talma :

Du 7 brumaire an III, un ordre de monter la garde, signé par lui en qualité de commandant d'un poste de la garde nationale (65 francs).

Du 13 pluviôse an VI, un traité passé entre Talma et Sageret, entrepreneur de TOpéra-Feydeau, pour tenir sans partage, dans la tragédie et dans le drame, tous les premiers rôles, moyennant quinze mille livres par an (149 francs).

Du 20 mai 1807, le procès-verbal de sa réception à la loge maçonnique de rOniou de Limoges.

L'origine de la délibération du Comité du Théâtre- Français confirmant l'engagement de cinq années de Talma, à partir du mois de janvier 1819^ et lui eiccor-

dant pour Tavenir un congé de quatre mois par année (100 francs)..

Et, pour clore la série, un billet de faire part de la mort de Talma.

La mort devient opportuniste. C'était hier la vente d'Alfred de Musset. Alexandre Dumas, Camille Doncet, Arsène Houssaye, Emile Périn se trouvaient au premier rang parmi les assistants. Â deux heures et demie, le marteau de M® Delestre s'apprêtait à s'abattre sur les papiers intimes du grand poète, quand M. Alfred Châtard, neveu de M<"<^ Paul de Musset, s'approcha de son bureau pour lui faire une communication pressée. -^ M® Delestre s'adressa immédiatement au public :

« Messieurs, dit-il, j'apprends une bien triste nouvelle. M'"^' Paul de Musset est morte dans la nuit. Je crois qu'il convient d'ajourner la vente jusqu'à l'ouverture du testament. C'est non seulement mon avis, mais c'est aussi celui du notaire. »

La séance fut levée immédiatement.' M'"^' Paul de Musset, fille du général d'Alton, cousine des d'Âlton- Shée, avait depuis quelque temps quitté son appartement de la rue Cambon pour s'installer au n*" 34 de la rue de Ciichy, dans une maison de retraite, tenue par des religieuses. C'est là qu'elle est morte.

Les amateurs d'autographes sont maintenant dans les transes. — La vente aura-t-elle lieu? — Si les héritiers voulaient garder pour eux l'album, les dessins, les manuscrits de la Coupe et les Lèvres et de Lorenzaccio ?

Je l'espère, en ce qui me concerne.

Cette vente se comprenait pour M»"® Paul de Musset. Elle était pauvre. Elle avait besoin de se faire des ressources, -^ J'étais de ceux qui l'excusaient,

dM

L'HOTEL DROUOT EN i88i.

Mais battre moDDaie avec ces ébauches de portraits idéalisés qui ne ressemblent à persoune, avec ces frag* meuts raturés, avec ces lettres inachevées, avec ces improvisations où Musset, dans des heures de fièvre et d*espoir, avait mis le meilleur de son âme, — ce n*est plus possible aujourd'hui.

Ces papiers valent mieux qu*un titre de rente ; ce sont des titres de gloire pour les descendants de Fillustre poète, — des parchemins de noblesse à conserver et à partager en famille.

Ck>urbet et son œuvre, — Ingres, le peintre des allégories. — Le jury de 1841. — Un article de Jules Vallès. — Courbet rival de Velasquez. — Les tableaux de Gustave. — Le compliment du Franc-Comtois. — Le Combat de cerfs, l'Enterrement d'Ornans, l'Atelier, l'Hallali du cerf, le Rétour de la conférence. — Don de Mlle Juliette Courbet.

7 décembre.

Était-ce un mystificateur, ce paysan du Danube, ce peintre d'enseignes, ce glorificateur du laid, ce Raphaël des tas de^ cailloux, comme les critiques du temps rappelaient'd'édaigneusement ?

Non, ce Franc-Comtois qui écrivait en 1865 : « Mon tableau du Salon fera beaucoup d'effet, » se trompait de quinze ans ; sa vanité était franche et peu dissimulée. Il avait conscience de sa valeur. Il avait raison et les autres avaient tort ; voilà tout.

Nous le voyons bien maintenant; on ne rit plus de lui. Discuté d*abord, accepté ensuite, il est acclamé aujourd'hui.

Il aimait la brasserie, la pipe, le bon bock, la soupe au fromage, la discussion,^les deux coudes appuyés sur la table. Il adorait la blague d'atelier et il ne cherchait nullement à faire de lui une personnalité trop bruyante, ainsi qu'on le lui a reproché bien souvent.

Cétaitun type, j'en conviens ; mais c'était un grand artiste convaincu, méprisant la convention, la tradition, qui appelait dédaigneusement Ingres le peintre des allégories, et qui se bornait, avec son immense talent, à peindre ce qu'il voyait. %

Les éreintements du critique Geoffroy, dans la Revue des Deux-Mondes, ne Tout nullement tué. Il est mort dans les tristesses de l'exil, payant bien cher un entraînement passager sur le terrain brûlant de la politique. Ce fut un grand ouvrier.

Courbet était né le 19 juillet 1819. Il travailla dans l'atelier de Steuben et d'Auguste Hesse. Il fui l'élève du père Schnetz; mais sa nature indépendante ne s'accommoda guère de l'écolel. Dès 1841, il eut l'honneur d'essuyer les disgrâces des membres de l'Institut, ces académiciens bornés et têtus qui, n'aimant que le poncif, commencèrent par refuser l'entrée du Salon au Désespéré — un chef-d'œuvre l Aucun peintre n*a rendu plus fidèlement Teffroil Le même jury refusa YffomTne blessé et les Amants dans la campagne.

En 1845, il avait enfin, au Salon, son portrait avec un chien et en 1848 un Cfuitarero, et c^' Portrait de Proudkon peint en blouse, assis sur les marches de sa maison, à côté de sa femme bossue, d'un réalisme qui précédait de trente ans le naturalisme de Zola. — Un grand tapage se fit autour de ce tableau : « Bravo I criait la jeune France qui avait salué jadis les œuvres de Victor Hugo. » — « Courage 1 » écrivaient Champfleury et Castagnary, les maîtres de l'école nouvelle.

Déjà on commençait à ne plus railler le rabelaisien Courbet. On disait même : le maître d'Ornans. Berlioz, cet autre discuté, lui demandait son portrait en 1848 ; mais la jalousie éclatait de plus belle dans le camp de ses adversaires. Il dut, en 1855, faire une exposition privée de ses œuvres; et, pour narguer ses détracteurs.

il fit construire à ses frais un grand bâtiment, avenue Montaigne, sur lequel il inscrivit en gros caractères :

LE REALISME

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