LOIIS XIV, FONDATEUR DE 1. HOTEL DES INVALIDES
(Gravure de Cochin, frontispice de l'ouvrage de Granet )
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pensionnés et avouer que THôtel était plein. Et cependant, de nouvelles troupes reçurent encore l'autorisation de s'y présenter. I.e baron d'Espagnac. alors inspecteur des invalides détachés et pensionnés, obtint la permission de faire re^■enir à l'Hôtel tout officier, bas officier et soldat pensionné dans les provinces ou détaché aux compagnies, chargé d'années et d'infirmités. c(ui demanderait à finir ses jours à l'Hôtel ^'>. En 17GS. les bas officiers des maréchaussées de France. Lorraine et Barrois furent admis aux Invalides après vingt ans de service, dont dix de grade <-'. En 1771 ce fut le tour des appointés, grenadiers et tambours de la compagnie des grenadiers à cheval, reçus dans la classe intermédiaire avec la marque distinctive des deux épées(3). L'année suivante, les gardes du comte de Provence furent admis au même titre que ceux du Roi'''. Ouel([ues jours après, l'autorisation était donnée de rece\oir aux luxalides tout capitaine tles portes de l'Ecole militaire, ayant à son actif cjuatorze ans de service '^■'^ . Les conditions d'admission furent renouvelées en 177^ pour les troupes des maréchaussées d'Isle-de- France ^*''. et c'est en vain que le maréchal du Muy protestait contre leur admission à l'HôteH"'. En re\ anche, en 1772. on avait refusé les Invalides aux compagnies du lieutenant crhninel de robe courte de l'Isle-de-France et des Monnaies, comme ne faisant pas partie des maréchaussées (^>. Enfin. généraUsant toiu à fait le principe posé précédemment, le Roi décida (jue les hommes de toutes ses troupes, remplissant les conditions rerjuises. auraient le choix entre l'admission à l'Hotel et
(i) Ordres du duc de Choiseul. ii mars et i^r avril i-;Gi'>. Recueil des Edita, etc.. II. p. 130.
(2) Ordoiiuancc du iJ février i7(')S. art. (i, renouvelée le 27 décembre lyGi». Ihid.. p. 197. Cf. les ordonnances du même jour et contenant des dispositions analogues : concernant la réunion de la maréchaussée d" Avignon et du Comtat-Venaissin à celle de Provence (art. 2) : concernant rétablissement d'une coraj)aguie de maréchaussée en Corse (art. 12).
(3) Ordonnance du 4 août 1771. art. 4. Ihid., p. 237.
(4) Lettre de Monteynard au baron d"Espagnac, 11 août 1772. //)('(/.. p. 2.')^.
(5) Lettre de Monteynard au baron d'Espagnac. 21 août 1772. Ihid., p. 23i). (C) Ordonnance du 11 février 1774. art. 4. //)/(/., p. 271.
(7) Lettre du maréchal du Muy, 24 mars 1774. Reg. séances du conseil d'udin.. W . (S) Lettre de Monteynard. 4 juin 1772. Ihid.
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la retraite en province, et que ce choix une fois fait serait définitif et sans retour '^^).
De toutes ces ordonnances successives, ouvrant plus grandes chaque jour les portes de l'Hôtel, malgré les réclamations de l'étatmajor, il s'ensuivait un grand désordre, un entassement déplorable, , sans compter des abus de toutes sortes, par l'admission d'invalides ne remplissant pas les conditions voulues, ou de soldats n'étant pas invalides, perdus dans la masse des nouveaux arrivants et défiant ainsi toute sanction. Ce laisser-aller dans l'admission avait ses consécpiences pour l'administration tout entière. Les ordonnances successives, en amenant constamment de nouveaux invalides à l'Hôtel, causaient du désordre clans tous les services; les administrateurs se plaignaient de la négligence générale et de la non-exécution des règlements : « On a déjà eu l'honneur, dit un mémoire de l'époque <"'), d'observer à Monseigneur, qu'il serait toujours difficile de statuer sur les dépenses des Invalides, et, par conséquent, de former un plan solide d'administration, tant que l'on éluderait la rigueur des règlements relativement à l'admission. D'une part, nombre de pensionnaires rentrent à l'Hôtel en renonçant à la pension, et, de l'autre, il sort des troupes environ mille invalides par an, et il n'en meurt pas autant <^3). » En dix ans, de 1755 à 1765. le seul corps des gardes françaises avait donné à l'Hôtel 127 lieutenants et 1.289 hommes; celui des gardes suisses, 334 grenadiers et soldats, en tout i.Soo hommes. On juge par ces chiffres du nombre d'invalides envoyés par l'armée tout entière dans la grande maison royale (^). Et, de plus, comme le disait le mémoire cité plus haut, le nombre des morts était très inférieur à celui des arrivées; pour la seule année 1761, par exemple, il était entré à l'Hôtel 854 hommes de plus cpi'il n'en était sorti; en
(1) Cf. diverses ordonnances datées du 25 mars 1776, concernant : Finfanterie française et étrangère (art. 34) ; la cavalerie (art. 34) ; les dragons (art. 30) ; les hussards (art. 30); l'administration de tous les corps de troupe (art. 9, i4, 16). Dépôt de la Guerre, Ordonnances militaires, pièces 17, 18, 19, 20.
(2) Ce mémoire n'est pas daté; il est placé vers 1772, il est en tout cas postérieur à 1766. Arch. de l'Hôtel, carton 383.
(3) La plupart des documents concernant les effectifs se trouvent dans Arch. de l'Hôtel, cartons 383 et 413.
(4) Etat des officiers résidant à l'Hôtel royal des Invalides. Bibl. de l'Arsenah ms. 4S64.
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1767, 31 officiers. 76 bas officiers et 107 hommes de plus ('). L'Hôtel, tous les rapports le disent, ne pouvait contenir plus de 3.000 hommes, et ce chiffi-e était un grand maximum. Et cependant il était continuellement dépassé ; l'Hôtel, incapable de loger dans son enceinte tous les nouveaux venus, était contraint d'en installer un grand nombre au Gros-Caillou ^^' : ce qui, outre le surcroît de dépenses, ajoutait au désordre et à la complication administrative; d'autre part, on cherchait à dégorger un peu l'Hôtel en envoyant beaucoup d'hommes aux compagnies détachées, ou en assignant des pensions dans les provinces à ceux qui renonçaient aux Invalides. Ces moyens mêmes n'étaient pas suffisants. En vain les commissaires, nommés par le Roi pour la réforme de l'administration, s'indignaient-ils. protestaient-ils « que la sévérité dans l'admission était indispensable » ; en vain proposaient-ils des expédients, demandant c^ue le pouvoir d'ordonner les admissions ne fut plus déféré au seul gouverneur de l'Hôtel, mais au conseil tout entier ; que les soldats invalides pensionnés ou détachés ne fussent plus admis de loin, sur de simples certificats émanés de leur corps d'origine, mais c^u'ils comparussent en personne devant le conseil: que les invalides chassés ou rayés des contrôles, et qu'on réhabilitait en masse, ne pussent plus rentrer à l'Hôtel. C'est en vain aussi que le ministre, depuis longtemps, recommandait la sévérité <^3). un choix plus sérieux, et surtout l'envoi du plus grand nombre d'hommes possible dans les compagnies '^* : on s'efforçait aussi de prendre des mesures sérieuses contre l'envahissement d'une quantité incroyable de faux soldats, parasites, laquais, ou créatures des grands seigneurs : « On y comptait des jeunes gens qui n'avaient jamais porté les armes, tels cpi'un palefrenier du maréchal de Biron, d'anciens guichetiers de l'abbaye de Saint-
(1) Arch. de l'Hôtel, carton 383.
(2) Mémoire au ministre, 1770. Arch. Nat., Q' laSi, n° 7.
(3) Il prescrivait de renvoyer à son drapeau et pour le compte du régiment, tout bas officier ou soldat qui, avant été proposé pour PHôtel, ne serait pas reconnu hors d'état de service par ses blessures ou infirmités. Lettre de Choiseul au gouverneur de l'Hôtel, 31 décembre 1765. Reg. séances du conseil d'adm., III.
(4) Lettre de Choiseul au gouverneur de l'Hôtel prescrivant d'envoyer le plus d'hommes possible dans les compagnies détachées, surtout aux frontières d'Espagne, pour décharger l'Hôtel qu'il faut absolument réserver pour les vieillards, les infirmes ou les estropiés, 16 septembre 1764. Recueil des Edits, etc., II, p. 112.
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Germain-des-Prés, et beaucoup d'autres qui. (]U()i(|u*ils eussent servi, n'avaient jamais reçu la moindre blessure •". » lu instant, on avait voulu recourir aux moyens extrêmes, en enjoii^nant aux inspecteurs militaires de ne recevoir qu'un lionnne. pour les Invalides, par conqiagnie d'infanterie, de cavalerie et de dragons : on ^ renonça vite à cet expédient, connue trop contraire à l'esprit de l'institution ^-K
Tout était vain: une réaction s"inq:)osait. qui fut radicale. Elle se manifesta par l'ordonnance du 17 juin 1770. ins])irée par le comte de Saint-Germain •3). Cette ordoiuiance uiodifiait entièrement l'administration de l'Hôtel : tous les anciens abus v étaient impitoyablement frappés, toutes les inutilités, les sinécures, tous les luxes étaient ]n-oscrits. et, pour counnencer. le nomln-e des invalides considérablement réduit'*'. L'article 4 du titre I était conçu en ces termes : « A compter du jour de l'exécution de la présente ordonnance. Sa Majesté n'entretiendra à l'Hôtel que 6 lieutenants-colonels, 12 commandants de bataillon ou majors, Go capitaines de la première et de la seconde classe. 200 lieutenants, Go maréchaux des logis, 212 bas officiers, et ()5o soldats : son intention étant que le nombre n'en puisse être augmenté sous quelque prétexte que ce soit. Elle entend que, parmi les officiers, bas officiers et soldats désignés, il y ait proportionnellement à leur grade cent places vacantes, uniquement destinées pendant le courant de chaque année aux officiers, bas officiers ou soldats invalides dont l'admission à FHôtel ne pourroit être différée par le .«-enre de leurs infirmités ou de leurs blessmes. » Ce chiffi-e de cent places ne pouvait, sous aucun prétexte, être jamais dépassé : y pouvaient prétendre les hommes munis d'un ordre exprès du ministre, les
(1) Journal de Hardy, 27 juin 1776. Cf. Colombier, Préceptes sur la santé des sens de guerre, 1773, p. 211, cité par Mention, Le Comte de Saint-Germain et ses réformes p. 24S.
(2) Lettres du maréchal du Muy, 27 janvier et 24 mars 177Ô. Reir. séanns du conseil d'adm., IV.
(3) Recueil des Édits, etc., II, p. 2S2. Cf. sur cette tentative de réforme. L. Mention. op. cit., p. 246 et suiv.
(4) Au moment où l'ordonnance fut promulguée, rHôtel était à peu i)rés plein, mais le chiffre maximum n'était pourtant pas dépassé. En 1776, environ 2.5oo officiers, bas officiers et soldats résidaient à THÔtel, G.ooo hommes dans les compagnies détachées, et, dans les provinces, iS.ooo invalides dont 4.ooo officiers. Arcli. Hist.. vol. 168(1' pièce iSg. -^ ■