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LE SERVICE DU CULTE A L'HÔTEL ROYAL DES INVALIDES

Par l'expression « service du culte » nous entendons toutes les manifestations de la vie religieuse de l'Hôtel, aussi bien les offices journaliers que les cérémonies pompeuses cpii se déroulèrent sous le dôme, les rapports du clergé, tant avec Tadministration (ju'avec les invalides mêmes, sermons, catéchismes, funérailles, etc. L'administration de l'Hôtel mérite d'être étudiée à ce point de vue : dans la pensée de son fondateur, le côté religieux de l'institution devait apparaitre tout d'abord: et le bâtiment même (iu"il lui affecta faisait bien voir sa pensée. Poiu Louis XIV. comme pour tous ses contemporains, c'est bien moins l'Hôtel que l'église royale des Invalides qui est digne d'admiration; si les grands bâtiments?

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la cour d'honneur, la haute façade, chef-d'œuvre de Libéral Bruant, suscitent des louanges, tout l'enthousiasme est réservé ati dôme, aux peintures de la coupole, à l'œuvre de Mansart. moins sobre cependant et d'une tenu? moins sévère. Tout in(li(|ue. au début, lïntérét que le Roi porte au côté spirituel de sa fondation : le vocable de Saint-Louis attribtié à la nouvelle église, le choix, comme desservants, de ces prêtres de la Mission, les mêmes que ceux de la chapelle royale à Versailles, la protection qu'il étend sur eux. les privilèges fjti'il leiu' accorde. Ces prérogatives vont, du reste, après la mort de Louis XIV, en diminuant avec une régularité remarquable, jusqu'à ce que le clergé de THôtel soit réduit à rien par l'ordonnance de 1776. Peu à peu, on s'habituera à attacher ime importance moins grande au culte dans l'Hôtel ; l'église deviendra paroissiale, groupant à ses autels toute la population des environs, et le clergé des Invalides sera ainsi semblable à celui des atitres paroisses de Paris (').

Les fonctions des prêtres furent fixées par trois contrats ; le premier fut signé le 17 mai 1673, entre Charles-Maurice Le Tellier, archevêcpie de Reims, agissant au nom de son frère et M. Edme Jolly, supérieur général de la congrégation de la Mission ^^K Dès le 11 mai, Louvois avait déjà désigné les missionnaires poin* être chargés à perpétuité de l'administration spirituelle aux Invalides (3).

La congrégation devait fotu'uir douze prêtres au moins, et même davantage si le besoin s'en faisait sentir. Ces ecclésiastiques étaient tenus de remplir les fonctions curiales à l'Hôtel, d'y « célébrer le service divin dans l'église, en chantant la messe et les vêpres aux jours de dimanches et fêtes, et disant les autres jours leur messe, et récitant à voix médiocre l'office canonial, sans chanter. Ils devaient administrer les sacrements à totis les habitants de l'Hôtel, soldats et domestiques, et leur faire des « exhortations, prédications et catéchismes » .

L'église des Invalides étant une église royale, les prêtres y de-

(1) La plupart des documents concernant le service du culte sont contenus dans le carton 53 des Arch. de l'Hôtel.

(3) Cf. Arch. de l'Hôtel, carton 53. Arch. Nat., MM, 537, fF. 122 et suiv. Recueil des Edits, etc., I, p. 47. On peut consulter avec profit les Annales de la Congrégation de la Mission, 1898, p. 622 et 1899, p. 532.

(3) Acte du 11 mai 1675. Cf. à ce sujet Arch. Nat., MM, 537, ut supra.

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vaient dire des prières pour le Roi, sa famille et la prospérité de ses armes. Tous les jours, à Pofïice, ils devaient chanter le psaume « Exaudiat ». répétant trois fois le verset : (( Domine sahum fac Regem » et en y ajoutant l'oraison <( Pro Rege ». Le contrat portait. en outre, qu'après la mort du Roi. ils devraient célébrer chaque année, au jotir anniversaire du décès, un service solennel pour le repos de l'àme du souverain fondateur.

Les detix domaines, spirituel et temporel, devaient rester abso- Itmient indépendants, sans qtie le gouvernement ou les prêtres pussent, en auctuie façon, exercer une contrainte les tins stir les autres, les prêtres étant mis formellement sous la protection du Roi. Le supérieur, après avoir pris possession, j)ar un inventaire minutieux, de tout le matériel de l'église, vases sacrés, ornements, lingerie, livres de chœur, Itmiinaire, en devait assurer l'entretien aux frais de l'Hôtel. Les prêtres jotiissaient de tous les privilèges accordés à la maison des Invalides ; chacun avait droit, franc d'entrée, à un muicl de vin par an et à deux minots de sel (•'. En cas de maladie, les soins leur étaient assurés par les médecins et chirurgiens de l'Hôtel et les remèdes délivrés par la sœur supérieure. Enfin, comme traitement, les prêtres recevaient 3.000 liv. par an, payables de quartier en quartier par le trésorier, sur simple cjuittance du supérieur. Cette somme, totit à fait insuffisante pom- l'entretien de douze prêtres au moins, devait être complétée par la maison mère, chargée de pourvoir au surplus de la stibsistance des frères et de leurs domestiques. En échange, le Roi s'engageait à maintenir la congrégation de la Mission en possession de la maison de Saint- Lazare. Cette maison faisait, depuis de longties années, l'objet de discussions entre la Mission et les chevaliers de Tordre de Notre- Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem. Le Roi tint parole et accorda, en octobre 1675, des lettres patentes portant « confirmation de l'union de la maison et prieuré de Saint-Lazare à la congrégation de la Mission, nonobstant l'édit de Messieurs de Notre-Dame du Mont-Carmel (^) ». Ces lettres patentes furent

(1) Le tout pris sur la quantité de vin et de sel accordée à l'Hôtel.

{2) Arch. de l'Hôtel, carton 53. Arch. Nat. S, 6699. Cf. Léon Bretaude.vi-, L'Union du prieuré de Saint-Lazare à la congrégation des prêtres de la Mission. {Bull. Soc. Hist. Paris, XXX, p. i44.)

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enregistrées le ii janvier 1676 au Grand Conseil, à la Chambre royale (').

Le contrat avec les prêtres de la Mission fut ratifié par Louvois au camp de Gibelone, le 28 mai 1675. et approuvé, le g septembre, par l'archevêque de Paris (^). Les prêtres prirent, sans attendre, .possession de leur nouveau service et cela, dès le i'^''juin. « Ils y commencèrent leurs fonctions par une mission extraordinaire qui finit le 30 du mesme mois, par une communion générale qui se fit le matin et le soir, par une procession solennelle, où le Très-Saint- Sacrement fut porté par le sieur Joly, supérieur général de ladite congrégation. Il estoit précédé de grand nombre d'ecclésiastiques en chapes et suivi de trois cents invalides, tenant chacun un cierge allumé : et cette cérémonie fut terminée par le Te Deiim et par les prières accoutumées pour la conservation de la personne sacrée du Roy, et pour la prospérité de ses armes d). »

Le contrat de 1675 fut maintenu dans ses grandes lignes, du moins en ce qui concerne les fonctions des prêtres, mais des modifications y furent apportées par un arrangement nouveau sur\-enu le 3 janvier 16S0 W. Ce contrat fut passé entre Louvois et M. Jolly. La foule des invalides affluant a. l'Hôtel, l'église étant enfin terminée, le service du culte exigeait un clergé plus nombreux : le nombre des prêtres fut fixé à vingt, sans compter quatre domestiques ; parmi les huit missionnaires que ce contrat ajoutait aux douze déjà existant, deux, au moins, devaient avoir reçu la prêtrise. Le Roi ne voulut pas que la maison de Saint-Lazare à Paris, déjà chargée d'une foule de dépenses, « tant pour l'éducation de la jeunesse de ladite congrégation que pour la nourriture des ordonnans et exercitans qui y sont toujours en grand nombre et pour la dépense des missions qu'elle fait sept ou huit mois de l'année » eût encore à sa charge l'entretien supplémentaire des huit nouveaux ecclésiastiques envoyés à l'Hôtel. Aussi les prêtres reçurent-ils. outre les 3.000 liv. accordées par le contrat de 1675, ime autre somme égale de 3.000 liv. De plus, le revenu du prieuré de Sainte-

(1) Arch. Nat., Xia, 8672, fol. 112 yo.

(2) Arch. Nat., MM, 537, fol. 122.

(3) Gazette de France, 1675, p. 5o8.

(4) Recueil des Édits, etc., I, p. 87.

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Magdeleine du Lac-Roi (ordre de Saint- Augustin, réuni à la maison de Saint-Lazare par bulle du Pape du 13 août 1678 et brevet royal du 24 décembre 1677) (') fut attribué à la subsistance des prêtres. La congrégation s'engageait, par contre, à leur servir une rente de i.3oo liv. par an, moyennant quoi, elle était dispensée du supplément d'entretien imposé par l'arrangement de 1675 (^\ Les privilèges des prêtres étaient légèrement augmentés : au lieu de toucher, comme ci-devant, 1 muid de vin en franchise, par personne, la petite communauté en touchait 30 en tout et 3 minots de sel par ecclésiastique ^^K Les fonctions curiales recevaient en même temps de légères modifications ; les prêtres n'étaient plus tenus de réciter l'office canonial à voix médiocre, ce qui avait été « reconnu servir de peu à exciter la dévotion dans les susdits officiers et soldats invalides et pouvoir même quelques fois empêcher quelques autres assistances plus utiles ». Mais ils devaient « chanter outre la messe haute et les vêpres des fêtes et dimanches de l'année... les premières vêpres et le reste de l'office solenneUement, les quatre grandes fêtes de l'année, de Pâques, la Pentecôte, la Toussaint et Noël; et le jour des Rois, le jour de l'Ascension, de la fête du Saint-Sacrement, de l'Assomption de la Vierge et de la fête de Saint-Louis ». Les prêtres étaient également chargés de la nourriture des enfants de chœur ; et un crédit de 4oo liv. leur fut accordé dans ce but. C'est à eux aussi que revenait l'argent et les vêtements des invalides morts aux infirmeries et dont aucun parent ne venait réclamer la succession ('^^ .

Un troisième contrat, signé le 30 décembre 1730 parle mmistre d'Angervilliers et M. Bonnet, supérieur général de la congrégation de la Mission, établissait à nouveau les règles du service religieux à l'Hôtel des Invalides (^>. L'indemnité accordée aux prêtres était

(0 Diocèse de Clermont, auj. SaiiU-Hilaire-la-Croix : Puy de Dôme, arr. de Riom, c. de Combrande. Cf. terrier de ce prieuré, Arch. Nat., S, 6740-6741 et les titres de propriété dans Arch. Nat., S, 6670-6671. - Tardieu, Dictionnaire historique du Puy-de- Dôme, 1S77, p. 310.

(2) Arch. de l-Hotcl, carton 4S. Rapport sur THotel, n" 33, « Service du culte ».

U) irch. de l-Hotel, carton 53. Arch. Nat., X'», S675, fol. 174. Ce contrat de 16S0 a éte'publié par le vicomte de Grouchy sous le titre : Les Chapelains de FHotel des Invalides en 16H0. dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile de France, XX, p. ib5.

(4) Lettre de Versoris, intendant de T Hôtel, au ministre, 9 avril 1710. Arch. Hist., vol. 2271, p- tJ4.

(5) Arch. de l'Hôtel, carton 53. Arch. Nat., NLM, 537, fol. 121 et suiv.

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augmentée et portée à 9.000 liv. La maison de Saint-Lazare continuait de payer une rente de i.5oo liv.; il lui était interdit de comprendre la communauté des prêtres de l'Hôtel dans aucune des contributions dont elle pouvait avoir endossé la charge. Le nombre de missionnaires restait fixé à vingt, mais la communauté s'engageait à licencier cent d'entre eux cpii seraient trop âgés ou infirmes, à moins qu'ils n'eussent remplis leurs fonctions à l'Hôtel pendant six ans : ils restaient, dans ce cas, aux Invalides, à titre surnuméraire. L'un de ces prêtres continuait d'exercer les fonctions curiales, sans en avoir le titre (0. H restait amovible à la volonté du général de Saint-Lazare. Les fonctions des prêtres restaient les mêmes ; ils étaient cependant tenus de célébrer en plus, au début de chaque mois, un service solennel en mémoire des soldats tués à l'ennemi. — L'exemption de droits pour 30 muids de vin était étendue à 4o' muids: une somme de 100 liv. était affectée aux dépenses de la sacristie (^\

La connnunauté des prêtres parait avoir été, à cette époque, assez mal administrée, si l'on en juge par les précautions que prescrit le contrat pour la vérification des comptes. «Et pour empêcher que ladite communauté de la Mission... ne fasse aucune dépense superflue, (^ui pourrait k l'avenir occasionner des dettes, ledit sieur supérieur général se fera représenter tous les trois mois les comptes du procureur de ladite communauté dudit Hôtel, afin de reconnaitre, par lui-même, s'il n'y a point de dissipation ou de défaut d'économie : et le supérieur desdits prêtres de ladite communauté dudit Hôtel, sera tenu de fournir audit sieur d'Angervilliers et aux seigneurs, ses successeurs, à la fin de chaque année, un bref état des recettes et des dépenses de sa connnunauté, de son excédent ou de ses dettes actives ou passives, lequel état sera signé de lui et certifié véritable ; affirmera au bas dudit état que la pension de i.5oo liv.. que ladite maison de Saint-Lazare fait à la communauté, aura été payée en entier : que ladite connnunauté continue de

(i) Le curé des Invalides ne prenait pas rang parmi les autres curés des environs de i-ans. Ln 1732, il ne fut pas admis parmi eux, lors des obsèques du curé de Saint- Jacques-du-Haut-Pas. Barbier. Journal, II, p. 260.

(2) Le service de la sacristie nc-cessitait 1 muids de vin par an.

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jouir du prieuré de Sainte-Marie-Magdeleine du Lac-Roi. et qu elle u'aura contribué à aucun frais de ladite congrégation. )>

En 1766, la conununauté de la Mission était ainsi composée : « Prêtres, enfants de chœur et employés : onze prêtres pour les fonctions de la paroisse ; huit ecclésiastiques ou membres de la congrégation de la Mission ou représentés par d'autres : trois frères de la même congrégation, cinq soldats invalides dont Tun est portier à la grille du dôme, l'autre est tailleur, un autre garçon de cuisine, e'tîe cinquième, concierge de la maison de campagne à Issy (^) ; seize jeunes clercs dans la pension : le premier chantre de l'église qui loge dans la communauté ('>. »

Cette situation fut modifiée par un arrêt du duc de Choiseul du 16 septembre 1770 ^^>. Le nombre des prêtres était réduit à huit, et à quatre celui des frères ou domesticiues. Aucun prêtre ne pouvait être admis dans la communauté, ni en être congédié, sans l'assentiment du ministre. Cette rigueur était nécessitée par les abus «iu-avait amenés le système des pensions organisé par les prêtres. Les contrats précédents les obligeaient à entretenir des enfants de chœur, des crédits leur étaient alloués pour cela. Une sorte de pensionnat avait donc été ouvert dans la communauté. On n'y reçut d'abord que des enfants de chœur, choisis, pour la plupart, parmi les enfants des invalides. Les missionnaires les instruisaient de la religion, leur enseignaient quekiues bribes de latin et les envoyaient en classe au collège Mazarin : le prix de la pension était très modique ; aussi peu à peu des prêtres étrangers à la mission étaient-ils venus prendre pension à rHotel. ecclésiastiques venus des différentes paroisses de Paris, proscrits ou privés de leurs revenus par des arrêts du Parlement. Ils étaient ainsi a charge à l'Hôtel, ciuHls encombraient inutilement, et aux missionnaires ciui les devaient nourrir, moyennant une somme dérisoire. Aussi était-ce, en partie, sur la demande du supérieur que le duc de Choiseul avait pris son arrêté. On renvoya donc les pensionnaires, pour n'admettre plus que ceux ([ui payaient une pension

^^ Cette maison avait été achetée pour la promenade des prêtres, le i4 octobre ijlo, d'une famille Moret. Cf. le contrat d'acquisition, Arch. Xat., S, 6699, dossier 1, p.ece 1.

(2) Arch. de l'Hôtel, carton 53.

(3) Ibid. et Recueil des Édits, etc., II, p. 22S.

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de 700 liv.,. et avec une autorisation du secrétaire d'État de la Guerre. Les prêtres se contentèrent d'instruire les enfants de chœur sans les héberger. Au bout de peu de temps, le supérieur réclama du reste le rétablissement des pensions ; quelque mince qu'en fiit le chilîre, elles manquaient à son budget. Le rétablis- sèment partiel lui en fut accordé : les prêtres furent autorisés à recevoir des pensionnaires, pourvu qu'ils payassent au moins 300 liv., et à les faire soigner aux infirmeries de l'Hôtel en cas de maladie (^'^

Un instant, le maréchal du Muy avait songé à augmenter de nouveau le nombre des prêtres (0, il n'en eut pas le loisir. Le comte de Saint-Germain, dans l'ordonnance du 17 juin 1776. ne laissa subsister du clergé de l'Hôtel que les prêtres et les domestiques strictement indispensables : l'article 1 du titre III de l'ordonnance ne conservait qu'un curé, quatre prêtres, quatre enfants de chœur et un serpent. Un organiste leur était adjoint et un chantre (3). Une somme annuelle de 10.000 liv. leur était allouée pour leur nourriture, leur subsistance et le luminaire de l'église. Malgré les prescriptions de l'ordonnance, le nombre des prêtres fut augmenté par la suite et porté à huit (-^K

La situation financière du clergé avait toujours été embarrassée et les frais qu'il nécessitait, fort considérables : sous le régime du premier contrat, les dépenses avaient été en gros de 3.000 liv. pour l'entretien des prêtres. 4oo liv. pour celui des enfants de chœur, 100 hv. pour le vin de la sacristie, soit 3.500 liv. par an. De 1680 à 1730, les frais avaient monté à une moyenne annuelle de S. 000 liv. (5) et de 11.000 sous le régime du troisième contrat C^), augmentation expliquée par le crédit supplémentaire de 3.000 liv.

(0 Lettre du 2Tii„istre Monteynard. Versailles, aq septembre 177^. Arch de rHètel carton 43, " " ■^'^•jlci,

d-adrn^tx! '^" """'''''"' '^" ^^''■- ^''''''^^'''^ '' '^'^'^ ^775- Reg. séances du conseil

(3) Ce chantre ne devait recevoir aucune gratification des visiteurs de IVclise II recevait boo hv. par an, dont 4oo payées par rHôtel et aoo par le curé. Il remplissait aussi les fonctions de sacristain. Décision du 10 août 1785. Arch. de l'Hôtel, carton 53.

(4) Lettre de Montbarey, 16 septembre 1780. Ibid., carton 54. Un organiste était en outre attaché à la chapelle : il recevait 700 liv. par an.

(5) Jhid., carton 53,

(6) Ibid., carton 4S, 8c rapport, « Administration économique, dépenses du culte ».

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accordé en 1730 ^'\ La situation financière ne s'améliora pas avec le temps, au contraire. L'Hôtel était constamment obligé de faire des avances aux prêtres, soit en nature, soit en espèces. En 1769. le conseil leur accordait 4o voies de bois, en avance. 60 voies de charbon, 1.200 livres de chandelle f^-). L'année suivante, la communauté était obligée d'emprimter une somme de 10.000 liv. ; en 1777, le conseil lui avançait encore 10.000 liv. pour amortir ses dettes qui se montaient alors à 20.G00 liv. '^K La communauté des missionnaires avait acquitté la taxe du clergé jusqu'en 175S : elle se montait alors à 770 liv. : sur la demande des prêtres, prenant prétexte d'un privilège jadis accordé à leur maison, le maréchal de Belle-Isle suspendit le i)aiement de cette taxe. Les receveurs du clergé tinrent bon et. en 1777. une saisie fut même opérée au logement des prêtres : les dettes accimiulées s'élevaient, pour la taxe, à 12.421 liv. S s., que le comte de Saint-Germain dut donner l'ordre de payer <^). Les prêtres demandèrent d'être déchargés du luminaire de l'église, alléguant la cherté de la vie. l'embarras de leur situation. Ils n'en furent pas moins déboutés de leur réclamation ^^). Le maréchal de Ségur se refusa à leiu accorder aucune augmentation de traitement ; il leur répondit, en effet, fort justement, ([ne l'augmentation générale des prix, touchant toutes les denrées, ne pouvait avoir de conséquences fâcheuses pour la communauté. Celle-ci jouissait de nombreux privilèges, ne payait la viande que 5 s. S d., recevait le vin et le sel eh franchise, et obtenait, sur toutes les marchandises, des conditions meilleures que le public : les prétentions des missionnaires étaient donc déclarées sans fondement, le ministre leur représentait que les 10.000 liv. payées par l'administration de l'Hôtel, jointes aux 38. 000 liv. annuelles produites par les secours de la congrégadon et le revenu du Lac-Roi. étaient plus

(1) En 1753, par exemple : Pensions des missionnaires, nourriture des enfants de chœur, vin de sacristie, g.Doo liv. ; pauvres, 1.200 liv. ; achat de livres de prières, 300 liv. En 1756, la sacristie avait nécessité un entretien de 3.799 liv. 4 s. Les prêtres avaient dû, en outre, payer 20 liv. de redevances au curé de Saint-Sulpice, 425 liv. de décimes. Arch. de l'Hôtel, carton 2S6.

(2) Décision du 17 juin 17O9. Reg. séances du conseil d'adni.. 111.

(3) Ordre du ministre du 19 mars 1777. Arch. de l'Hôtel, carton 27.

(4) Ordre du ministre (sans date précise, février 1777). Reg. séances du conseil d'adm.. 111.

(5) Lettre de Ségur au supérieur général de la congrégation de la Mission, 4 mai 17S2. Arch. de l'Hôtel, carton 33.

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que suffisantes à l'entretien de la communauté ; celle-ci pouvait même faire des économies qui serviraient à amortir les dettes montées, en 17S2. à 13.200 liv. Enfin les prêtres tiraient de temps à autre des ressources du luminaire ('^. Jusqu'à la fin de l'ancien régime, la situation financière de la communauté, grâce à la mauvaise gestion de leurs comptes, resta embarrassée.

Les prêtres étaient logés dans un bâtiment spécial, à l'ouest du dôme, dans im des pavillons qui encadrent Téglise ('). Ce logement était meublé aux frais de l'Hôtel, mais les prêtres devaient entretenir le mobilier : appartements vastes, du reste, mais peu confortables, plus ou moins mal chauffes. Les chambres n'avaient pas de cheminées, un calorifère était établi pour toiU le corps de logis. En 1780, seulement, on autorisa les deux prêtres les plus âgés à faire bâtir une cheminée à leurs frais (3). L'appartement, à cette date, était fort délabré, et le ministre permettait d'y faire des réparations, mais interdisait tout luxe et fantaisie. L'appartement des missionnaires était séparé du reste de l'Hôtel par une forte grille et une porte de fer; les domestiques attachés à leur service particulier leur préparaient leurs repas dans une cuisine à part, et faisaient même leur pain***). Un assez vaste jardin s'étendait au centre du corps de logis (^), une tonnelle régnait tout autour ^^).

Les prêtres avaient à leur disposition une bibliothèque, en majeure partie composée d'ouvrages de piété. Ils en débitaient journellement aux officiers et soldats invalides ^7). Le crédit affecté à cette bibliothèque, d'abord fixé à 1.000 liv. par le contrat

(1) Vente, en 177S, d'une quantité de grands livres de chœur, sur vélin et notés en plain-chant, à l'usage de Rome, devenus inutiles à l'Hôtel. Décision du 4 août 1778. Reg. séances du conseil d'adm., IV. — Vente, le 12 juillet 1783, de broderies d'or et d'argent de vieux vêtements ayant ser%-i au culte, au prix de 8.938 liv. 2 s. 6 d. les ornements d'or, et 258 liv. 16 s. ceux d'argent. Arch. de l'Hôtel, carton 53.

(2) Locaux actuellement occupés par la direction du service de santé et la trésorerie.

(3) Lettres de Montbarey dans ce sens. Versailles, i6 septembre 1780. Arch. de l'Hôtel, carton 53.

^ (4) Les plans que donnent Granet {op. cit., notamment planche 7). portent l'indication d'un fournil dans le logement des prêtres.

(5) Actuellement, cour de la Paix.

(6) Décision d'établir un berceau de fer dans le jardin des prêtres. L'ouvrage coûtera 1.000 liv. — 26 avril 1715. Reg. séances du conseil d'adm., I.

(7) Décision du 22 octobre 1716. Ibid.

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de 1G75. fut abaissé à 300 liv.. pour être bientôt réduit à

i5o liv. (').

Les fonctions des missionnaires avaient été bien fixées par les contrats successifs. Leur service était, du reste, assez chargé. Assistés des enfants de chœur. d"abord au nombre de dix-huit, puis de douze depuis le changement « des cérémonies du service divin de romain en parisien (^). ils devaient tous les jours célébrer l'office. La prière se disait matin et soir, dans l'église dite « des soldats », alors que la chapelle du dômey réservée aux grandes cérémonies, gardait le nom d^Église Royale. Tous les soldats étaient tenus d'y assister, ainsi qu'à la messe du dimanche. Ce jour-là. tous les habitants de l'Hôtel devaient se rendre à l'église. État-major, soldats, personnel de service. Les hommes mariés n'avaient pas Fautorisation de découcher le samedi soir, de crainte d'être en retard à l'office dominical. Pendant le service divin, il était sévèrement interdit de rester dans les chambres ou dans les « poêles », d'y dormir ou d'y jouer : les soldats surpris en contravention étaient rigoineusement punis (3). Le dimanche, le jeudi et les jours de fête, tous les jours pendant l'octave du Saint-Sacrement, un service solennel était chanté à

l'église ^^'.

Les prêtres avaient d'autres fonctions que celles de l'office proprement dit : de tout temps ils avaient été chargés de la distribution des aumônes aux pauvres des environs. Au début, le conseil accordait i.5oo liv. par an aux missionnaires, dans un but charitable (•'^''. En 1 710. le ministre se chargea de fournir à la communauté la somme nécessaire aux aumônes et qu'il fixa à 1.200 liv. ^^^ : ce crédit fut encore diminué de moitié (v) ; enfin, en 17S5, on décida que la somme allouée chaque année aux prêtres pour les bonnes œuvres ne serait pas fixée à l'avance et varierait suivant les besoins du moment*^'. Deux ans après. Brienne autorisait, à titre d'essai.

(1) Décision de- janvier 1777 (sans date précise). Arch. <fe rHotel, carton 33.

(2) Décision du i8 août 1703. Reg. séances du conseil d'adm., I.

(3) Règlement du 3 janvier 1710, art. 38. Recueil des Édits. etc., I, p. iS4.

(4) Cf. PÉR.vi-, op. cit., pages 92 et suivantes.

(5) Décision du 20 août 1693. Reg. séances du conseil d'adm., I.

(6) Décision du 5 avril 171... Arch. Hist., vol. 1271, pièce 65.

(7) Décision de janvKT 1777 (sans .late précise). Reg. séances du conseil d'adm.. I\ .

(8) Décision du i4 mars 178'). .Irc7i. de l'Hôtel, carton 61.

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les prêtres à secourir les familles pauvres d'officiers invalides, mais la somme dont disposait la communauté était fort restreinte (0.

Les missionnaires s'occupaient activement des soldats nouvellement admis aux Invalides. Le temps que les nouveaux venus passaient à THôtel. sans en pouvoir sortir, était occupé à recevoir . une instruction religieuse. C'était dans les « poêles » c]ue se donnaient les catéchismes. Au besoin, la communauté mandait à l'Hôtel des prêtres étrangers, pour enseigner ceux des soldats qui n'entendaient pas le français (^). Toutes les semaines, les missionnaires faisaient des conférences sur « l'oraison mentale ou la vocale ou quelque autre sujet de piété (3) ». Enfin, les prêtres veillaient aux infirmeries, y visitaient les malades, administraient les sacrements aux mourants. Un missionnaire était toujours « de garde » pendant vingt-cjuatre heures, dans la chapelle de l'infirmerie. En somme, le souci était grand d'assurer aux invalides des ressources spirituelles. Ce devait être pourtant d'étranges pénitents que ces vieux soldats, débris des armées d'Italie, de Flandre ou d'Alsace, qui pillaient si jo^^eusement les pays ennemis, soudards sans scrupules qui quittaient volontiers l'Hôtel pour aller mendier dans les rues, ou chercher quelque aventure au Pont-Neuf ou à la foire Saint-Germain W. Ils étaient, aux Invalides, soumis à une étroite discipline religieuse, contre laquelle ils cherchaient parfois à regimber : les uns, en quête de faux-fuyants pour esquiver un office, d'autres, s'irritant contre les prêtres qui ne les laissaient point agir à leur guise, se vengeant de leur austéritépar des calomnies ^^'. Ils étaient en effet, nous l'avons vu, tenus d'assister aux services religieux, mais aussi d'y faire leurs pâques '6). En 1701. le ministre enjoignit

(1) Décision du 8 décembre 17S7. Reg. séances du conseil d'adm., IV.

(2) Cf. PÉRAu, op. cit., p. 93.

(3) Cf. Daniel, Hùtoire de la milice française, p. 573. — Deux harangues faites par le maréchal de T Mars et un officier invalide, lors de l'installation du nouveau curé, le ,0 octobre 1715, 1715. ' ^

(4) Cf. Règlement du 3 janvier 1710. Recueil des Édits, etc., I, p. 174.

(5) Lettre de plaintes d'un officier invalide contre les prêtres de THÔtel, dénonçant des doctrines peu orthodoxes que l'un d'entre eux prêcherait et se plaignant du peu de zele déployé par les missionnaires auprès des mourants. Juin 1709 (sans date précise). Arch. Hist., vol, 2134, pièce i54. ■ ^ f j

, (^)S;^- L'-'i-doration perpétuelle du r.-S.-Sacrement de l'autel établie en Véglise paroissiale de l Hôtel Royale des Invalides, 1729. s /-

LE SERVICE DU CULTE iSg

formellement à tous les habitants de THôteL de se préparer de bonne heure à la communion pascale (^). Dans ce but, le gouverneur ilevait, plus que jamais, tenir la main à ce cpie tous les invalides assistassent aux offices et fissent leur confession ; les permissions de sortie devaient être beaucoup plus rares dans le mois qui précède la fête de Pâques. Ceux qui n'auraient pas communié ce jour-là étaient punis de trois mois d"arréts quand ils étaient officiers, et de prison sïls étaient soldats. Nulle permission n'était accordée de la Mi-Carême à Pâciues, ni de Pâques à la Pentecôte. Seuls pouvaient l'obtenir les invalides ciui présentaient un billet signé d'un prêtre de la maison, attestant qu'ils avaient bien rempli leurs devoirs religieux (**. Les archives sont pleines de recommandations et de punitions contre les blasphèmes et les jurements dont retentissaient souvent les chambres et les corridors de l'Hôtel (3).

L'église avait été solennellement consacrée le 28 août 1706. par le cardinal de Noailles, archevêciue de Paris (^). Depuis, le culte s'y célébrait régulièrement. Les cérémonies solennelles augmentaient l'éclat du service religieux : aux grandes fêtes, tout le personnel de la maison royale se pressait dans FégliseO). Les contemporains sont unanimes à décrire la pompe de ces solennités, et. de fait, ce devait être un spectacle imposant que celui de cette foule d'invalides groupés dans l'église, sous l'or des vitraux, aux grondements de l'orgue (6) ; le long des murs pendaient les grandes tapisseries de haute lisse qu'on laissait toujours tendues, sauf pendant le carême, le jour des morts et au service anniversaire de Louis XIV (■) ; aux voûtes étaient suspendus les cbapeaux pris à

(X) Lettre du ministre au gouverneur et directeur de THÙtel. 27 février 1701. Arch. Hist., vol. 1470, pièce 44o.

(2) Règlement du 3 janvier 1710, art. 4. Recueil des Edits, etc., I, p. 172-

(3) Ibid., p. 173-

(4) Jaillot, Quartier de Saint-Germain-des-Prés, p. 52.

(5) Aux jours de i;randes fêtes, on faisait à l'église une toilette complète Avant la Sa nt-Louii, ou nettoyait les peintures, on lavait les murs et 1- Piastres Au moment de piques, on nettova.t à fond le pavé sali par les gros souliers des invalides. Décision du 23 juillet 1716. keg. séances du conseil d'adm., I.

(6) Cf. état des fétes auxquelles le facteur d'orgue est obligé d'accorder l'orgue. 1737- Arch. de l'Hôtel, carton Su.

(7) Décision du 12 juin 1779- l^'^S- -ances du conseil d'ad.n IX, ^^'^^f ' ,; ' f, ."^t t ca ton 27. Cf. comptes de 1753 : au tapissier qui a tendu l'eglise pendant lamuc et la façlde de l'Hùtel 1 jour de la Fête-Dieu : 49 Uv. Arch. de l'Hôtel, carton 2Sb.

igo l'hôtel royal des invalides

l'ennemi <^'). Dans ces fêtes solennelles avait lieu la distribution de pain bénit, notamment à Pâques, à la Saint-Louis et à Noël. Des régals étaient accordés* aux réfectoires, le jour des Rois, au mardi gras, à la Saint-Louis, à la Saint-Martin ('^\ Le comte de Saint- Germain, par mesure d'économie, supprima les distributions de pain bénit en 1776 et ne maintint que le seul régal de la Saint- Louis (3). Des processions avaient lieu plusieurs fois par an, notamment au printemps : pendant l'année, plusieurs processions se faisaient dans l'intérieur de l'Hôtel ; tout le personnel de la maison y prenait part. En tête venait une compagnie de soixante fusiliers en armes avec les fifres et les tambours ; suivaient tous les soldats invalides groupés par compagnies et défilant par quatre, puis la brigade des officiers, la confrérie du Saint-Sacrement, marchant sur deux lignes. Immédiatement derrière le clergé de l'Hôtel, accompagné d'un détachement de fusiliers, s'avançaient l'Étatmajor, le conseil d'administration, les fonctionnaires, les lieutenants-colonels et les commandants de bataillon, entourés de gardes de la prévôté. Enfin venaient les dames habitant l'Hôtel à un titre quelconque et les sœurs grises, encadrées par des invalides en armes. La marche était fermée par un peloton de trente fusiliers (^). Les jours de pluie, la procession défilait sous les galeries de la cour d'honneur et s'arrêtait au reposoir que les filles de la Charité établissaient à la porte royale (^).

Ces pompeuses cérémonies se déroulaient aussi sous le dôme, dans l'église royale, en de certaines circonstances excepdonnelles. Le Roi avait continué de considérer l'église de Mansart comme une de ses chapelles particulières. Aussi des services y étaient-ils célébrés dans toutes les grandes circonstances. Dans l'église, où

(1) Omont, Les Drapeaux déposés aux Invalides sous le règne de Louis A'/f' (d'après un registre manuscrit paraphé en partie par le maître de cérémonies Desgranges, en 1697 et 1713). Arch. historiques et littéraires, 1" juillet 1791. — Cf. sur les drapeaux pris'à la bataille de Parme et envoyés aux Invalides, Barbier, Journal, II, p. 476.

(2) Séance du 36 décembre 1676. Reg. séances du conseil d'adm., I.

(3) Les pains bénits avaient coûté en 1775 : 4.925 liv. 27 s. Saint-Germain les supprima le 20 octobre 1776. Reg. séances du conseil d'adm., IV. Cf. ci-dessus, p. 175.

(4) Description d'une procession en 1776. Arch. de l'Hôtel, carton 53.

(5) L'Université de Paris célébrait aussi parfois des services solennels dans l'église royale. En 1751, elle y fit chanter un Te Deum (voir ci-dessous). En 1723, une procession s'y était déjà faite. Cf. Ordre de la procession qui se fera vendredi 12 mars lyz^, en l'église paroissiale de Saint-Louis, dans l'Hôtel Royal des Invalides. Bihl. Nat., ms. fr. 221 1 1, n» 9.

LE SERVICE DU CULTE IQl

Ton avait songé d'abord à transporter les reliques de saint Louis ('\ le monarque venait remercier Dieu de ses succès ou l'implorer aux mauvais jours. De nombreux offices y furent célébrés.

Le ministre de la Guerre étant, de fondation, directeur et administrateur général de l'Hôtel, un service funèbre y était toujours célébré pour le repos de son àme. L'église se remplissait alors de grands personnages, la cour se déplaçait pour la circonstance. Les orateurs les plus illustres venaient prêcher aux Invalides. Le 21 mars 1686, Fléchier prononça l'oraison funèbre du chancelier Le Tellier, dans l'Hôtel cju' avait bâti son fils ('\ Celui-ci ne tarda pas aie suivre. Il mourut à Versailles le 16 juillet i6gi. Le ig, à 4 heures du matin, le corps de Louvois fut transporté aux Invalides et placé sur un lit de parade dans le chœur de l'église des soldats, le dôme n'étant pas encore terminé (3). Le lendemain soir, il fut enseveli dans un caveau provisoire en attendant l'achèvement de la coupole. Louvois ne dormit pas son dernier sommeil aux Invalides : son corps fut enlevé secrètement le 22 janvier 169g, à minuit, pour être déposé dans un mausolée, chez les Capucins de la place Vendôme '^^).

En 1711, un service funèbre fut célébré à l'Hôtel, lors de la mort du Grand Dauphin (■^» ; le 10 mars 1740. service pour le repos de l'âme du ministre d'Angervilliers (S) ; le i4 février 1743, service pour le tonnelier Breteuil (7) ; quelcjnes jours après, un service pour la mort du cardinal Fleury (^), réunit la Cour aux Invalides ; le 10 avril 17O1, l'arche vêcjue de Paris célèbre la messe dans une cérémonie funèbre à la mémoire du maréchal de Belle-Isle et le R. P. de Neuville prononce l'oraison funèbre du ministre (^^ . A la

(1) Cf. Lettre à ce sujet, 13 juin 1710. Arcli. Hist., vol i.272, pièce 5o. Il ne fut, du reste, jamais donné de suite à ce projet.

(2) Cf. SouRCHES, Mémoires, I, page 266. 21 mars 16S6.

(3) Cf. Discours du curé de Versailles, lorsqu'il présenta le corps de Louvois à celui qui le reçut aux Invalides. Bïbl. Orléans, 1121, p. 31 5.

(4) Arch. de VHàtel, carton 56. Cf. Saint-Simon, Parallèles des trois premiers rois bourbons, ï, 227. RoussET, Histoire de Louvois, IV, p. 54?. Dangeau, Journal, III, 387. SouRCHES, Mémoires, III, p. 43S.

(5) Arch. Hist., vol. 2243, pièce 180.

(6) Arch. de l'Hôtel, carton 54.

(7) Ibid., carton 56 et Luynes, Mémoires, IV, p. 4ii.

(8) Arch. de l'Hôtel, carton 56. 2S mars 1743. (g) Ibid., carton 56.

192 l'hôtel royal des invalides

mort du Dauphin (0, à celle de la Reine, des prières solennelles sont ordonnées àPHôteH^). Quand meurt le maréchal du Muy. c'est encore l'archevêque de Paris qui officie aux Invalides (i\

On célèbre aussi, dans la chapelle de l'Hôtel, des services solennels d'actions de grâces : Te Deiim et salves d'artillerie pour la ..paix de 1729 W, celle de 1749 C^) ; Te Deum pour la naissance du duc de Bourgogne ^6), pour celle du duc d'Aquitaine '7). pour le couronnement du Roi (^), pour la naissance du Dauphin '9\

On signale même aux Invalides un sacre d'évéque, celui de Ms"" d'Aigueville de Millancourt, évêque d'Amides, sacré, le 23 novembre 1760, par Tarchevêciue de Cambrai ('^'X

L'éclat de ces solennités, le soin apporté par les missionnaires à leurs fonctions, amenaient de remarquables changements dans ces rudes caractères d'invalides. Beaucoup paraissent avoir été d'une piété fervente. Le P. Daniel, dans son Histoire de la milice française, nous rapporte que la plupart d'entre eux s'approchaient tous les mois de la Sainte Table, plusieurs tous les quinze jours, quelquesuns même toutes les semaines. « On cultive, nous dit-il, en ce lieu une piété qui n'a pas assez d'austérité pour rebuter l'humeur indocile des soldats, et Cj[ui a cependant toute l'exactitude nécessaire k un véritable chrétien (^0. » Les' cas de rébellion contre l'autorité

(1) Arch. de l'Hôtel, carton 56. 7 février 1766.

(2) Ihid., carton 56. Lettre du duc de Clioiseul, 25 juin 176S.

(3) Ihid., carton 56. 24 avril 1776.

Oraison funèbre de... Louis Nicolas Victor de Félix, comte du Muy, maréchal de France,... directeur de l'Hôtel royal des Invalides, prononcée dans l'église de cet Hôtel, le 24 avril 1776, par messire Jean-Baptiste Charles Marie de Beauveais. 1776.

(4) Arch. de l'Hôtel, carton 54. 1" juin 1729.

(5) Ihid., carton 53. Instruction du 9 mars 1749.

(6) 1751. Barbier, Chronique, V, p. 107. C'est l'Université de Paris qui avait fait chanter ce Te Deum dans l'église des Invalides. L'archevêque y avait célébré la messe.

(7) Arch. de l'Hbtel, carton 286. 20 septembre 1753.

(8) Ihid., carton 53. 24 juin 1775.

(9) Ihid., carton 53. 22 octobre 17S1.

(10) Ihid., carton 98.

(11) Daniel, Histoire de la milice française, p. 373. — Un contemporain écrit en 1741 : « Tout le monde conviendra, en voyant seulement la manière édifiante avec laquelle les ofBciers et soldats se comportent dans leurs exercices spirituels, que certainement ils dépassent en cela les autres chrétiens et même les religieux les plus réguliers. » Ecrit anonyme intitulé: « De l'Hôtel Royal des hnalides ». Bihl. de la ville de Rouen, ms 549, fol. 300-301.

LE SERVICE DU CULTE 193

des prêtres étaient, eu somme, rares, et on signalait, d'antre part, des exemples de piété des plus édifiants (').

Les prêtres avaient comme dernière fonction de présider aux funérailles des invalides. Celles-ci avaient toujours un caractère à la fois religieux et militaire. Quatre ecclésiasticj[ues, au moins, étaient tenus d'assister au convoi de chaqtie soldat, et de dire une messe basse ; au convoi de chacune officier devaient assister six prêtres ; une messe haute devait être chantée <-*. Des instructions ministérielles déterminaient exactemeiit les honneurs militaires à rendre aux invalides, suivant leiu' grade (3). Lors du convoi du comte de la Serre, gouverneur de l'Hôtel, des ordres exprès furent expédiés de Versailles. Les c^uatre bataillons de l'Hôtel prirent les armes et formèrent la haie dans la cour royale. Le corps était porté par huit maréchaux des logis, alentour marchait la compagnie de fusiliers, l'arme basse, et des canonniers portant des flambeaux : les tambours battaient la marche lugubre. Le lieutenant de Roi n'avait à ses funérailles c[ue la compagnie des bas officiers et deux compagnies de fusiliers ; une compagnie de soldats et la moitié de la compagnie des bas officiers prenaient les armes pour le convoi du major, et ainsi de suite jus(|u'à l'enterrement des lieutenants où les honneurs étaient rendus par un pic[uet de vingt soldats, un tambour et lui sergent commandés par un lieutenant. Aux funérailles du gouverneur, du lieutenant de Roi et du major, les troupes, après le défilé devant le corps, tiraient lui certain nombre de salves.

L'habitude avait été prise, dès les premiers temps de l'institution des Invalides, d'inhiuner les officiers de TEtat-major dans les ca^'eaux de l'église, encore cju'aucun texte formel n'autorisât cet usage : dans une enc^uête ouverte en 17SS, il est dit c|ue l'acte écrit permettant les ensevelissements dans la crypte n'a pu être retrouvé W.

(1) Un officier invalide, grièvement blessé, fait le \œu, s'il se guérit, d'embrasser la vie religieuse ou monastique (Lettre du curé demandant des instructions à ce sujet). Arch. Hist., vol. 1S9S, pièce 342. 12 août lyoS. Le Roi se chargea de sa pension jusqu'à ce qu"il eût prononcé ses vœux. — Un officier fait une retraite chez les Pères jésuites (Lettre du R. P. Sarradon, 31 mars 1709. Arch. Hist., 2134 pièce i55).

(2) Contrat du 3 janvier 16S0. Recueil des Édits, etc., I, p. 90.

(3) Lettre de d'Argenson au comte de la Serre réglant Tordre des détachements qui doivent assister aux funérailles. Versailles, i""" avril 1754. Arch. de l'Hôtel, carton 56 et un extrait de cette lettre dans Recueil des Édits, etc.. Il, p. 11.

(4) Liste d'après les registres mortuaires des personnes inhumées aux caveaux de l'Hôtel, février 17SS. Arch. de l'Hôtel, carton Si.

ig4 l'hôtel royal des invalides

Cette habitude s'étendait aussi aux familles des hauts fonctionnaires de FÉtat-major, du moins à ceux de leurs proches vivant à rHôteH^\ Jouissaient de cette faveur : les gouverneurs, les directeurs ou intendants, les lieutenants de Roi, les inspecteurs, contrôleurs généraux, les majors, les trésoriers généraux, les secrétaires ^ (depuis 1738), les médecins et chirurgiens-majors et leurs familles, enfin les prêtres de la Mission. Le comte de Guibert fut le premier gouverneur qu'on ensevelit au cimetière. Le maréchal de Ségur jugea cjne cette faveur était devenue abusive et ne reposait sur aucune utilité, puisque l'inhumation aux caveaux était toujours provisoire. Il interdit donc, à l'avenir, tout ensevelissement dans les cryptes de l'église, « cela étant une offense à la Divinité et seulement un moyen d'aller un peu plus tard au cimetière (') ».

Ce cimetière était placé dans l'enceinte même de l'Hôtel, sur la partie occidentale, à côté de la pompe, ce qui était fort malsain 0). Trois cimetières avaient déjà été établis dans ces parages et successivement abandonnés, comme trop exigus ; le dernier installé était devenu un véritable danger pour les habitants du bâtiment neuf; les officiers établis dans ce corps de logis se plaignaient d'exhalaisons insupportables et du triste spectacle qu'ils avaient constamment sous les yeux. Un projet fut mis à l'étude, et approuvé du ministre, d'utiliser désormais pour le service de l'Hôtel, le cimetière de Saint-Sulpice, situé dans le village de Vaugirard, au bout de l'avenue de Breteuil ("*). En même temps, les tarifs fixèrent définitivement les frais des funérailles C^).

(1) Bon du duc de Choiseul pour faire ensevelir madame la comtesse de La Serre, actuellement en traitement aux Invalides. Arch. de l'Hôtel, carton 8i.

(2) Lettres du 8 et du 88 mars 1788. Ibid. — Lettre du 1er avril 1788. Reg. séances du conseil d'adm., IV. Depuis le premier Empire, Tusage s'est rétabli d'inhumer les gouverneurs de l'Hôtel dans les caveaux.

(3) Emplacement occupé aujourd'hui par les docks du service de santé, en bordure sur le boulevard de Latour-Maubourg.

(4) Projet d'octobre 1784. Arch. de l'Hôtel, carton 56.

(5) Régi, du 30 mai 1784. Ibid. Les frais furent fixés à 8 francs pour l'enterrement de chaque officier, sans distinction de grade, y compris la bière, jusqu'alors aux frais de la famille de l'officier décédé. Le clergé touchait 10 s. pour chaque ensevelissement. — Cf. comptes de 1753 aux fossoyeurs, m liv. Arch. de l'Hôtel, carton 2S6.

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