LE SERVICE INTÉRIEUR A L'HÔTEL ROYAL DES INVALIDES
Il est malaisé de trouver un terme qui embrasse les diverses manifestations de la vie aux Invalides, sous lequel on puisse traiter à la fois de la discipline intérieure de la maison comme des services d'honneur ou de garde, ou des questions d'habillement : l'expression la plus propre à désigner ces manifestations si variées nous a paru être celle qu'emploie aujourd'hui l'autorité militaire et qui est le « Service intérieur ». Nous y aborderons toutes les c]uestions de service cjui ne pouvaient rentrer dans un chapitre nettement défini, comme celui, par exemple, du culte ou des infirmeries.
La description d'un mécanisme aussi vaste que . celui des Invalides, les complications qu'il comporte, le nombreux personnel qu'il nécessite pourraient constituer l'une des ]>ages les plus vivantes à la fois et les plus intéressantes d'une étude comme la nôtre. Malheureusement, les documents mantjuent, ou, plutôt, sont imparfaits : nous en sommes réduits à la sécheresse des rapports
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officiels ou des procès-verbaux du conseil. On ne peut (]ue glaner des renseignements épars dans les cartons des comptes ou sur les registres des punitions, raisonner par déduction, puisque toute une catégorie de sources, et des plus importantes poiu' cette épo(|ue. nous mancjue : Tt^pinion des contemporains. Notis possédons cependant deux règlements fort détaillés et des plus intéressants, qui nous permettent de nous figurer un peu la vie telle qu'elle devait être aux Invalides : l'un est le règlement du 12 novembre iGyo^'^ applicable aux hommes encore logés au Cherche-Midi, l'autre est celui du 3 janvier 1710, qui complète le précédent <^^). Ces deux règlements contiennent des prescriptions minutieuses ; ils furent, dans leurs grandes lignes, appliqués jusqu'k la fin de l'ancien régime ; on peut, grâce aux renseignements c|u'ils fournissent, se faire une idée sommaire de l'existence des invalides, des travaux auxc|uels ils étaient astreints, des fautes dont ils se rendaient le plus souvent coupables.
Au Cherche-Midi, la discipline n'avait pti être aussi fortement établie c^u'il etit été désirable, les invalides n'y étaient en effet installés qu'à titre provisoire, et l'habitude de l'ordre, du service mécanic|uement réglé, n'avait pas encore eu le temps de s'implanter. Les premiers invalides qui furent reçus dans la maison étaient de rudes compagnons, cju'il était difficile de maintenir dans le droit chemin, mercenaires et routiers sans scrtipules comme sans foyer, c|ue les grandes guerres avaient roulés de Flandre en Allemagne : c[uelques-uns avaient fait la guerre de Trente ans ou sortaient de ces armées de la Fronde cjui. avant Le Tellier, ressemblaient encore étrangement aux bandes du seizième siècle *^5). Us étaient facilement enclins à se gourmer dans leurs chambres, à s'y enivrer, à injurier les divers fonctionnaires chargés du service de la maison, à faire du désordre dans les couloirs ou aux cuisines, et surtout à vagabonder dans la ville. On les voyait souvent aux jours de sortie « s'accoster de filles de joye. coupetirs de bourses ou autres canailles.... jouer avec eux sur le Pont-Neuf et autres
(1) Arch. Nat., ADvi, i4, n" 5. Cf. pièces annexes. Ce règlement fut répété le ler mai 1676. Arch. Nat., Ibid., n° 10.
(2) Recueil des Edits, etc., I, p. 171.
(3) Cf. L. André, op. cit.
places publiques, aller faire débauche avec de ces sortes de gens infâmes dans les tabacs et autres lieux de désordre (^) ».
Une fois l'Hôtel construit, les invalides installés, le service bien organisé, la discipline put être établie d'une façon précise. Les soldats y étaient soumis dès leur arrivée aux Invalides. Ils y faisaient tout d'abord une sorte ae retraite (^) : pendant six semaines, ils ne pouvaient sortir de l'Hôtel, et pendant ce temps les prêtres de la Mission leur enseignaient leurs devoirs religieux, pendant que, d'autre part, ils se mettaient au courant des règlements et habitudes de la maison (3). Les officiers n'étaient tenus qu'aune « quarantaine » de quinze jours ^.'*). D'une façon générale, les invalides avaient le droit d'aller et de venir à leur gré dans l'Hôtel, sauf certaines restrictions de police intérieure. Ils étaient répartis par groupes de quatre à cinq lits dans les vastes chambres, ils ne se couchaient qu'un par lit(^). La couchette des officiers était composée d'un bois à colonnes, d'une housse et de rideaux de serge jaune, d'un matelas de crin et d'une paillasse (t^). Le maréchal de Ségur leur accorda en outre, en 1784, un matelas de laine ("). Les soldats n'avaient que le matelas de crin et la paillasse. Tous, officiers et soldats, recevaient une couverture de laine blanche et un couvrepied vert. La fourniture et l'entretien de ces hts étaient confiés à une entreprise ciui se chargeait aussi de la literie des compagnies détachées (^). Un poste d'inspecteur des Uts fut créé en 1784 pour le sieur Buret, alors chargé de l'entreprise. Il recevait 4.ooo liv. de traitement (9). Les malversations dont il se rendit coupable firent, très peu après, supprimer ses fonctions (-), et, depuis 1784, le conseil de l'Hôtel se chargea d'acheter toutes les fournitures de literie. L'entretien des lits et le blanchissage des draps revenaient
(1) Règlement du li novembre 1670.
(2) Décision du i5 mars 1677. Recueil des Édits, etc., I, p. 67.
(3) Décision du 9 février 1703, p. 130 et règlement du 3 janvier .710, art. 3.
(4) Cf. Granet, op. cit., p. 29.
(5) Ibid.
(6) Lettre du 4 septembre 17S4. Reg. séajices du conseil d'adm.. 1\ . ,. . ,
(7) Décision du 8 mars 1705. Ibid., I. L'entrepreneur cessa de fourn.r la 'tem^ des compagnies en 1766, quand l'entretien des détachements cessa de dépendre de 1 Hôtel.
(8) Lettre de Ségur, 11 septembre 17S4. Arch. de l'Hôtel, carton 04.
(9) Décision du 1" mars 178S. Ibid., carton GS.
{\o) Cf. Comptes 1753, 1754, 1750, i7<'-l, ^IT^- ^'""'^•' «'•'«"^ •^^'•' '^^7, 2S9, 3^3-
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en moyenne à 16 ou 18 liv. par an pour le bâtiment neuf où logeaient les officiers supérieurs, et à 7 liv. pour les trois mille lits du bâtiment vieux, ce qui portait l'entretien total à une moyenne de 21.000 ou 22.000 liv. par an.
Les chambres étaient un des lieux de réunion des invalides : ils y pouvaient demeurer à leur guise aussi longtemps qu'ils l'entendaient, sauf aux heures des repas et pendant les services religieux; ils pouvaient y jouer, mais non y fumer : des poêles ou salles servant à la fois de chauffoirs ou de tabagies étaient disposés d'endroit en endroit pour cet usage. Les officiers recevaient 3 liv. par mois pour leur tabac, les bas officiers et soldats i5 s. seulement ^0. En fait, les hommes fréquentaient surtout les poêles. Les invalides devaient entretenir leurs chambres dans le plus grand état de propreté. L'un d'entre eux était, à tour de rôle, chargé de ce soin dans chaque chambre. Les ordures étaient placées dans un panier devant chaque porte et enlevées par les servants des corridors. De plus, un sergent par compagnie veillait à la propreté des salles et y maintenait le bon ordre: il rendait tous les jours compte au major des infractions qu'il avait pu relever ^^). Les plus grandes précautions étaient prises pour empêcher les invalides de considérer leurs chambres comme un asile où ils pouvaient impunément braver les ordonnances. Il leur était interdit d'y cacher des denrées, des aliments, d'y monter du vin. et par conséquent dy prendre un repas quelconque. Les hommes n•a^-aient pas non plus le droit d'y faire des provisions de tabac. Le commerce en était, en effet, défendu à l'Hôtel sous peine de renvoi immédiat (3). Ceux mêmes des invalides à qui leur famille apportait plus de deux onces de tabac étaient frappés de la même peine (4). Les aidesmajors et le prévôt faisaient de fréquentes rondes dans les chambres, et les invalides pris en faute étaient de suite signalés.
Le règlement de 1710 nous montre les curieuses habitudes qui régnaient à l'Hôtel. Il était interdit, pendant le jour, de jeter quoi
(i) Granet, op. cit., p. 33.
(2) Décision du 31 mars 1776. Reg. séances du conseil d'adm., I. Le sergent recevait 30 s. par mois.
(3) Décision du 6 septembre 16S9. Recueil des Edits, etc., I, p. 103.
(4) Décision du 22 septembre 17^6. Ibid., I, p. 368.
que ce fut par les fenêtres, mais, pendant la nuit, les soldats étaient libres d'inonder à leur gré d'ordures les cours et les promenoirs.
L'Hôtel était, à de certains jours, rempli de visiteurs'^', attirés par la réput-ation d'une maison justement célèbre, ou désireux d'y voir quelque invalide de connaissance. Les soldats avaient pris riiabitude (et le règlement de 1710 la condamne) d"accompagner ces étrangers à travers l'Hôtel, de leur demander Taumône ou de les assaillir de (Quolibets, ou encore de les mener au réfectoire et de s'y régaler aux dépens de la maison. Bien mieux, plusieurs d'entre eux amenaient dans leurs chambres d'accortes visiteuses, sous prétexte de parenté : l'article XI du règlement est formel : « Les officiers seront mis aux arrêts pendant un mois, et les sergents, cavaliers et soldats en prison pour pareil temps ; outre cela, lesdits sergents, cavaliers et soldats seront mis sur le cheval de bois pendant deux heures avec les personnes que l'on aura surprises couchées avec eux. Tous ceux de la chambre subiront un pareil châtiment s'ils n'avertissent MM. les supérieurs ^^^ » Ces exécutions étaient assez fréquentes, car les « libertins » abondaient à l'Hôtel ; les environs étaient peuplés d'une population douteuse, et les terrains vagues du voisinage propices à bien des oublis. La planie, du côté de \'augirard, était couverte de grands blés : cpand arrivait la belle saison, des soldats en grand nombre, voire des officiers, et point invalides du tout, y venaient avec des filles : les stropiats se laissaient tenter par l'exemple, et (juand le prévôt et ses archers leur, venaient donner la chasse, ils les recevaient avec des injures ou même avec des coups ^3). Pour les beaux yeux des gotons du \ oisinage, ils se querellaient avec les passants, empêchant dans les guinguettes les couples de danser à leur guise <^>.
(1) Mercure galant, 1706, p. 263 et suiv.
(i) Une décision dans le même sens avait été prise en 1679 (7 janvier iG7.> Reg séances du conseil d'adm., I), mais la peine du cheval de bois durait alors trois heures.
U\ Décision du 25 juin 1678. Il sera donné 1 pistole au portier de l'Hôtel, et 30 s. à ceux qui étaient avec lui, pour avoir surpris une coureuse avec un invalide, dans les blés. Reg. séances du conseil d'adm.,'!. Cf. lettre du directeur,iîoyveau se plaignant de désordres, i4 juin 1712. Arch. Hist., vol. 24ii, pièce 3^6. Voir aussi un n.c.dent du même genre dans Marville, Lettres..., II, p. 120.
(4^ Cf. La plaisante histoire rapportée par Marville, Lettres..., U. p. 7\y- toute « une assemblée nombreuse de livrées, de garçons bouchers et d'.nvahdes dans a plaine de Grenelle «, et voulant en venir aux mains parce que les laquais avaient enlc%e aux invalides des filles avec lesquelles ils voulaient danser.
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On comprend que la discipline dût être rigoureuse, et elle Tétait. Les punitions étaient variées : l'une des moins sévères comportait la privation de vin ; c'était la peine la plus fréquemment appliquée pour des manquements aux détails du service, et notamment pour les rentrées tardives ou l'ivrognerie; elle était en général accessoire à une autre punition. La privation de sortie était également fréciuemment appliciuée et aussi comme peine accessoire : les invalides atteints de maladies vénériennes étaient privés de sortie pendant un an. La peine de prison se purgeait à l'Hôtel : l'homme y était mis au pain et à l'eau ; les rigueurs du règlement de 1670, qui exigeaient qu'il eût les fers aux pieds, ne furent pas maintenues par la suite. De petits locaux disciplinaires existaient dans l'Hôtel, mais la plupart des hommes punis de prison était enfermés aux loges des fous. Le duc de Choiseul mit fin à cette habitude ''\ La peine immédiatement supérieure, dans l'échelle des punitions, consistait dans l'emprisonnement à l'hôpital général de Bicêtre; on y enfermait les soldats qui avaient déjà subi huit condamnations pour ivresse, ou qui avaient découché. C'était une peine très sévère, car on ne restait jamais moins d'un an à Bicêtre, et au retour, la moindre peccadille faisait chasser définitivement le coupable de l'Hôtel. La discipline des Invahdes était, en effet, basée sur ce principe : à la première faute, une punition relativement légère, à la première récidive, on augmentait la peine, à la seconde, le coupable était impitoyablement chassé de la maison. Une autre punition, plus pittoresque et plus pénible assurément au moral qu'au physique, était l'exposition sur le cheval de bois. C'était un énorme chevalet, taillé vraiment en manière de monture, qu'on dressait dans Tavant-cour, au bord du fossé, à côté du corps de garde. On y exposait les coupables pendant un certain nombre d'heures, munis d'un écriteau indiquant leur faute, sous la surveillance de plusieurs hommes armés. Ils restaient là, en butte aux quolibets de leurs compagnons, au vu de toute la rue, moqués
(1) Lettre de Choiseul, 20 septembre 17G6. Reg. séances du comeil d'aclm., IIL Cf. cidessus, p. 139.
La garde des prisonniers était confiée aux portiers de la grille royale. Les nécessités de leurs ser\'ice les obligèrent à prendre un aide pour les suppléer à la prison et à le paver euxmêmes sur leur maigre traitement. Ce gardien, qui touchait 60 liv. par au, fut depuis 1768 (décision du 23 juin. Reg. séances du conseil d'adm., III) payé sur le fonds de l'Hôtel.
par les passants ; on exposait avec eux les complices de leurs fautes, et bien souvent on vit des invalides, ainsi campés sur le cheval de bois avec les filles de joie qu'ils avaient introduites dans l'Hôtel. Les gravures de répocpe figurent volontiers le chevalet dans l'avant-cour. Cette coutume tomba en discrédit vers le milieu du dix-huitième siècle. On ne mettait pas seulement les débauchés sur le cheval de bois, mais aussi les blasphémateurs après qu'ils avaient fait deux mois de prison. Comme ce crime « est le plus détestable et. au demeurant, le plus répandu », les peines étaient très sévères pour ceux qui s'y adonnaient, du moins dans les premières années. Les récidivistes voyaient leurs peines augmentées, et, s'ils retombaient encore, les invalides, coupables de blasphèmes, avaient la langue percée et on les chassait ensuite de l'Hôtel ('). Les invaUdes qui mendiaient, et ils étaient nombreux, étaient aussi envoyés à Bicêtre ('\ où ils restaient longtemps. Les officiers subissaient aussi des punitions, en cas de faute, mais plus légères et point corporelles. On les mettait aux arrêts, ou même en prison, sur Tordre du ministre, après quoi ils étaient privés de leurs emplois (3). Ils étaient aussi, dans les cas graves, dégradés publiquement à titre provisoire ou définitif (-^\ et envoyés dans les compagnies de bas officiers en attendant un changement de conduite. Les peines légères étaient prononcées par le gouverneur, sur le rapport du prévôt ou du major; les punitions plus sévères émanaient du conseil de guerre de l'Hôtel, et étaient prononcées suivant le code en usage dans les places fortes. Ce conseil, présidé par le gouverneur ou le lieutenant de Roi. se composait des capitaines invalides de l'Hôtel. Il se réunit pour la première fois en 1675, pour juger un invalide nommé Saulnier, dit « la Tour Saint-Laurent », qui s'était fait remarquer par des désordres de tous genres (^).
Si les peines étaient sévères, il arrivait aussi qu'une amnistie générale fût prononcée à propos d'une grande fête ou d'une visite
(1) Daniel, op. cit., Il, p. Syi et Marville, Lettres..., II, p. 133.
(2) Mandement du 28 janvier 167G. Arch. de l'Hotcl, carton 25.
(3) Lettre de Boyveau, 23 juin 1712. Arch. Hist., vol. 24ii, pièce 376.
(4) Lettre d'Anger^^illiers au gouverneur de rHôtel, 25 février 1739- '«'''■««'' '^'^^ Edits, etc., I, p. 34o.
(5) 18 aoiit 1675. Ihid., p. 55.
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royale aux Invalides (0 : les officiers renvoyés obtenaient parfois, lorsqu'ils s'étaient signalés par leur bonne conduite, d'être réintégrés sur les contrôles de l'Hôtel. Enfin, des récompenses collectives étaient accordées de temps à autre ^'\ Cette étroite discipline fut maintenue jusqu'à la fin. et cela était nécessaire, car jusqu'à la fin aussi, des plaintes vinrent attester, sinon le mauvais esprit, du moins le caractère difficile de tous les invalides. La rigueur des règlements ne les avait pas tous assagis. Fort turbulents, querelleurs (3), enclins à l'ivrognerie ('*), c^uoi qu'on fit pour l'empêcher, portés à courir la ville pour y vagabonder et mendier effi'ontément, très ignorants pour la plupai't(^), ils étaient en outre indisciplinés à l'extrême et ne se contentaient pas toujours de simples protestations contre ce c^ui leur déplaisait dans le service. Les officiers donnaient l'exemple ; en 1716, deux officiers invalides crurent avoir à se plaindre de M. de Versoris, alors directeur de l'Hôtel. Il s'occupait trop activement de son service, veillait aux détails avec trop de minutie pour ne pas mécontenter beaucoup de monde. Et. de fait, ces deux officiers firent imprimer un libelle diffamatoire contre le directeur et le répandirent à profusion dans l'Hôtel. Ils furent punis de cet acte d'indiscipline : ils durent, devant le conseil assemblé, implorer le pardon de M. de Versoris; après un an de prison, ils réitérèrent leurs excuses avec le même cérémonial, et furent ensuite chassés de l'HôteH^). Beaucoup d'autres officiers se conduisant assez mal. des mesures sérieuses avaient dû être prises contre leur mauvaise
(i) Lettre de Boyveau faisant allusion à une levée générale des punitions a THôtel et à Bicêtre. 8 janvier lyoS. Arch. Hist., 1S96, pièce 188.
(2) Ordre de Saint-Germain d'accorder 1.000 liv. à tous les bons sujets de l'Hôtel entre lesquels la somme sera partagée. 29 octobre 1776. Arch. de l'Hôtel, carton 27. ^ (3) Lettre de Boyveau portant que, sur l'ordre du ministre, on vient de renvoyer de l'Hôtel un officier qui s'était battu avec d'autres. 12 novembre 1712. Arch. Hist., vol. 24i2, pièce 248.
(4) L'ivresse était d"abord punie pour les officiers, des arrêts; pour les soldats, de huit jours de prison, sans compter vingt-deux jours de présence à la table des buveurs d'eau. Les soldats étaient, eu outre, privés de sortie pendant deux mois (Décision du 17 avril 1677. Arch. de l'Hôtel, carton 25. Règl. du 3 novembre 1710, art. 8).
(5) Lettre de Boyveau disant qu'il a fait partir pour Poissy, 4 lieutenants, 6 sergents et 5 caporaux sachant lire et écrire, mais qu'il n'a pu trouver 10 soldats le sachant dans tout l'Hôtel, 17 janvier 1709. Arch. Hist., vol. 2183, pièce 33.
(6) Séance du 1" janvier 1717. Inscription au registre des délibérations d'un jugement du conseil de la guerre du 9 novembre 1716 contre les sieurs Desgouretz et Castres, officiers invalides. Reg. séances du conseil d'adm.. I.
conduite. On avait décidé de les renvoyer de l'Hôtel sans pitié (^\ d'en accepter le moins possible et de les envoyer aux compagnies ; mais, dans les provinces, on s'en plaignait aussi, et on demandait à grands cris que THôtel reçût plus largement les officiers ^^). Le conseil des Invalides n'était pas désireux, par contre, de conserver dans la maison quelques-uns de ces lieutenants indisciplinés et mal disposés: souvent punis, toujours prêts à rompre leurs arrêts, et. pour cela, à bousculer les portiers, sans compter ceux qui étaient franchement malhonnêtes ^-^K Le recrutement de ces officiers était, il est vrai, fort médiocre. Ils étaient pour la plupart des officiers de fortune, partis de rien, ayant passé toutes leurs années de service comme sergents aux gardes -françaises, ou à quelque autre corps de troupe, et à qui on donnait Tépaulette pour s'en débarrasser aux dépens de l'Hôtel. Le conseil des Invalides, qui ne pouvait leur en fermer les portes à tous, les jugeait sans indulgence, déclarant que « les officiers admis à l'Hôtel des Invalides sont peut-être une des espèces d'hommes les plus difficiles à conduire... Il ne faut pas s'étonner s'il devient nécessaire de prendre vis-à-vis d'eux les mêmes précautions pour maintenul'ordre, que l'on prendrait pour des chambrées de soldats ou pour la police d'un corps de caserne. Ce n'est pas qu'il n'y ait parmi eux des gens honnêtes, capables de sentir le bien qu'on leur ^'eut faire, et disposés à favoriser l'exécution de tout ce qu'on imaginera pour y parvenir, mais c'est le petit nombre ; le reste apporte à l'Hôtel un esprit de déprédation, de désordre et de mutinerie ciui est encore renforcé par la qualité d'officiers, qu'ils sont tous étonnés d'avoir, et dont il croit que le plus beau privilège est de se plaindre sans cesse et de battre les valets ^^) ». Malgré ces plaintes, le désordre et l'indiscipline subsistèrent à l'Hôtel tant que le système des admissions à la légère y fut conservé.
(i) Lettre .lu duc de Bruglie au conseiL 4 octobre 1707. Arch. Hht., voL 2o4o, pièce 2of>.
(2) Décisiou du 27 janvier 1724. Règl. séances du conseil d'adm., II.
U) Lettre de Bovveau signalant la fuite d'un ofiicier invalide entré à rHôtel sous le nom de Dupuy et qui a emporté avec lui sa tasse, sa cuillère et sa fourchette d argent. 9 juillet i-]i2. Arch. Hist., vol. 24i2, pièce 18.
(4) Lettre du conseil au duc de Choiseul, 28 décembre i^m. Arch. de l'Hôtel. carton 48.
2o4 l'hôtel royal des invalides
Au début, à l'Hôtel des Invalides, aucune distinction n'avait été faite, si ce n'est celle entre officiers et soldats, mais les invalides n'étaient pas inscrits dans telle ou telle division administrative ou militaire. Les soldats cependant étaient répartis en cinq « cantons » pour la facilité du logement et du blanchissage. La première '* ordonnance c^ui établissait une distinction tranchée entre les diverses catégories des invalides fut celle du 3 décembre 1730'^'), ciui, nous l'avons vu, répartissait les invalides en trois classes : la classe intermédiaire fut créée ensuite (''). Il en fut ainsi jusc^u'en 1766, date à laquelle officiers et soldats furent répartis en bataillons et en compagnies (3), Les officiers formèrent des brigades; quant aux soldats, ils furent répartis en trente et une compagnies ; les moines lais en trois ; les bas officiers formaient six de ces compagnies, les soldats ordinaires vingt ; enfin, deux détachements spéciaux étaient formés, l'un de maréchaux des logis, l'autre d'aveugles. Les compagnies étaient commandées chacune par un capitaine, un lieutenant et deux sergents. L'ordonnance de 1776 (titre II, art. 10) distribua les 2 78 officiers conservés à l'Hôtel en trois divisions, commandées chacune par deux officiers désignés par le gouverneur. Ils avaient pour mission de veiller, sous les ordres du gouverneur, à la police de leur division, à son entretien, aux plaintes qui pourraient s'y élever ; ils devaient faire un rapport journalier au major et aux aides-majors. L'article 12 de l'ordonnance traitait des bas officiers et soldats. « Les 1.222 bas officiers, maréchaux des logis et soldats, conservés à l'Hôtel, seront distribués en douze divisions, lescpielles seront commandées chacune par un capitaine, deux lieutenants, quatre maréchaux des logis et huit bas officiers, de manière que chacune bas officier puisse avoir 12 hommes environ sous son inspection, le maréchal des logis 23 hommes, le lieutenant 5o hommes, et que les comptes, graduellement rendus au capitaine, lui donnent une connaissance exacte de tout ce qui pourra avoir rapport à la police et à l'admininistration de la division, de laquelle il informera le major ou
(1) Recueil des Èdits, etc., I, p. 309. Arch. de VHotel, carton 25.
(2) Recueil des Edits, etc., II, p. 55.
(3) Ordonnance du S novembre 1766. Ihid., p. iGi.
r aide-major de service. >> Chaque commandant de compagnie devait faire trois appels par jour de sa troupe, au lever et à chacun des repas. Ceux (lui étaient absents étaient pri\és de leur portion (art. i5 et lO). « l'intention du Roy étant qu'ils ne puissent vivre qu^en comnuui ». C'est sous ce régime que les Invalides furent organisés jusqu'à la Révolution.
A quoi s'occupaient-ils ? Ils se promenaient dans les corridors, en fumant, en se racontant interminablement leurs campagnes C^). Ils se réunissaient siu- l'esplanade, dans Tavant-cour, ciui était un centre de jeux, et notamment de quilles et de cochonnet. En hiver, ils étaient dans les poêles ou dans leurs chambres, mai. moins souvent dans celles-ci ; elles n^étaient en effet pas chauffées, et le règlement leur interdisait tout luxe et toute ornementation : les pots de fleurs étaient rigoureusement bannis des fenêtres comme risquant de choir, les jours de grand vent, sur la tête des passants : il en était de même pour les bocaux et les « bouteilles à attraper les oiseaux*^) ». Outre les ouvrages pieux que pouvaient leur remettre les missionnaires, les invalides avaient une petite bibliothèque confiée, on ne sait trop pourquoi, aux soins du portier en chef; bibliothèque choisie, du reste, et composée en grande partie de livres de dévotion, de Vies des Saints « et d'autres personnages dont la vie a été tout exemplaire, afin ciue, par la lecture de ces livres, non seulement ils fuient l'oisiveté si dangeureuse. "Surtout à ceux qui n'ont pas d'occupation, mais encore afin qu'ils puissent s'exciter eux-mêmes à la vertu '3) .. Mais beaucoup d'invalides ne
(1) Le Jeune be Bethencoukt {op. cit., préface) a évoqué en vers médiocres les conversations où tant de souvenirs héroïques étaient rappelés :
...L'un, d'une belle ardeur, l'âme encore touchée,
Décrit comment Louis ordonnoit la tranchée,
Du geste, de la voix, du regard seulement
Donnoit, à tous les corps, l'ordre et le mouvement.
L'autre dit les bienfaits de sa main libérale,
L'autre répète un mot de sa bouche royale.
Émus par ces objets à chercher les combats
Ils semblent retrouver des gestes et des bras.
Rentrer, tout de nouveau, dans les champs de la gloire,
Suivre encore Louis de victoire en victoire.
Et les jours et les nuits sont plus tôt écoulés
Qu'ils ne peuvent compter tant d'exploits signalés. (-2) Règlements du 12 novembre 1670 et du 3 janvier 1710. (3) Cf. L. J. !'• 15- "F- "■'•' P- 3"^-
l'hôtel royal des invalides
se contentaient ^Das de lire ou de jouer : de véritables ateliers, des « manufactures » étaient organisés à l'Hôtel. Le règlement de 1670 avait déjà autorisé les soldats à s'occuper de menus travaux, les plus pacifiques du monde ; « Le reste du jour, cela s'entend des jours ouvrables, ils pourront travailler dans la chambre ou ^ dans la cour, soit à tricoter, à faire des guipures, dévider de la soye ou autre chose, et le gain qu'ils feront sera tout entier pour ceux qui travailleront. » Le règlement de 1710 (art. 36) avait renouvelé l'autorisation et accordait, en outre, aux invaHdes désireux d'apprendre un métier, toutes les facilités et les outils nécessaires. Les hommes travaillaient dans leurs chambres, ou, si leur métier nécessitait une véritable installation, dans des locaux particuliers (0. La plus prospère de ces industries était assurément celle des bas : l'Hôtel en fabriquait quarante mille par an et de diverses couleurs, gris, rouges et bleus. Le ministre lui-même en vantait l'excellence et en recommandait l'emploi pour l'armée. Les bas gris et blancs revenaient à 45 s. la paire, ceux d'autres couleurs à 47 s. ('). Les invalides taillaient aussi des vêtements et du linge pour les troupes, notamment des cravates en abondance et des chemises (3). En 1710 ils en fournirent à crédit à iSo bataillons W. Ils fabriquaient aussi des souliers renommés pour leur bonne qualité (5), Ces manufactures jouissaient d'une vraie réputation auprès des marchands de Paris, qui venaient volontiers s'y fournir (6). Les invalides ne s'adonnaient pas seulement à des travaux purement industriels : ils comptaient parmi eux des hommes de science (7) et de réels artistes : les tapisseries qu'ils tissaient sont restées célè-
(i) Les manufactures étaient installées dans le bâtiment ouest de l'Hôtel, occupé aujourdhui par le io4e régiment d'infanterie.
J^) Lettres du ministre, i4 avril, i5 septembre 1703. Arch. Hist., vol. 1G66, pièces 78
(3) Cf. Lettres à ce sujet. Ibid., vol. 2262, pièces 181, 1S2, 183 (mars 1710).
(4) Lettre de Moreau, trésorier de THÔtel, au ministre, 20 mars 1711. Ibid.. vol. 2'^4^< pièce 149. ' ' *ù il
(5) Lettres de Voysin au contrôleur général, 1 4 et 18 avril 1710 dans Boislisle, Correspondance des contrôleurs généraux, III, p. 743 et Arch. Hist., vol. 2272. pièces qo et 100 (Lettres des i6 avril et 23 juin 1710).
(6) Daniel, op. cit., p. 574.
(7) «Dictionnaire latin-polonais, publié à Paris par les chevaliers de Saint-Louis de 1 Hôtel des Invalides (1702). Bibl. Mazarine, ms. 3815.
bres ; lors d'une visite qu'il fit à l'Hôtel. Louis XIV les admira si fort qu'il en connnanda sur le champ une immense « en façon du Levant ». représentant ses victoires, pour être placée dans la salle du conseiH'^. Le Roi admira beaucoup aussi des manuscrits enluminés et en commanda pour la chapelle de Versailles. Ces livres sont fort beaux, d'une très grande finesse d'enluminures, et l'on s'étonne que de semblables œuvres aient pu être créées par des soldats sans aucune éducation artistique. L'un de ces manuscrits intitulé '( Heures de Louis le Grand, faites dans l'Hôtel royal des Invalides MDCLXXXMII ». a figuré à l'exposition des portraits du treizième au dix-septième siècle, organisée à la Bibliothèque nationale au printemps de 1907 ^->. l'autre manuscrit est exposé à la galerie Mazarine sous le numéro 233. C'est également un livre d'Heures : le Roi v est représenté en costume de cérémonie, les épaules couvertes d'un riche manteau, à genoux devant un autel ; à la porte veillent deux gardes du corps. Une tribune où se l)ressent des dames élégamment vêtues se distingue dans le fond. Il faut signaler un autre de ces manuscrits à l'Arsenal*'), et enfin im quatrième, moins riche, mais intéressant encore, un livre de messe, actuellement exposé dans la bibliothèciue de l'Hôtel (anciennement la pharmacie). Une autre industrie artistique fort délicate, celle de la céramique, était aussi exercée à l'Hôtel. Il fut même question un moment que la grande manufacture de faïence et de porcelaine de Rouen cédât au Roi son secret, et ciue les Invalides prissent la suite de l'industrie ('*). Mais le plus grand nombre d'invalides s'exerçaient à des métiers purement manuels, sous la direction d'un inspecteur général des manufactures ^^). La vogue de ces industries, réelle au début du dix-hui-
(1) Cette tapisserie a disparu sous des boiseries, mais lors des réparations effectuées en 1905 dans la salle d^honneur, on a retrouvé les signatures des invalides qui l'avaient tissée.
(2) Cf. Exposition dts portraits peints et dessinés du seizième au dix-sepHème siècle. Avriljuin 1007^ Catalogue, n. loS. Cf. La description de ce manuscrit dans Barbet de Jouy, Notice sur les antiejuités, objets du Moyen Age, de la Renaissance et des temps modernes, composant le musée des souverains, i86S.
(3) Bibliothèque de l'Arsenal, ms. n" GSy.
(4) Lettre d'Ormesson, intendant à Rouen au contrôleur général. Boislisle, Correspondance des contrôleurs généraux, II, n° i42.
(5) Arch. de l'Hôtel, carton 2S6. Gratification de 800 liv. accordée à l'inspecteur général des manufactures.
2o8 l'hôtel royal des invalides
tième siècle, paraît, au reste, avoir diminué avec le temps ; nous ne trouvons plus, après 1720, d'allusions à ces manufactures dans les correspondances de l'époque : quand le bâtiment neuf fut construit, une partie des nouveaux logements fut prise sur les locaux des manufactures : ce qui prouve qu'elles avaient été abandonnées, ou que, en tout cas, leur activité avait bien diminué ('\ Malgré ces paisibles travaux et la caducité de bien des invalides, l'Hôtel était, avant tout, un établissement militaire, une place de guerre. Comme les autres forteresses du royaume, il avait sa compagnie détachée, indépendante de la maison et Cj[ui lui servait de garnison. Cette compagnie de fusiliers avait été créée pendant le Système de Law pour garder la banque. Après l'effondrement du Système, elle fut établie a. THôtel, où elle appliquait l'ordonnance sur le service des places. Composée d'abord de go hommes, elle en compta 103 en lyéi ('). Le sous-inspecteur de l'Hôtel était chargé d'en passer chaque mois la revue et de distribuer la solde. L'ordonnance de 1776 supprima la compagnie de fusiliers et la remplaça par deux compagnies de bas officiers invalides, vivant de leur solde et seulement casernes à l'Hôtel : elles étaient payées sur les fonds de l'Extraordinaire des guerres (3). Ces compagnies faisaient aux Invalides le service ordinaire des places fortes, mais le nombre des postes à fournir nécessitait un effectif de garde fort considérable. Aussi les invalides étaient-ils répartis pour le service de garde en vingt-cinq compagnies. Chaque jour, cinq compagnies, composées chacune de un capitaine, deux caporaux, deux sergents et vingt-huit soldats, étaient commandées de service. Quatre de ces compagnies occupaient le corps 'de garde placé sous la voûte conduisant à la cour royale. 11 était assez bien aménagé, muni de paillasses ; de grandes lanternes l'éclairaient (^) et
(1) En février 1711 « rétat des soldats invalides qui travaillent dans l'Hôtel » accuse 79 tailleurs d'habits, 27 bonnetiers, 6 rubanuiers, 5 ouvriers en soie, 5 tisserands, 168 cordonniers, 2 menuisiers, i charron, 2 émailleurs, 2 forgerons, 2 chapeliers, 2 maçons, 1 maître d'école. Arch. HisU, vol. 2271, pièce 96.
(2) Ordonnance du 30 octobre 1741. Recueil des Édits, etc., II, p. 343.
(3) Ordonnance du 23 novembre 1726. Ibid., I, p. 286. La solde était répartie comme suit : capitaine, 3 liv. par jour ; capit; ine en second, 5o s. ; lieutenant, 4o s. ; capitaines d'armes, 25 s.; caporaux, i5 s.; anspessades et tambours, 12 s.; soldats, lo s. État du 30 juillet 1720. Arch. de l'Hàtel, carton 25. En 1741, cette solde fut un peu diminuée.
(4) Cf. L. J. D. B., op. cit., p. 38.
un exemplaire de la Vie des Saints y était déposé (') : la cinquième compagnie était établie dans le petit pavillon à gauche de la grille. Un factionnaire était placé à chacun des angles rentrants du fossé. un autre à la porte du gouverneur, deux à la porte Royale, deux à la boulangerie: la compagnie des fusiliers, pins tard une des deux compagnies de bas officiers, fournissait tous les jours dix-sept hommes qui pi-enaient la garde à la grille du dôme. Enfin un piquet de secours était commandé tous les jours, composé de un officier, un sergent, un caporal et vingt hommes. Les hommes de garde étaient passés en revue par le lieutenant de Roi ; ils prenaient ensuite leur repas avec l'épée au baudrier. La garde montante prenait le service primitivement à i''30 les jours ouvrables, et à i'^ i5 les dimanches, jours de fête et jours de séance du conseil. L'heure fut ensuite fixée à g heures du matin les jours ouvrables et S*^ 30 les dimanches et jours de fête <^'. Tous les invalides en état de porter les armes devaient, à tour de rôle, prendre le service de garde ; seuls en étaient exempts les gendarmes (3) et les sergents des gardes-françaises (^). Ceux-ci étaient, par contre, autorisés à porter l'épée dans l'intérieur de l'Hôtel, ce cjui était interdit aux autres invalides (^). On occupait aussi les invalides à des exercices militaires ; leurs chefs les entretenaient soigneusement à ce point de vue. de façon à pouvoir les envoyer au besoin, soit dans les compagnies détachées, soit pour instruire des milices, à titre de bas officiers instructeurs (^\ Quelques-uns même, se sentant
(1) Décision du 4 avril 1676. Reg. séances du conseil d'adm., I.
(2) Décision du 22 août 1734. Ibid.
(3) Décision du 11 décembre 1692. Recueil des Edits, etc., II. p. io5.
(4) Décision du i5 janvier 1C93. Ibid.
(5) Décision du 22 août 1754. Reg. séances du conseil d'adm., II.
(6) Cf. Lettre de Le Cluzeau, inspecteur des manufactures à Morlaix, au contrôleur général, disant que des soldats invalides enseignent « l'exercice des armes à la jeunesse », 25 décembre 1691. De Boislisle, Correspondance des contrôleurs généraux, II, n» 1029. Lettre du conseil au ministre signalant l'envoi d'officiers in%-alides pour commander les milices. « Ordre quils tiendront dans les quartiers de la ville de Dieppe qui seront confiés à leur conduite et vigilance. » Arch. Hist., vol. 1610. — Lettre du ministre au maréchal de Château-Renault, signalant l'envoi eu Bretagne de 30 officiers invalides pour y instruire les milices, 5 mai 1705. Ibid., vol. 1897, pièce 52. En 1709, lors de l'invasion, on avait songé à armer les Invalides et à leur faire reprendre du service aux armées. (Lettre de l'intendant Boyveau au ministre, 25 juin 1709 : « Nous sommes dans un temps que l'on peut se servir de tout pour le service de Sa Majesté et que chacun doit donner des marques de sa bonne volonté et, s'il était nécessaire que je portasse le mousquet, je le ferais avec plaisir. » Ibid., vol. 2183, pièce 222.)
en forces et peu soucieux de la vie des compagnies détachées, demandaient à contracter des rengagements ('). Une petite troupe d'invalides était spécialement exercée au maniement du canon. C'étaient d'anciens artilleurs qui formaient une compagnie de vingt-quatre canonniers, commandés par un sergent. L'artillerie de l'Hôtel n'avait aucun but défensif, elle était l'ancêtre de la fameuse « batterie triomphale ». Elle n'était pas encore composée de canons pris à l'ennemi, mais de deux pièces de 12, de deux de 16, de deux de 24, envoyées par le ministre*^*). Deux mortiers complétaient la batterie braquée sur les glacis de l'avant-cour. En outre, deux petits canons de 8 étaient installés dans la cour du dôme, au bas du perron. Cette artillerie servait à annoncer les victoires, les grandes solennités, et en particulier la fête de Saint-Louis, qu'elle saluait de trois salves, le matin, à midi et le soir (3); elle célébrait aussi la naissance des enfants de France (^) et le passage de la famille royale dans les environs (^), ou l'arrivée à l'Hôtel de visiteurs de marque (^). Toutes les pièces étaient accompagnées d'un matériel complet d'artillerie, et un armurier était spécialement chargé de les entretenir (7). Les invalides étaient armés de l'épée et du mousquet, plus tard du fusil, quand ils prenaient la garde : dans certaines circonstances solennelles, comme la présence du Roi à l'Hôtel, ils étaient armés de la pique. En outre, l'Hôtel des Inva-
(1) Cf. Dangeau, Journal, II, p. 197. Demande de 4oo invalides de rengager comme sergents dans l'infanterie (1688). Cf. comme type de demande : Le soldat Philibert Namur, dit le Dragon, demande à rengager comme sergent, au régiment d'infanterie de Martel, 9 janvier lyoS. Arch. Hist., vol. 1830, pièce 24. Cf. aussi l'exemple, cité par Luynes, Mémoires, V, p. 463, d'un soldat âgé de quatre-vingt-dix ans et reprenant du service.
(3) Lettre de d'Argenson au gouverneur de l'Hôtel, 3 décembre 1743. Arch. de l'Hôtel, carton 71.
(3) Décision du 30 octobre 1776. Reg. séances du conseil d'adm., IV.
(4) LuYNES, Mémoires, XI, p. 223, XIV, p. 307 ; Barbier, Chronique, IV, p. 465, V, p. 96.
(5) Luynes, Mémoires, VI, p. i5, IX, p. 5o4, XIV, p. 4oo ; Barbier, Chronique, IV, p. 248; cf. SÉBASTIEN Mercier, Tableau de Paris, VI, 1783, p. 62 : « A ce bruit toutes les oreilles parisiennes sont aux écoutes ; le nouvelliste descend et croit déjà apprendre la nouvelle d'un avantage pour lequel il a parié. On lui dit que c'est le Roi qui passe pour aller à la chasse tuer des lièvres, alors il remonte tout honteux, pestant contre le canon qui ne publie pas la victoire, qu'il avait annoncée. »
(6) A l'arrivée à l'Hôtel du cardinal Dubois, on tira six coups de canon. Mathieu Marais, Mémoires, II, p. 37S.
(7) Cf. 26 novembre 1756. Quittance de 73S liv. 2 s. pour l'entretien des affûts. Arch. de l'Hôtel, carton 289. L'armurier touchait 4o écus par an. Décision du 10 octobre 1706. Reg. séances du conseil d'adm., I.
lides était devenu, depuis 1777. un véritable arsenal; le comte de Saint-Germain avait, en effet, décidé d'y tenir en permanence huit cents armements de chac^ue espèce « propres à donner du secours à Paris en cas de besoin ('^ ». Ces prévisions se trouvèrent justifiées, et le i4 juillet 17S9. le peuple y trouva toutes les armes qu'il lui fallait. Connue dans toutes les places de guerre, la retraite était battue tous les soirs, au début avec un seul tambour, puis avec tous les tambours de l'Hôtel, accompagnés de fifres. La retraite parcourait les grands corridors, les galeries de la cour royale et les promenoirs. Quand les invalides étaient tous rentrés, le tambour, de garde à la grille, sortait de l'Hôtel et en faisait le tour en ])attant de la caisse. Après l'extinction des feux, les rondes commençaient : elles étaient faites primitivement par le prévôt accompagné de ses six archers : ils montaient tous les soirs à cheval et parcouraient les environs de l'Hôtel. Les archers furent bientôt supprimés et le service de ronde fut confié à la compagnie des fusiliers, plus tard aux deux détachements de bas ofhciers(^). Un capitaine, assisté de deux fusiliers et d'un homme portant un falot, faisait le tour de l'Hôtel extérieurement, afin de surprendre les invahdes attardés et d'assurer en même temps la sécurité des environs; un chemin de ronde avait été établi en 1770 : il avait trois pieds de large et suivait exactement le tracé des fossés et des murs de l'HôteU^). Une fois la ronde rentrée au corps de garde *^> et les grilles fermées, la compagnie de service au petit pavillon faisait, pendant la nuit, plusieurs patrouilles à l'intérieur de l'HôteU^^ L'Hôtel des Invalides était rétablissement militaire type de Paris. C'est là que se tenaient certains conseils de guerre. On y iugea notamment, en 1749, un officier nommé d'Hilaire, qui avait porté indûment la croix de Saint-Louis. Il fut dégradé publi(iuement dans la cour royale, devant la garde assemblée. Le major des Invalides lui arracha sa croix: le coupable fut ensuite mis en
(1) Ôrd.Hinance .lu if". février 1777. Arch. de VHohL carton 27.
(2) L. J. S. B., op. cit., p. 30.
(3) Décision du 3 juillet 1770. Reg. séances du conseil d'adm., III.
(4^ Une provision de bois était déposée dans le corps de garde pour permettre aux officiers de se sécher au retour de leurs patrouilles, en cas de pluie. Décision du ib février 1761. Reg. séances du conseil d'adm., II.
(5) Décision du 22 août 1754. Ihid.
prison W. En 1785, le conseil de guerre fut appelé à juger un cas semblable en la personne d'un sieur Stanislas de Pierre de Vianteix('). C'est enfin aux Invalides que se faisaient certains exercices militaires. Avant d'être exécutées devant le Roi. à Versailles, les manœuvres d'infanterie « à la prussienne « furent exi^érimentées à l'Hôtel en 1750*^^) devant le ministre de la Guerre, des princes du sang et cinq maréchaux de France. Le tirage au sort de la milice eut lieu dans une des salles des Invalides W.
Les invalides prenaient aussi les armes dans certaines circonstances solennelles, lors des cérémonies importantes ou des visites, à l'Hôtel, de grands personnages, et notamment des visites royales. Louis XIV visita les Invalides à plusieurs reprises.
Une de ses premières visites eut lieu le 19 mai 1701 (^). Quand le Roi arriva incognito aux Invalides, sans suite, le gouverneur était absent et avec lui le lieutenant de Roi et presque tous les officiers de l'Etat-major. Il visita l'église en détail accompagné seulement par Mansart et personne ne le reconnut. Ce n'est qu'en voyant l'escorte se ranger autour du carrosse cpe les invalides comprirent quel était cet illustre visiteur. Le lendemain, le gouverneur, M. Desroches d'Orange, était au lever du Roi pour lui présenter ses excuses. Louis XI\^ le rassura d'un mot et promit de retourner voir les Invalides C^). Il y revint en effet, le i4 juillet de la même année, accompagné cette fois de toute la Cour<^7). l^^ne troisième visite du
(1) LuYNES, Mémoires, IX, p. 444 ; Barbier, Chronique, IV, p. 376.
(2) Bibl. Ville de Paris, P 149*. Certaines condamnations prononcées par le conseil de guerre faisaient même du bruit. Cf. Arrêt du Conseil d'État qui supprime un imprimé ayant pour titre : Lettre de M™e de Bellegarde à |M. le maréchal duc de Biron, sur le conseil de guerre tenu aux Invalides en 1773 (3 mai 1773). Arch. Nat., AD+, 1031.
(3) LuYNEs, Mémoires, X, p. 810, 211, 242, 245; Croy, Journal,!, p. 132 et 134.
(4) Barbier, Chronique, III, p. 439, VIII, p. 263 ; Marville, Lettres..., I, p. 118-119.
(5) Cf. Dangeau, Journal, VIII, io4; Pérau, op. cit., p. 33 (note) et Saint-Simon, Mémoires, éd. de Boislisle, XIV, p. 33 (note). Mercure galant de mai 1701, p. 288-290. D'après Sourches, Mémoires, I, p. loo, le Roi était déjà venu le 21 avril 1682.
(6) C'est bien en 1701, le 19 mai, qu'eut lieu cette visite et non en 1699, comme le prétend Perau. Il est vrai qu'il n'écrit qu'en 1756 et sur les souvenirs de M. Morand, qui pouvait bien ne pas avoir gardé une mémoire exacte des choses. — Le témoignage de Dangeau est formel : « Sa Majesté alla aux Invalides dont il n'avait point vu l'église qui est presque achevée présentement et qu'il trouva très belle ; il donna de grandes louanges à M. Mansart. Il n'avait pas voulu dire à personne qu'il allait aux Invalides, de peur qu'il s'y trouvât trop de monde. »
(7) Dangeau, Journal, VIII, p. i48. — Mercure galant, juillet 1701, p. 160. Le Mercure décrit ainsi la visite : Le jeudy, 1 4 de ce mois, le Roy, qui pour lors estoit à Meudon, vint
VIMTE I)E I.OriS XIV ATX INVALIDES
(Ainiaiiacli |)oiii- l'aiinét- 1707)
LE SERVICE INTÉRIEUR 2l5
Roi eut lieu le 2S août 1706 (^\ Louis XIV était environné de sa Cour et en particulier du Dauphin, des ducs de Bourgogne et de Berry, de Madame, de la duchesse de Bourbon, de la princesse de Conti. Le duc de Bourbon et le prince de Coudé attendaient le Roi aux Invalides. Le cortège entra — et Fusage s'en établit pour
voir pour la seconde fois l'église des Invalides. Monseigneur, Monseigneur le duc de Bourgogne, Madame la duchesse de Bourgogne, et plusieurs dames de sa suite 1 y accompagnèrent. Sa Majesté v arriva avant cinq heures parle grand portail de la nouvelle église, lue descendit de carrosse à plus de cent pas de ce portail, afin d'en voir la façade de cm comme de près. Elle passa entre deux doubles files d'invalides sous l-^^/^^^ ^'^ ^/^ officiers et tambours battant, et fit remarquer la grandeur et la richesse de 1 archi e ture a toute la compagnie. Ensuite, l'on entra dans l'église, dont au premier coup d œil tout le monde paru^ étonné et demeura d'accord qu'il n'y avait rien en France d'aussi superbe en ce genre, de basti avec tant de propreté et d'enrichi d'aussi belles sculptures La coupe surprit infiniment et on admira la hauteur, les proportions et les bas-reliefs L on s'arresta dans les chapelles, qui ne sont pas moins décorées de sculptures -7 ba^^ie^ avec moins de propreté. Le Roy fit remarquer la beauté des marbres dont le tout est pavé. Le grand au^l qui sert aussi à l'ancienne église, qui se voit de derr^<^;-' "j; encore qu'un modèle sîr lequel on n'est pas tout à fait détermine. Le Roy dit tout haut que les colonnes en devroient être de marbre noir, et qu'elles seroient entortillées de bronze doré et que les chapiteaux et les bazes seroient aussi de même matière. Il ajouta qu'il estoit aisé de juger de quelle magnificence seroit cette église lorsqu on ^^^^o^^^l'}^iment achevée et que la coupe et les chapelles seroient peintes. Apres quoi eut bien exTminé cet édifice, on tourna par derrière l'autel et Sa Majesté marcha le long de la 'teille église, et entra dans la maison. Elle monta dans les corridors au premier et au econd éfage. Les dames se reposèrent quelque temps dans la salle des comptes et sui- S"t ensuite le Roy au réfectoire, qui y vit souper un grand nombre d'inva ides, examina leurs pains et les viandes qui leur estoient ser^-ies. Au sortir du réfectoire i aUa visiter l'apothicairerie et se promena dans les salles de l'infirmerie dans lesque le n n'y avait polit de malades. On lui fit voir dans un lit un invalide de cent quatre an en bonne santé. Le Rov remonti en carrosse dans la seconde cour et partit au bruit des ïmbour et des trompettes, passant entre deux doubles files de -Wats sous les a^ dans l'avant-cour. » Cette description est également reproduite dans Dangea., Mil, p. i48 (note).
(,) Saint-Simon, Mémoires, éd. de Bo.slisle, XIV, p. 33; Dangeau, Jo«r««/, p. iS8- 100 GaZede France, 1706, p. 431. Une note de l'édition de Saint-Simon citée plus hau; ZoJl tme lettre de m'- de Maintenon à la princesse des Ursins, du .9 août 6. ZltEossange, I, p. 3- 33 = « Le ^oy alla '^'^r aux Invalides, sans autre dessein aue de faire plaisir à M. Mansart, qui a fini cet ouvrage ; cependant ce fut un beau spectacle e Roy suivi de la famille royale et de toute la Cour, entrant dans le plus beau Heu du monde, au milieu de tous les soldats, tme musique melee de trompettes et de cimba esrM. 1 cardinal de Noailles disant la messe. Je a'ai pas de peine a croire nue cela éLt très beau, car vous croyez bien. Madame, que je n'y estois pas » a ZcuTgalant, septembre 1706, pp. .56-.70. La visite royale fut reproduite dans le
Z£ -^a^ 1 / ^^ LXXXI, 1107114: Almanachpour
fr,l%Te ;SŒvint Roi accompagne de sa cour visite l'Hôtel d.s In^^lides et .1 lot^veUe TgHse et v entend la messe, célébrée par M=- le cardinal de Noailles. M. Mansart, Tn ndant Ls bâtiments, suivi de MM. les peintres, sculpteurs et autres, p revente a S M la clef de l'église et en reçoit un favorable accueil, le .8 septembre 1706 (en fait fe^S alwDanslebas de l'estampe, petits médaillons); n» 711 : mêmes estampe. iroVsièremen coloriées, sans almanach ; no 7116 : almanach : l'Eglise royale des Invar dïïiTe par S. e'. M^^ le cardinal de NoaiPes, sous l'i»vocation de saint Louis le 22 aoust et visitée par Sa Majesté, les princes et les princesse, de la Cour (Dans le bas, médaillons).
-iG l'hôtel royal des invalides
les visites royales — par la grille placée devant le dôme ; un pont volant avait été jeté sur le fossé. Les invalides formaient la haie, ils étaient rangés en bataille sur deux rangs, armés d'une pique où flottait une flamme f'\ La messe fut célébrée dans la nouvelle église par le cardinal de Noailles, archevêque de Paris. Dans la visite que le Roi fit à l'Hôtel avec toute sa Cour, les gardes du corps restèrent aux portes de l'église et les Suisses sur les degrés du perron; mais ils ne pénétrèrent pas avec Louis XIV dans l'intérieur même de l'Hôtel. Les invalides s'étaient, en effet, arrogés le droit de fournir au monarque sa garde exclusive pendant son séjour à l'Hôtel. Ce privilège datait de la visite faite par le Roi en juillet 1701 (-); des gardes du corps ayant repoussé un peu rudement des invalides qui se pressaient autour du Roi, celui-ci aurait répondu : « Laissez ! Je suis en sûreté au milieu de mes vieux serviteurs. » Quoi qu'il en soit, les invalides avaient été, depuis lors, très jaloux de ce privilège. Quand Louis XV, encore tout enfant, fut amené k l'Hôtel, pour assister au salut, le dimanche 19 juin 171 S, on oublia cette particularité ; quatre brigadiers et vingt-quatre gardes s'en vinrent garnir l'Hôtel ; ils occupèrent tous les passages et toutes les portes et veillèrent à ne laisser entrer que des personnes connues, « point d'invalide ni de livrée dans le sanctuaire » (i\ Le gouverneur protesta contre cette défiance et ces mesures de précaution injurieuses pour les invalides. Il reçut une lettre d'excuses du ministre, affirmant que les gartles n'avaient été envoyés à l'Hôtel que par erreur ^^). Et de fait, quand, le 31 juillet 1743, le Dauphin visita les Invalides, on décida de n'y envoyer aucune troupe, sauf l'escorte du carrosse, qui, du reste, demeura aux grilles, sans entrer (5). Les plus grands honneurs furent rendus au prince, les canons tonnèrent, les deux cents hommes de garde et la compagnie de fusiliers rendirent les honneurs, le gouverneur prononça un discours ; d'autre part, quelques
(1) Cf. FÉLiBiEN, L'Église royale des Invalides {{romispice). 300 invalides étaient en bataille dans Favenue de Breteuil, Cf. à ce sujet Mercure galant, mai 1702, p. 309. (s) PÉRAu, op. cit. p. 31 (note).
(3) Arch. de l'Hôtel, carton 98, et Recueil des Édits, etc., I, p. 2 54.
(4) Lettre du ministre, 20 juin 171S. Arch. de VHotel, carton gS.
(5) Cf. LuYNEs, Mémoires, \, p. 106.
gratifications et des décorations furent accordées. Les invalides étaient même employés au service d'honneur hors de l'Hôtel et faisaient parfois la haie sur le passage du Roi('^ La mode était donnée de ces visites de grands personnages ; le carton g S des archives de l'Hôtel, consacré aux cérémonies, nous en donne une longue liste. Le cérémonial était toujours à peu près le même : service d'honneurs, tambours battant aux champs, harangues, présentation de l'État-major et promenade dans l'Hôtel. Parmi ces visites, deux méritent d'être particulièrement signalées : l'une, en 1717, du czar Pierre le Grand, qui, visitant les réfectoires, avait, d'après la tradition, bu dans un gobelet d'étain, un demi-setier de vin à la santé des invalides (') : l'autre, la visite de Louis XVI, le 12 juin 17SS, suivie, le 23 août, de celle de Marie-Antoinette. Ce fut la dernière des visites royales. Les invalides furent assez peu satisfaits de la venue du Roi, duquel ils ne purent approcher, le major ayant interdit de lui présenter aucun placet. La Reine s'intéressa surtout aux infirmeries et fit remettre, en souvenir, une montre à son chiffre à la supérieure (^K Une gratification fut aussi accordée à tous les officiers <^^\ Ces visites (5) étaient les seuls événements qui troublassent la vie ordinairement très calme des invalides. Lors des fêtes, des traités de paix ou des mariages royaux,
(1) Quand Louis XV se rendit solennellement à Notre-Dame, le 27 août 1752, les invalides montèrent la garde de la porte du cours au coin de la terrasse des Tuileries (LrYNES, Mémoires, XII, p. 12 S). Kannée précédente, la reine, allant au couvent des Carmélites, passa, pour abréger, par l'avenue qui faisait face au dôme, fermée à cette époque et qu'on n'ouvrait pour personne. Le gouverneur, M. de la Courneuve, la salua, entouré de l'État-major et de la compagnie de garde {Ihid., XI, p. 233).
(2) Cf. PÉRAt-, op. cit., p. 32 (note) et Saint-Simon, Mémoires, éd. Cheruel, XIV, p. 436.
(3) Décision du 6 octobre 1788. Le conseil ajoutera un Isoitier d'argent à la montre offerte par la Reine. Arch. de l'Hôtel, carton 61.
(4) Lettre de Brienne enjoignant de faire payer cette gratification. 12 juillet 17SS. Arch. de l'Hôtel, carton 3S3.
(5) Le carton 98 des Arch. de l'Hôtel et le Recueil des Édits, etc., contiennent la trace des visites suivantes J 30 octobre 1709, M"c de Blois, des Filles de Saint-Joseph {Arch. de l'Hôtel, carton 25); 17 novembre 1709, l'Électeur de Bavière {Arch. Hist., vol. 2i42, pièce 289); octobre 1718, le ministre Le Blanc ; janvier 1771, le prince héréditaire et le prince Charles de Suède ; 11 février 1775, l'archiduc Maxirnilien, sous le nom de comte de Burgo ; 20 avril et 5 mai 1777, l'Empereur, sous le nom de comte de Falkenstein ; 25 septembre 1777. les Dames de France, tantes du Roi ; 20 mai 1782, le grand-duc et la grandeduchesse de Russie ; 16 octobre 1782, Madame et la comtesse d'Artois ; 30 novembre 1783, le prince et la princesse de Cumberland ; 24 août 1782, le prince Henri de Prusse; 18 mars 1787, la duchesse d'Orléans; 31 juillet 1788, les ambassadeurs de Turqi»ie.
2i8 l'hôtel royal des invalides
l'Hôtel était illuminé et la haute façade sombre s'éclairait de lampions et de girandoles. Des feux de joie étaient parfois allumés ('). Les journées se passaient tranquillement à l'Hôtel en attendant les jours de sortie. Les soldats n'étaient point libres de sortir de l'Hôtel comme ils l'entendaient, même une fois la quarantaine terminée. Trois jours de la semaine étaient réservés à la sortie, du moins pour le commun des invalides, et encore devaient-ils être munis d'un billet du gouverneur : les portiers avaient ordre de ne laisser sortir personne sans billet. Quelques privilégiés ayant des intérêts sérieux en ville ou particulièrement bien notés, obtenaient la permission de quitter l'Hôtel tous les jours, sauf à être présents le dimanche, à l'office du matin et aux vêpres. Ils étaient tenus à une attitude particulièrement exemplaire dans Paris. Lorsque l'uniforme des invalides eut été définitivement adopté, les hommes ne pouvaient sortir sans en être revêtus; primitivement, une tenue correcte était seule exigée, on ne pouvait se présenter aux portiers « en camisole, en mauvais bas de toile, même n'ayant que les chaussettes de la maison, en souliers de chapeau, en pantoufles et savattesW ». La seule sortie était d'abord par la grande grille, du côté de la rivière; vers 1780, le conseil autorisa les invalides à sortir par la porte du dôme, jusque-là réservée aux cortèges solennels, afin de permettre aux soldats d'aller plus rapidement à Vaugirard. A la porte veillaient, outre le détachement d'hommes de garde, un ou deux portiers ; à la grille Nord, le pavillon de gauche était réservé au maître portier assisté de trois aides. Les grilles étaient ouvertes le matin à 5 heures : on les fermait le soir, à S'' 30 pendant l'hiver, à g heures pendant le printemps et l'automne, à 10 heures en été<^3). Le portier chef allait tous les soirs en remettre les clefs au gouverneur ou. en son absence, au lieutenant de Roi. La consigne des portiers était sévère : nul ne pouvait pénétrer en armes dans l'Hôtel, à l'exception des officiers: tous les bas officiers et soldats devaient laisser leur épée au poste, pour
(1) LuYNEs, Mémoires, XI, p. i55 ; Dufort de Cheverny, Mémoires, t. I. iSS7, p. 7. Journal de Paris, aS décembre 1778, p. i46i.
(2) Règl. du j janvier 1^10. En 17S5 les officiers furent autorisés à sortir de THôtel. en tenue bourgeoise (Lettre de Ségur, i5 juillet 1785). Arch. de motel, carton 65.
(3) L. J. D. B., op. cit., p. 38.
LE SERVICE INTÉRIEUR 2ig
la reprendre en sortant. Les portiers devaient faire accompagner par un homme de garde les personnes venues pour visiter les malades ('). Les invalides devaient toujours être rentrés au moment des repas, et. s'ils ressortaient après la prière du soir, revenir quand on battait la retraite.
Les soldats, à l'Hôtel, n'avaient pas le droit de se marier comme ils l'entendaient. Il leur fallait pour cela une autorisation écrite du gouverneur, après une enquête menée par le curé(-': on alla même plus loin, et une défense formelle fut faite à tout invalide de se marier, sous peine de renvoi de THôtel ^3). Cependant, malgré cette interdiction, les invalides des compagnies détachées avaient rautorisation de prendre femme «. Le règlement du 3 janvier 1710 revint sur la décision prise auparavant et accorda de nouveau le mariage aux invalides, après autorisation préalable ; les hommes mariés eurent la permission de découcher le lundi, le mercredi et le vendredi, mais ils devaient rester à l'Hôtel le samedi soir, pour ne point risquer d'être en retard à l'office le dimanche matin. L'accès de l'Hôtel étant interdit aux femmes, celles des invalides ne pouvaient y suivre leurs maris : on les logeait au Gros-Caillou, mais des abus, faciles à prévoir, s'étaient établis : des femmes étaient clandestinement introduites dans la maison et. d'autre part, les invalides découchaient sans cesse. Le conseil de l'Hôtel se plaignait fort des désordres causés par ces ménages dispersés «. On y mit fin en autorisant les invalides mariés à loger hors de l'Hôtel (*^) ; la maison ne leur fournissait plus aucune denrée, ni subsistance. Beaucoup d'invalides acceptèrent ce système ({ui leur conservait une solde, en leur assurant l'indépendance et en leur permettant de vivre en famille. En même temps, le ministre décidait de ne plus accepter à THôtel aucun servant marié, de façon à ne pas créer de dynastie de servant» et pour permettre à ces
(1) Le maître portier, chargé de l\nitrcti.-.i de ravant-cour. fournissait l'Hôtel de tous les balais nécessaires.
(2) Décision du lo septembre 1693. Recutil dts Édits, etc., I. p. 10b.
(3) Décision du iS mai 1703. IbU-, P- 130-
(4) Cf. un exemple de ces demandes : lettre d'un officier invalide détaché a \ alognes. demandant à se marier, i5 jan\ner 1705. Arch. Hist., vol. 1830, n» 49.
(5) Lettre de Boyveau demandant que les mariages soient formellement interdits. 25 octobre 1712. Ibid., vol. 24i2, pièce iS5.
(6) Ordonnance du S novembre 176G. Recueil des Édits, etc., II. p. i5S.
domestiques de consacrer tout leur temps à leur service ('). Les femmes en effet ne pouvaient pénétrer à l'Hôtel (^) et, cependant. malgré les règlements, elles y étaient nombreuses. Elles ne pouvaient parler aux officiers et aux soldats que dans les cours, et après en avoir fait la demande. Il leur fallait pour cela une permission écrite du gouverneur ; la consigne des portiers était formelle à cet égard : ils ne pouvaient laisser passer que les femmes logées à THôtel avec leurs maris, fonctionnaires de la maison, ou les dames qui se présentaient en carrosse ; et, en fait, les gravures de l'époque représentent volontiers des dames élégantes descendant de carrosse dans la cour, ou visitant les réfectoires. En 1709 déjà, le ministre s'inquiétait du nombre croissant des femmes à l'Hôtel et réclamait Cjue ses prescriptions fussent observées. Les rapports qu'on lui adressait notaient les multiples inconvénients apportés par ces présences féminines à l'Hôtel (3\ De longues années après, les conclusions des rapports étaient les mêmes : beaucoup de commis étaient mariés, qui avaient leur femme à l'Hôtel et partageaient leur subsistance avec elle : plus il y aura de ménages aux Invalides, disent les rapports, moins il y aura d'ordre. Les règlements proscrivirent la présence des femmes, hors celles des membres du conseil et des officiers de santé ; il était, en effet, devenu nécessaire de prendre des mesures rigoureuses W. Ceux mêmes qui n'avaient pas leur femme à l'Hôtel, la logeaient dans le quartier tout proche du Gros-Caillou; ils emportaient une foule de denrées ou même d'objets, qui allaient, aux dépens de la maison des Invalides, alimenter leur ménage. Bien mieux, des officiers soignés à l'Hôtel prenaient ouvertement à leur service, des femmes comme domestiques, au grand scandale du curé. L'ordonnance de 1776 a\-ait bien donné des indications précises pour que ces abus cessassent <^^),
(1) Décision du 23 décembre 1766. Reg. séances du conseil d'adm., IV.
(2) Lettre ministérielle. 27 février 1701. Arch. Hist., vol. 1470, pièce 445.
(3) Notamment lettre au ministre, 29 août 1709. Tbid., 213S, pièce g4.
(4) Arch. Nat., Q', 12S2, n» 7. Mémoire au ministre, 1773.
(5) Ordonnance du 17 juin 1776, titre II, art. 9. Recueil des Édits, etc., II, p. 290 ; « S. M. veut bien permettre que les femmes des officiers du grand État-major, et celles du médecin, de l'architecte et du chirurgien-major, partagent avec leurs maris les logements qui leur sont destinés ; mais elle défend expressément aux autres employés, d'occuper avec leurs femmes les logements qui leur sont affectés, sous peine d"etre privés de leurs emplois; dispense néanmoins de la rigueur de cet article les femmes qui habitent actuellement dans l'Hôtel. »
mais elle permettait, cependant, aux femmes déjà logées à FHôtel d'y rester. Il en fut ainsi jusqu'à la fin de l'ancien régime: les ordres du ministre restaient sans effet; ce qu'il autorisait, par grande exception, avait fini par devenir la règle (').
L'Hôtel était aussi envahi par une foule de parasites, tant dans les couloirs, qu'ils encombraient de leurs étalages, que dans les appartements qu'ils occupaient sans motif: un rapport au ministre, en 1773 •;''. s'exprime ainsi : « Quelque protection ([ue méritent les arts et le commerce. l'Hôtel fourmille de boutiques, de marchands, de perrucpiiers. savetiers, matelassiers, etc. Les passages et les jours des corridors en sont obstrués ; ce sont autant de ménages qui s'attirent des chalands par toiUes sortes de voies, qui vivent des denrées qu'ils peuvent accrocher, qui ont du feu dans des poêles et chaufferettes qui peuvent mettre le feu partout. Il y a des abus sans nombre attachés à tous ces établissements, d'autant plus inutiles qu'on fournit l'universalité des besoins à ceux qui sont destinés à jouir d'une retraite dans l'Hôtel. Il faut au plus quelques garçons perruquiers pour le service des officiers ; il y a des barbiers payés par l'Hôtel pour celui des soldats. « En conséquence de ces rapports, le ministre intercUt le logement des personnes étrangères à la maison sans permission expresse ; l'interdiction s'étendait même aux plus proches parents des fonctionnaires (3).
Les invalides touchaient une solde fort maigre, et même les soldats n'en touchèrent longtemps point du tout. Tous les officiers recevaient primitivement 3 liv. par mois, sans distinction de grade (^'. Quant aux bas officiers, l'ordonnance du 3 décembre 1730 qui réglait les différentes classes de ceux qui étaient reçus à l'Hôtel, * leur accordait i5 s. par mois « pour leurs menues dépenses C^) >>. Les soldats ne recevaient pas de traitement. L'ordonnance du 9 septembre n+gC^) étabUssait une distinction entre les différents
U) Lettre de Ségur autorisant, par exception, le major de THÔtel à loger avec lui sa sœur, pour remplacer auprès de ses enfants la femme qu'il a perdue. 7 juillet 17S7. Arch. de l'Hôtel, carton 27.
(2) Arch. Nat., <2', 1282-3, n» 7. Mémoire au ministre, 1773.
(3) Lettre de Ségur, 21 avril 1787, Arch. de l'Hôtel, carton 27-
(4) Décision du 4 juillet 16S7. Reg. séances du conseil d'adm., l.
(5) Recueil des Édits, etc., I, p. 3o5.
(6) Ibid., p. 397-
grades d'officiers, en même temps qu'elle augmentait leur solde : chaque lieutenant-colonel recevait 30 liv. par mois; tout officier entré à FHôtel comme commandant de bataillon avait 24 liv. ; tous ceux entrés comme capitaines en recevaient 12 ; seuls les lieutenants étaient réduits à l'ancienne solde de 3 liv. Ce traitement dura pour les officiers juscju'à la Révolution. Celui des bas officiers fut. par contre, augmenté par l'ordonnance du S novembre 17G6 ('', et porté à vingt sous par mois ; les simples invalides recevaient par la même ordonnance une solde mensuelle de i3 s.
L'uniforme des invalides a assez peu varié jusqu'à la Révolution; nous en sommes, au demeurant, réduits, pour en juger, aux règlements dans toute leur sécheresse : Ticonographie ne nous présente point d'invalides isolés et ceux qu'elles nous offre, serv^ant de figures dans c|uelc|ue image de l'Hôtel, sont de trop petites dimensions pour cj[u'on en puisse tirer de sérieuses conclusions. De plus, lorsque les invalides sont figurés d'une façon plus distincte, ils le sont dans des gravures remontant précisément à une épocpe où l'uniforme n'était pas encore nettement fixé, c'est-à-dire aux premières années de l'Hôtel. En effet, au début, l'uniforme que nous indiquent les gravures et les auteurs a quelcjne peine à passer pour tel : c'est un simple costume sombre ; un justaucorps de drap de Berry bleu, avec une culotte grise de même étoffe, une camisole de peau « passée en chamois », une bonne paire de bas de laine grise et un chapeau noir(^). Cet uniforme n'était du reste pas obligatoire, il ne servait qu'à empêcher les invalides de sortir avec des habits sordides ; ceux, en effet, dont les vêtements étaient en bon état étaient libres de les garder (3). Les officiers étaient cependant distingués des soldats par une tresse d'argent sur toutes les tailles et à double rang sur les poches et les parements C'^). Ces habits remis à l'homme avec deux paires de bas devaient durer trente mois, les chapeaux cjuinze mois, les souliers six, avec une remonture et une
(i) Recueil des Édits, etc., II, p. i56, et Arch. Nat., AD+, 972. Cette ordonnance fut complétée par celle du i5 décembre 1766. Arch. Nat., AD+, 973.
(2) Cf. L. J. D. B., op. cit., p. 47, et description annexée à une estampe de Nicolas de Fer (vers 1690), collection du musée Carnavalet, 121-A.
(3) Régi, du j janvier lyio, art. 2S.
(4) A partir de janvier 1753, ces tresses furent remplacées par des boutonnières d'argent.
paire de semelles ; le vieil habit était laissé à Thomme qui pouvait en disposer à sa fantaisie (>). Quant aux officiers, THôtel leur fournissait tous les deux ans un uniforme ^^) qui revenait à 26 liv. ; celui de Tin valide ordinaire n'en coûtait c^ue 20.
L'ordonnance du 1" décembre 1766 (3) libérait l'Hôtel de l'habillement des invalides pensionnés ou servant aux compagnies détachées. En conséquence, celui des invalides présents à l'Hôtel fut plus nettement étabU par le règlement du 2S janvier 1767 « : runiforme précédent était considéré comme insuffisant. « Lïntention du roi était que ces officiers , bas officiers et soldats fussent mieux habillés, mieux couverts, qu'ils ne l'étaient auparavant. « Le règlement fixe ainsi l'uniforme qui sera dorénavant renouvelé
tous les trois ans :
(( Officiers : un habit, veste et culotte de drap de Chàteauroux, bleu de Roi, quatre quarts entre les deux lisières, parements de drap écarlate. doublure de refoulé rouge garance pour Thabit et blanc écru pour la veste ; quatre plis de chaque côté, vingt-huit boutonnières d'argent cordonnet, dix-huit à la veste : boutons argentés sur bois, aux armes du Roi, surmontés de la couronne royale ; culotte doublée de toile garance, boutons, poches et boursons. Deux chapeaux unis, deux paires de bas d'estame ou de laine gris-de-fer, ou gris et drapés ; six paires de souliers, six remontures.
« Bas officiers et soldats : habit, veste et culotte, savoir : l'habit de drap de Romorantin ou de Seignelay bleu de roi, quatre quarts doublés de refoulé rouge garance, parements de drap rouge garance ; l'habit, un croisé par derrière, une pièce d'épaule; la veste et la culotte en tricot aussi bleu de roi, la veste doublée de refoulé blanc écru ; la culotte doublée de toile garnie de ses poches et
(0 Décision .lu i5 août 1676. Rcg. séances du conseil d'adm., I.
(.) Ordre de Barbézieux du i(3 mai 1GS7, confirmé par le conseil, le ,. ma. ib^g.
^*(1^ \rt . : « A compter de ladite époque, 1" janvier prochain, THÔtel «-"-;; ^l-r défvr'er 'habillement à' tous ceux compris dans les deux articles P-f -^J / .■^qu aucune somme pour le décompte du linge et chaussnres et P«- g^;- .^^^^'^^^ aux compagnies détachées pour venir dans Paris, à Vmcennes et ^l^'^^^Z^"^ réser^•ant S. M. de pourvoir à ces différents objets, des fonds quelle lugera a propos d'y destiner. » Recueil des Édits, etc., II, p. i?''- (4) Ibid., I, p. 191-
2 24 l'hôtel royal des invalides
boursons : les boutons, savoir : pour les bas officiers, de métal blanc sur bois, empreints des armes du Roi, surmontés de la couronne royale, et, pour les soldats, d'étain. Deux chapeaux, deux paires de bas de laine gris blanc, tricotés, drapés ou non drapés, six paires de souliers, six remontures, une doublure de culotte. » Les invalides absents par grand congé étaient habillés de même, à cette différence près, qu'ils n'avaient pas de veste; les officiers recevaient
3 liv. et les soldats 4o s. pour leur en tenir lieu. L'article 3 du règlement contraignait les invalides à porter leur uniforme à l'intérieur de l'Hôtel.
Le règlement général sur Thabillement du 2 septembre 1775(0 ne changea pas sensiblement Funiforme des invalides ; il leur accorda seulement un chapeau garni d'un bouton timbré et d'une ganse blanche, décida cpie le collet de l'habit ne serait point renversé et que la veste, bleue pour les invahdes de l'Hôtel et ceux des détachements de Paris et Vincennes, serait blanche pour les compagnies détachées en province. Quant à la réforme de 1776, elle ne modifia l'uniforme que sur des points de détail. Depuis le 2 septembre 1775, les boutonnières d'argent de l'habit des officiers avaient été supprimées et remplacées par une épaulette d'argent sur l'habit tout uni('.>: il fut. en 1776. ajouté à ce vêtement un nombre étonnant de boutons, douze par devant, six sur les manches, six sur les poches, douze et six aussi pour la veste et ses poches, enfin deux à la taille. La veste des soldats ne fut plus en drap, mais en tricot (3). Enfin, au lieu d'une doublure tous les deux ans, on leur accorda une culotte tous les dix-huit mois. Conformément au règlement du i^' octobre (^), l'habit des invalides fut, depuis 1786, pincé à la taille et boutonné entièrement, sans laisser voir la veste. Tous les invalides, officiers et soldats, portaient à gauche une plaque aux armes de France, ornée de deux épées croisées. L'uniforme des soldats différant fort peu de celui
(1) Recueil des Édits, etc., II, p. 376 (extrait). Ces prescriptions furent répétées dans le règlement général du 21 février 1779.
(3) Règlement du 2 septembre 1775 pour riiabillement et l^énaipemeut des troupes. Bibl. Nat. ^
(3) Marché d'adjudication pour Thabillement, au sieur Boissié, 12 novembre 1776. Arch. de l'Hôtel, carton 63.
(4) Règlement arrêté par le Roi pour l'habillement et l'équipement de ses troupes, du 1" octobre 17S6. Bibl. Nat., cf. pièces annexes.
des officiers, de simples invalides avaient pris l'habitude de sortir avec l'épaulette : pour obvier à cet inconvénient, le ministre rétablit les boutonnières d'argent (') ; chaque officier eut six boutonnières en galon d'argent placées sur le devant de l'habit, trois sur chaque parement et sur chaque patte de poche, et un petit triangle d'argent à la croisure des basques ('^, Les officiers employés dans les bureaux portaient le même uniforme que les autres ; ces vêtements devaient durer deux ansO>. En arrivant à l'Hôtel, les soldats nouveau venus ne touchaient cpe deux garnitures de linge, et les souliers seulement huit jours après leur réception W. Pendant les six semaines de quarantaine, ils portaient l'uniforme de leur régiment d'origine. Ils ne pouvaient toucher leur uniforme auprès du contrôleur, sans un mot signé du secrétaire et certifiant que les vêtements étaient bien destinés à un invalide présent à l'HôteH^). Tous ces habits, mal entretenus par des invalides peu soigneux, souvent vendus C^), malgré les défenses les plus sévères (7), parfois perdus (^), toujours en mauvais état, étaient d'assez piètre qualité. La fâcheuse habitude des entreprises particulières ouvrait la porte aux abus les plus criants. Le gros entrepreneur avait été longtemps l'hôpital général de Paris : on s'était d'abord adressé à lui pour permettre aux pensionnaires valides de l'hôpital de travailler : mais la manufacture ayant cessé de fonctionner, l'hôpital faisait simplement venir de Lodève ou du Berry des draps que taillaient et cousaient ensuite des ouvriers du Gros-Caillou (9): mauvais habits et peu seyants : ce ne fut fiu'en 1736 qu'on donna aux invalides des culottes convenables, au lieu de celles sans jarretières et à canons
(1) Décision du 30 septembre 177S. Recueil des Édils, etc., II, p. 27S.
(2) Lettre de Ségur, S mars lySi. Arcli. de rHotel, carton S6. Décision du i4 juiiv 1788. lUd., carton 63.
(3) Décision du 4 août 177S. Reg. séances du conseil d'adm., IV.
(4) En 1691, une paire de cliaussures revenait à 58 s. Décision du 30 juin 1691. Ihid., I; en 1697, une paire de semelles 21 s., une paire de remontures 25 s., un soulier pour jambe de bois 5 s. Décision du 17 janvier 1697. Ibid.
(5) Décision du 28 mars 1676. Ihid.
(f)) Cf. Plaintes à ce sujet, 10 mars 1750. Arch. de l'Hôtel, carton 383.
(7) Cf Règlement concernant le rachat, vente et trafic des denrées ou efifets donnés aux officiers, bas officiers ou soldats invalides, résidant à l'Hôtel, pour leur subsistance et entretien. 18 décembre 1768. Recueil des Édits, etc., II, p. 203.
(8) Cf. Décision à ce sujet, 12 juin 1783. Reg. séances du conseil d'adm., IV.
(9) Arch. Nat., Q', 1282, n» 7. Mémoire au ministre, 1770.
2 26 l'hôtel royal des invalides
pendants, qu'on leur remettait autrefois, et qu'ils étaient souvent obligés de vendre et de remplacer à leurs frais. L'hôpital général avait beau jeu pour fournir aux invalides des effets de médiocre qualité : l'Hôtel était endetté vis-à-vis de lui de sommes considérables et pouvait donc difficilement se plaindre. Il eu allait de même pour la chaussure. Le marché passé avec l'entrepreneur était si bas, c^u'au dire même des commissaires du Roi ^'\ il était impossible cju'il ne trompât point l'Hôtel sur la quantité ou la qualité des matières fournies : aussi bien, il fournissait de méchants souliers jaunes dont personne ne voulait. En 1780, on essaya d'obvier aux désordres de ce service et à la mauvaise foi des fournisseurs par la création d'un inspecteur de l'habillement : on y nomma le sieur Edme Phillipon, (jui reçut 5oo liv. d'appointements et fut nourri à la table des commensaux ('^\ Il ne parait pas qu'aucune amélioration notable dans le service ait été apportée par la présence de cet inspecteur.
Tous les bas services des Invalides étaient assurés par des fonctionnaires subalternes que nous appellerons les « servants », du nom qu'ils jîortent encore aujourd'hui : ce sont tous les hommes de peine de l'Hôtel, les domestiques, les garçons, les ouvriers ; ils assurent les fonctionnements matériels de tous les services et le bon entretien de la maison. Quelques-uns de ces servants étaient des invalides, surtout dans les premiers temps. L'économie sensible qui en résultait les avait fait préférer à des domestiques étrangers: mais, avec le temps, on renonça à ce système ; les invalides ne furent plus employés à des besognes pénibles; on occupa ceux cpii le demandaient à des travaux moins inférieurs : ils furent commis de bureau, gardes-magasins, pompiers, portiers <3). Tous les servants étaient placés sous les ordres du prévôt qui avait sur eux une autorité absolue ; il avait longtemps commandé à des archers qui portaient le beau costume des Gardes de la Porte de la Maison du Roi. Ils furent remplacés par des gardes de la Prévôté, plus spécialement
(i) Arch. Nat., QS isSa, u" 7. Mémoire au ministre. 1770.
(2) Cf. Constitution de THôtel des Invalides en 17S0. Arch. dépôt de la Guerre, Mémoires techniques, carton 65.
(3) Ces derniers avaient même un homme pour les servir. Mémoire au ministre, 1771. Arch. de VHotel, carton go.
chargés du service d'ordre. Leur uniforme était éclatant; ils portaient des bandoulières galonnées d'or, avec des galons d'or sur les manches, des épaulettes et une bordure de chapeau d'argent. Les gardes demandaient en 1734 à être uniformément galonnés et soutachés d'or. Leur placet demeura, du reste, sans effet : bien mieux, on leur supprima toutes leurs broderies en ne leur conservant qu'un petit galon d'argent sur la manche et un collet rouge brodé d'argent <^'\ Le prévôt veillait à. tous les détails inférieurs du service ; il était aussi « chargé des affaires où il y a quelque chose à poursuivre (-) » ; il touchait d'abord 4o s. par mois et le revenantbon de la prison ; on lui fournissait le logement, le chauffage et l'éclairage ^3) ; il recevait eu outre le produit des économies faites sur la table des buveurs d'eau ^■^\ Son traitement alla toujours en augmentant; porté à 5io liv. par an, il se montait, avec les gratifications et revenants-bons, à 2.600 liv. en 1770 : il fut alors ramené à 2.000 liv. ^^). Peu de temps après, on lui avait accordé un cheval pour les courses (jue son service nécessitait dans Paris ; on évitait ainsi les nombreux mémoires que présentait le prévôt, pour se faire rembourser ses frais de carrosse C^). Au reste, l'ordonnance de 1776 supprima le poste de prévôt.
Les servants se répartissaient dans les différents services : cuisines, infirmeries, réfectoires, bâtiments, etc., quelques-uns étaient uniquement destinés au port des lettres et au service de la poste. Le balayage des cours et des corridors en occupait un grand nombre. Trois fois par semaine, un tombereau emportait à la rivière les ordures amassées dans l'Hôtel W. Les fonctions des servants étaient déterminées par des placards affichés d'une façon visible dans tous les quartiers de l'Hôtel <^\ Ils étaient uniformément vêtus d'un habit
(1) Décision du iy juin 1754. Arch. de l'Hâte/, carton 63.
(2) « ou quelque procédure à instruire ». Pérau, op. cit., p. 97.
(3) Il touchait par an 5o voies de bois, 300 cotterets, 4o livres de chandelle. Décision du 25 juillet 1710. Reg. séances du conseil d'adw., I.
(4) Décision du 22 janvier 1728. //)/(/.
(5) Arch. Nat., O', 12S2, n" 7. Mémoire au ministre, 1770-
(G) Décision du i4 décembre 175S. Reg. séances du conseil d'adni.. T.
(7) L. J. D. B., op. cit., p. 23.
(8) Décision du i4 décembre 175S. Reg. séances du conseil d'tidm., II. Ces afTiches, d'abord manuscrites et signées du gouverneur, furent ensuite imprimées à l'Hôtel de la Guerre. Lettre du duc d'Aiguillon, 21 mai 1774. Jlnd., IV.
2 28 l'hôtel royal des invalides
gris à parements bleus, et à boutons timbrés aux armes de France ; les chefs de service eurent, depuis 1 7 88, le même habit, mais avec un collet bleu renversé (') ; les portiers étaient galonnés d'argent ; lors de la mort de Louis XIV et de Louis XV, ils revêtirent la livrée de deuil, savoir : des « crêpes, des gants noirs, et un ruban bleu sur Tépaule » (''); il furent, depuis 1772, toujours habillés à la livrée du Roi (3). Les servants étaient nourris à la table des petits commensaux. Quelques-uns. ayant un service plus pénible que les autres, recevaient des gratifications ou des rations supplémentaires W. Le traitement de ces servants, toujours assez modeste, variait de 80 à 5oo liv., suivant l'importance et la nature du service, sans compter les gratifications Cju'on leur accordait presc[ue chac^ue année. A partir de 1776, une gratification de 1.000 liv. était partagée entre les domestiques qui s'étaient fait remarquer par leur zèle (^). Jusqu'en 1766, les servants touchaient du bois, du charbon, d'autres fournitures encore, ce qui amenait les plus grands abus ; le duc de Choiseul décida de remplacer ces traitements en nature par une somme d'argent proportionnée à l'importance de la fourniture touchée auparavant ^^\ Certains servants jouissaient de traitements particulièrement favorables : les piqueurs, par exemple, cpi avaient sous leurs ordres toute une escouade de balayeurs, d'aides-jardiniers pour ratisser les allées et en arracher les mauvaises herbes, d'allumeurs de réverbères. Les piqueurs avaient le droit de s'approprier les morceaux de fonte restant des réparations (7) ; ils touchaient une petite somme de 300 liv. par an et 4o liv. poiu' leur blanchissage (^).
(1) Lettre de Brienne, 26 juillet 17S8. Arch. de VHotel, carton 63. (3) Décision du 20 septembre 1715. Reg. séances du conseil d'adm., I ; Recueil des Édits, etc., I, p. 223 et 30 mai 1774, Recueil des Édits, etc., II, p. 274.
(3) Ordre de Le Blanc, 2 avril 1722. Arch. de l'Hôtel, carton 424.
(4) Par exemple : <c les douze garçons de la cuisine dont le service est très chargé, auront une pinte de vin et diz écus à se partager », 23 juillet 171S. Reg. séances du conseil d'adm., I. Vin d'extraordinaire accordé aux divers garçons employés à des travaux pénibles, 19 avril 1769. Ihid., III. Une chopine accordée aux ser^^ants infirmiers, 27 juin 1779. Arch. de l'Hôtel, carton 27.
(5) Décision du 29 octobre 1776. Reg. séances du conseil d'adm., IV.
(6) Décision du 13 novembre 1766. Recueil des Edits, etc., II, p. 162.
(7) Décision du 2 juillet 1772. Reg. séances du conseil d'adm., III.
(8) Décision du 13 février 1772. Ibid. Les piqueurs, malgré l'ordonnance de 1766, ouchaient 2 voies de bois par au, 100 cotterets et i5 livres de chandelle. 18 novembre
1777. Ibid., IV.
Certaines catégories de domestiques étaient payées par l'administration même de l'Hôtel, d'autres, comme les ouvriers travaillant aux entreprises, par les entrepreneurs, tous ceux qui avaient quelques rapports avec le service du culte, par les prêtres de la Mission (^). Ces domesdques étaient soignés aux infirmeries pour les indisposirions sans gravité ; pour les maladies plus sérieuses, on les envoyait à l'hôpital. Ils avaient une liberté absolue d'aller et de venir dans l'Hôtel, en dehors de leurs heures de service ; leurs logements étaient, pour la plupart, placés sous les combles; il leur était interdit de découcher sans une permission écrite. En 17SS, ils furent assimilés aux invalides, exercés au maniement des armes et traités comme des soldats ordinaires (^\ Le nombre de ces servants était considérable, d'autant (pi'une foule de sinécures avaient été créées pour des protégés de grands seigneurs (3). L'ordonnance de 1776 (titre I, art. 3) en supprima la plus grande partie (^). Mais, quelques jours à peine après la mise en exécudon. on s'aperçut qu'on était tombé d'un mal dans un pire et que le service souffrait grandement du manque d'hommes, et le nombre de servants indispensable fut
rétabli (^X
Un dernier trait qui achevait de donner à l'Hôtel des Invalides un caractère particulier était l'école des trompettes et celle des tambours. La première fut fondée par une ordonnance du i" juin 1731 (6), pour enseigner les sonneries aux trompettes des régiments
U) Notamment les balayeurs, les sacristains, le sonneur, le souffleur d'orgue et « c.lui qui Lomé l'horloge >,. Décision du 1 1 octobre .6S6. Reg. séances du conseU i a,l,a., 1. ('}\ Décision du l'X août 1788. Jhid., I\ . . , • •
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9 relaveurs avec loo 1^;- ' ^ S"^°^^ "^"^^^ ^^ r.^fectoires d'officiers, i.o liv. ; 12 garçons r ii^t:^ ï:f 5^: ':; utTïïZro^eurs. ratlsseurs et netto^urs desTéJ^ct^res, "oUv ; 7 balayeurs et allumeurs de lanternes aux réfectoires, too hv. K.at du 30 decembre 1766. Ree. séances du. conseil d'adm., II.
74) N'éLient cLser.-és ,ue . piqueur, . garde-magasin, 4 suisses, t facteur, t économe 1 chef de cuisine, 4 aides, la garçons, i balayeurs, i-2 valets.
r^rOn rétablit . allumeurs de réverbères, a garçons pour la pompe, a charret er.
4 barbiers, 2 ramoneurs et i souffleur d orgues. Etat du 13 juUKt 17,0. ne^ conseil d'adm., IV.
(0) Recueil des Èdits, etc., 1, p. 3t'7-
230 l'hôtel royal des invalides
de cavalerie. Un maître trompette (') et un aide y enseignaient des élèves de dix-huit à trente ans. envoyés par les régiments de province. Les élèves étaient logés à l'Hôtel dans une chambrée particulière ; ils étaient nourris comme les soldats, avec un demi-setier de vin à chaque repas ; ils recevaient une somme de 3 liv. par mois. L'école avait lieu tous les jours de 7 à 11 heures et de 2 à 6 heures ; chaque élève recevait un livre de musique où était notés le « bruit de guerre et trois fanfares » ('). Un maréchal des logis de l'Hôtel veillait à la discipline et prenait soin que les illettrés reçussent tous les jours, de midi à 2 heures, une leçon de lecture et d'écriture et que tous fissent bien leurs pâques. Les élèves sortaient le jeudi, mais ils ne pouvaient se grouper à plus de quatre ensemble, et, pour obvier aux inconvénients que pouvait présenter pour eux le cjuartier environnant, il leur était interdit, sous peine de châtiments corporels, de franchir la barrière de Grenelle (3). Cette école des trompettes finit par n'être plus qu'une fanfare de l'Hôtel; les élèves ne retournaient plus dans leurs régiments. L'ordonnance du 31 octobre lyGG^^) supprima Técole. Au maître trompette avait été adjoint, peu de temps après la fondation de l'école, un maitre timbalier qui complétait Téducation des futurs musiciens des fanfares. Les régiments de cavalerie envoyaient leurs timbaliers à l'Hôtel et ceux de dragons leurs tambours C^). Ce fut l'origine de l'école des tambours. Elle fut créée le 1*='" mai 17S3 ^^\ à la demande du conseil, pour dix enfants de bas officiers et de soldats invalides. Furent seuls admis les enfants au-dessus de neuf ans ; ils étaient logés dans une chambre spéciale, vêtus d'un surtout bleu, taillé dans les habits des soldats morts à l'Hôtel, d'une culotte et d'une veste de tricot blanc ^^l nourris d'un pain de
(1) Il recevait 5o liv. par mois ; il était logé ;i THôtel avec sa famille. Cf. Arch. Nat., Q', 1282,'no 7. Mémoire au ministre, 1770.
(2) Recueil des Édits, etc., I, p. 319. Règlement du 7 juin 1721.
(3) Règlement du 5 avril 173G. Arch. de l'Hôtel, carton 89.
(4) Recueil des Édits, etc., II, p. i55.
(5) Cf. Etat des avances faites par l'Hôtel aux tambours des régiments de dragons qui sont venus à l'école pour apprendre les nouvelles batteries : 193 liv., 1756. Arcli. de l'Hôtel, carton 28g.
(6) Ordonnance du i<"' mai 1783. Arch. de l'Hôtel, carton 89.
(7) Ils touchaient en outre 1 chapeau, 2 paires de bas de laine, 2 paires de souliers, 4 chemises, 1 col noir, 4 mouchoirs. Décision du 30 juin 17S3. Arch. de l'Hôtel, carton 89.
munition par jour et de la desserte des soldats. Un tambour-major, payé 3 liv. par mois, leur enseignait à battre la caisse ; un maréchal des logis, qui touchait 6 liv., les surveillait et leur donnait trois heures de lecture par semaine. Le but de cette fondation était essentiellement charitable ; aussi les élèves-tambours étaientils entretenus sur les fonds d'aumône (0. Le nombre des élèves fut progressivement élevé à 20 ^'\ puis à 24 ^3). On décida, en même temps, de les placer chez un ou\rier où ils pussent apprendre un
métier.
L'institution des élèves-tambours touche à celle des Enfants de l'Armée, mais elle est plus militaire, elle faisait partie de la vie même des Invalides, elle n'est morte ciu'avec l'Hôtel lui-même «.
(1) Règlement du 3 mars 1785. Arch. de l'Hôtel, carton S9.
(2) Décision du 29 juillet lySS. Ibid.
(3) Décision du 3 janvier 17S3 (Lettre de Ségur). Ibid.
(4) Les petits tambours des Invalides n'ont été supprimés quen 1902.
-Sti