‹ L'Hôtel royale des invalides, 1670-1789Chapitre 25 sur 48 · LE BATIMENT · texte numérisé non relu

LE BATIMENT

de logis; ce n'est que plus tard, sous le ministère de d'Argenson, que les bâtiments qui l'encadrent actuellement furent construits. Par contre, plusieurs gravures, datant pour la plupart des dernières années du dix-septième siècle, et notamment le frontispice de l'ouvrage de Félibien, nous présentent la partie des Invalides qui regarde Vaugirard comme toute différente de ce qu'elle est aujourd'hui. Un projet grandiose de décoration avait été approuvé par le Roi. L'Hôtel devait comporter un ensemble de bâtiments rappelant la façade de Saint-Pierre de Rome ; du dôme devaient partir deux longues galeries circulaires, en façon de portiques, aboutissant à deux pavillons ; des fossés, absolument symétriques à ceux de la façade nord, devaient entourer la demi-lune placée en avant de l'Hôtel. Il faut regretter la non-exécution de ce projet cjui eût harmonieusement complété l'ensemble monumental de la construction (^0.

L'Hôtel des Invalides est un des plus purs spécimens du style Louis XIV: les lignes y sont nobles et nettes, les dimensions imposantes, les proportions d'une harmonie parfaite. C'est tout à fait une Maison royale : il suffit pour s'en persuader de pénétrer dans la cour d'honneur; l'impression majestueuse qu'on éprouve tout d'abord ne se dément point quand on examine les détails : la ligne du fronton, les lucarnes qui s'élèvent au-dessus de la galerie, toutes d'une ornementation différente, aux attributs guerriers ou mythologiques, les grands chevaux de pierre cabrés aux angles de la cour sont d'un effet admirable. On avait pensé, en 1712. à placer au centre de cette cour une statue monumentale du grand Roi. Coustou en avait déjà sculpté le modèle. La statue devait reposer sur un hatit piédestal adorné de rinceaux de bronze et de deux figures représentant des vertus héroïques (^). Elle ne fut jamais exécutée, et le seul souvenir figuré de Louis XIV qui subsiste aux Invalides est cette grande statue équestre, en haut relief, du Roi vêtu à la romaine au milieu du bâtiment central (i\

(1) Cf. Brice, Description nouvelle de Paris, II, 1706, p. 333; Mercure Galant, mai 1702, p. 309.

(?) Cf. Pierre Marcel, Inventaire des papiers manuscrits du cabinet de Robert de Cotte, conservés à la Bibliothèque Nationale, 1906, p. i5 et 16.

(3) Cette statue était l'œuvre de Coustou. Elle fut détériorée à la Ré%'olutiou et remplacée par une autre statue identique.

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Pour une aussi vaste organisation que celle des Invalides, on juge des difficultés énormes que nécessitaient l'entretien et l'alimentation de la Maison. Les Invalides étaient situés hors ville, à côté du Gros-Caillou, quartier populaire et pauvre, au milieu des prés marécageux qui terminaient de ce côté le Pré -aux -Clercs; assez près cependant de la rivière qui était, pour la Maison, le plus sûr et le plus rapide des chemins.

C'était surtout du manque d'eau cjue souffrait l'Hôtel. Le puits cju'on y avait primitivement creusé, relativement peu profond '^^), placé à côté du cimetière, n'était pas suffisant pour une maison aussi immense et notamment pour les cuisines. Le puits se remplissait de corps malsains, aussi était-on obligé de le curer à fond au moins une fois par an(-). L'Hôtel n'avait pas d'eau de fontaine pour alimenter les cours, les cuisines, les divers services ; les lessives se faisaient mal ; l'eau, péniblement transportée, gelait rhiver et croupissait l'été ^3\ On se décida, devant la nécessité, à creuser un nouveau puits, mais plus profond que l'autre <^^), inférieur de beaucoup au lit de la rivière ^^\ Il était actionné par une pompe cjue deux mulets et un cheval mettaient en mouvement (^). Le puits était entièrement enclos de murs, soigneusement fermé ; le service en était confié à des invalides nommés « pompiers )). La pompe envoyait l'eau dans im vaste réservoir et dans un bassin placé dans le jardin de l'intendant. De gros tuyaux de plomb avec de petites conduites de branchage l'emmenaient enstiite

(i) Il avait 10 toises et demie de profondeur, garni dans le fonds d'une assise de graviers. Ce puits donnait 12 pieds, 8 pouces d'eau en hiver et 16 pieds, 3 pouces dans les plus grandes sécheresses de l'été, l. j. d. b., L'Hôtel Royal des Invalides, 16S3, p. 23.

(3) Décision du 23 juillet 1716. Reg. séances du conseil d'adm., I.

(3) Cf. Arch. Nat., G' 433. Lettre et mémoire de Defrancine de Grandmaison, intendant des Eaux et Fontaines, pour amener aux Invalides de l'eau de source, d'abord conduite à l'Observatoire par l'aqueduc d'Arcueil. Cette eau remplirait deux vastes réservoirs et de là se répandrait dans toute la maison. On pourrait nettoyer ainsi les latrines fort mai odorantes et la maison serait « entièrement purgée de mauvais air ». L'auteur déclarait pouvoir faire aboutir ce projet moyennant 5o.ooo écus que fournirait une loterie semblable à celle qui avait, en 1704, fort bien réussi pour donner à Paris des pompes à incendie (Lettre et mémoire datés du 2 septembre 1705).

(4) Ce puits avait 72 pieds de profondeur sur 12 de diamètre. Il contenait toujours 20 à 24 pieds d'eau et donnait 56 muids d'eau par heure (Journal de Paris, 20 juin 1784).

(5) Cf. Granet, op. cit., p. iS.

(6) Décisions du 7 août 1777. Reg. séances du conseil d'adm., I, et 5 octobre iT^i. Ibid., II.

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