‹ L'Hôtel Drouot [et la curiosité] en 1881 [jusqu'en 1888]Chapitre 9 sur 21 · PREMIÈRE VACATION. — 30 MAI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE VACATION. — 30 MAI

La famille Double est, dit-on, dans le désespoir le plus profond : — la vente n'a produit que la faible somme de deux millions six cent dix mille trente et un francs !

J'avoue que personnellement, devant ce joli petit total, cette consternation me touche peu.

Etait-il possible, du reste, d'obtenir mieux?

Pendant un mois l'hôtel a été visité par tout le Paris élégant. Il était du dernier chic de s'y donner rendezvous à l'heure du lunch et d'y passer une heure.

Catalogue luxueux, publications spéciales, brochures illustrées, articles chauffant la vente au moment décisif. — Rien n'y a manqué.

II n'était pas possible de faire plus, je crois même que l'on a fait trop.

Pour moi^ les héritiers ont une chance inespérée. Presque toutes les estimations de Mannheim ont été dépassées. Ils réalisent des bénéfices inespérés sur certains prix d*achat bien connus.

tt Je vaiB le prouver tout à rhcurè, »

en tâchant d*être Thistoriographe aussi exact que possible de cette mémorable vente.

Donc, lundi 20 mai, dans la grande, cQur de la rue Louis-le-Grand, où avait été élevée, pour la circonstance, une charpente soutenant une grande salle tendue de rouge et couverte par un vitrage, s'entassait une foule compacte et hétéroclite. Tous ceux à qui le bibelot donne des jouissances ou des profits, un mélange bizarre — de grandes dames en falbalas, adorablement jolies, et de vieilles femmes au nez busqué, affreusement laides, d'experts sémillants comme Barre, résolus comme Brame, d'amateurs distingués comme MM. Paul Fould, de Linas, baron de Portails et comte de Lambertye, de savants mal mis (venus pour les livres), et de l'élite des libraires de Paris; les Rouquette, les Fontaine, les Daraascène, les Conquet et les Labitle.

Dès une heure et demie il n'y a plus une chaise à prendre, pas une place sur les banquettes pour les retardataires. Les amateurs et les marchands sont entrés comme des conspirateurs, par un escalier dérobé, avec des cartes spéciales portant la recommandation expresse d'arriver avant l'heure.

Il règne une chaleur de 40 degrés centigrades. On fait, vainement, par une pompe à incendie arroser le vitrage de la toiture pour abaisser celte température de bain-marie.

MM. Ferai et Porquet sont a leur poste. Comme à Florence, Daire le crieur en chef et deux autres

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aboyeurs, placés aux coins de la salle, sont chargés de répercuter les enchères.

A deux heures M« Pillet monte à la tribune. Son futur successeur, M« Paul Chevallier, est auprès de lui.

La perle de la galerie : la Fille qui rit, de.Van der Meer, est adjugée 88,000 francs. L'expert en demandait seulement 80,000. Le portrait de Wilhem Van Heythuissen 30,000 francs. — Ces deux tableaux sont pris par M. Gaucher, pour le compte du prince Demidofî, qui se remet à collectionner, paraît-il.

La Petite paysanne, deGreuze, est vendue 21,000 fr. V Enfant blond, 3,750. Ge n'est pas cher !

Le Camp, de Van Blarenberghe, 27,500. Ferai avait indiqué 25,000 tout d'abord.

La Famille hollandaise^ de Thomas de Keyser, 19,500 francs.

\! Astronome à la sphère, 44,500 fr.

hd portrait de Rembrandt par lui-même, mis à prix 40,000 francs, n'obtient que 23,150 francs.

V Apothicaire, acheté 10,000 francs par M. Mir, le député.

La Source, d'Antoine Walteau, 16,100 francs.

Le Franz Hais, qui a été reproduit trois ou quatre fois, 30,000 francs.

Viennent les livres.

M. Porquet succède à M. Ferai.

VFpiphanii de Henri II, avec les armes, les chiffres et les fleurs de lis, en argent sur l'un des plats, en or sur l'autre, 5,600 francs. •

Les Œuvres de Afonsieur de Molière, édition revue par lui peu de temps avant sa mort, 1674-1675, 7 volumes, 2,000 francs.

La belle vicomtesse Greffulhe, née princesse de Chi-, may, achète de précieux souvenirs.

so.

tBi L'HOTEL DROUOT EN 1881.

Le Sacre et couronnement de Louis XVI ^ aux armes du Roi et de la Reine, 7,000 francs.

La Grammaire du Dauphin^ 1,200 francs.

Les Baisers de Dorât ^ aux armes de Marie-Antoinette, 5,000 francs.

Totaux de la première vacation :

Pour les tableaux, 333,460 francs.

Pour les livres, 46,643 francs.

La première addition monte donc à 380,103 francs.

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