‹ L'hôtel Lambert; histoire contemporaineChapitre 13 sur 19 · TOMB M · texte numérisé non relu

TOMB M

2i<) L épinglf:.

qu'en vous rendanl libres vous cl lui , par le double meurtre qu'il peut coniniellre iinpunélueut, il obliendr.i voire main?...

— Maisc'esl une macbinalion infernale?...

— Mais seriez- vous libre .. ou non ?... El en quoi auriez-vous participé à loul ceci?... Voire mari vous trompe... pour la femme d'un homme que vous haïssez... Qu'y pouvez-vous?... Cet homme les tue tous les deux... Êtes-vous sa complice?... Qui vous empêche ensuite d'épouser M. de Morville?... En quoi lui-même peut-il jamais vous soupçonner d'avoir trempé dans celte machination?... Bien plus, ainsi que je vous le disais, Tinlérêt , les sympathies du monde ne seront-ils pas pour vous?...

— Vous êtes folle... A peine M. de Brévannes se porterait-il à une si terrible extrémité s'il se croyait aimé de moi , et encore il n'oserait pas m'offrirunemain... teinte du sang de mon mari?...

— Cet homme est d'une jalousie d'orgueil si sauvage, que dans aucune circonstance il n'aurait hésité à tuer sa femme et son séducteur ; mais comme il vous aime avec d'autant plus d'ar deur qu'il se croit follement aimé de vous , il ne doute pas que vous ne braviez les convenances jusqu'à lui donner votre main , et il se hâle à

L KPI.XGLE. 217

octlc heure de lendre le piège où sn femme et votre mari doivent infailliblemenl périr.

— Mais vous perdez la raison. Cel homme, si vaniteux qu'il soit , ne se croira jamais aimé de moi. A peine lui ai-je dit quelques paroles bienveillantes pour conjurer le mal qu'il pouvait me faire,

— Mais... j'ai parlé pour vous... moi !

— Vous avez parlé pour moi ? i

Et Iris raconta à madame dellansfeld l'histoire du livre noir,

Paula resta muette , anéantie, à cette révélalion.

Elle ne pouvait croire à tant d'audace , à une combinaison si diabolique.

« Mais c'est épouvantable! » s'écria-t-elle.

Iris regarda sa maîtresse en souriant d'un air étrange, et lui dit :

< Vous m'aviez jusqu'ici reproché d'agir sans votre consentement... j'ai eu tort... Je voulais vous cacher le fil des événements qui .se préparaient, vous m'avez forcé de vous le découvrir... Vous devez vous en repentir, maintenant que vous savez tout... Ignorante de celte trame, son succès était pour vous un coup du hasard, vous en profitiez sans remords... maintenant vous en

218 l'épingle.

êtes inslruite... si vous ne la dévoilez pas vous en êtes complice.

— El pourquoi m'avez-vous obéi?... s'écria machinalement madame de Hansfeld. Pourquoi m'avez-vous appris ces horreurs?... >

Ce mot était odieux, il révélait la secrète et homicide pensée de Paula.

« Je vous ai obéi , reprit amèrement Iris , parce que j'attendais cet ordre avec impatience, et que si vous r.e me l'aviez pas donné , je vous aurais de moi-même inslruite de tout ceci...

— Que dit-elle?

— Je ne m'abuse pas , en travaillant à votre bonheur, c'est à ma perte que je cours : lorsque vous aurez épousé M. de Morville, je ne serai plus pour vous qu'un objet de mépris et d'horreur... Certes, j'aurais pu agir en silence, sans vous prévenir, et vous laisser recueillir innocemment le fruit de celle sanglante combinaison. Mais je l'avoue... je l'avoue , je n'ai pas eu ce courage ; je veux bien mourir pour vous, mais à condition que vous me disiez au moins : Meurs pour moi.

— Étrange et abominable créature !

— Votre bonheur causera ma perte, je le sais; mais au moins, au sein de votre heureux amour, peut-être aurez- vous un souvenir pour moi...

l'épingle. 21 >

— Si vous vous sacrifiiez ainsi, dans mon inlérêt, vous eussiez attendu que ce que vous appelez mon bonheur... fût assuré pour me faire celle nouvelle révélation...

— Non , marraine , il se peut que vous ayez plus de vertu que d'amour, et alors , votre bonheur eût été à tout jamais empoisonné. A cette heure, au contraire, en aj)prenant à quel prix vous auriez épousé M. de iNIorville , vous pouvez choisir, vous avez entre vos mains Tavenir de votre amour pour M. de Morville, le sort de Berthe de Brévannes et de votre mari... Un mot de vous au sujet du livre noir à M. de Brévannes... et il sait que vous ne Taimez pas, qu'il est dupe d'une fourberie dont je suis l'auteur, et qu'au lieu d'emmener sa femme à l'hôtel Lambert pour la faire plus sûrement tomber dans le piège qu'il lui tend, ainsi qu'à M. de Haiisfeld, il doit arracher Berlhe à cet amour innocent encore... puisque la mort de sa femme et du prince lui est inutile ; tel est votre devoir, marraine, faites-le... SansdouteM.de Brévannes, furieux, répandra contre vous les plus atroces calomnies... Que vous importe... ce sont des calomnies... Sans doute M. de Morville pourra s'en aflliger , y croire , et sourire amèrement en songeant à l'a-

Page 1