EAU
Je connais un de mes amis dont cette description fera venir l'eau à la bouche, — supplice de Tantale, car elle est vendue, cette belle tapisserie I
Une esquisse du portrait de Victor Hugo par Bonnat. — Un sonnet d'Adrien Dezamy. — Roxard de La Salle. — Une galerie triée sur le volet. — Esquisses de Rubens. — Franz Hais. — Pieter de Hooch. — Breugel le vieux. — Les tableaux du marchand anglais Ëverard.
S avril.
La salle a<* 8 de Thôtel Drouot est un salon perpétuel, qui a bien son prix. Les œuvres exposées pour la vente sont souvent de premier ordre. C'est aussi un musée du Louvre permanent qui exhibe sans cesse depuis quelque temps des merveilles. Nous en avons eu la preuve celte semaine dans les deux ventes dont nous allons parler. Les artistes s'y rencontrent avec un public terrible de gens qui, n'ayant rien à ménager que leur bourse, ne leur sert pas toujours des compliments, mais comme d'un autre côté il fait quelquefois les réputations, ou les consacre définitivement, il doit bien aussi avoir voix au chapitre^ puisque c'est lui qui cote les talents, ainsi que les agents de change cotent la rente à la corbeille.
Vendredi, après deux jours d'exposition, Pillet et Ferai faisaient une vente de tableaux modernes pour le compte de deux amateurs, qui avaient réuni leur galerie.
La pièce capitale était l'esquisse du portrait de Victor Hugo, par Bonnat^ que M. Évariste Mangin, ancien ré-
dacleur du Phire de la Loire^ un ami éclairé des beauxarts, avait acquis pour 3,800 francs à la vente Mouchot, organisée par les artistes, et qui vient d'être acheté, deux ans après, 7,400 francs par M. Brame, le marchand de tableaux de la rue Tailbout.
Cette esquisse est superbe. La tête, très saisissante d'aspect, se détache en pleine lumière. Le grand penseur appuie sa main gauche sur son front puissant. Il rêve ou il compose. Le visage est admirablement brossé, la lumière lui donne un éclat de vie extraordinaire. Quelle science et quelle vigueur de coloris ! A l'exposition, tous les autres tableaux étaient écrasés par ce portrait, qui a inspiré au poète Adrien Dezamy, l'auteur de charmants sonnets sur le Salon, la strophe suivante, frappée sur l'enclume des beaux-arts :
Grave, muet, il rêve, accoudé bup Homère...
Son visage, dans l'ombre, apparat! radieux; Sa lèvre, où flotte encore une pensée amère, Sait courtiser les fleurs et tutoyer les dieux ! Il rêve. Sa main droite étreint son cœur qui gronde. Et l'autre, comme Atlas jadis portant le monde, Soutient son vaste front par l'exil rembruni. — vous que sou reflet fit poètes... peut-être?
Inclinez-vous devant ce vieillard : c'est le Maître, C'est le songeur dont l'œil déchiffre J'infîni !
De Courbet, le portrait à larges traits de Pierre Dvrpont. Le chansonnier, Timmortel auteur des Bœufs^ à la physionomie robuste, au front solide, aux cheveux noirs d'un lazzarone, est représenté en tenue d'atelier, la cravate nouée négligemment sur le col de la chemise entr'ouverte. — Ce n'est pas à coup sûr un chefd'œuv;*e. Cela manque de vigueur; pour du Courbet, c'est du flasque. Trop réaliste, du reste, ce portrait qui est laid. — On a payé le nom, sans doute : 610 francs.
De Jules Héreau, un artiste de bien grand talent,
L'HOTEL DROUOT EN 188i. 85
trois tableaux, souvenir sans doute da son éloignement de la France après les tristes événements de 1871 :
Au bord de la Tamise, d'une note grise comme la vue de Londres, 320 francs. — Moutons au pâturage^ un ciel juste de coloris, 500 francs. — Au bord de la Mettre, environs de Rotterdam, d'une tonalité chaude, S40 francs.
De Henri Picou, un oublié dontGérôme disait : « Nous étions trois à l'atelier : Hamon, Picou et moi — Picou était le plus fort de nous trois, » deux tableaux d'une incroyable finesse de pâte : la Marchande d'émerUlons eiVATnourpuni.
De Toulmouche , le Debucourt du règne de Napoléon III, peinture de mode qui ne vivra pas, dit-on mais qui séduit bien des gens — et je suis du nombre — une Tête de jeune Femme, riant pour montrer ses belles dents, 300 francs.
DeWorms,dit X Espagnol, n'est-ce pas? \^ Maréchalferrant. Évidemment cela se passe à Séville : une gitana, tout en tenant un cheval que l'on ferre, fait les yeux doux à un beau torero fumao^ son papelito. — Vendu 4,050 francs.
De Barye, un Cerf dans la forêt de Fontainebleau. Bien énergique, cette peinture avec ses rochers de couleur grise, ses lignes noires se découpant à l'encre de Chine sur un fond dur, cru, heurté — mais vrai.
De Jean-François Millet : \e Troupeau d'oies ; une aquarelle venant de la vente Sensier, vendue 2,500 fr. Contre-coup évident des prix élevés de la vente Wilson.
Total de cette vente : 51,000 francs.
La vente Compte-Calix : 22,000 francs.
Quelle amertume pour un amateur! quel accident terrible I mettre toute l'ambition de sa vie à réunir des œuvres d'art, se former une galerie, puis voir peu à peu
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devant soi les lignes pures et bien déterminées vaciller et s'effacer, les lumières et les ombres se perdre dans le brouillard d'une vue troublée, devenir enfin presque aveugle : tel est le cas de M. Roxard de La Salle, qui se sépare de ses maîtres adorés — parce qu'il ne peut plus les voiri
Très épris des Flamands et des Hollandais principalement, M. Roxard de La Salle a réuni en se les procurant, soit à Nancy, dans son entourage, soit aux grandes ventes parisiennes qu'il suivait avec assiduité, une trentaine de tableaux — pas plus — qui feront dresser des bordereaux bien élevés au clerc de M^ Pillet.
Passons-les en revue rapidement, pour ceux de nos lecteurs qui n'auront pu assister aux deux jours d'exposition, samedi et dimanche.
Une esquisse de Rubens — la perle de la .vente ! — portrait équestre de Ferdinand^ infant d'Espagne et archiduc d'Autriche, peint à l'occasion de l'entrée à Anvers , après la bataille de Nordlingen , en 1635. Monté sur un cheval à la tète un peu petite (suivant l'idéal du temps), le triomphateur a la tête nue. Il est appuyé sur un bâton de commandement. A droite, la Renommée tient sa trompette légendaire. A gauche, dans les roseaux, un triton tenant un trident et une naïade eifrayée. Impossible de voir une couleur plus brillante et une facilité plus grande. — Il est bien du grand improvisateur, ce petit tableau qui fera faire des folies sans doute.
La Petite fille au chien, de Pieter de Hooch, — ce grand clair-obscuriste, — déjà gravée dans la Gazette des beaux-arts. C'est un intérieur hollandais. Une femme assise tient sur ses genoux un marmot qui pleure sans doute. Elle cherche à l'apaiser et lui montre, debout devant elle, une petite fille qui tient un petit chien dans ses bras. Chez Pieter de Hooch, la porte est toujours ou-
verte, jamais fermée. H aime à montrer qu*il possède, au plus haut point, Tart de la dégradation savante de la lumière. Un rayon de soleil vient par cette porte et produit une tonalité chaude et transparente sur les car* reaux blancs et noirs de la pièce. L'effel est admirablement trouvé.
Ce tableau a ses papiers, comme les pur*sang. II a passé par les collections Vaudreuil en 1874, — lord Mulgrave en 1854, — Van Cruyk en 1858 et Pereire en dernier lieu.
Le peintre de Harlem à la touche cavalière — Franz Hais — est représenté par un Portrait déjeune homme^ la toque posée sur Toreille d*un air crâne, la main gauche tenant un œillet. Bien arrangé, posant bien, on dirait d*un modèle d*atelier ou d'un camarade qui s*est prêté à l'inspiration du peintre. Le visage est peint avec une rare finesse, tandis que les étoffes sont d'un faire robuste; — mais le raccourci d'une des mains produit un bien mauvais effet.
Un Intérieur de Temple, par Emmanuel de Witt, un peintre qui sait, autour des piliers des vieilles cathédrales , faire tourner des ombres vigoureuses ou des lumières caressantes, comme dirait M. Paul Mantz.
Une Halte de Chasse, de Go vert Camphuysen. — Dans le verdoyant carrefour d'une forêt, un seigneur, monté sur un cheval gris pommelé, en costume de chasse, chapeau noir, veste brune, grandes bottes et culotte rouge, s'arrête pour voir un lièvre qu'un piqueur lui présente. Un serviteur le suit; plus loin, un valet sonne de la trompe; un autre accourt, tenant deux chiens en laisse. Comme les valeurs vigoureuses s'enlèvent sur les clartés, comme les personnages sont bien enveloppés par le ciel, les arbres et les terrains ! Cependant ce tableau est-il bien de Camphuysen?
n'est-il pas d'Albert Cuyp? Voilà ce que se demandent quelques critiques éclairés.
Le MattUy charmant petit tableau, par Van der Nerr, signé de son monogramme et daté de 1646. Au centre, sur le bord d'un canal, un chemin fuyant vers le fond et se perdant dans la vapeur du matin. Au premier plan , un enfant et une femme ramassant du bois mort, au pied d'un vieux chêne au tronc noueux, aux branches brisées, au feuillage se détachant sur un ciel blond et vaporeux. — Splendide , le chêne. Un vrai chefd'œuvre !
Deux tableaux de Breughel le vieux — Y Hiver en Hollande et une Venle mobilière dans un village. — Des effets de neige, bien.entendu. — Bien amusant ce Breughel, comme disent les amateurs, suivant la locution qui leur est familière. Toujours des petits personnages habillés de rouge qui paraissent découpés et collés sur le tableau, ou des paysans et des femmes vêtus de noir qui se profilent sur la neige comme des silhouettes d'ombres chinoises.
Un beau Vanloo de la collection de Boissy, la fille de Louis XV, M'»^ Adélaïde, représentée en Diane, assise sur un rocher, les épaules nues, la robe blanche et le manteau fleurdelisé : charmant et gracieux portrait d'une touche gaie, d'un coloris vif et délicieux.
11 y a encore quelques beaux jours pour l'hôtel Drouot.
, Hortense Schneider a fait retenir du H au 15 avril la salle n° 1.
La Belle Hélène vend ses diamants et ses objets d'art. Cinq jours de vente! Rien que cela! — Elle a chargé M. Bloche de faire son catalogue. Il y avait de belles choses dans le petit hôtel de l'avenue du
Bois. — II y aura de nombreux amateurs à cette vente.
Il est impossible de laisser passer, maintenant qu'elle est faite, la vente Everard, sans en parler. Nous nous sommes bien gardé de le faire plus tôt, dans la crainte de paraître vouloir chauffer cette vente, qui n'a été que la liquidation d'une honorable maison anglo-française, par suite de la mort subite de son chef. Tous les Parisiens qui flânent un peu se sont bien souvent arrêtés devant les vitrines du magasin, à l'angle du boulevard des Italiens et de la rue du Helder.
Cette revue n'est pas, en effet, une réclame. Elle ne relève que de l'écrivain seul qui tient à conserver une indépendance qui lui est précieuse, parce qu'elle lui procure le droit de critique absolue. Il ne voudrait pas passer, aux yeux de ses lecteurs, pour un bénisseur perpétuel, sur commande ou sur ordre.
Disons que la foule n'a cessé, pendant les deux jours de vente d'envahir les deux salles 8 et 9, de telle façon qu'il était fort difficile d'y pénétrer, même de bonne heure, après le premier coup de marteau donné par W Pillet. Jamais, de mémoire de commissionnaire, on n'avait vu pareille affluence. On aurait dit d'un jour dé fin de saison au Bon-Marché ou aux magasins de feu le Printemps,
Deux experts pour cette vente, Durand Ruél et J. Hollender, de Bruxelles.
Parmi le public, beaucoup de peintres, très anxieux sans doute de savoir comment leurs tableaux seraient cotés par les acheteurs, quelques-uns même tout prêts à soutenir les enchères pour le compte d'un camarade. Nous serons bon prince; nous ne parlerons pas de la baisse qui atteint les œuvres de certains artistes, jadis très en faveur; nous ne citerons que quelques prix qui
peuvent servir de renseignements à nos lecteurs sur la valeur attribuée en vente publique aux maîtres de Técole contemporaine.
Corot, — Trois paysages vendus 4,950 — 6,000 et 6,600 francs.
DauUgny. — Paysage, 4,000 francs.
Decamps. — Soldats, 12,000 francs. Environs de Smyrne, 11,000 francs.
Diaz, — En hausse croissante. Enfants turcs, 21,000 francs.
Grérôrtie. — Caravane, 5,500 francs.
Gilbert. — Marché aux fleurs, 3,800 francs.
Jacquet. — Une Polonaise, 6,400 francs. Due Amazone,. 6,000 francs.
Madrazo. — Jeunes femmes, 3,900 francs. La Lecture, 5,500 francs.
Marchetti, — La Visite, 3,700 francs.
Meissonier. —Vne Esquisse de cavaliers, 7, 505 fr.
Pasini. — Entrée de mosquée, 4,600 francs.
RoSert-Fleury . — Le Sac de Rome^ 5,600 francs.
Th. Rousseau. — La Mare, 6,500 francs.
Roybet. — Un porte-étendard, 6,800 francs.
Saint-Jean. — Grande sensation quand le tableau est mis sur table. Fruits et gibiers, 15,450 francs.
Schreyer. — Attelage hongrois^ 10,900 francs.
Stevens. — Désespoir, 9,200 francs.
Troyon. — Animaux au pâturage, 9,200 francs. Le Pont, 11,000 francs.
Vcin J/«r(?A^. —»• Retour de Fabreuvoir, 14,500 francs.
Verbœkoven. — Moutons au pâturage, 8,150 francs.
Villeras. — Marchand de volailles au Maroc, 9,000 fr.
Vollon. — Le Tréport, 10,000 francs. Une perle!
Willerns. — Visite de la marraine, 10,600 francs.
Le premier jour, le montant de la première vacation était arrivé au respectable chifi're de 304,882 francs. Le
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second jour, 325,618. Total 630,000 francs ! Six jolis petits chiffres.
La vente Roxard de La Salle a produit 152,845 francs.
11 y a encore quelques beaux jours pour l'hôtel Drouot.
Drainage des objets d'art par l'Amérique. — La bibliothèque Lyonnaise de M. Renard. — Le Molière de !673. — Feu Charles Hue. — Les oiseaux de passage.
5 avril.
Cette semaine, deux à trois ventes de livres, surtout celle de M.ColIin^ qui sera très intéressante et dont nous parlerons plus loin. Labitte doit être sur les dents, jamais il n'a autant vendu. Les catalogues de Tannée réunis seront bientôt aussi gros que ValTnanackBoUin.
Le public ne se lasse pas. C'est le Minotaure qui dévore tdut. H se compose, nous le savons, d'habitants des quatre points cardinaux; mais depuis quelque temps voilà surtout le nouveau monde qui se met de la partie. Ces rudes Yankees, épais et lourds, seront peut-être plus policés que nous un jour. Ils possèdent déjà des journaux d'art. Ils ont des ventes et forment des musées. Boston a dévalisé San-Donato, New- York arrache ses richesses artistiques à la France à coups de dollars. L'Amérique nous envoie du pétrole, du coton et du lard trychiné. Nous lui adressons en retour nos plus belles choses, et nous perdons certainement au change, car la Source sera tarie, chez nous, avant la leur.
Dix jours de vente pour la bibliothèque Renard, qui. ne comprenait pas moins de 1,587 numéros. Chaque jour, à deux heures, Maurice Delestre montait à son pupitre et prenait son bâton de chef d'orchestre.
Collectionneur de la vieille roche, M. Renard ne s*a* bandonnait pas à Ticonographie des livres du xix® siècle. Ce n*est pas lui qui aurait fait des folies pour les éditions Princeps des Romantiques^ et payé 1,000 francs la première édition introuvable de Notre-Dame de Paris. II n* aurait certainement pas mis dans sa bibliothèque, le Napoléon, de Raffet, ou celui d'Horace Vernet; les Mystères de Paris, avec les paysages parisiens de Daubigny, ou le Juif Errant, de Gavarni; les Animaux et le Gulliver, de Gfandville; le Gil Blas, de Jean Gigoux, tous ces livres illustrés de notre'époque sur lesquels les coulissiers de la librairie cherchent à faire la hausse.
Il faut dire aussi que Lyon offrait à un bibliophile une mine inépuisable. La vieille cité imprimait à la fin du XV® siècle une quantité considérable de livres écrits en français, tandis que la Sorbonne réservait à Paris les presses de Remboldt aux ouvrages de théologie écrits en latin. Les imprimeurs Guillaume Le Roy, Barnabe Chaussard, préparèrent la voie à François Juste el à Etienne Dolet. Les Trechsel et les Jean de Tournes rivalisèrent avec les Vostre, les Hardouin et les Geoffroy Tory. Le libraire lyonnais, Guillaume Roville, est supérieur aux Parisiens Denis Janot et Hiérosme de Marnef. Toute une légion de poètes sortis des bords du Rhône, Louise Labbé, Maurice Scève, Olivier de Magny, Claude, de Taillemont, furent les amis des Rabelais et des Clément Marot.
Qu'on le sache, la puissante cité, enrichie par le métier Jacquard, a formé de nombreux amateurs :
Cailhava, dont la vente date de 1845, et qui avait recueilli des spécimens de Tancienne typographie de la ville : mystères, pièces gothiques et romans de chevalerie.
Coste, qui possédait un catalogue de 18,641 numéros.
en grande partie sur Y Histoire de France, trésors que se sont partagés les bibliothèques de Nantes et de Paris.
Yemenitz, qui avait la bibliothèque la plus importante vendue depuis cinquante ans, et dont le total a dépassé 700,000 francs.
Mais revenons à M. Renard, qui avait réuni, dans toutes les divisions, des ouvrages rares et précieux de théologje, de jurisprudence, de philosophie, de sciences , de géographie, d'histoire, de beaux-arts et de linguistique. Toutes ces richesses ont produit 185,000 francs. Voici du reste quelques-uns de ses livres.
V Adolescence Clémentine, Ce sont les œuvres de Clément MarOy nouvellement imprimées, MDXXXIII. On les vend à Lyon en la maison de François Juste ^ augmentées de plusieurs dictez qui tC estoient pas encore imprimées : La mort n'y mord, — Riche et élégante reliure, par Duru, avec dorure à petits fers, par Marins Michel, couvrant entièrement les plats. Hauteur, 159 millimètres. Vendu, 1,355 francs.
Catholicon, par Gutenberg!, in-folio gothique, première édition très précieuse, attribuée aux presses de Gutenberg, Bel exemplaire orné d'ornements calligraphiques décorant le commencement des divisions par ordre alphabétique. Déjà passé aux ventes Ch. Giraud, 1,950 francs; F.Solar, 1,010 francs ; Techner, 1,520 fr. — Vendu 1,800 francs.
Histoire du Vieux et du Nouveau Testament, par le sieur Nicolas Fontaine de Royaumont, aux armes de Colbert. Exemplaire de Renouard, avec des notes de sa main sur les gardes. Bien complet, avec témoins et très beau d'épreuves. Vendu ou retiré, 1,000 francs.
Trogi Pompei^ historia, superbe exemplaire de Maioli, avec sa devise : Ingrati servire nepàas. Riche
reliure, avec compartiments en couleur, de la bibliothèque Solar. Vendu ou retiré, 1,000 francs.
Ciceronis officia, bel exemplaire de Grolier, avec sa devise : Gfrolieri et amicorum. Titre uni sur les plats. — Vendu 1,000 francs.
Homeri opera^ 1488. Exemplaire Yemenitz. — Adjugé à 4,100 francs.
JEvangelia, petit in-folio relié en velours aivec plaque émaillée et fermoirs. Manuscrit du xi*' siècle, de cent cinquante feuillets, provenant de Tabbaye cistoriale de Jorisberg.— Vendu 2,600 fr. en 1869 et 1,565 fr. en 1881.
La Méthode curatoire de la maladie vénérienne vulgairement appelée grosse vairole, par Thierry de Hery , lieutenant général du premier barbier, chirurgien du roy; ouvrage portant sur les titres les D et les G entrelacés, emblèmes de Diane de Poitiers, 580 francs.
Cela nous fait rêver. — Nil novum sub sole.
Deux curiosités bibliographiques de premier ordre dans la vente Collin qui commence le 4 avril.
Le Molière de 1773, Tun des quatre exemplaires connus jusqu'à ce jour. Rarissime édition. — La Bibliothèque nationale ne possède cet ouvrage qu'incomplet. Le tome V lui manque.
Les Satyres de Régnier, elzévir de 1652, petit in-12 non rogné, dont on ne connaît que trois exemplaires ; l'un chez le duc d'Aumale, et Tautre, qui se trouvait chez Jules Janin, et qui ne fut pas retrouvé lors de la vente de la bibliothèque.
Puis, encore, dans cette vente, des exemplaires de premier choix des Molière de 1066, 1673, 1674, 1675 et quelques-unes de ses pièces originales.
En somme, des livres bien beaux et bien rares dans ce petit catalogue, pour les chercheurs d'édition hors ligne, même pour les plus difficiles.
96 L'HOTEL DROUOT EN i881.
Beaucoup de jolies choses dans la vente de feu Charles Hue la semaine dernière ; mais nous n^aimons pas ses cadres plats à bandes dorées. La peinture manque ainsi de profondeur.
Toutefois, de bonnes études de boiseries de salon Louis XVI et une excellente esquisse : On oie iadine pas avec V amour. Deux amoureux restent pensifs devant Teau troublée d*un étang. Au bas du tableau dans un cartouche :
Regarde comme notre image a disparu.
(Alfred de Musset^ a. III, se. m.)
C'est répoque du retour des hirondelles. Les Hollandais reviennent. Ils sont quatre qui parcourent le monde, mais Salomon, d'Amsterdam, et Hamburger, d'Utrecht, sont les plus connus. Toute l'année, ils chassent le bibelot partout, dans toutes les contrées de TËurope, jusqu'en Perse. Une fois la moisson faite, ils rentrent à Pi»ris pour faire leur déballage à Thôtel Drouot et offrir ce qu'ils ont trouvé à la cqrée des amateurs et des marchands qui leur sont spécialement fidèles à cause du long crédit qu'ils leur accordent.
C'est bien cependant un peu toujours la même chose que ces ventes. De la marqueterie hollandaise, des delft, des rouen et des marseille, des figurines de Saxe, du chine de la Compagnie des Indes, des jouets hollandais en argent, des éventails et des bonbonnières, des dentelles d'Alençon et de Venise , des glaces très étroites et très hautes, des verdures souvent en lambeaux. Pour un œil exercé, cela est souvent du toc, mais il y a de tels besoins d'acheter pour la foule que tout cela est enlevé, comme par les passants s'achètent les brioches de la rue de la Lune.
CoilectioD Jules Jacquemai't. — Son œuvre. —' L'eau-forte ci la lithographie. — Les aquarelles du paya du soleil. — Armes exotiques. — Les Chinois nos maîtres ornemanistes. — Les étoffes. — Les miniatures indiennes. — Les épreuves d'artiste.— Les souvenirs.
/(? avril.
On vient de finir hier la vente de la collection et de Tœuvre de ce pauvre Jules Jacquemart^ mort tout récemment après avoir lutté pendant trois ans contre un mal qui ne pardonne pas, la phtisie, ce terrible cancer des poumons, qui change les dernières années de la vie en une longue et cruelle agonie.
Ce n'était certainement pas le Salon qui avait mis en relief cet artiste de grande valeur. Qui donc allait, autrefois, étudier dans les longues galeries où on les reléguait jadis les dessins, les gravures, les lithographies et les aquarelles ? Il n'y avait guère que les spécialistes qui venaient y chercher les œuvres de leurs maîtres pour les admirer ou de leurs confrères pour pouvoir les cri- . tiquer.
Mais les illustrations des livres et les expositions des aquarellistes, rueLafitte, avaient fait apprécier Jacquemart depuis longtemps. Il faisait partie de cette nouvelle génération d'artistes romantiques qui ont remis l'eau-forte en honneur parmi nous. Charles Jacque le maître du genre, Braquemond, qui a orné tant d'ou-
vrages de Lemerre, Foulquier, qui a enrichi les livres de Marne de pièces exquises et tant d'autres.
Il faut bien le reconnaître, Teau-forte, chérie de M"»® de Pompadour, est devenue Tornement indispensable des nouvelles publications. Avec elle» on possède une œuvre originale. La taille-douce est délaissée ; la lithographie n*a plus ai couleur ni feu. On la relègue au rang des procédés Industriels ; la gravure sur bois ne sert plus qu'aux lettres, aux encadrements et aux culs-de-lampe. L'eau-forte, au contraire, interprète fidèlement le sentiment de l'artiste ; au moment où il fait mouvoir sa pointe pour enlever la couche de cire, on dirait d'un écrivain traçant, avec sa plume, sa pensée sur le papier.
Comme Callot, mort à quarante-deux ans, après avoir produit plus de quinze cents planches, Jacquemart tué, lui aussi par l'excès de son travail, dut abandonner, il y a quelques années, le rude labeur du graveur. Il ne pouvait plus rester penché de longues heures sur une planche de cuivre. La Faculté le lui défendait et la conservation de ses jours le lui imposait impérieusement.
Il partait pour le Midi, chaque année, aux premières bises glacées de l'hiver. C'est alors que les paysages ensoleillés qui l'entouraient le séduisirent. Il se rappela les aquarelles merveilleuses de Henri Regnaud et de Fortuny, aussi puissantes de couleur que leurs tableaux, et il se mit à l'œuvre.
Jules Jacquemart fut un aquarelliste extraordinaire, se rendant parfaitement compte des valeurs» De Menton où il se réfugiait, il envoyait, à chaque exposition, rue Lafitte, des vues de la mer Méditerranée, de la plage de Menton et de la route de la Corniche. Ses aquarelles
furent une révélation. Ses œuvres étaient lumineuses, justes de ton, éblouissantes par Tétude approfondie des effets de la lumière. — M. Roux, de Marseille, qui a fait exécuter par les meilleurs maîtres de Técole contemporaine la série complète des illustrations des Fables de La Fontaine, s'empressa de lui demander douze compositions, lui laissant ainsi une large place dans le monument merveilleux qu*il vient d'élever à la mémoire de notre grand fabuliste. D'autres amateurs distingués voulurent avoir de lui des gouaches de fleurs et de vases précieux.
Ce fut un grand succès.
C'était, d'après ceux qui l'ont connu dans ses dernières années, un artiste modeste — ce qui ne gâte rien — et une nature très distinguée. — Il se critiquait sévèrement lui-même et ne s'applaudissait que rarement. Maintenant qu'il n'est plus, il aura sans doute, comme tant d'autres, la gloire du lendemain, car son œuvre se trouvera désormais dans les cartons de toutes les collections célèbres. Les Anglais le placeront à côté de leur aquarelliste Walker.
Le catalogue de cette vente, dressé par G. Petit, Clément et Mannheim, restera, lui aussi, dans les mains de tous les bibliophiles, car il contient le détail de toute la vie de cet artiste si convaincu.
Il aimait les armes exotiques. Il en avait une fort belle réunion, qui aurait été digne de la salle d'ethnographie du musée d'artillerie aux Invalides. Rien que des pièces de choix dans ses panoplies. Tout l'arsenal d'Orient était là représenté. Quelle belle panoplie on aurait pu composer avec ces lames de TAnnam, ce yatagan arabe à la poignée ornée de filigrane et de pierres de couleur ; ce kathar indien finement damasquiné d'or ;
iOO L'HOTEL DROUOT EN 1881.
ce kriss malais à la lame de damas, au manche formé d'une figurine d*ivoire, au fourreau laqué d'or; cette pondache de Delhi en peau de rhinocéros, incrusté d'ornements, de personnages et de sujets de chasse ; ces sabres japonais, ces lijoux du suicide ^ comme dit de Concourt, si bien trempés qu'ils pourraient couper un bœuf, en deux, d'un seul coup.
Jacquemart aimait passionnément à collectionner ce qui nous arrivait de l'extrême Orient. Il reproduisait avec talent tout ce que les autres avaient et tout ce qu'il possédait dans ce genre. C'est qu'il avait depuis longtemps reconnu que les Chinois ont toujours été les maîtres ornemanistes, et que l'art persan et japonais est bien plus riche que l'art français en formes variées — produits d'Imaginations moins cultivées, mais plus fécondes que les nôtres.
Que de belles choses dans cette collection aujourd'hui dispersée 1 Nous ne pouvons en dresser le catalogue complet ; relevons quelques-uns des objets qui nous ont le plus frappé, parmi les beaux échantillons réunis par l'artiste des merveilles du luxe asiatique.
Des brûle-parfums repercés à jour, des bronzes japonais, avec cette belle patine, ce doux reflet noir que les siècles ont seuls pu leur donner ; un chien de Fô, une jardinière en porcelaine d'Imari, une coupe liba* toire en céladon bleu céleste, des cabinets en vieux laque doré, des statuettes de divinités bouddhiques, des gourdes en cuivre doré, travail du Tonkin; un double bisckwa, poignard indien à deux branches; un vase en corne de rhinocéros, semblable à une feuille de nelumbo; une table de talapoin en bois sculpté; un vase de Siam à bétel en argent niellé, enguirlandé de festons ; une cantine en laque aventurine avec ses deux bouteilles pour le saki; un vase sacré incrusté d'or,
d'argent et de malachite de Tépoque des Ghang, c'està-dire 1766 ans avant Tère chrétienne, dit-on, ce qui ne nous éloigne pas trop de Tépoque présumée du déluge de la Biblç.
Cet aquarelliste, qui aimait tant la couleur, devait recueillir, pour égayer son atelier, ces étoffes aux tons cherchés et rompus, sobres d'ornementation qui caractérisent les vieilles tentures orientales si éloignées des gros de NapleSy des serges dauphines, des pont-de^ saie y des bleus pâles et des roses cuisse de nymphe émue du siècle passé. De ce côté, TOrient continue à défiler avec toutes ses productions variées : les soieries de Brousse avec leurs dégradations de couleurs les plus séduisantes; les étoffes des Hindous, couvertes de figures, de fleurs et d'animaux tracés en caractères ineffaçables par des procédés perdus.
Voici un voile brodé pour une jeune Persane, une ceinture indienne à frange d'or, portée jadis peut-être par quelque jolie fille de la côte Coromandel. Voilà un langouti de Cochinchine en soie pourpre tissée d'or, une robe de mandarin brodée de dragons fantastiques cherchant à se dévorer. Confucius n'en a peut-être jamais eu une plus belle.
Passons rapidement aux miniatures indiennes avant de revenir à TOccident, car tout cela ne peut se décrire. Jacquemart avait de merveilleux recueils de fêtes, de cortèges, de batailles, de scènes d'intérieur, de princes en prière et de princesses en palanquin. Toute l'Inde, dans le présent et dans le passé (car ce pays est resté imo^obile au point de vue des transformations de l'art), va, vient, vit et s'agite dans ces albums exécutés avec une finesse exquise, par les adorateurs de Vichnou et de Brahma, plus patients peut-être aussi que les bénédictins d'autrefois.
Ce qui va devenir désormais introuvable, c'est la réunion complète des œuvres de Jacquemart, épreuves de premier et de deuxième état, eaux-fortes pures sans retouche, tirées avant la leltre sur chin^, japon, vieux papier ou grand papier, choisies une à une, avec amour, par lui, en connaisseur, et au fur à mesure de leur création.
Ce travail considérable reproduisait des bijoux antiques, des armures de gladiateur, des médailles grecques, des plats en majolique, des drageoirs en jade, des bassins en cristal de roche, des aiguières à grotesques d'Urbino, des reliures aux chiffres de Henri II et de Diane de Poitiers.
Tous ces objets avaient été dessinés au Louvre , chez M. Thiers, chez M. Spitzer et ailleurs. Ils avaient été pris dans les collections S0ltikoff,Pourtalès, Rothschild, Dutuit, Greffuhle et de Luynes.
Heureux ceux qui ont pu acquérir les quatre-vingtdix-huit planches sur Chine des fumés de V Histoire du moMlièr^ par Albert Jacquemart ; la collection sur parchemin des planches pour les Gemmes et les Joyaux âfi la couronne, de Barbet de Jouy ; le. portrait de Rembrandt et celui de Théophile Gautier, qui, en poète olympien, ornait Tédition des Émaux et Camées, les ti rages hors ligne des gravures reproduisant les tableaux du Cranach, de Van der Helst, de Berghem, de Kalf, de Simon de Vos, de Goya, de Joshua Reynolds, de Fragonard, d'Albert Cuyp, de Meissonier et de Léonard de Vinci.
Tout cela sera classé un jour dans les cartons des amateurs, comme la dernière émission de TÉtat dans les portefeuilles des rentiers.
Mais il faut clore cet inventaire, déjà Ion g, des ri chessos laissées par Jacquemart, Nous ne pouvons le
faire cependant sans parler de la collection qu'il avait formée des eaux-fortes de ses amis, souvenirs le plus souvent offerts avec un envoi, une dédicace ou un mot charmant.
On trouvait là les eaux-fortes de bien des artistes ! Ph. Burty, avec une invitation pour une soirée.
Détaille, avec un croquis militaire.
Eugène Delacroix et son tigre couché dans le désert ; souvenir rapporté du voyage au Maroc, sans doute.
Carolus Duran, confiant au cuivre le soin de reproduire Tun de ses plus gracieux portraits.
Corot, ayant quitté sa palette pour graver Tun de ses paysages vaporeux. .
J. de Concourt, reproduisant les pantoufles cTAnna Delion.
J.-F. Millet, cultivant avec talent Tart de la gravure dans sa planche intitulée les Glaneuses.
Ribot, laissant sa palette pour enjoliver sur cuivre le mt^nu d'un dîner d'artistes.
Rochebrune, le Fojitenaisien, avec Écouen et le Château de Pierre fonds.
Roybet, toujours énergique, qu'il tienne un pinceau, une pointe ou un crayon, faisant mordre ^q^ Joueurs d'échecs.
Th. Rousseau, essayant sur le cuivre les effets de son Chêne de Roches,
Ingres, gravant son Odalisque.
Manet, copiant son Joueur de guitare.
Moissonier, avec son Polichinelle debout.
Puis Ch. Jacque, Tun des plus célèbres des aqua-t'ortistes de Cadart,avec ses scènes champêtres ; Lalanne, l'un des fondateurs du groupe; et enfin Charles Méryon, l'ancien élève de Blcry, mort à Bicêtre, après avoir reproduit les aspects les plus pittoresques du vieux Paris : la Morgue, le tombeau de Molière, la rue des
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Pirouettes aux Halles et l'arche du pont Notre-Dame.
Croyez-moi, il est facile daas la circonstance d'être un bon prophète.
Si vous avez chez vous une eau-forte de Jules Jacquemart, gardez- la précieusement. Elle vaudra cher un jour.
Cela s'appelle un avis aux lecteurs.
Les bijoux de M^e Thèse. — Le vrai et l'effet voulu. — Ravel, amateur d'objets d'art. — Mystère ! la Belle Hélène fait sa vente.
— Les filles d'Eve à l'exposition. — Diamante et perles fines.
— L'argenterie de la Périchole. — Les tapisseries de la Mariée du Mardi gras, — Le salon de la Grande-Duchesse. — Une scène à la Rembrandt.
iS avril.
Voilà le théâtre qui donne sa note dans ce Tinforzando. Les actrices d'abord, les acteurs ensuite ! Tout le monde s'en mêle.
Hôtel, cesse de vendre, ou je cesse d'écrire !
Impossible de suivre tous ces enterrements dont les lettres de faire part sont les catalogues. Il faudrait écrire tous les soirs un feuilleton.
D'abord M"® Thèse, la Jolie petite actrice du Vaudeville, qui a vendu son mobilier pour la somme de 23,766 francs la semaine dernière, et qui a dû se séparer à regret, malgré son prix invraisemblable (je n'en sais rien, mais j'en suis sûr), d'une paire de boutons d'oreilles — boutons de rose devrait-on dire — ornée de quarante diamants, et d'un splendide collier orné de perles et de brillants — quatre cents en tout ! on les a comptés. Comment, mademoiselle, vous avez changé ce bijou des Mille et une nuits pour dix vilains chiffons de mille francs chacun I vous allez donc rompre désor-
mais avec les joailliers à la mode, les abandonner pour Piel de la rue Meslay, ou pour Bourguignon du boulevard des Italiens? Vous allez remplacer le vrai par le faux, chercher à bon marché Vef et voulu, comme dit une dame fort spirituelle que je connais. Vous allez vous réduire aux toilettes modestes — quitter Worth et Laferrière, Rabou et Virot, pour les tins de saison du Louvre et du Bon-Marché.
Permettez-moi d'en douter.
L'amour est encore le maître de ce monde. Il a de nombreux serviteurs. Il régne toujours en souverain :
11 l'est^ le fut, ou le doit être.
Voici Ravel, ce vieux copain de tous les comiques, qui se retire du théâtre après avoir été,. tout récemment, pour terminer sa carrière, le roi d'une féerie à la Porte- Saint-Martin. Avant cette retraite, on le reverra cependant encore une dernière fois sur ces planches qu'il irûlait avec tant de talent. Une représentation d'adieux est préparée par MM. d'Ennery, Halanzier et Plunkett.
M*» Pillet a été chargé de la vente de cet ancien amuseur, le véritable successeur d'Arnal. Quel excellent comique! quel aimable farceur I Vous souvient-il de ses façons adorables d'interroger les spectateurs lorsqu'il était en scène, et de leur faire jouer un rôle dans son rôle. L'avez-vous vu toujours remuant, sans cesse inquiet, rouler son parapluie entre ses doigts, en débitant son monologue? Comme il était drôle, regardant le public en face, frétillant des jambes, du nez et de la bouche, ou bien déguisé dans la salle, en bon bourgeois du Marais ou en paysan de Nanterre, se prenwnt de iec avec l'un des spectateurs, qui n'était qu'un compère travesti pour la plus grande joie du parterre qui l'entourait ! Vous rappelez-vous de cette charge désopilante de
L'HOTEL DttOUOT EN i881. 107
GrassQù embête par Ravel ^ et de sa verve étourdissante dans le Chapeau de paille d'Italie^ joué par les meilleurs comiques du Palais-Royal.
Il y a déjà longtemps de cela !
Havel avait commencé par la procédure. 11 fùtd*abord clerc obscur dans une étude de notaire, puis médiocre employé d'opticien. Pour ses débuts, il joua, à côté de M"« Mars, le rôle de Pasquin, et créa, en 1841, à vingtsept ans, le rôle de Ménélas dans le Vicomte de LetorièreSy avec cette inimitable Déjazet que nous ne remplacerons jamais.
Tu quoquel — C'était un amateur d'objets d'art, lui aussi, comme ce pauvre Gil Pérez dont la vente a eu lieu Tannée dernière, comme beaucoup d'artistes de notre époque, Dupuis du Vaudeville et Dupuis des Variétés, Lassouche du Palais-Royal, Berthelier des Fantaisies-Parisiennes, Coquelin des Français, que je coudoie sans cesse dans les couloirs de l'hôtel.
Il avait su se procurer, pour orner son intérieur, des tableaux de Corot de la bonne époque, des Jules Dupré et des Diaz bien choisis, d'excellents dessins de Gérôme, le Roi Candaule et V Aimée du Caire, une bonne étude de Boucher, des Bonvin et deux bustes de jeunes filles de Carrier-Belleuse.
Tout cela est dispersé.
On vendait hier les tabatières, les bijoux, les lorgnons 1 840, les épées de cour, les boutons et les boucles de strass» les épingles de cravate et les cannes Louis XV à pommeau de saxe qui formaient les accessoires de ses principaux rôles.
On mettait aux enchères les costumes de Pasquin, de Figaro, de Sganarelle, du marquis de La Seiglière, sans compter les indescriptibles robes de chambre de l'acteur, taillées dans ce lampas vert et blanc, ou dans ce cachemire à tond de palmes jaunes invraisemblables, qui
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faisaient accueillir son entrée en scène d'une bordée d'applaudissements.
J'ai trouvé, en feuilletant dans un carton de cette vente, toute une série de portraits. Ravel est là dans ses principaux rôles. On le voit dessiné avec un sourire communicatif. Geoffroy Ta lithographie en bras de che* mise, avec un gilet à châle, le pantalon serré à la taille de nos pères, jouant le rôle de Cotelard de V Omelette fantastique, le pendant du thé de M"^ Giboux et de M*"® Pochet, un véritable éclat de rire.
Qu'il était amusant, ce Ravel I II avait Tesprit de Gavarni. C'est lui l'auteur de cette légende à mettre au bas d'une planche du Charivari. — Un voleur le rencontre la nuit et lui demande la bourse ou la vie.
« — La Bourse, répondit-il, la troisèmerue à gauche et la deuxième à droite, le grand monument que vous trouverez sur la place. Quant à la vie, je vous donne celui de me laisser tranquille. »
Hier, foule compacte à ta première de l'exposition d'Hortense Schneider. Muni de mon catalogue et d'une carte d'entrée, j'ai pu pénétrer dans la salle n<* 1, ce qui était déjà beaucoup, mais ce qui était en résumé fort peu.
Impossible de rien voir. On se bat, on se bouscule, on se dispute, on s'injurie presque. Il y a des grincheux partout. Des gardiens font tourner lentement une queue empressée de curieux et de curieuses autour des vitrines qui renferment surtout les écrins merveilleux des bijoux. Il y avait certainement moins de monde autour des diamants de la couronne, à l'Exposition universelle de* 1878. Les agents ont beau prononcer à chaque instant l'invitation sacramentelle : Circulez, mesdames et messieurs! la foule reste immobile. Il y a des contemplatrices qui ne se rassasient pas. Elles
sembleat pétrifiées d*adiniratioa, comme si elles avaient vu le soleil des Métamorphoses d* Ovide.
J'essaye vainement de prendre rang dans le manège tournant, on me repousse — sans douceur. Il faudrait presque faire le coup de poing, et je suis trop aimable pour ne pas céder la place aux charmantes actrices, aux demi-mondaines, aux belles petites et même aux grandes dames qui sont bien, à Toccasion, de vraies filles d*Ève, comme les autres.
Je me contente alors, sans rien voir, de noter sur mon catalogue des exclamations qui partent de tous les côtés :
a — Quelles belles émeraudes ! Ces pierres avec leurs petites calottes en rose sont merveilleuses 1 on n*en trouverait pas de pareilles chez Boucheron, au Palais- Royal. »
« — Quel magnifique rang de perles fines 1 Voyez donc, le catalogue dit qu'il pèse plus de mille grains. Le saphir qui sert de fermoir est unique. »
« — Halphen n*a pas d'aussi gros diamants chez lui. Le khédive seul en possédait de semblables. »
« — Ce diadème est encore plus étourdissant. La reine d'Espagne n'en n'avait pas un aussi beau à sa vente. »
« — Voilà des colliers qui feraient bien dans les vitrines de Philip, rue de la Paix. »
« — Et ces bagues, ces bracelets, ces croissants, ces broches, ces médaillons! Quel bel étalage cela ferait chez Melleriol »
« — Regardez ce cœur pavé de brillants, avec ce beau rubis surmonté d'un nœud; croyez-vous que Bassot en a jamais vendu un plus renversant? »
a — Cette rivière, ce fleuve, plutôt ce Pactole, avec ses soixante-quinze chatons, ne peut être qu'un souvenir offert par le czar lorsqu'il vint à Paris et qu'il alla tout d'abord aux Variétés entendre la Gfrande-Duckesse, »
Et ceci et cela... La geat fémiaine ae tarissait pas.
J'avoue que ne pouvant, de loin, faute de voir, même en me hissant sur ie bout des pieds, partager Tenthousiasme du public, je me suis, de guerre lasse, rabattu sur Targenterie ancienne dont quelques pièces ont déjà figuré à TExposition du métal, Tété dernier : écuelle, soupière, cafetière, aiguière, moutardier, sucrier, quelques bonnes pièces bien authentiques, dans la quantité. Puis, pour pouvoir respirer un peu plus à mon aise, j'ai dû faire le tour de la salle, où tous les meubles étaient rangés en bataille suivant Tusage antique et solennel.
Je contemple successivement : Une splendide jardinière, en forme de conque en bois doré et sculpté, supportée par des sirènes, ornée d'Amours et d'un beau et large dessin. — Quel salon du temps de Louis XVI ornais-tu , charmant balcon de fleurs ? — Viens-tu du Trianon ou de Versailles ? Qui écrira jamais ton histoire !
Un beau régulateur de la même époque signé par Le Pers, peutVètre un des ancêtres de l'excellent baryton des Folies-Dramatiques. Ce pendule est couvert de bronzes dorés, largement ' traité et, chose très précieuse, il indique les jours, les mois et les phases de la lune. Il a certainement sonné toutes les heures de la Révolution!
De belles tapisseries, les unes tissées d'or et d'argent de répoque de la Renaissance, les autres représentant les épisodes connus de Diane chasseresse, d'autres des sujets mythologiques sérieux et des scènes de la Bible, parmi lesquels D^id dansant devant l'arche, sujet connu, sur un air inconnu certainement encore à mon savant ami M. Bourgault-Ducoudray, malgré les patientes investigations qu'il a pu faire à ce sujet (1).
(1} Voici quelques-unes des principales adjudications de cette vente faite par MM. Escribe, commissatre-priseur, et Arthur Bloche, expert, à laquelle
a — Mais, pourquoi vend donc ia Grande-Dtichesse ? »
Voilà ce que l'on disait autour de moi.
a — Les 900,000 francs, ajoutait-on, qu*a produits la vente de son hôtel ne lui sufflsent donc pas pour arranger sa vie modestement, maintenant qu'elle n*est plus ni la Périchole ni la iMariée du mardi gras. »
a — Est-ce Texplosion d'un nouveau caprice ou le résultat imprévu d'une nécessité impérieuse? »
C'est ce que personne n'a pu m'expliquer bien nettement. Je sais bien une version, mais je ne puis en garantir l'authenticité. On a parlé de chagrins de famille dont il ne nous est pas permis de soulever le voile. Il y a souvent bien des tristesses dans la vie privée de ceux qui ont été chargés de nous faire rire. Tu rides, ego fleo !
« — Quel âge a-t-elle donc? » disait-on aussi.
La réponse est facile. Toutes les biographies s'accordent à dire que Catherine-Hortense Schneider est née à Bordeaux en 1838 (1) — je n'ai pas vu l'extrait de naissance, èien entendu, — et que sa réputation d'actrice et de chanteuse commença par les Pantins de
assistaient les principaox joailliers de Paris : MM. Bapst, Schlcsinger, Briquet, Dumoret, Hamelin, Legrand, Meyer, Blum, ot beaucoup d'autres. Un collier de quarante et une perles avec saphir ot six brillants : 68,ooo fr*
— Une paire de très beaux brillants solitaires : 38,ooo francs. — Deux émeraudes en forme de poires : 11,000 francs.— Un diadème en brillants : 8,155 francs. — Un pendentif carré*en brillants ot en saphirs : 5,600 francs.
— Uno broche araignée en brillants : 5,520 francs. — Une broche forme plaque, au centre un gros brillant : io,i08 francs. — Un peigne tout en brillants : 6«625 francs. — Un croissant en brillants : 5,460 francs. — Quatre tapis.<ierie8 de la Renaissance, histoire de Diane chasseresse : 9,€00 fr. — Trois tapisseries, sujets mythologiques : 8,110 francs. — Deux tapisseries tissées d'or et d'argent, sujets du xvie siècle : 3,530 francs. — Total de la vente : 445,ooo francs.
(1) Ces lignes étaient écrites quand a paru dans les journaux l'annonce du mariage de Mlle Catherine^ eanne-Hortense Schneider, née à Bordeaux le 30 avril 1833, avec M. Emile Bionne, né à Naples le 4 septembre 1843.
L'acte de l'état civil a été passé à Vanves le 4 octobre 1881.
Était-ce donc le motif de cette vente?
Violette, parmi les habitués de cette* petite scène élégante, bien inconnue alors, du passage Choiseul.
La dernière fois que Schneider a paru sur les planches, c'était dans une revue de fln d'année, aux Nouveautés-Parisiennes, à côté de Brasseur et de Berthelier, pour chanter un rondeau composé en souvenir de ce pauvre Jacques OfTenbach, à qui elle devait tous ses succès et qu'elle aimait tant I Je Tai vue à son enterrement. Elle pleurait la Périchole 1
La vente de Thôtel Drouot sera-t-elle le dernier acte public du répertoire de cette reine de l'opérette?
Espérons que non. L'heure absolue de la retraite ne nous parait pas encore avoir définitivement sonné pour celle qui, comme Dugazon par sa voix, Déjazet par ses travestissements, a créé par ses cascades l'emploi des Schneider, plus difficile désormais à tenir qu'à prendre.
Post-scriptum. Vu, ce matin, à l'exposition privée : une réunion de cinq à six marchands, groupés autour d'une table disposée à cet effet; ils se passaient de main en main les diamants et les perles de W^^ Schneider. Chacun pesait, estimait et notait la valeur. — Quelle bonne eau-forte dans la manière de Rembrandt on graverait sur ce tableau des joailliers à la curée !
La réclame par THÔtel Drouot. — Jules Citron et PatU Véron, •— Félix Barrias et Alexandre Segé. — Les faïences au grand feu : Gustave Noël. :— Le bazar artistique anglais. — Ouverture prochaine du Salon de Barbizon. — M. Georges Bal : ses bronzes et ses porcelaines de l'extrême Orient. — Le bibliophile CoUin, -— Éditions princeps de Racine et de Molière,
20 avril.
C'est la quinzaine des peintres. Ils veulent tous vendre en gros. Le placement, par l'amateur ou le marchand de tableaux, ne va pas assez vite. A Thôtel on liquide d'un seul coup tout raméré, on vide Tatelier et l'on passe ensuite à d'autres travaux, après avoir touché le montant de son bordereau.
Il y a encore un autre motif : l'affiche du commissaire-priseur attire un instant l'attention sur les oubliés ou les dédaignés. L'exposition d'abord, la vente ensuite, donnent pour quelques jours à l'artiste un regain de prestige. Petit calcul assez exact.
Faute de place, nous passerons sous silence les œuvres de Jules Caron, les paysages et les baigneuses de Paul Vernon d'une tonalité vigoureuse, nous ne dirons qu'un mot d^ Jules Vauquelin qui aborde hardiment tous les genres, les Ziem, les Rousseau, les Vollon, les Donnât, les Toulmouche, pour arriver tout de suite à Félix Barrias et à Alexandre Segé qui avaient mis en-
io.
semble, l'un vingt-six et Tautre trente-quatre tableaux en vente.
Le premier a obtenu de 500 à 1,000 francs de ses toiles, le second à peu près la moitié, mais il faut croire que cette manière de réaliser leurs œuvres leur donne toute satisfaction puisque cette vente était déjà un renouvellement de celle de l'année dernière.
Les sujets envoyés par le professeur Barrias, qui a formé tant d'élèves déjà célèbres, n'étaient guère que des tableautins composés avec des croquis dessinés dans ses voyages en Italie, au Maroc, en Algérie et en Espagne ; mais quel style brillant ! Le faire de Diaz avec l'énergie de Bonnat.
Quant à M. A. Segé, artiste de talent, médaillé du Salon, à plusieurs reprises, ses paysages étaient lumineux et frais, mais il devrait bien se défier de ses arbres qui forment quelquefois comme des taches sur les terrains ; en tout cas, c'est un paysagiste de mérite qui a le don de faire admirablement les horizons. On pourrait lui appliquer ce qui a été dit déjà de bien d'autres : il faudrait plus d'une journée pour parcourir à cheval rétendue des terrains qui figurent dans une de ses toiles de vingt-cinq centimètres de haut sur trente-cinq de large.
Le talent a le droit de se manifester de toutes les manières. Il nous' importe peu que l'artiste se serve d'huile, d'eau, de gouache, de pastel, de sépia ou de procédés chimiques. Le principal, c'est de produire une œuvre qui soit bonne.
M. Gustave Noël, qui a vendu ses faïences la semaine dernière, a bien compris cela. Il n'est pas un nouveau venu. Voulant consacrer sa vie à continuer la tradition de Castelli, de Nevers et de Delft, il s'est mis à peindre, sur la faïence, des paysages que le grand, feu, défiant
la chaleur ou rtiumidité, rend à jamais inaltérables, Mais que de difficultés il a dû surmonter par suite de la nécessité de la cuisson, du nombre limité de couleurs et de la modification imprévue que la cuisson leur fait souvent subir I
Nous pouvons dire qu'il est parvenu à mener assez loin son art. Il fait, chaque année line vente qui réussit. Cette fois les quarante numéros ont produit 6,616 francs.
Très pratiques, ces Anglais I
Ils ouvrent, en mai, une exposition artistique sous le patronage de la princesse Louise de Lorne avec M. Guilick, de Ylllustrated London News, comme directeur.
Le prospectus, distribué par un agent installé à Paris, est tout d'abord alléchant. Il s'agit de réunir des spécimens de toutes les branches de Tart ancien, émaux, mosaïques, meubles, tapisseries, dentelles et étoffes. Les galeries sont de construction fire-proof, à Tabride tout incendie. Le patronage se compose des plus grands noms de l'aristocratie anglaise ; on y voit des ducs et des lords, de grands Honorables et de petits esquires. Seulement on croit d'abord mal lire ensuite les longs détails destinés aux futurs exposants qui devront :
Envoyer franco de port.
Payer une somme modérée pour l'emplacement.
Spécifier la commission de vente.
Subir la cote de cent francs la page, pour les annonces du catalogue.
Mais c'est un grand bazar que vous voulez installer ainsi, messieurs les Anglais ! C'est une entreprise industrielle — la Ménagère de Vart ancien ou les Docks d&la curiosité que vous désirez agencer. Ne comptez pas sur les collections de nos amateurs. Elles ne passeront pas le détroit. Vous aurez peut-être quelques-uns de nos marchands qui subiront vos conditions et qui
alors profiteront avec empressement de la possibilité de pouvoir remplacer les objets ven.dus pendant la durée de l'exposition — sans courir le risque de voir rendre ceux qui auront cessé de plaire.
Parlez-moi plutôt; de Texposition de Barbizon — ne riez pas — *qui s'ouvrira le 15 mai, en plein Salon et en pleine forêt de Fontainebleau. — Le comité des artistes qui s'en occupe se charge, lui, des frais de transport — en petite vitesse. Souhaitons-lui toutes les chances possibles. — Voilà de la décentralisation,
M. Georges Bal, un j^ne amateur bien connu déjà, vient de se séparer de ses porcelaines, de<ses bronzes de la Chine, pour se livrer complètement au xvi® siècle et à toutes ses séductions. Comme tant d'autres, il à eu sa passion Anjaponisme; maintenant que la fièvre est passée, il veut se renfermer autant que possible dans le vieil art français, si fin, si vrai, si spirituell
Je ne dirai pas plus que quelques mots de cette collection formée depuis peu et qui avait une véritable valeur. Elle contenait de beaux échantillons de jade {yu on pierre d'amov/r\ des coupes, des théières, des épingles et des boîtes travaillées, fouillées ou repercées dans cette matière aux teintes blanches, grises ou verdâtres, avec le talent patient qui est le propre des ouvriers du Céleste-Empire.
Nous avons pu également admirer quelques types de cette remarquable porcelaine, mince comme du papier, dite coque d'mifs, qui porte presque toujours iBnienrîiao de rempereur Yung Tching (1723-1736). Il faudrait la plume de l'auteur de la Maison d'un artiste^ Edmond de Concourt, pour décrire deux compotiers d'une incroyable finesse et du plus délicieux émail rose que l'on puisse trouver, et surtout un autre petit compotier
d'une qualité exceptionnelle, représentant un mariage et décoré d'émaux de la famille verte, du vert intense de la feuille de camélia et adjugé 350 francs.
Je ne puis passer sous silence quelques pièces hors ligne que Ton s*est arraché à prix d*or comme à la vente Barbet de Jouy, Tannée dernière, et à celle de Jules Jacquemart tout récemment.
Une assiette bleue sous couverte, rehaussée d*or et de rouge, avec personnages en costume du temps de Louis XIV, peints dans le goût chinois, bien entendu.
Un petit compotier, décoré en émaux de la famille rose. — C'est à Jules Jacquemart que nous devons cette classification en famille. — Au centre, comme sujet, une jeune femme s'amusant avec des canards mandarins qui tendent le cou vers elle, tandis qu'ua jeune élégant, placé à ses côtés, tient son parasol pour la protéger des rayons du soleil. — Est-ce assez élégant ? Lancret n'eût pas fait mieux.
Un groupe de trois personnages en ancienne porcelaine, dite Uanc de Chine, de ce blanc qu'aimaient passionnément les vieux connaisseurs espagnols, et qui figure parmi les pièces fort curieuses dans tous les catalogues de vente des cabinets des curieux du siècle passé.
Quelques beaux craquelés, les uns à larges fêlures, les autres à petits fendillements, baptisés par Reynal de truites, parce qu'ils rappellent, par leurs divisions microscopiques, les écailles de la truite.
N'oublions pas :
Des bronzes chinois et japonais, fondus à la cire perdue et recouverts d'une patine qui ne laisse rien à désirer aux amateurs d'objets gallo-romains.
Une urne, à large ouverture, avec une inscription votive, près de l'orifice du col : « En 1522, dynastie des Mings, règne de l'empereur Kia-Tsin, le mandarin
118 CHOTEL DROUOT EN 1881.
WoDg-Gral a offert, à la pagode des décédés, ce vase pour contenir du sable et brûler des chandelles, d Très généreux ce mandarin, gardien, parait-il, des archives de Canton.
Un grand brûle-parfums d'une patine verdàtre superbe, datant du xvi' siècle de notre ère et figurant, d'après la tradition, dans un temple érigé à la Beauté. Toujours galants, ces Japonais, — lorsqu'ils ne parlent pas de s'ouvrir le ventre. Ce vase était merveilleux, décrivons-le sommairement : sur le couvercle formé d'enroulements de feuillages, l'inévitable chien de Fô. Sur la panse largement renflée, des lambrequins en reliet et des anses en S surélevées. Sur le piédouche, orné à la base de flots gravés et brunis, un dragon à cinq griffes, les barbes hérissées. Vendu 1,180 francs.
Pour terminer, disons un mot des pitongs ou cornets à pinceaux, les uns en écaille gravée, les autres en bambous autour desquels tournent des paysages ou des scènes sculptées, et finissons par les netskés en bois et en ivoire, tous de travail ancien. Ces petites sculptures sont toujours très curieuses et souvent très soignées ; percées de deux trous, elles servent de breloque dans lesquelles passent les cordons qui retiennent à la ceinture la pipe, la blague à tabac et la boite à médecine.
Total des adjudications de Pillet : 21,443 francs. M. G. Bal avait-il dépensé plus que cela ? .
La vente Ravel a produit 41,777 francs, grâce à quelques bons tableaux de Corot. Les viogt-six tableaux de Félix Barrias ont donné 10,165 francs et les trentequatre d'Alexandre Legé, 11,335 francs.
La vente des livres précieux de M. Collin a produit 103,000 francs. Les classiques ont eu un véritable succès.
L'UOTËL DROUOT EN 1881. 119
Reldvons quelques prix :
Numéro 50. — Œuvres de Gresset (Ed. Renouard, 1811), 1,230 francs.
54. — Théâtre de Corneille (Rouen, 1660), 900 francs. 57. — Œuvresde Racine (Ribou, 1675-1676), 1,030 fr. 60. — Œuvres de Racine (D. Thierry, 1697), l,300fr.