‹ L'Hôtel royale des invalides, 1670-1789Chapitre 26 sur 48 · LE BATIMENT · texte numérisé non relu

LE BATIMENT

dans toutes les directions ('); une série de robinets de cuivre distribuaient l'eau dans les divers services. Le puits était terminé en iy34(2). En même temps qu'on le creusait, on construisait un aqueduc sous la cour royale et le passage qui séparait le dôme des infirmeries, pour récolter les eaux grasses qui jusque-là stagnaient dans les cours et rendaient l'Hôtel très malsain. Cet aqueduc fut jugé par la suite insuffisant et un autre fut emlDranché sur le premier en août 1760 (^'. Il a\ait spécialement pour but d'éloigner de l'Hôtel les \-idanges qu'on était autrefois obligé d'enlever chaque année, ce c[ui entraînait les plus graves inconvénients, sans compter la dépense '^^^. L'ac^ueduc emmenait tout à l'Ile des Cygnes (^). Peu de temps après, on se décida à remettre l'ancien puits en acti\'ité. conciUTemment avec le nouveau ^'^). L'aquedtic. les puits, les condtiites d'eau étaient soigneusement entretenus : on les visitait minutieusement et on les nettoyait à fond au moins deux fois par an '^7).

En même temps cjue ces réparations importantes étaient effectuées, on entreprenait de sérieux agrandissements dans le bâtiment. Lors de la construction de l'Hôtel, un grand corps de logis était resté inachevé : Louvois le destinait aux cadets gentilshommes ^^\ qu'il avait le dessein d'instruire atix Invalides '^'-^K Cette aile s'étendait derrière le bâtiment occtipé par les prêtres. Le tra\'ail fut repris sous le ministère ,de Barbézieux et d'après les conseils de Robert de Cotte ; mais la construction ne fiU achevée que sous le

(i) L'Hôtel consommait en moyenne i.ioo muids d'eau par jour.

(a) Dans des réparations effectuées en 1769, le directeur des travaux y tomba et se noya (gratifications accordées à ceux qui ont retiré le corps, lo mal 1769. Reg. séances du conseil d'adm., III).

(3) Recueil des Édits, etc., Il, p. G3. La construction de cet aqueduc entraîna l'Hôtel à un emprunt de 4oo.ooo llv. en rentes viagères.

(4) Elle s'élevait chaque fois à plus de 2.5oo liv.

(5) Le dépôt des vidanges amena par la suite une réclamation, Tile se trouvant juste entre l'Hôtel et l'Ecole militaire. Cf. Réclamation datée du 4 aoîit 1781. Arck. de l'Hôtel, carton 27.

(6) Décision du G février 1772. Rcg. séances du conseil d'adm., 111. « La dépense sera de 16.000 liv. environ. »

(7) Décision du 29 août 176S. Ibid.

(8) Le projet ne fut pas rais à exécution, (..c n'est (pu- cinquante ans plus tard que les cadets gentilshommes furent réunis à l'Ecole militaire (Cf. comte de M<>i:7.f.y. Institutions d'éducation militaire jusqu'en lyfiy, iSOG, p. 91).

(9) Cf. Graket, op. cit., p. i5.

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ministère de d'Argenson (0 ; on fut obligé d'empiéter sur les jardins, sur celui des prêtres, sur le promenoir, de supprimer entièrement le jardin du lieutenant de Roi(^). Le bâtiment qu'on continua jusqu'à la Révolution d'appeler le « Bâtiment neuf » était destiné aux officiers supérieurs (3). H était composé d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage mansardé (^). Il était terminé en lyjo ; en 1752 déjà les salles en étaient entièrement occupées C^). La boulangerie était d'abord située dans l'Hôtel même, à gauche de l'église, à côté des infirmeries : deux fours y cuisaient le pain pour tout l'Hôtel. En 1730, elle fut déplacée par crainte d'un incendie (6) ; d'Angervilliers l'installa derrière l'Hôtel, dans un vaste espace qu'un grand bâtiment enserra de deux côtés. Une porte fut ouverte sur l'extérieur, du côté de Paris. Trois fours furent établis (7) ; l'on construisit aussi d'immenses greniers' pouvant contenir une provision de blé pour deux ans, 12.000 muids environ (5). De grands locaux y furent joints, comprenant des ateliers, un logis pour le contrôleur, des écuries, un corps de garde, une loge de portier. L'on établit aussi, tout près de la boulangerie, un

(1) Cf. PÉRAU, op. cit., pi. 18.

(3) Cf. Gratification accordée au sieur Delamarck, lieutenant de Roi, pour l'indemniser de la perte de son jardin, dont on a fait la cour du bâtiment neuf : 5oo liv. lyS^. Arch. de l'Hôtel, carton 2S6.

(3) LuYNEs, Mémoires, IX, p. 435. « On fait actuellement un nouveau bâtiment aux Invalides pour pouvoir y loger un plus grand nombre d'officiers. M. d'Argenson compte y faire un établissement assez honnête pour que les officiers principaux puissent y être admis, et que le traitement qu'on leur fasse puisse leur tenir lieu de 700 à Soo pistoles de rente. » — Cf. Bibl. Nat., ms. fr. 20090 : constructions effectives à l'Hôtel des Invalides (1751).

(4) Cf. Inventaire des meubles du bâtiment neuf, 1752. Arch. de l'Hôtel, carton 68.

(5) LuYNEs, Mémoires, XII, p. 134.

(6) Les plus grandes précautions étaient cependant prises contre l'incendie; les hangars en bois étaient éloignés des cuisines, des seaux de toile étaient disposés dans les corridors, afin d'organiser rapidement les secours de sinistre. Décisions des 4 avril 1676 et 3 juin 1768. Reg. séances du conseil d'adm., I et III. En 17S1, un détachement de pompiers fut installé. Décision du i4 juin 1751. Ibid., IV.

(7) Cf. Etat des ustensiles et objets divers contenus dans la boulangerie, 26 octobre

1770. Arch. de l'Hôtel, carton 3S4.

(8) Ces greniers pouvaient, le cas échéant, sendr de dépôt pour des particuliers (Décision du conseil qui permet de déposer dans les greniers de l'Hôtel, la charge d'un bateau de blé venant d'Italie, appartenant au sieur Pacor, bourgeois de Paris, 30 novembre

1771. Arch. de l'Hôtel, carton 384).

(9) Tous ces bâtiments ont subsisté et ont conservé les mêmes affectations. Le bâtiment central est occupé par une manutention sise au coin de l'avenue de TourvùUe et du boulevard des Invalides. La demeure du contrôleur est occupée aujourd'hui par l'officier d'administration principal de l'Hôtel. La porte est au n» 6 du boulevard des Invalides.

magasin pour y enfermer les vieux fers, les vieux plombs, les bois de menuiserie qui, jusque-là, étaient laissés dans les cours, où une foule de servants ou d'invalides se les appropriaient <^') ; un grand hangar fut également bâti dans la cour de la Pourvoirie (la première des moyennes cours, à gauche de la cour royale), où furent déposées toutes les petites tablettes et les brouettes en usage dans les réfectoires (^). On n'apporta point, par la suite, de changement notable dans les bâtiments des Invalides. Ils restèrent jusc^u'à la Révolution, et presque jusqu'à nos jours, avec leur distribution et leurs attributions primitives. Mais l'entretien était considérable : les premières années surtout avaient été très chargées au point de vue de l'entretien ; le petit nombre de servants attachés à l'Hôtel, le manque de « mise au point » de bien des choses avait occasionné de très grands frais ^3). il en fut de même plus tard; c'étaient d'incessantes retouches à faire aux boiseries, aux toitures, à la coupole du dôme qui menaçait ruine '^^^ aux peintures de l'église qu'il fallait refaire <^^ à celles des réfectoires qu'on devait badigeonner de chaux pour les soustraire à l'irrespect des invalides C'). A la fin dti dix-huitième siècle, les frais d'entretien dépassaient 100.000 liv. par an (7). Une des plus grandes causes de dépenses était produite par les demandes continuelles de réparations émanées des diverses personnes logées dans l'Hôtel. Les fonctionnaires de l'État-major, les prêtres, les employés, assaillaient le conseil de demandes diverses tendant à améliorer l'état de leurs appartements. Bien mieux, quelques-uns s'adressaient directement à l'intendant ou aux ouvriers pour obtenir des réparations. A la vérité,

(i) Lettre de Choiseul, 22 octobre 1767. Reg. séances du conseil iVadm., III.

(2) Décision du 6 août 1767. Ihid. Le devis prévoyait une dépeuse de 1.37S liv.

(3) L'entretien avait coûté en 1679, So.ooo liv.; en 1686, 176.505 liv.; en 1691, 233.724 liv. 2 s. 7 d. Bïbl. NaU, ms. fr. 7801, fol. 56. Une fois les premières années passées, les frais d'entretien diminuèrent sensiblement.

(4) Mémoire demandant des réparations pour le dôme qui menace ruine : le lanterneau risque de tomber; avec la dorure, la dépense sera de 60 à 80.000 liv. Reg. séances du conseil d'adm., III.

(5) Lettre de Choiseul au duc de Marigny pour faire repeindre par Vanloo la coupole de la chapelle Saint-Grégoire : la dépense sera de 3.500 liv. Arch. Nat., O' i665.

(6) Décision du 13 juillet 1782. Reg. séances du conseil d'adm., IV. Cf. encore d'autres réparations au lavoir des sœurs, 18 août 1778. Ihid., et Mémoire au ministre, 1770, Arch. Nat., Q' 1282, n" 7.

(7) En 1786, exactement 101. 865 liv. 16 s. 6 d. Arch. de l'Hôtel, carton 289.

dans cette somptueuse demeure, les appartements privés, comme dans bien d'autres constructions de cette époque, étaient sacrifiés aux vastes salles d'apparat ou de réception'''). Les cours des Invalides étaient larges, les escaliers spacieux, l'ornementation savante et les perspectives ingénieuses, mais les logements n'étaient souvent que de simples réduits, perdus sous les combles ou dans l'humidité du rez-de-chaussée ; ils étaient éclairés par des fenêtres richement encadrées, mais ils n'avaient point de cheminées: de là des réclamations incessantes, auxquelles le conseil opposait des fins de non-recevoir. On avait, en effet, posé en principe qu'aucune réparation ne serait faite aux bâtiments sans un ordre exprès du ministre <''). Une distinction fut établie par la suite entre les réparations de toute nécessité, touchant la solidité ou la salubrité des appartements, et celles qui ne concernaient que le confort ou la décoration des logements : pour ces dernières, un ordre du ministre était exigées); les premières étaient exécutées sans difficultés. Une lettre ministérielle du 2 5 décembre 17 00 décida que toutes les réparations qui ne seraient pas reconnues comme indispensables seraient mises au compte du locataire. Ces prescriptions furent appliquées avec exactitude, l'économie étant de rigueur : les hauts fonctionnaires de l'État-major donnaient Texemple de la modestie : les remises de l'inspecteur contrôleur général et celles de l'intendant avaient-elles besoin d'un plancher neuf? on employait pour cela des résidus de boiseries déposés aux hangars ('^K Le gouverneur lui-même se heurtait aux mêmes préoccupations d'économie : son bureau, qui avait l:>esoin d'être « agrandi et rétabli )>. fut réparé en 1773 avec des restes de bois pris dans le magasin des débris de l'HôteH^). L'ordonnance du 6 novembre 1779*^^) prescrivit l'exécution intégrale des ordres donnés, et elle ordonnait qu'une revue miiuitieuse des logements serait faite par le contrôleur des bâti-

(1) Cf. p. Marcel, op. cit., p. 8.

(3) Décision du 27 mars 1738. Reg. séances du conseil d'adm., II.

(3) Lettre du ministère, 11 septembre 1766. Cf. Arch. Nat., Q' 12S2, n» 7. Mémoire au ministre, 1770. Recueil des Édits, etc., II, p. i5o.

(4) Décision du 27 novembre 1767. Reg. séances du conseil d'adm., III.

(r)) Décision du 11 mars 1773. Reg. séances du conseil d'adm., III.

(6) Recueil des Édits, etc., II, p. 355. Arch. de l'Hôtel, carton 65 et Arch. Nat., AD+ io44.

ments qui devait noter tous les embellissements. Les réparations locatives devaient toutes être faites aux frais des occupants. Toute réparation exécutée sans ordre chez un particulier était faite aux frais de celui-ci (').

Les appartements étaient donc souvent fort incommodes aux Invalides, par leur inconfort, le manque d'entretien ou l'exiguité des pièces *^^). Ils étaient, en outre, très nombreux : dans le début, tous les fonctionnaires de l'Hôtel y étaient logés avec leurs familles, plus ou moins largement. L'ordonnance de 1776 n'accorda le logement aux Invalides ciu'aux fonctionnaires du grand Etat-major et aux employés du petit ; mais les familles furent dorénavant exclues après d'innombrables abus. Seules, les femmes des officiers du grand État-major, celle de l'architecte, du médecin et du chirurgien-major furent autorisées à loger dans la maison. Quelc^ues appartements étaient, du fait de cette exclusion, rendus vacants^ et le gouverneur avait seul le pouvoir d'en disposer <^3).

A côté de ces logements d' « exception », réservés à de hauts ou à d'indispensables fonctionnaires, était la foule des dortoirs pour les soldats, des chambres pour les officiers. Les iS salles des Invalides, divisées en « cantons » séparés par des corridors portant le nom de la division ^■'^^ et au nombre de 18, comptaient 1.5S9 lits ^'^K Ces salles étaient éclairées par des réverbères et chauffées par des sortes de calorifères placés dans des chambres spéciales qu'on appelait les « poêles ^^^ ». Les officiers avaient,

(1) Lettre du ministre, 5 juillet 17S3. Reg. séances du conseil d'adm., IV.

(2) Lettre de Leroy de Chaumont, intendant de l'Hôtel : son appartement nécessite des réparations qui se monteront à 1.600 liv. au moins; il offre de faire l'avance des frais à la Maison qui le remboursera quatre ans après, 3 février 1770. Arch. de l'Hôtel, carton 384. Ces appartements avaient constamment besoin de réparations et parfois des plus considérables, même chez les fonctionnaires les plus haut placés.

(3) Décision du 8 septembre 1776. Reg, séances du conseil d'adm., IV.

(4) Cantons et corridors de Saint-Louis, Saint-Guillaume, Saint-Charlemagne, Saint- Maurice, Saint- Victor, Saint-Georges.

(5) Salles de Notre-Dame, Saint-Léon, Saint-Victor, Saint-Michel, Saint-François, Sainte-Anne, Saint-Vincent, Luxembourg, Strasbourg, Namur, Mous, Saint-Claude, Saint-Jean, Saint-Henri, Sainte-Croix, Saint-André, Saint-Hubert et une salle pour la classe intermédiaire (Etat du logement, 17 décembre 176J, carton 403 des Arch. de l'Hôtel).

(6) Ces poêles étaient assez grossièrement aménagés, les tuyaux sortaient par les fenêtres ou par des trous faits dans les murs. Comptes des commissaires ordonnateurs, ans V-VI. Bib!. Ville de Paris, X, 131 mss.

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outre le logement qui variait suivant les grades, une part de bois et de chandelle également variable. Les officiers supérieurs étaient, nous l'avons vu. logés dans le bâtiment neuf : les lieutenants-colonels avaient une chambre à part pour chacun d'eux et recevaient par an quatre voies de bois et vingt-quatre livres de ,, chandelle: les capitaines étaient deux par chambre et se voyaient attribuer deux voies de bois et vingt livres de chandelle. Quant aux lieutenants qui couchaient à quatre dans la même chambre, ils touchaient dix livres de chandelle: leurs chambres n'avaient pas de cheminée: ils n'avaient que des chauffbirs comme les soldats (0. A la fin du dix-huitième siècle, quelques lieutenants furent logés au bâtiment neuf^^). En 17S2. on installa un poêle dans chacune de leiu-s chambres: l'Hôtel leur remettait trois voies de bois par an -3). Les pièces étaient meublées d"une façon assez rudimentaire. Jusqu'en 17S4, les soins de l'ameublement avaient été confiés à une entreprise : mais, à la suite de contestations assez sérieuses survenues entre Fentreprenein- et l'administration, l'entreprise avait été convertie en régie pour le compte de l'Hôtel ('*). Les latrines n'étaient point placées près des chambres et des dortoirs, mais bien sur la grande façade qu'elles empestaient : c étaient de petites salles basses mmiies de volets qu'on aérait le plus possible ^5). En 17S4. des commodités à l'anglaise furent installées dans les quatre pavillons de l'Hôtel et quatre garçons uniquement occupés à les entretenir dans le plus grand état de propreté (^).

Outre les invalides et l'État-major. des employés de toutes sortes étaient logés à l'Hôtel, des servants, des ouvriers : leurs chambres étaient, en général, sous les combles, au troisième étage: suivant l'importance de leurs fonctions et le chiffre de leurs appointements, une plus ou moins grande quantité de bois et de charbon leur était attribuée: en 1767. ces fournitures furent remplacées par une

(1) Mémoire au ministre, sjé août 1791. Arch. de l'Hôtel, carton 102. (3) Décision du 7 décembre 1782. Ibid., carton 27.

(3) Décision du 27 décembre 1783. Reg. séances du conseil d'adm., IV.

(4) Mémoire au ministre, 24 août 1791. Arch. de l'Hôtel, carton 102.

(5) Décisions du u avril 1G76 et du 12 juin 1677. Reg. séances du conseil d'adm., I.

(6) Décision du 12 juin 1784. Ibid., IV.

somme d'argent**'. Quand éclata la Révolution, on s'était inquiété depuis (juelque temps du nombre grandissant de ces parasites qui. à un titre (juelconque. chargeaient les finances de l'Hôtel, et on étudiait des mesures pour les faire loger en ville '-'.

L'Hôtel, nous l'avons vu, était cliatifFé de diverses manières. Les poêles des Invalides étaient allimiés du début de l'hiver au lendemain de Pàc^ues, de () heures du matin à lo heures dtisoir'3). De grands poêles étaient aussi installés aux infirmeries '"'^ ; totis ces fourneaux étaient visités plusieurs fois par an. avec le plus grand soin <^^). L'Hôtel avait tin privilège pour le charbon qu'il payait de moitié moins cher que le public, soit 5 liv. le sac ^^) ; et cepen- <lant le cliauffage occasionnait à l'Hôtel des dépenses considérables : il coûtait aux Invalides environ 7S.000 liv. par an''); mais, là connue partout, de nombreux abus s'étaient prodtiits : une foule de fonctionnaires, et des plus haut placés, se laissaient aller à toucher infiniment plus de bois ou de charlîon (ju'il n'était raisonnable'^); des servants ou des employés, sous prétexte de tra\aux pénibles, allaient atix cuisines ou ailleurs s'approvisionner otitre mesure de combustible ^9). Aussi bien, jusqu'en 1767, date à laquelle on construisit un magasin, le bois et le charbon étaient laissés à l'abandon dans les couloirs oti dans les cours, à la merci de toutes les indiscrétions. Un règlement fort sévère sur la distribution du bois '^'") mit fin à ces agissements. Parmi les officiers logés au Gros-Caillou, setils les commandants et les capitaines furent autorisés à emporter du bois chez eux, sur une permission écrite de l'intendant <"'.

(1) Lettres du duc de Choiseul, 7 septemijre 17(36 et .23 février 1767. Htg- séances du conseil d'adm., III.

(2) Décision du 4 avril 1B76. Ibid., I.

(3) En 1767, on comptait à l'Hôtel 363 cheminées, 71 poêles dans l'intérieur de la maison, 23 aux infirmeries (Cf. Etat du logement. Arch. de l'Hôtel, carton 383).

(4) Décision du 26 septembre 1767. Reg. séances du conseil d'adm., III.

(5) Ordre de Chamillart, 13 avril 1763. Arch. de l'Hôtel, carton 25.

(6) Mémoire au ministre, 1770. Arch. Nat., Q' i2Sa-3, u» 7.

(7) Ibid.

(S) En 1765 le gouverneur avait touché 225 voies de bois et 399 de charbon: l'intendant, 211 voies de bois et 274 de charbon.

(9) Lettre du conseil au ministre pour se plaindre de ces abus, S novembre 1770. Arch. de l'Hôtel, carton 53.

(10) Règlement du 23 janvier 1768. Reg. séances du conseil d'adm., III.

(11) Décision du 30 novembre 1771. Ibid.

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Les corridors et les escaliers des In\-alides étaient primitivement éclairés par des lanternes applic^uées aux murs : des domestiques spéciaux avaient mission de les allumer <'). Dans les premiers temps de l'Hôtel, ces lanternes n'étaient allumées qu'en hiver: pendant les courtes nuits d'été les corridors restaient obscurs, mais il se produisit tant d'accidents, de chutes dans les escaliers, qu'on décida de les éclairer dès le 2 5 août, jour de la Saint-Louis (^). Peu à peu. toutes les lanternes furent remplacées par des réverbères, qu'on alluma du i^"- avril au 30 septembre, de 11 heures du soir à 5 heures du matin, et de 10 heures du soir à G heures du matin, l'autre partie de l'année (i\

Tel était l'Hôtel des Invalides dans ses grandes lignes, avec ses bâtiments de service, ses locaux divers et ses appartements. Mais son domaine s'étendait au delà de ses fossés : peu à peu le pauvre quartier du Gros-Caillou s'était peuplé de familles d'invalides, de soldats pensionnés, de fournisseurs de l'Hôtel, vivant tous plus ou moins dans l'Hôtel ou à ses dépens : des annexes de la grande Maison royale y étaient même établies. Une buanderie avait été installée en 1737, dans la rue de Grenelle, sur un terrain appartenant à l'Hôtel (-*). Tout d'abord le blanchissage avait eu pour centre l'Ile des Cygnes C^), ce qui était assurément le lieu le moins approprié du monde pour la lessive, à l'endroit où l'aqueduc venait déverser tous les immondices de l'Hôtel. La distance aussi, et la difficulté des transports du linge avaient fait déplacer la buanderie qu'on avait installée a. la barrière de Grenelle. En fait, elle y resta malgré la maison du Gros-Caillou. Celle-ci était en eff"et inutilisable par suite du manque d'eau, et quand, en 1772, l'entrepreneur s'y installa C^), on n'y put organiser que des apparte-

(1) Décision du 29 mars 1760. Reg. séances du conseil d'adm., II. Le sieur Perrot, chargé d'allumer les lanternes, recevra 100 liv. par an.

(2) Décision du 5 sept. 1782. Ibid., IV.

(3) Décision du n mars 1773. Ibid., III, et 30 juillet 177s. Ibid., IV.

(4) Mémoire, plan et devis pour le bâtiment de la buanderie construit par l'Hôtel sur un terrain rue de Grenelle. Ardu Nat., O' 12S2, 3, liasse 3.

(5) Décision portant que Jacques Laisné, blanchisseur, sera logé, à raison de 5o liv. par an dans une chambre, une salle et un petit pavillon dans le jardin où il est à présent dans File d'Amour, 24 octobre 1682. Reg. séances du conseil d'adm., I.

(6) Sur lettre du ministre, 30 septembre 1772. Recueil des Édits, etc., II, p. 200.

LES ENVIRONS yg

ments : l'entreprise du blanchissage était impossible dans cette maison pour laquelle l'Hôtel avait pourtant dépensé plus de 80.000 liv. La jouissance en était réservée à M. Marie, premier commis de la guerre, en récompense de longs services rendus à rHôtel.

La boucherie des Invalides était également installée au Gros- Caillou, à côté de la buanderie et sur le même terrain (') appartenant à THôtel. Les Invalides étaient en effet propriétaires de terres dans les environs immédiats de l'Esplanade, et même plus loin. Ces terrains, s'ils étaient une sotirce de revenus pom* la Maison (^), constituaient aussi une charge. L'Hôtel devait entretenir la chaussée de TEsplanade. faire creuser des fossés en deçà des bornes de l'avenue, au long des prés et des boulingrins (3), Sur les réclamations des habitants du voisinage, on dut, en 17S3, combler ces fossés inutiles : ceux qui bordaient les maisons du faubourg Saint-Germain et du Gros-Caillou devaient être entretenus aux frais des habitants, chacun pour la portion qui le concernait (^). Les prés cpii s'étendaient devant l'Hôtel, régtilièrement taillés, servaient de promenade aux Invalides ; l'administration les louait aussi pour la pâture des bestiaux, notamment de ceux destinés à la boucherie de la maison, à charge au boucher d"entretenir le gazon et de réparer les dégâts catisés par ses bêtes '-'^K

Le port des Invalides, où arrivaient les marchandises à destination de THôtel, et surtout les approvisionnements de blé. était employé aussi par les habitants du voisinage (•"). qui demandaient

(1) Cf. Contre-échange entre l'Hôtel et le sieur Carré d'une portion égale de terrain, faisant partie de la basse-cour de la nouvelle buanderie, pour construire au Gros-Caillou les hangars nécessaires au boucher de l'Hôtel qui y doit installer ses bestiaux. Novembre 1757. Arch. Nat., Q' 1282, dossier 3.

(2) Lettres patentes autorisant l'Hôtel des Invalides à faire des aliénations des terrains sis au Gros Caillou et appartenant à l'Hôtel, 13 septembre 1782. Bibl. Nat. coll. Jolly de Fleury, 539, dossier 7023 et Arck. Nat., AD+ 1057.

(3) Décision du 17 octobre 1773. Reg. séances du. conseil d'adrn., 111.

(4) Décision de faire paver la chaussée qui borde le Palais de S. A. S. le prince de Condé, au dépens du prince, 24 novembre 1774. liid., IV.

(5) Cf. notamment, soumission de l'entrepreneur de la viande qui reconnaît devoir fournir des ouvriers terrassiers pour l'entretien des gazons devant l'Hôtel oii il fait paître ses bœufs et ses moutons, 6 juillet 1786. Thid.

(6) Arrêté du gouverneur autorisant un marchand de bois du quartier à y déposer ses marchandises, 10 juillet 1787. Arch. de l'Hôtel, carton 27.

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à y débarquer leurs bateaux ('>. Le Roi en usait au besoin (-). Ce port était, du reste, assez mauvais, le courant étant particulièrement rapide à ce coude de la Seine, et les eaux encombrées par le voisinage de la Sablière et de Pile des Cygnes '3). Un bac était installé sur la rivière à l'emplacement du port.

L'Esplanade des Invalides existait en tant que chaussée depuis les origines de l'Hôtel, elle était encadrée par des prés que venaient couper les rues de l'Université et de Saint-Dominique. C'est à M. de La Courneuve, alors gouverneur de l'Hôtel, qu'on dut, en 174g, la plantation de quinconces dans ces prés ^'^K Ceux-ci ne disparurent complètement qu'en 1779, date à laquelle le prince de Montbarey conçut le projet d'une esplanade proprement dite ^^).

De l'autre côté de l'Hôtel rayonnaient les grandes avenues, tracées en pleine campagne lors de la fondation même de la maison, augmentées en 1750 de celles conduisant à l'École militaire. L'aspect de cette région de Paris en avait été tout à fait changé et embelli, mais l'extension de l'Hôtel de ce côté était arrêtée. Par contre, le percement de l'avenue de Breteuil await empêché les particuliers d'élever là des bâtiments qui eussent masqué la perspective. Le Roi se chargeait de raccorder à ses frais le pavé établi du côté de Vaugirard à celui des allées ^^'K mais l'Hôtel avait à sa charge l'entretien des avenues. L'inspecteur des bâtiments devait veiller à ce qu'aucune construction ne fût entreprise de ce côté, pour permettre à l'avenue de Breteuil d'aboutir élégamment à la demi-lune tracée devant le dôme. L'inspecteur devait aussi faire élaguer les arbres, arracher ceux de l'Hôtel qui débordaient de ce côté (et notamment du côté du jardin des sœurs ou de la pou-

(1) Les particuliers avaient, dans ce cas, le devoir d'aménager, à leurs frais, la partie du port qui leur était nécessaire. Cf. Décision du ia novembre 1770, à propos de deux porteurs d'eau. Reg. séances du conseil d'adm., III.

(2) Lettre du ministre enjoignant qu'on laisse déposer au port de l'Hôtel les matériaux destinés au nouveau pont qu'on construit devant le Palais Bourbon, 16 décembre 17S6. Ibid., IV.

(3) La Sablière et le bras de File des Cygnes furent comblés en 17S3 (Décision du a 6 janvier. Ibid., III).

(4) Cf. Luynes, Mémoires, IX, p. 435. En 1772, dix rangées d'arbres furent supprimées le long de la rue actuelle de Constantine (Décision du 5 octobre 1772. Reg. séances du conseil d'adm., III).

(5) Décision du i5 septembre 1779. Arch. de l'Hôtel, carton 27. L'architecte chargé de tracer le plan de l'Esplanade reçut 20 pistoles de gratification.

(6) Décision du 27 mars 17S4. Reg. séances du conseil d'adm., IV.

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