CHAPITRE X
A côté de l'Hôtel, fonctionnant régulièrement, centre de l'institution des Invalides, existe toute ime catégorie spéciale de militaires estropiés, dépendant de la maison de Paris, sous les ordres du gouverneur et qui constituent les compagnies détachées. Elles sont le complément de l'Hôtel, en forment comme une réduction en miniature, et on ne peut les passer sous silence.
Encore que les documents soient assez nombreux sur les compagnies, leur histoire ne mérite guère de longs développements ; elles se modifièrent assez peu et il est aisé de se figurer Fexistence de ces petits corps de troupe isolés sur les frontières, car c'est là qu'on les envoyait de préférence, dans les petites places, où les dernières forces des invalides pouvaient être utilisées dans un service peu actif et complètement sédentaire.
L'institution remonte fort haut, puisciu'elle est antérieure à la fondation de l'Hôtel. Après l'échec de la Commanderie de Saint- Louis, nous avons vu que les ordonnances des i5 février, i4 mars i644, 4 avril, 28 juin iG45, Savril 1(357, avaient envoyé les estropiés dans les places frontières, mais on ne les dirigeait ^•ers les forteresses qu-après comparution devant le lieutenant criminel; ces mesures étaient édictées dans un but de police et le coté nuhtau-e de la chose n'était cjue secondaire. Au reste, bien peu d années
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après, l'établissement des Invalides au Cherche-Midi et la construction de THôtel les faisaient rappeler des garnisons lointaines. Mais après quelque temps passé aux Invalides, beaucoup de soldats, encore alertes et peu soucietix d'une discipline sévère, demandèrent à reprendre du service actif. C/est alors cpie Louis XIV créa les ' compagnies détachées. La première quitta l'Hôtel le 13 août 1690 ('). Ces compagnies étaient, au début, comme en marge des armées : leur rôle n'était pas encore nettement fixé, ni leur rang visà-vis des autres troupes. Cette indécision prit fin par l'ordonnance du 26 novembre 1696 qui donnait rang dans Tinfanterie aux compagnies détachées de l'Hôtel ('l Dès lors, elles eurent leur existence propre, leur place officielle et leur rôle marqué. Elles continuèrent, du reste, à être étroitement unies à l'Hôtel et c'était celui-ci qui en faisait la relève. Les officiers ou soldats, trop vieux ou trop caducs pour continuer leur service aux compagnies, étaient renvoyés aux Invalides avec quelque argent pour leur route, payé par le capitaine et remboursé par le commissaire de l'Hôtel (i\
Les compagnies comptaient d'abord 60 hommes. Le commandement en était réservé aux officiers les plus méritants et les mieux notés. Il passait, à la mort du capitaine, au lieutenant de la compagnie que venait remplacer un officier en\-oyé de l'Hôtel. Les capitaines devaient, autant que possible, avoir déjà servi comme tels aux armées actives W. L'Hôtel les payait assez peu. par l'entremise des trésoriers de la province: les officiers touchaient 2 5 s. par jour. C'étaient pour la plupart de rudes compagnons que ces invalides détachés, perdus dans une forteresse de frontière. Ils étaient souvent d'une « ignorance à ne pas sa^•oir leur créance, ni leur prière ». On leur attachait alors quelque bon ecclésiastique pour les « inciter à vivre en bonne discipline et en bons chrétiens » (5). Car la discipline était souvent assez relâchée dans les compagnies, surtout
^ (i) Ordonnance du 19 février 1690. La compagnie ainsi formée s'en fat tenir garnison a Dieppe et au Havre.
(2) Recueil des Édits, etc., I, p. 113 et Briquet, Code militaire, I, p. 134.
(3) Décision du 30 juillet 1699. Reg. séances du conseil d'adm., 1.
(4) Règlement du 3 janvier 1710, art. 44 et 45. Recueil des Edits, etc., I, p. 171.
(5) Lettre du ministre à M. de Dreux. Versailles, 9 mars 1705. État de la compagnie d invalides détachée à Casai. Arcli. Hist., vol. iS64, pièce 65.
dans les premières que l'on détacha de rHôteK^); les hommes obéissaient peu. se refusant à exécuter les ordres ('), ou se plaignant ouvertement de la dureté du ser\dce(3). Les chefs donnaient parfois l'exemple de l'indiscipline : quelques-uns d'entre eux ne se soumettaient pas aux ordres venus de l'Hôtel, passaient outre aux prescriptions du ministre (^\ menant une vie débauchée (^), ou usant de passe-volants ^^'\
Au début, les garnisons de ces compagnies n'étaient pas fixes. On appelait les invalides de forteresse en forteresse, suivant les besoins du moment, où selon que la guerre se portait à telle ou telle frontière : ils venaient aussi relever les troupes actives dans la défense des places fortes et leur permettaient d'aller prendre la campagne ('\ C'était, dans ce cas-là. des garnisons les moins menacées qu'on retirait les compagnies ; lors des grandes guerres de Louis XIV, le nombre était petit des invalides en état de rendre de réels services et on a\ait parfois de la peine à recruter les effectifs nécessaires (^). On comptait à ce moment-là 77 compagnies déta-
(1) Lettre du ministre à M. de Marsonval accusant réception d'une lettre où celui-ci signalait l'état d'esprit déplorable de la compagnie d'invalides détachée à Besançon. Versailles, 5 avril 1703. Arch. Hist., vol. 1666, pièce 77.
(2) L'ordonnance du 21 mai 1717 porte encore des peines contre les hommes des compagnies détachées qui adresseraient des plaintes directement au Régent ou qui iraient jusqu'à se mutiner. Recueil des Edits, etc., I, p. 246.
(3) Lettre du ministre à M. de La Motte concernant les réclamations des invalides casernes à la citadelle de Lille. Marly, 6 décembre 1703. Arch. Hist., vol. i658, pièce 1-I8.
(4) Lettre de Bovveau, directeur de l'Hôtel, se plaignant du capitaine de la compagnie détachée à Valenciennes. Paris, i4 mars 1705. Ibid., vol. 1S96, pièce i4S.
(5) Lettre de Boyveau, signalant la conduite du sieur Crèvecœur, lieutenant d'une compagnie d'invalides détachée à Tournay, débauché, querelleur et même faussaire. Paris, 18 juin 1709. Ihid., vol. 2134, pièce 4o8.
(6) Lettre de Bignon de Blazv, intendant de la généralité de Paris, et signalant le mauvais état d'esprit qui règne au corps de garde de Verberie. Paris, 16 février 1712. Tbid., vol. 24i8, pièce 2.
(n) Lettre de M. de Monteault demandant l'envoi de deux compagnies à La Hougue, Tathiet et L'Islette, pour la garde des forts et la relève des troupes régulières. Caen, 30 mars 1703. Ibid., vol. 1896, pièce 291. - Lettre du ministre à Boyveau prescrivant kl formation de trois compagnies. Versailles, 6 avril 1705. Ibid., pièce 377. - Lettre de M de Sainte-Marie, demandant deux compagnies pour Saint-Malo et signalant la présence d'une foule de jeunes gens, voire de petits garçons occupés a aider les invalides impotents. Saint-Malo, 18 mars lyoS. Ibid., vol. 1896, pièce 187.
(8) Lettre de Charpentier d'Audron, commissaire de l'Hôtel, pour renvoyer aux Invalides le détachement gardant le camp de Marly. Paris, 27 avril 1709. Ibid., vol. 2i8d, pièce 29. - Lettre de Bovveau disant que l'Hôtel qui regorge, ne contient pas 30 hommes susceptibles d'être envoyés aux compagnies, alors qu'on en demande plus de 200. lans, 16 août 1710. Ibid., vol. 2272, pièce 305.
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chées, dont 25 à effectif renforcé ; l'Hôtel était censé fournir à ces compagnies tout ce dont elles avaient besoin. Mais on s'aperçut vite de la complication et des embarras causés par l'envoi, aux quatre coins du royaume, de la garniture de linge et des deux paires de souliers c]ue l'on fournissait chaque année aux invalides détachés. Ces envois en nature furent remplacés par la remise de 9 liv. par an à chaque soldat et 10 liv. à chaque officier, payables tous les six mois. Sur cette somme devaient être payés aussi tous les appareils, jambes de bois, béquilles, etc. qui pourraient être nécessaires ('\ En même temps et pour la régularité des opérations, on décidait que des états nominatifs seraient dressés soigneusement par les capitaines, pour être remis au plus ancien d'entre eux; celui-ci s'entendrait avec le commissaire de l'Hôtel pour l'envoi des vêtements (^).
Peu après, l'effectif des compagnies fut porté à 70 hommes, leur solde fixée comme il suit : 5o s. par jour au capitaine. 20 à chaque lieutenant, 10 à chacun des trois sergents, 7 à chacun des trois caporaiLX, 6 à chacun des trois anspessades et 5 à chaque fusilier ou tambour (3). Mais la solde n'était pas encore, pour cela, établie d'une façon définitive ; elle variait suivant les compagnies. Quelques-unes furent maintenues à la solde ancienne. Celle des fusiliers du Roi, celle qui gardait le château de Chambord reçurent un traitement beaucoup plus élevé (^).
Le défaut de ces compagnies était leur isolement : souvent laissés sans contrôle dans une place perdue, les capitaines se croyaient les
(1) Lettre du Conseil de la Guerre aux commandants des compagnies détachées. 31 mars 1717. Recueil des Édits, etc., I, p. 245.
(2) Règlement du 11 mai 1717. Ibid., I, p. 246.
(3) Ordonnance du 30 mai 1721. IbU., I, p. 263. La solde primitive ne différait pas de celle fixée par cette ordonnance. Le traitement des officiers était le même ; mais chaque sergent avait 12 s., chaque caporal, chaque anspessade 7 s. et chaque fusilier 5 s. Cf. Provence. Extraordinaire des guerres, janvier 1718. Solde à remettre à la compagnie de Maufoulon. Arch. Hist., vol. 2547 Us. Tout le volume est consacre aux compagnies détachées de Provence.
(4) Décision du 10 décembre 1727. Recueil des Édits, etc., I, p. 29().
Fusiliers du Roi : capitaine, 3 liv. par jour ; lieutenant, 4o s. ; capitaine d'armes, S5 s.; sergents, 20 s.; caporaux, i5 s.; anspessades et tambours. 12 s.; 90 fusiliers recevaient 10 s. par jour.
Compagnie de Chambord : capitaine commandant et capitaine en second, 3 liv. ; lieutenant et fourrier, 33 s. 4 d ; sergent, 25 s. ; caporaux, 20 s. ; anspessades, 18s.; fusiliers et tambours, i5 s.
maîtres absolus et commandaient à leur guise : il en résultait un manque complet d'unité dans le commandement et Torganisation de toutes ces compagnies dispersées. Aussi. « pour faire cesser les plaintes (lui arrivaient journellement de la part des commandants des places et autres officiers qui. par Tautorité de leurs charges ou emplois, doivent connaître les détails desdites compagnies..., et pour (pie le service se fasse d'une manière uniforme dan. les troupes )). la grande ordonnance du 7 octobre 1724 ") fut édictée. Les compagnies y étaient mises sous les ordres immédiats du gouverneur commandant de place et c'est à lui que les capitaines durent faire leiu" rapport; le nombre des congés fut restreint: ceux qu'on accorderait à Tavenir ne devaient jamais dépasser trois mois: le capitaine devait adresser chaque mois au secrétaire d Etat de la Guerre im contrôle exact de sa compagnie. Les hommes que leurs infirmités ou leur vieillesse obligeaient de rentrer à l'Hôtel V étaient dorénavant admis avec les grades (pi-Us a^-aient pu gagner ;n province, mais ne pouvaient se rendre à Paris que sur des « routes ), délivrées par le ministre. Les punitions encourues par des officiers détachés ne se purgaient pas à THotel. mais dans une autre compagnie. Les détachements d'invalides ne devaient jamais rester plus de trois ans dans la même garnison : on évitait ainsi les inconvénients d'un trop long séjour et on permettait aux compagnies de jouir à tour de rôle des garnisons privilégiées. Enfin 1 Hôtel continuait de fournir, chaque année, aux invalides leurs vêtements et une petite somme pour s'entretenir de linge et de chaussures.
Une innovation importante eut lieu en i744 : la création des compagnies de bas officiers pour la garde des châteaux et maisons royales, même au centre du pays. L'ordonnance du 17 mai i744( joignait aux trois compagnies en garnison à Saint-Malo. la compagnie de Mercière, détachée à Lorient. et remplaçait celle-ci par un détachement de bas officiers choisis parmi les sergents, maréchaux des logis et gendarmes retirés à l'Hôtel. Le commandement en fut conféré au même sieur Mercière. Peu de temps après, une autre compagnie de bas officiers, créée au château de Saumur. et une
(1) Recueil des Edits, etc., I. p. 26S.
(2) Ilnd., L p. 3^0.
troisième, détachée au château crAngers, étaient portées à un effectif de loo hommes ('). Leur service était nettement déterminé : une partie de la compagnie garderait le château, pendant que l'autre occuperait la ville et assurerait le service d'ordre.
Quelque temps après, c'est en plein Paris que l'on place des . compagnies de bas officiers. La capitale avait possédé un instant une compagnie de fusiliers invalides, au moment du Système de Law, pour garder la banque (^). Cette troupe, qui portait le nom de Fusiliers du Roi. devenue sans utilité lors de l'effondrement du système, prit garnison à l'Hôtel des Invalides. Les nouvelles compagnies de bas officiers furent placées aux Tuileries, au Louvre et à la Bastille. Cette dernière, qui comptait 6 S hommes, non compris les officiers et bas officiers instructeurs, recevait une très forte solde (3). Pendant que les compagnies de bas officiers étaient organisées, celles des fusiliers étaient augmentées aux frontières (^). Un moment, on crut pouvoir, par mesure d'économie et de simplification, diminuer le nombre des officiers en supprimant un lieutenant sur cinq dans chaque compagnie et en portant la solde des quatre lieutenants restants à 37 liv. 10 s. au lieu de 30 liv. ('=). Mais on s'aperçut du danger qu'il pouvait y avoir de restreindre les cadres, et^ le cinquième lieutenant fut bientôt rétabli avec sa solde primitive (6). Cet officier pouvait, du reste, souvent faire fonction de capitaine en second. Dans ce cas, outre sa solde de lieutenant, il
(.) Re^cueil des Édits etc., I, p. 365. Ordonnance du 31 juillet 1746. Une compagnie danvahdes, commandée par deux Heutenants, avait déjà été envoyée, en 1740 àVem, p.' 17. ^ '"'''^'^'' P'"'"" '■^'^^'^'^^ ''' '^ ^■-'"•- Lt-™i Mémoires,
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(5) Ordonnance du 26 mai 1747. Recueil des Édits, etc., I. p. 371.
(6) Ordonnance du 6 mai 1749. Ibid., p. 392.
LES COMPAGNIES DÉTACHÉES 23g
touchait 12 liv. par mois de haute paie, en attendant que la place de capitaine-commandant vint à vaquer '^\
Presque au même moment, les compagnies des bas officiers étaient portées à i4o hommes ^'\ sans compter les surnuméraires et les officiers à la suite (ju'on y ajoutait. Une nouvelle compagnie fut créée peu après pour garder le donjon de Vincennes. Elle était placée sous les ordres directs du gouverneur du château et touchait la même solde (lue la compagnie casernée à la Bastille '3). Un détachement était aussi envoyé à l'École militaire, alors en voie de construction, pour surveiller les travaux. Le bâtiment une fois terminé, une compagnie de bas officiers y fut installée W. On en plaça une autre à l'Arsenal en 1757 (^) ; et pour ne pas excéder le nombre réglementaire des détachements, la compagnie dite de Dupuy, aux iles Sainte-Marguerite, fut supprimée (^'\
Une nouvelle mesure fut prise le 30 octobre i'j55('\ touchant les garnisons où se trouvaient réunies plusieurs compagnies d'invalides. Un officier supérieur, lieutenant-colonel ou commandant de bataillon, était envoyé de l'Hôtel pour prendre le commandement dans ces places ; sa solde était de 90 liv. par an. Il devait veiller à ce que tout se passât en bon ordre, à ce qu'on n'établit pas de passedroits, et à ce que les vieux soldats inscrits pour les compagnies y fussent admis à l'ancienneté et non par voie de tirage au sort (^). En même temps le Roi créait quatre compagnies de canonniers invalides pour le service de l'artillerie dans les places fortes et sur les côtes (9); ces troupes de canonniers, c|ui ne comptaient d'abord que 60 hommes par compagnie, virent leur effectif porté à 100 hommes ('°).
(1) Ordonnance du ler septembre lySi. Recueil des Èdits, etc.. II, p. i.
(2) Ordonnance du iS mai ly-ig. Ibib., I, p. 393.
(3) Ordonnance du 5 décembre 1754. Ihid.^ II, p. 13-
(4) Lettres de d'Argensou à M. de la Courneuve, gouverneur de PHÔtel. Compiègne, 27 juillet 1751 et Versailles, 27 février 1753. Arch. de l'Hôtel, carton 413.
(5) Ordonnance du 30 mars 1757. Recueil des Edits, etc., II. p. 27.
(6) Ordonnance du 1er avril 1757. Ibid., p. 29.
(7) Décision du 30 octobre 1755. Ibid., p. ig.
(8) Ordonnance du 17 juin 175G. Ibid., p. 21.
(9) Ordonnance du 1" mars 1756. Le service de ces compagnies d'artilleurs fut réglé par l'ordonnance du i5 décembre 1758. Arch. Nat., AD+, 933.
(10) Ordonnance du i5 décembre 1758. Recueil des Édits, etc., II, p. 4i.
24o l'hôtel royal des invalides
Jusque-là, le nombre des compagnies avait été de i5i('), dont 130 dans les places de guerre, 5 de bas officiers employées à la garde des Tuileries, de Vincennes, de la Bastille, de l'Arsenal et de l'École militaire, 4 compagnies de bas officiers et 1 détachement de service à Versailles, pour garder les archives du secrétaire d'Etat de la Guerre : 1 1 compagnies de bas officiers étaient dispersées dans les provinces, dont 3 à Lunéville, données comme garde d'honneur au roi de Pologne (*\ L'ensemble de ces compagnies représentait un effectif de 12.000 hommes environ, officiers compris. — L'ordonnance du 26 février 1764(3) changeait ces dispositions. Les cinq compagnies affectées à la garde des maisons royales étaient conservées dans les mêmes conditions. Par contre, sur les onze détacTiements de bas officiers, on n'en gardait que six, comptant chacun 1 capitaine, 2 lieutenants, 4 sergents, 4 caporaux, 4 appointés, 69 bas officiers et 2 tambours (^). L'Hôtel leur fournissait leur décompte tous les ans . et leur habillement tous les trois ans. Enfin l'ordonnance laissait le droit à tous, officiers et soldats, de continuer le service dans les compagnies ou de se retirer chez eux pour y jouir d'une pension payée par l'Extraordinaire des guerres.
Quant aux 130 compagnies de fusiliers, elles étaient réduites à 65; chaque compagnie composée de 52 hommes, commandée par 1 capitaine , 2 lieutenants , 3 sergents , 3 appointés ;
(1) Cf. Bibl. Arsenal, mss. 4864, 4865, 4867 (État des compagnies détachées ; création de i5o compagnies détachées de l'Hôtel royal des Invalides). C'est un tableau portant, par année, le nombre des compagnies créées (1693-1753) et ms. 4868 (Livret des compagnies d'invalides détachées de l'Hôtel, 1753).
(2) Ces trois compagnies formaient un bataillon indépendant, commandé par un colonel et un aide-major. Le colonel était nommé par le roi de France. C'était, en 1740, M. de Moncau. Cf. Barbier, Journal, III, p. 85 et Beauvau, Mémoires, p. i5. Le roi Stanislas reconnaissait, du reste, de son côté, les sersàces des vieux soldats. Il avait fondé à Plombières un hôpital pour a4 vétérans et soldats malades (Luynes, Mémoires, VI, p. 101). Ces compagnies furent remplacées en 1740 par des « gardes de Lorraine ». Cf. Général V., L'Infanterie lorraine sous Louis XV. Carnet de la Sabretaclie, I (1893), p. 272.
(3) Recueil des Édits, etc., III, p. 88.
(4) Leur solde était la suivante : le capitaine touchait 5o s. par jour, les lieutenants 20 s., les sergents 12 s., les caporaux 9 s., les appointés S s., les bas officiers et les tambours 7 s.; cette solde leur était remise par les trésoriers de l'Extraordinaire des guerres, sur des certificats de vie dûment légalisés.
2 tambours complétaient l'effectif ('^ Un officier supérieur, chargé expressément de cet emploi, devait faire une revue exacte des compagnies, et « doubler les détachements » en en réunissant deux dans la même garnison, (juand l'intérêt du service l'exigeait ^'\ Le commandement de la nouvelle compagnie ainsi formée par ce groupement serait confié au plus ancien capitaine.
C:ette ordonnance fut complétée par celle du 30 novembre de la même année ^3\ Les dispositions arrêtées dans l'ordonnance précédente étaient confirmées. En outre, un certain nombre de soldats ou d'officiers surnuméraires étaient autorisés à prendre du service à la suite des compagnies. Certains avantages leur seraient fournis : ils seraient logés dans la garnison, jouiraient de l'étape en route, quand ils marcheraient avec les compagnies et recevraient aussi le décompte remis par THôtel. Les commissaires des guerres étaient chargés de tous les soins administratifs touchant ces compagnies : ils devaient faire, avec le plus grand soin, une revue mensuelle des détachements, envoyée au gouverneur de l'Hôtel et permettant d'étabhr un contrôle exact. Enfin, les invalides trop vieux ou trop infirmes, hors d'état de pouvoir continuer leur service, avaient le choix de retourner à l'Hôtel ou de prendre leur retraite en province.
En même temps, le Roi, comme l'ordonnance du 26 février le faisait prévoir, nommait un inspecteur général des compagnies détachées. Ce poste fut confié à M. de Sahuguet, baron d'Espagnac, alors maréchal de camp, par lettres patentes du 7 novembre i764(^\ Il était chargé de tout ce qui concernait les invalides détachés, groupés en compagnies ou jouissant en province de la pen-
(0 La solde était répartie de la façon suivante : capitaine 5o s. par jour, lieutenant 20 s., sergents lo s., caporaux 7 s., appointés 6 s., tambours et fusiliers 5 s Ceux qui le voulaient pouvaient se retirer chez eux, sur le pied de 4 s. par jour a chaque bas officier, et 3 s. à chaque soldat.
(2) Cf. Pièces annexes.
(3) Recueil des Édits, etc.. II. p. uti.
(4) Lettres patentes du 7 novembre 1764. Fontainebleau. Ibid., p. ii4 et frch.Xnt, \Dv. i4. Cf. RabiÈres (A.), Les généraux de Sahuguet d' Amarzit {Bulletin de la Socutc historique de la Corrèze, XXII, 1900, p. Oi) et surtout capitaine Juster, Les Compagnus détachées d'invalides en Dauphiné et leur inspection en 1764 par le maréchal de camp d Espagnac (Extrait du Bulletin de VAcadémic delphinale. 1907), (;renoble, 190b.
HOTEL DKS INVAI.niF.S
242 l'hôtel royal des invalides
sion accordée par l'Extraordinaire des guerres. C'était par les mains de cet inspecteur général que devait passer toute la correspondance échangée entre le ministre, l'Hôtel des Invalides et les compagnies: les ordres étaient transmis par son entremise. Il devait se rendre compte de tout par lui-même, noter a\ec soin les hommes suscep- ■ tibles d'être renvoyés à l'Hôtel, veiller à leur remplacement, faire de fréciuentes tournées d'inspection et adresser des rapports au secrétaire d'État de la Guerre. Quelque utile que fut cet inspecteur qui dispensait les fonctionnaires de l'Hôtel d'une foule de détails minutieux touchant des invalides détachés souNent à l'autre bout du royaume, ses fonctions furent bientôt suspendues et le baron d'Espagnac ne fut pas remplacé*^'.
De nouvelles modifications de détail se produisirent par la suite dans l'organisation des compagnies : quatre nouveaux détachements d'artilleurs invalides furent créés par l'ordonnance du 21 mai 1776 (-), et formèrent ainsi, avec les compagnies déjà existantes, un corps assez important d'artillerie: les compagnies furent affectées aux garnisons suivantes : Rayonne, Bordeaux, Le HaM-e, Caen, Saint-Malo, Boulogne, les lies d'Hyères et l'arsenal de Marseille (3) ; les invalides composant ces compagnies devaient avoir, dans la mesure du possible, servi dans le corps royal d'artillerie.
La même ordonnance du 21 mai 1766 diminuait l'effectif des compagnies de bas officiers. Ces six détachements ne comptaient plus que 43 honmies, au lieu de 69 et 3 bas officiers instructeurs seulement au lieu de 4 poiu' chacpie grade.
A tous ces changements, à ces augmentations d'effectif, l'Hôtel restait plus ou moins étranger. Si c'est lui qui envoyait les invalides
(1) Le baron d'Espagnac occupa le poste d'inspecteur général des compagnies détachées jusqu'au 21 mai 1766, date à laquelle il fut appelé à l"Hôtel, comme lieutenant de Roi, avec survivance au gouvernement. Son poste d'inspecteur se trouva \-acant.
(s) Recueil des Édits, etc., II, p. 13s et Arch. Nat., ADvi. i4.
(3) La compagnie de canonniers détachée à Marseille prenait, en cas de guerre, le service à Cette. Cf. Commandant Picard et lieutenant JouAu, L'Artillerie au XVÏlI^ siècle, 1906, p. 22, 27. Les huit compagnies furent ainsi constituées : 1 capitaine en premier, 1 capitaine en second, i lieutenant, 1 sergent, 3 caporaux, 3 appointés, i5 canonniers de la première classe, i5 de la seconde, 23 de la troisième et 1 tambour. Leur solde était répartie comme suit : capitaine commandant 4 liv., capitaine en second 2 liv. 10 s., lieutenant 1 liv. 3 s. 4 d., sergent 12 s. 6 d., caporal 9 s. 6 d., appointé S s. 6' d., canonnier de la première classe et tambour 7 s. 6 d., cauonnier de la seconde classe 7 s., canonnier de la troisième classe 6 s. G d.
aux compagnies, il n'avait plus à se préoccuper de leur entretien matériel. En effet, le mouvement que nous avons noté à propos des pensions et par leciuel la grande maison de Paris, obérée et incapable de faire lace aux dépenses, était déchargée des frais d'habillement et du décompte, ce mouvement se manifeste aussi en ce qui concerne les compagnies détachées. Jusque-là, THôtel avait remis à chaque invalide partant pour les compagnies une double garniture de linge neuf et une paire de souliers renouvelables tous les ans : les hommes étaient autorisés, lors du renouvellement, à conserver leurs anciennes garnitures('\ Ils recevaient, en outre, un uniforme tous les trois ans. Le prix du linge et de la chaussure était retenu sur le décompte de chaque soldat. C'était pour l'Hôtel une charge considérable (*h aussi, à partir de 17G4. l'Extraordinaire des «Tuerres se chargea-t-il de toute la dépense et de Tentretien des invalides pensionnés en province. En même temps, le ministre prescrivait des économies au chapitre des compagnies détachées. Il ordonnait de ne plus donner aux invalides, lors de leiu- départ, une double garniture de linge, payée par une retenue sur leur décompte, mais une seule garniture gratuite. On s'était en effet aperçu que les hommes vendaient leur linge à vil prix, avant d'être arrivés à letir garnison. A l'avenir, ils devaient recevoir gratuitement, au moment de leur départ, une paire de souliers : à Tarrivée au corps, les capitaines devaient leur avancer de quoi se procurer deux chemises qui leur seraient ensuite remboursées par l'Extraordinaire des guerres (3). Peu à peu. on en arriva à remplacer l'envoi semestriel de linge et de chaussures par THôtel. par une somme fixe payée chaciue année (^\ L'Hôtel continuait de fournir sur ses fonds, à chaque invalide partant, une chemise neuve et une paire de souUers. En 1787, une seconde chemise fut accordée
(1) Décision du lo octobre i7i5. Reg. séances^du conseil d'adm., I.
(2) En 1754, ce décompte s'était élevé à 55.779 li^. 4 s. -1 d. pour les six premiers mois, 55.280 liv. 2 s. 9 d. pour les six derniers; en 1756, il était monté à 113.113 hv. 4 s. Arch. de l'Hôtel, cartons 187 et 2S9.
(3) Lettre du ministre, 29 janvier 17G6. Reg. séances du conseil d'adm., III.
(4) Ordre de Saint-Germain de payer 30 liv. par an à chaque officier «t i'^ li^/ ^ chaque bas officier ou soldat, déduction faite de leurs dettes. 7 juin 1777. Arch. de l Hôtel, carton 27. Cette indemnité fut porté à 35 liv. pour les officiers en 1783 (Lettre du ministre, 10 décembre 1783. Reg. séances du conseil d'adm., I\0 et ramenée ensuite a 30 liv. (Lettre du ministre, 8 octobre 1785, Ibid.).
■244 l'hôtel royal des invalides
à ceux des invalides (]ui avaient au moins six jours de marche à faire pour rejoindre leur garnison (').
L'Extraordinaire des guerres fut également chargé, par l'ordonnance du i^"" décembre 176G, de payer les gratifications accordées aux compagnies détachées.
Quant à la solde, elle fut plus nettement déterminée et uniformisée par l'ordonnance du i5 décembre de la même année (^\ Dans les appointements ainsi fixés était comprise la somme affectée à l'achat du linge et de la chaussure.
De nouveaux changements furent apportés trois ans après, dans la répartition des compagnies. On créa deux détachements de 66 hommes et 2 tambours, sans compter les officiers et bas officiers, compagnies d'élite, jouissant d'une solde supérieure à celle des autres et recrutées parmi les invalides les mieux notés. Elles étaient établies à Saint-Denis, et, tous les quinze jours, 1 sergent, 2 caporaux, 2 appointés, ^^ fusiliers et 1 tambour devaient aller prendre la garde à l'Ecole militaire. Outre leur solde, ces deux compagnies recevaient d'importantes gratifications fourmes par l'Ecole. Leur existence fut, au reste, de courte durée. L'ordonnance du 1^"^ octobre 1770 (3) les supprima pour les remplacer par un détachement de 69 bas officiers. La compagnie déjà existante à l'Hôtel était portée à un effectif de 100 hommes. Ce petit corps de troupe était placé sous les ordres directs du gouverneur de l'École et logé aux frais de cette maison royale.
Les compagnies de bas officiers, d'abord réduites h. 60 hommes '^\ le furent bientôt après à 5o (^). Une septième compagnie était formée des hommes dépassant cet excédent. L'une d'entre elles fut affectée à la garde du Louvre ^'^'>, une autre à celle du château de Saint-Germain (").
La grande réforme de 1776 ne pouvait mancjuer de s'étendre
(1) Décision du 19 mai 17S4. Reg. séances du conseil d'adin., IV.
(2) Recueil des Édits, etc., II, p. 1S2.
(3) Ibid., p. 229.
(4) Ordonnance du icr mai 1769. Ibid., p. 226.
(5) Ordonnance du i<"" octobre 1770. Arch. Nat., AD+, 991.
(6) Ordonnance du 11 décembre 1774. Ibid.
(7) Ordonnance du 22 juillet 1775. Arch. de l'Hôtel, carton 2S9.
aux compagnies détachées, comme à tous les services de THotel. Une ordonnance particulière, indépendante de l'ordonnance générale, mais datée du même jour ('\ traitait de la (luestion. Les compagnies n'y étaient point trop malmenées et les invalides détachés étaient bien mieux traités que leurs compagnons de THôtel: c'était logique, car le comte de Saint-Germain avait le désir de supprimer peu à peu la maison de Paris, ou. tout au moins, de diminuer son rôle, de la réduire à n'être plus qu'un hôpital militaire quelconque. Il cherchait à favoriser la retraite des invalides dans leurs provinces, ou leur envoi aux compagnies détachées, pour arriver peu à peu à réaliser son projet, riui était d'établir, dans presque toutes les provinces du royaume, une maison de secours pour les soldats estropiés. Aussi le nombre des compagnies détachées ne fut-il pas réduit en 1776. On en comptait alors quatrevingt-cinq dispersées dans toutes les parties du pays, y compris les neuf compagnies de service à Paris et le détachement de VersaillesCO. L'effectif était un peu diminué puisqu'elles ne comptaient plus que 2 sergents, 2 caporaux. 2 appointés, 43 fusiliers et 1 tambour. En revanche, un troisième lieutenant était aflécté au commandement avec deux autres officiers du même grade, sous les ordres d^un capitaine. La solde était, en même temps, un peu élevée (^). Le développement des compagnies détachées s'arrête à peu près à cette épociue: leur eff-ectif, leur solde, leur garnison sont définitivement fixés : les modifications qu'on pourra, par la suite, apporter à leur régime sont toutes de détail : octroi de (luehiues privilèges, diminution de certains autres <3): c'est tout ce (lue nous indiquera
(1) Ordonnance du 17 juin 1776. Arch. de rHoU-l, carton 2S,,.
(.) Les compagnies se repartissaient aussi par province : P.cardie 7 --P'^S— ' Artois 5; Haina^.lt 1 ; Soissonnais i ; Pays messin 4; Alsace 3 ; [ran^l'e-^'O^t. 3 , Bourgogne 5 ; Dauphiné 6 ; Provence tg ; Languedoc 0 ; Roussdlon S ; A..ch Bm
deaul 4: Limousin 1 ; Aunis . ; Touraine, . ; Poitou 1 ; Bretagne ^\^^^ ^^^^ 1 • Paris q : Cf. Arch. dépôt de La Guerre. Mémoires techniques, carton l.ç.. Il existait ut otitre une compagnie d'invalides des troupes coloniales tenant garnison a 1 Ile de I rance . elle fut transféive en 1772 à Pondichéry.
(3) Le capitaine recevait par an i.ooS liv. ; le lieutenant 4„(i Hv. to s. : le sergent, 101 iiv.: le caporal. i47 Uv- ; Tappointé, 129 Hv. ; le fusilier et le tambour, 1 1 1 In .
(4^ Décision portant qu'il ne sera plus délivré aux compagnies .létachées a Pans ou aux environs ,'run miùot de sel par an, .y septembre ,77'i. R^'8- -""- ''" '~'
'' Ordre^dù ministre de paver 5o l,v. par an aux officiers des compagnies de Paris pour leur tenir lieu des droits cVentrée sur le vin, 4, 17 et 24 avril 17S4. //'/-/.
246 l'hôtel royal des invalides
la correspondance entre le ministre et les compagnies, avec des renseignements épars sur de légères modifications apportées aux effectifs (0, aux garnisons (^) ou à l'administration de ces compagnies (3).
Si on ne déplace plus les détachements d'invalides, s'il n'intervient plus d'ordonnance changeant continuellement leur régime, ce n'est certes pas c^u'on s'en désintéresse. Le baron d'Espagnac, lors de sa nomination k THôtel, avait laissé vacante la place d'inspecteur général des compagnies détachées. Il ne lui fut pas nommé de successeur, mais un mandat temporaire fut confié à M. de Guibert, fils du gouverneur de l'Hôtel des Invalides, maréchal de camp commandant le régiment de Neustrie. Une première mission lui fut donnée en 1784 (^). Il partit en tournée d'inspection pour visiter les compagnies détachées en Lorraine, dans les Évéchés, en Alsace, en Franche-Comté, en Bourgogne et dans le pays de Gex. L'année suivante, M. de Guibert repartit pour inspecter les détachements de Provence, du Languedoc, du Roussillon et de Guyenne (^),
De ces tournées d'inspection faites avec le plus grand soin, il rapporta des rapports en grand nombre. Les uns furent remis au Conseil de la Guerre, d'autres restèrent dans ses papiers à l'état de brouillon (^'\ Ces mémoires, fort détaillés, nous donnent une belle idée de la conscience avec lacpielle Guibert exerça son emploi
(1) Ordre du ministre pour faire augmenter de dix-huit hommes deux compagnies de bastSfficiers, 23 septembre 178^. Reg. séances du consul d'adm., IV.
(2) Ordre du Roi pour faire passer la compagnie de l'Arsenal au service de Fontainebleau, 30 janvier 17S9. Arch. de l'Hôtel, carton 383.
(3) Décision portant qu'on recevra dans les compagnies détachées les sergents et les soldats qui, après vingt ans de service, se seront retirés avec des congés absolus, 17 avril 1796. Reg. séances du conseil d'adm., IV.
(4) Lettre du ministre, 25 juin 1784. Ibid. M. de Guibert à reçu 8.000 liv. d'indemnité pour cette première tournée d'inspection.
(5) Lettre du ministre du 7 mai 1785. Ihid. — Ce nouveau déplacement valut à M. de Guibert 12.000 liv. d'indemnité.
(6) Cf. notamment : Mémoires sur les compagnies détachées d'invalides et sur les soldats pensionnés de toute espèce (1784). Arch. dépôt de la Guerre, papiers Guibert, I. Mémoires présentés au Conseil de la Guerre sur les corps divers qu'on peut regarder comme accessoires de l'armée, 28 octobre 1787. Arch. dépôt de la Guerre, papiers Guibert, I. — No 12. « Travail préparé entre M. de Guibert [le père], le marquis de Lambesc, M. de Sombreuil et moi, relativement aux compagnies détachées d'invalides. » 1784. — No 4o. Mémoire sur les forts et châteaux du royaume qui servent... de garnisons aux compagnies détachées d'invalides ; remis entre les mains du maréchal de Ségur, décembre 17 84.
LES COMPAGNIES DÉTACHÉES séy
d'inspecteur. Il n'est pas de détail auquel il ne s'arrête, de réforme, si infime soit-elle, dont il ne jette les premières bases. En fait, ses idées de réformes n'ont pu être appliquées, mais ses rapports n'en sont pas moins précieux pour nous. Ils nous donnent, en effet, un aperçu exact de ce qu'étaient les compagnies détachées à la fin de l'ancien régime, des abus qui avaient pu, comme partout, se glisser dans leur administration, des projets de réorganisation (ju'on avait
en vue.
Le comte de Guibert était revenu fort pessimiste de son inspection. Il avait pu constater de près des abus de toutes sortes dans l'admission à ces compagnies, dans leur administration, abus que ne compensaient pas assez les services rendus; il s'était rendu compte de l'insuffisance de la solde, du mauvais état des casernements, de la difficulté cpi'il y avait à maintenir une étroite discipline dans ces détachements isolés. Un coup crœil général jeté sur ces compagnies, d'après des documents officiels, résumera brièvement toutes ces impressions.
On se figure aisément cpieUe pouvait être la vie de ces in^-alides détachés. Souvent vieux et malades, relégués dans un fort perdu, parfois en pleine montagne, éloignés de tout, ils menaient une existence misérable, réduits à une solde dérisoire, sans avonmême la joie de se sentir utiles. Certaines garnisons d'invalides étaient, en effet, sans valeur stratégique, faisaient double emploi avec les garnisons voisines et ne devaient qu^à la routine de l'administration de n'être pas encore déclassées ^'\
Nous avons eu, chemin faisant, l'occasion de constater l'iiisuffisance de la solde attribuée à ces invalides. Seuls les capitaines pouvaient se dire satisfaits. Ceux qui commandaient des compacxnies de bas officiers recevaient 1.027 liv. 10 s. par an: ceux des détachements de fusiliers touchaient 1.008 liv. C'était im traitement suffisant : mais les capitaines avaient, sur cette solde, certaines charges à acciuitter : des retenues étaient faites sur le traitement. Les capitaines de fusiliers avaient par an iM. liv. au moins de laux frais et de retenues: ceux de bas officiers voyaient aussi leur solde diminuée par la retenue de 4 d. pour livre qu'ils payaient pour
(,) Mémoire sur les forts et châteaux affectés aux compagnies dln^alides. Cf. supra.
248 l'hôtel royal des invalides
leurs soldats : ceux-ci ayant une paie plus forte, la retenue en était d'autant plus onéreuse pour le capitaine. Celui-ci avait, en outre, à sa charge, le sou de haute paie ({ue. par une tradition qui s'est prolongée jusqu'à nos régiments modernes, on donnait tous les jours au tambour.
Les lieutenants n'avaient ciue ^5 liv. par an jusqu'en 1783, date cà laquelle une ordonnance du maréchal de Ségur porta leur solde à 45 liv., ce qui était encore bien peu de chose. Bien meilleure était la situation des bas officiers. Dans les compagnies de fusiliers, les sergents recevaient 11 s. 2 d. par jour, sur lesquels on leur retenait 8 d. pour le décompte du linge et de la chaussure. Les caporaux touchaient 9 s. par jour, toute retenue exercée. Dans les compagnies de bas officiers, les sergents instructeurs recevaient 12 s. par jour et on leur retenait 6 d. Cette solde était bien suffisante en province où l'existence n'est point coûteuse. Aussi les rapports de M. de Guibert estiment-ils que les bas officiers n'ont pas de sujet de se plaindre. Quant aux soldats, c'était presque la misère. Les bas officiers groupés en compagnie pouvaient, à la rigueur, se contenter de leur solde journalière de 7 s., sur lac[uelle G d. leur étaient retenus ; mais que dire des fusiliers réduits à une maigre solde de 6 s. 2 d. par jour, qu'une retenue de S d. pour le décompte rendait tout à fait dérisoire ?
Une existence, même modeste, leur était rendue presc^ue impossible. Leur situation était plus misérable que celle des soldats des régiments qui recevaient 5 s. 4 d. sans retenue. En outre, les conditions leur étaient plus défavorables, leur solde, si maigre qu elle fût. leur était souvent payée irrégulièrement, avec des retards considérables, ou même pas payée du tout, quand l'Hôtel était dans une situation financière embarrassée*^'). Les plaintes des capitaines se succédaient alors ('K exposant les difficultés qu'avaient
(1) Pendant la grande misère de 1709, par exemple.
(2) Lettre du sieur Hermadel, lieutenant à la compagnie de La Hougue. réclamant le paiement de la solde qui n'a pas été effectué depuis plusieurs mois. 17 juillet 1705. Arch. Hist., vol. 1898, pièce 159. — Lettres du capitaine de la compagnie détachée au château de Guise et placet des invalides criant misère : ils n'ont pas encore reçu un sou depuis le siège de Tournai, et n'ont comme nourriture qu'une méchante ration d'orge. Leur état sanitaire est déplorable ; « Nous avons toutes les infirmités que le Bou Dieu nous veut donner, quand nous tombons malades. » Ils demandent à entrer à l'hôpital. 27 octobre, 28 novembre 1709. Ibid., yoI. 24h, pièces 211-212. — Les officiers invalides
LES COMPAGNIES DÉTACHÉES séQ
à vivre ces malheureux iuvalides. Beaucoup d'entre eux étaient mariés, chargés d'enfants. D'autres, en grand nombre, vietix. infirmes, estropiés, ne pouvaient aider à leur subsistance par leur travail : aussi bien, à quels travaux eussent-ils pu s'occuper dans des châteaux isolés où la garnison formait la majeure partie de la population ? Tout dans leur situation était, du reste, à l'avenant : matériel et casernement étaient souvent dans le plus fâcheux état, et l'hygiène s'en ressentait: jusqu'en i-jbG. ces invalides, constamment malades, couchaient à trois ou quatre dans le même lit. Ils ne fm-ent plus que deux, à partir de cette date ('\ En outre, ces lits étaient de fort mauvaise (jualité. rebut des garnisons importantes : ils étaient garnis d'une seule couverture, et cela, pour des hommes âgés et infirmes, dans des forteresses de montagne. Le bois manqtiait souvent pour le chauffage, et les invalides s'en plaignaient justement : le^ casernements étaient souvent fort délabrés, mal CDUverts. très vastes et partant très froids.
Si le logement était souvent si précaire, l'habillement ne valait guère mieux. Quand c'était l'Hôtel ciui se chargeait d'envoyer leurs uniformes au^ compagnies détachées, les fournitures étaient mauvaises et les formalités d'envoi assez compliquées. Les magasins de FHôtel ne délivraient pas de vêtements sans un grand nombre a'états. de feuilles de contrôle, d'inscriptions minutieuses sur des registres. Il fallait, en outre, un ordre exprès du ministre aux fermiers généraux, prescrivant de laisser passer sans difficultés les voitures chargées de ballots à destination des compagnies. Les envois avaient lieu deux fois par an. sur les états envoyés par les capitaines des détachements. Jusqu'en lyOG, chaque année, en juillet et en janvier, une garniture de linge et de chaussures était en^•oyée à chaciue in^-alide<^^*): et tous les trois ans un uniforme complet, avec un petit écu pour remplacer la ^•este ou les boutonnières d'officiers.
de Belk-lsle en sont rcduits a n. boire .["e de Teau, ils nont qu-ane livre de pain oif par jour : voici trente-deux mois qu'Us n'ont pas été payes. 13 novembre lyogiZ volume 2142. pièce 275. - Ceux de Rennes meurent de fa.m et doivent meidar le -pain. 30 octobre'i7o9. ri>M- vd- -^^, P-e 2S,. Lettre de Charpentier dAudron commissaire de rHôteL signalant que les invalides de Bergues nont pas ete pa.es depuis plusieurs mois. iC août lyoô. Ibid., V0I.1S9S, pièce 477.
(1) Décision du 6 mai 1756. Reg. séances du conseil d'adm.. 11.
(2) Le détachement de Chambéry faisait exception et se fournissait d.recten.etU de souliers à Lvon.
2 5o l'hôtel royal des invalides
Quand les ballots de vêtements étaient destinés à des places situées à la frontière, ou en temps de guerre, une forte escorte accompagnait le convoi (^) ; mais, même dans ces conditions, on n'empêchait pas que les voitures restassent souvent en souffrance dans les hôtelleries ou bureaux de péage (-). L'embarras était si grand à l'Hôtel, pour fournir les compagnies d'uniformes, que les capitaines devaient avertir le directeur de l'Hôtel du nombre de vêtements nécessaires, au moins un semestre à Tavance (3\ — Fort mauvais habits du reste et tout à fait insuffisants. Le rapport du comte de Guibert est édifiant sur ce point : « Le drap des habits d'officiers est de la plus mauvaise qualité et de la plus vilaine teinture. Celui des soldats est encore plus mauvais... Les habits des officiers leur sont envoyés en pièces et on ne leur paie que trois livres pour la façon de tout leur habillement, ce qui est trop peu. Le fil d'argent W est absolument de la plus mauvaise qualité. Presque tous sont obligés de s'en procurer d'autre. Les habits des soldats s'envoyent tout faits et indignement : pas une culotte ne tient, les boutons sont à peine attachés, il n'y a de poches ni aux habits, ni aux vestes; mais le pis, c'est qu'ils sont, pour la plupart, si courts et si étroits qu'ils ne peuvent pas les couvrir, surtout les vestes et les culottes. Les invalides sont obligés de les vendre... Les fournitures des chapeaux et des bas sont faites par le même entrepreneur et sont d'une fort pitoyable qualité. Le drap ne vaut pas vingt-quatre sous ; les bas sont si mauvais qu'il est impossible de leur assigner de prix. Les soldats, en somme, ne sont couverts que de haillons. L'ordonnance ne donne aux officiers que des culottes et des vestes de tricot; il paraît dur de traiter les officiers invalides plus mal que ne le sont les sergents de nos régiments et il conviendrait de leur donner l'un et l'autre en drap blanc. On ne donne aux invalides détachés
(i) Les ballots à destination de Cambrai et de Valencieuncs étaient envoyés à Saint- Quentin ; ceux pour Bapaume et Arras, à Péronne ; ceux pour Bergues, le fort François de Bergues, Nieuport, Moutreuil, Ambleterre, Calais, le fort Mieulet et Albert, à Amiens; ceux de Guise, à Laon.
(s) Lettre de Desanglous, le commissaire de THÔtel en 1713. Arch. du Calvados, G, carton 2077, 17. Cf. comptes du sieur Abraham, voiturier de l'Hôtel : pour 166 ballots de vêtements envoyés aux compagnies détachées : 2.749 liv. 10 s. (Août 1751, décembre 1753). Arch. de l'Hôtel, carton 286.
(3) -irch. de la Somme, C, carton 1264, 7.
(4) Pour les boutonnières — c'était Tinsigne des grades pour les officiers.
qu'une culotte et une paire de bas tous les trois ans. Il faudrait supprimer la paire de bas et leur donner une culotte tous les ans ou même tous les dix-huit mois. On lésine aussi tellement sur la forme des chapeaux, qu'ils ne peuvent entrer sur la tête, ni la couvrir. Il faudrait aussi qu'ils fussent tirés directement des manufactures, au lieu d'être fournis, comme ils le sont, par le même entrepreneur que les habits ('). »
De cette situation matérielle si fâcheuse, de l'isolement des garnisons, la discipline se ressentait forcément. Les invalides célibataires, en somme assez rares, profitaient de leur petit nombre pour se donner des allures d'indépendance, rompre en visière aux ordres donnés et causer du désordre. Beaucoup étaient des ivrognes incorrigibles. Quant aux hommes mariés, ils formaient la grande majorité : dans certaines places, plus de deux tiers des invalides composant la garnison étaient chargés de famille ; dans une forteresse, M. de Guibert compta jusqu'à cent cinquante enfants. On ne pouvait astreindre les hommes mariés à la vie de chambrée, d'autre part, la place manquait pour leur établir des appartements suffisants: aussi tout le monde vivait pêle-mêle. Dans la plupart des garnisons, aucun supplément de fournitures n'était accordé aux pères de famille ; une ou deux méchantes chaises, un matelas, une couverture sous les combles composaient tout le logis et le mobilier d'une foule de malheureux.
Une solde plus élevée était nécessaire, mais aussi un recrutement meilleur, une discipline plus étroite, un sentiment plus vif du devoir de la part des soldats et de la responsabilité envers eux de la part du pouvoir. « C'est dans des moyens étrangers à la solde, écrit Guibert, qu'il faut chercher quelque adoucissement au sort de ces malheureux vétérans, dont l'état actuel, bien au-dessous de celui des soldats en activité, excite la pitié, forme dans les provinces un spectacle de dégoût et trompe, de la manière la pins cruelle, les intentions bienfaisantes du gouvernement ^^\ « Le vice de l'institution remontait en effet plus haut ciu'à une simple question pécuniaire. La situation matérielle des officiers était, nous l'avons vu. lom
(i) Cf. Mémoire sur les forts et châteaux, cité plus )iaut. (a) Cf. Ibid.
^^^ l'hôtel royal des invalides
d'être brillante, mais celle des capitaines était presque suffisante : c'en était assez pour que les places fussent ardemment désirées. Certains, pour arriver à les obtenir, employaient tous les moyens. Aussi, furent-elles rapidement données moins au mérite qu'à la faveur. Quelques officiers trafiquaient même ouvertement de ces postes de ■ capitaine. Au milieu du dix-huitième siècle, une foule de compagnies s'étaient ainsi vendues ou cédées moyennant des arrangements particuliers ; cette coutume florissait surtout au temps où le baron d'Espagnac gouvernait THôtel: homme faible, très bon. incapable de résister à des demandes pressantes, sentimental plutôt que pratique et théoricien plutôt qu'administrateur ('\ il avait peu à peu fermé les yeux sur une foule d"abus, et en particulier avait, par son indulgence, introduit dans les compagnies détachées nombre d'invalides privilégiés qui jouissaient du commandement de ces détachements, au détriment de capitaines plus anciens et d"un mérite plus reconnu. Quand le comte de Guibert partit en inspection, il vit avec étonnement des capitaines qui, sur leur faible solde, devaient encore payer des pensions aux veuves de leurs prédécesseurs ou à d'autres officiers(^). Ce n'étaient pas seulement les places de capitaine qui étaient si recherchées, mais même ces misérables lieutenances qu'on obtenait par des accommodements ou le versement de sommes parfois assez fortes, sans compter les protections, le favoritisme, qui faisaient entrer aux compagnies détachées « le plus de mauvais sujets ou tout au moins de sujets sans aucun droit ». Beaucoup d'officiers arrivaient aux compagnies sans cjue rien >' expliquât leur envoi, tout jeunes parfois, souvent parfaitement vahdes; plusieurs n'avaient jamais servi, beaucoup n'avaient porté les armes que quelques années seulement : « On eu voit beaucoup, dit Guibert, qui sortent des gardes-françaises, des gardes-suisses.
(i) La notice publiée à sa mort le juge bien ainsi : « Un heureux mélange de rigueur et de bonté, la douceur et la fermeté du pouvoir paternel, plutôt que la sévérité du commandement militaire, surtout une grande attention au bien-être du soldat... une affabilité populaire, une générosité qui ne savait ni se faire attendre, ni mortifier, enfin, pour les vieux militaires une sorte de respect. » Journal de Paris, 21 mars 17S3.
(2) Cf. Mémoire cité plus haut. — Ils payaient même à leurs prédécesseurs, et ceci était si entre dans les mœurs que l'autorisation du ministre était accordée. Cf. Décision de Montbarey en faveur du seigneur Lhermite, capitaine démissionnaire de Bicétre. Tous ses successeurs devront, sa vie durant, lui payer 300 liv. de pension. iS août 1778. Re^, séances du conseil d'aâm.,lY. ' // e
LES COMPAGNIES DETACHEES 2 03
de la gendarmerie, des gardes du corps, presque tous ceux-là sans blessures, sans services et le rebut de leur corps. J'y ai trouvé jusqu'à deux gardes du corps du feu roi de Pologne c^ui, à la réforme de sa maison, y ont été admis à l'âge de dix-huit ans. » Ajoutez à cela qu'on y envoyait de la maréchaussée, des régiments provinciaux, des gardes-côtes, des soldats du régiment du Roi qu'on faisait sergents avant de les envoyer à l'Hôtel et qu'on recommandait ensuite pour les emplois d'officiers. C'est par là que de soldat invalide, on devenait lieutenant, capitaine, chevalier de Saint-Louis, et ensuite commandant de bataillon et lieutenantcolonel à l'Hôtel, le tout par intrigue et protection. D'autres avaient été seulement domestiques de quelque grand seigneur et point du tout militaires, on les admettait par faiblesse dans les compagnies pour des services imaginaires ou insignifiants. Les inspecteurs aux revues, par lassitude ou négligence, remplissaient donc les détachements d'une foule de prétendus invalides dont le manque de titres échappait mieux au contrôle de l'Hôtel. Les soldats des corps privilégiés, les gardes-françaises ou les grenadiers du Roi, exigeaient des postes aux compagnies sans se préoccuper de savoir s'ils répondaient ou non aux conditions fixées par les ordonnances ; une foule d'officiers surnuméraires étaient admis à la suite, sans que le bien du service y gagnât quoi que ce fût. Une (juantité d'étrangers parasites s'étaient glissés parmi les soldats, par suite de services demandés, un jour de besoin, et devenus inutiles, tous à la charge du Roi ou des provinces. A Salins, par exemple, un garde-magasin d'artillerie était payé jusqu'à loo liv. par mois, encore que la place ne possédât ni arsenal ni magasin ; le garde était un bourgeois de la ville qtii n'avait jamais servi. Dans les environs, aux petits forts de Saint-André et de Blin, le Roi payait deux aides gardes-magasins à raison de bo écus par an : leur unique fonction consistait à monter aux forts le jour de la Saint-Louis pour y tirer quelques salves. Dans les garnisons diminuées, on continuait de payer sur le pied de l'effectif complet ; à Sierk. où une vingtaine d'invalides seulement tenaient garnison et où ils ne fournissaient qu'mie sentinelle, la province payait jusqu'à trois corps de garde.
Beaucoup d'invalides étaient en bonne santé ou atteints d'infir-
254 l'hôtel royal des invalides
mités très légères. Les régiments s'en débarrassaient en les envoyant dans les compagnies, où le Roi les avait encore à sa charge. A côté d'eux, d'autres étaient dans un état de santé affreux et incapables d'aucun service actif, atteints qu'ils étaient du haut mal. de maladies d'entrailles ou de hernies. Ils demandaient leur maintien aux ' compagnies pour y pouvoir rester avec leur famille, et pour jouir de leur maigre solde.
De plus, le contact avec l'Hôtel se perdait trop souvent. La mainmise des gouverneurs de places fortes sur les compagnie d'invalides, la prétention qu'ils émettaient d'en être les maîtres absolus, d'en surveiller la composition, amenaient des abus sans nombre ; ils finissaient par y disposer de toutes les places, y nommant leurs créatures et les refusant souvent à des officiers méritants ; ces abus se produisaient surtout dans les maisons royales, à Versailles par exemple, où le détachement était composé de soldats qui n'avaient d'invalides que le nom ; il en était de même à Luxembourg, dans bien d'autres places encore. Sur la demande de M. de Guibert, on mit fin à cette état de choses en donnant au gouverneur de l'Hôtel des InvaHdes la haute main sur les compagnies détachées. Elles furent de nouveau soumises à son autorité pour tout ce qui touchait leur organisation intérieure, leur administration et leur personnel (^\
Tous ces abus s'expliquaient, du reste, en partie, par la nécessité qu'il y avait à ce que les compagnies fussent toujours au complet; elles étaient en effet d'un effectif trop restreint pour qu'on pût y supporter des absences ; on avait été ainsi plus ou moins amené à admettre tous ces soldats à la suite attendant une place vacante, et dans les compagnies de bas officiers, cette foule d'invalides surnuméraires nommés sergents pour la circonstance. On était alors obligé de fermer les yeux sur bien des irrégularités, et d'accepter, malgré les règlements, des hommes jeunes et vigoureux, plus aptes que les vrais invalides à la vie souvent rude des compagnies.
L'existence des invalides détachés était en effet sévère et les exigences du service assez dures. Quelques-uns des châteaux ou des forts étaient si haut placés dans la montagne, si inaccessibles,
(i) Décision du 2 juillet lySS. Reg. séances du conseil d'adm., IV.
comme le fort de rÉcluse, que des hommes usés et impotents étaient incapables de prendre le service autour de la forteresse. L'esprit de rinstitution s'était, en outre, altéré, et plus d'un gouverneur voyait, dans les détachements (rinxalicies. beaucoup moins une troupe de défense qu'un supplément de maréchaussée. On les occupait dans les villes à des fonctions de police : arrêter les malfaiteurs, prêter main-forte à la justice, faire des patrouilles et des rondes, surveiller les spectacles, tel était jsouvent le service aucpiel on les
astreignait '^'\
Il leur fallait aussi, et surtout, s'employer au service de la place : les prescriptions étaient les mêmes pour les invalides que pour les soldats ordinaires. Cependant, un règlement de 176S avait recommandé d'exercer des ménagements vis-à-vis des invalides^^'. Chaque homme devait aNoir au moins quatre nuits de repos par semaine. Les sentinelles devaient être réduites au nombre strictement indispensable et placées à la poudrière, à chacune des portes, au logis du commandant, à la place d'armes et à l'hôpital. A défaut du nombre d'hommes nécessaire, des plantons remplaceraient les sentinelles. Un corps de garde devait être établi et dans les places frontières, un factionnaire « toujours tourné du côté de l'étranger ». Les hommes de garde seuls devaient être employés aux rondes et aux patrouilles. Malgré le soin (pi'on mettait à atténuer aux invalides les rigueurs du service des places, celui-ci n'allait pas sans fatigues. Dans les maisons royales, le service était moins pénible : mais on y exigeait des hommes encore verts, de belle apparence et
décoratifs.
Des fonctions plus odieuses leur étaient réservées dans certaines villes : à Lille, par exemple, à Metz ou à Strasbourg, où ils surveillaient la chiourme et gardaient les déserteurs condanniés(3).
11 y avait bien à redire aussi sur le choix des garnisons : les unes perdues dans la montagne, d'autres établies dans le plat i)ays. à
(1) Arch. de VHottl, curton gS.
(2) Arch. de l'Hérault, G, 701. Règlement du i" août 176S.
.Lettre de Saint-Germain au maréchal de Broglie, l'informant que les inval des
les forçats à Lille, Metz et Strasbourg. 29 septembre i7Sb. Reg. scauces d'adm.. \\.
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des endroits d'une valeur stratégique nulle'", ou logés dans des endroits malsains, comme Marsal, par exemple, ou le fort Mortier près de Neuf-Brisach. Dans ces garnisons étaient logés quelques invalides, souvent abandonnés aux soins d'un simple sergent, d'un caporal, voire même du plus ancien des soldats. L'état-major, les bas officiers, ne logeaient souvent pas au fort et s'établissaient plus commodément aux environs. Ces garnisons a\aient bien un chirurgien, mais aucune infirmerie n'était installée dans la plupart d'entre elles ; les malades n'avaient à leur disposition aucune fourniture sanitaire. L'hôpital était souvent fort éloigné et ils devaient parcourir sept ou huit lieues pour se faire soigner. Pour obvier à ces inconvénients, M. d'Espagnac avait prescrit de fréquents changements de garnison, ce qui n'allait pas non plus sans embarras : les invalides couraient sans cesse les chemins du royaume, occasionnant ainsi au Trésor des frais d'étape considérables.
Les mesures préconisées par M. de Guibert étaient plus radicales, mais plus efficaces : déclassement ou même démolition des châteaux inutiles, ruinés ou malsains ; obligation pour les invalides de rester trois ans au moins dans la même garnison. Guibert ])roposait surtout de doubler les compagnies et de les organiser comme les autres troupes, avec deux capitaines et quatre lieutenants, commandant cent hommes par compagnie, chiffre un peu élevé qui permettait des vacances dans l'effectif sans que le service en souffrit. Ces compagnies seraient confiées à des lieutenants de grenadiers ou de cavalerie en retraite. De longs congés seraient accordés pendant l'hiver aux officiers et soldats : trois à six mois, par exemple, tous les trois ans. La vie devait aussi, dans la mesure du possible, être rendue plus agréable aux invalides, un peu de confort introduit dans les casernements. Des jardins potagers ou d'agrément devaient être établis dans les terrains vagues ou sur les glacis des fortifications.
Le projet de M. de Guibert s'étendait aussi aux familles des invalides. Il proposait de placer un enfant par compagnie, faisant ainsi de lui un véritable « enfant de troupe », de lui faire ensuite contracter un engagement ou de le placer dans une école de laboureurs ou d'artisans.
(i) Par exemple, Bellegarde dans le Gard.
Ce projet fut mis à exécution. Louvois avait eu le premier Tidée de créer aux Invalides vuie sorte d'école de cadets. Il y voulait réunir cent cinquante jeunes gentilshommes sans fortune. Ils devaient être entretenus dans THôtel. logés dans un vaste bâtiment et y apprendre les éléments de Fart militaire pour être ensuite placés dans des régiments ^'\ Il ne fut pas donné suite à cette idée. Depuis que l'ordonnance de juin 1776 avait réduit considérablement le clergé de l'Hôtel (^), les enfants des invalides étaient élevés dans une pension dirigée par le chevalier de Paulet (ou Pawlett) et connue sous le nom d'École des orphelins militaires <3). Les enfants y étaient instruits de leurs devoirs moraux et religieux ; en même temps, une éducation littéraire assez soignée leur était donnée (^). Une maison plus strictement militaire fut enfin fondée par Louis XVI sur les rapports de M. de Guibert^^). Cette école dite des Enfants de Tannée fut établie à Liancourt, dans la généralité de Soissons, sous la direction du duc de Liancourt. Les enfants admis, choisis parmi les plus pauvres, devaient avoir sept ans au moins ; chacun des cent enfants recevait S s. de solde journalière. Leur éducation militaire était dirigée par des instructeurs invalides tirés de l'Hôtel (*^) ; chaque élève devait, en outre,
(1) Cf. Granet, op. cit. p. i5.
(2) Auparavant l"instruction des enfants des invalides était confiée aux prêtres de la Mission et aux frères des Écoles chrétiennes du Gros-Caillou. Cf. Décision du 4 septembre 1771, une gratification de 200 liv. leur a été accordée. Arch. de l'Hôtel, carton 383.
(3) Le comte de Saint-Germain avait eu un moment l'idée d'une fondation de ce genre, mais qu'il n'avait pu mener à bien Cf. Saint -Germain, Mémoires, p. 62. « Ce plan était même lié à un autre plus considérable et tout aussi intéressant : c'était de pourvoir également à la subsistance des femmes de ceux qui étaient mariés et à l'éducation de leurs enfants, et si j'avais pu parvenir par d'autres économies et à me procurer les moyens que j'espérais, j'aurais ouvert encore une ressource aux enfants de soldats en activité de service, à l'imitation du dépôt des gardes-françaises, a Paris, sans cependant leur donner une éducation si recherchée, ni si soignée, mais celle qui convenait à leur situation et à l'état auquel ils étaient destinés ; ce qui aurait procuré, par la suite, des avantages immenses pour la popiUation et des moyens de recruter des troupes, sans nuire aux parties intéressantes de l'agriculture, des manufactures et des arts. Par ces divers établissements, dont les avantages étaient toujours sous les yeux du peuple, je serais peut-être parvenu à faire renaître le goût du ser^-ice qui n'existe plus. »
(4) Décision du prince de Montbarey : « L'Hôtel souscrira annuellement au Journal de la littérature, à plusieurs exemplaires (à un louis l'un) : 4 par fils d'officier invalide, 2 par fils de bas of&cier, 1 par fils de soldat, que M. de Paulet élève dans sa pension. » ic décembre 1779. Reg- séances du conseil d'adm., IV.
(5) Ordonnance du 10 août 17S6. Arch. de l'Hôtel, carton 25 et Arch. Nat., AD+. 1073.
(6) Leur uniforme était fixé comme suit : habit, veste et culotte de drap bleu de roi ; revers, collets, parements et doublure de même couleur ; boutons blancs frappés d'une fleur de lys avec ces mots : Enfants de l'Armée ; chapeau bordé de laine noire.
258 l'hôtel royal des invalides
apprendre un métier manuel. A seize ans. ils devaient contracter un engagement de huit ans dans un des régiments de Tarmée. La limite d'âge pour l'admission fut portée par la suite de sept à huit ans(') et le nombre des élèves à admettre fixé à deux cents. Enfin, les instructeurs ne furent plus uniquement choisis parmi les invalides, mais aussi parmi les vieux soldats ayant au moins seize ans de service (^\
Tel était l'état de ces compagnies détachées : le principe de l'institution avait beaucoup de bon, puisqu'elle déchargeait THôtel en permettant une retraite active à des hommes encore en état de servir; mais elle était gâtée par des abus de toute sorte que le manque d'argent, joint au laisser-aller général, empêchait de corriger.
Telle qu'elle était, avec ses défauts, l'institution des invalides détachés méritait qu'on sV arrêtât un moment. Quoique fort éloignées de l'Hôtel, les compagnies faisaient cependant corps avec lui : on ne peut donc les laisser de côté.
Aussi bien, ces détachements n'ont pas été tout à fait inutiles, ou du moins inutilisés : c'étaient des invalides qui veillaient aux tours de la Bastille, le matin du i4 juillet 1789.
(i) Décision du 31 mai 1787. Arch. de l'Hôtel, carton 89.
(?) Décision du 17 mai 1787. Ibid. Ordonnance du 1" janvier 1783 pour augmenter le nombre des instructeurs. Ibid.
CONCLUSION
Au moment où s'arrête notre étude, les divers services de l'Hôtel des Invalides ont atteint leur complet développement : après les tâtonnements inévitables du début, après la secousse de 1776, où l'institution faillit sombrer sous le rude ministère de M. de Saint- Germain, il semble que le calme soit de nouveau entré dans la grande maison royale. Certes, on l'a vu au cours des divers chapitres de ce travail, la perfection n'est pas atteinte en tous points, loin de là : des abus sont signalés encore, que le mauvais état des finances royales, une sorte de relâchement général dans l'organisation et dans la discipline, manifesté partout à la fin du dixhuitième siècle, ne contribuent pas à atténuer. On peut cependant, à la veille de la Révolution, jeter un coup d'œil d'ensemble sur l'œuvre accomplie et constater le chemin parcouru. Un siècle a suffi, à une époque où la centralisation était encore peu accentuée, où de grandes guerres envoyaient tous les jours de nouveaux estropiés aux Invalides, pour organiser minutieusement un service aussi délicat, en donnant satisfaction à chacun. Qu'on remarque, en effet, c^ue l'Hôtel est toujours plein, que les invalides de province touchent régulièrement leur pension, sans ({u'aucune réclamation sérieuse se soit produite. Mais l'esprit de l'institution s'est modifié. Les soldats de Louis XVI ne ressemblent guère à ceux de
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Louis XIV. Au moment que l'on fonde l'Hôtel, Tarmée royale est encore composée d'une foule de mauvais garçons, maraudeurs et pillards, depuis peu astreints à un habit d'uniforme, et qui vivent littéralement de la guerre ; par la suite, à mesure que l'organisation militaire se perfectionne, surtout après le ministère de Saint-Germain, que de longues périodes de paix permettent aux soldats de vivre la vie de garnison, il parait qu'ils s'adoucissent, deviennent plus maniables et se rapprochent du type actuel du soldat. De là, aux Invalides, une discipline sinon moins rigoureuse, du moins plus large, et, si l'on peut dire, plus « moderne ». Les punitions archaïques sont supprimées, les rigueurs des premiers règlements sont relâchées. D'autre part, le caractère religieux de l'institution s'efface, au point de disparaître presque complètement : la « quarantaine », les dures sanctions contre les blasphémateurs, une foule de prati(iues ne sont plus guère, à la fin du dix-huitième siècle, que des souvenirs. Certes, l'Hôtel de l'ancien régime n'est pas laïcisé, mais la congrégation des prêtres a été diminuée, l'église est devenue paroissiale, et l'aumônier des Invalides, loin d'être le chef d'un groupe important d'ecclésiastiques, n'est plus qu'un curé ordinaire, sur lec|uel ceux des autres paroisses parisiennes ont le pas. Par contre, le côté militaire et hospitalier de la fondation a été maintenu et développé. Les compagnies détachées ont formé sur toutes les frontières du royaume, comme à l'intérieur du territoire, des garnisons assez importantes, où l'activité de bien des invalides trouve encore à s'exercer. Quand éclate la Révolution, un double courant d'opinion se manifeste de suite, 11 semble tout d'abord que les vieux soldats n'attendissent que ce mouvement de liberté pour crier bien haut leur misère et le malheur de leur vie. Dès 17S9, commencent d'affluer les pétitions, les adresses à l'Assemblée, les plaintes privées ou collectives : nourriture, logement, hygiène, discipline, tout est critiqué. L'administration des Invalides, sous l'ancien régime, était loin d'être parfaite ; nous n'avons pas dissimulé, au cours de cette étude, les abus trop fréquents qui se produisaient, les erreurs, voire les exactions, mais, en somme, l'institution était prospère, sa situation financière très améliorée. Il ne faut donc pas, à notre avis, attacher une importance trop exclusive aux plaintes et aux rapports parus dès le premier ébran-
CONCLUSION 2
lemeiit de la monarchie: car. a priori, THôtel des Invalides, de par sa fondation même, devait être suspect aux esprits de la Révolution : il est, en effet, par essence, une institution royale: la mémoire du fondateur y est célébrée, les nombreux privilèges accordés à la maison, la protection du Roi qui s'y manifeste d une façon constante et. toute spéciale, suffiraient à faire décider sa suppression ; mais resprit de la Révolution a été au premier chef un esprit militaire, et. d'autre part, le caractère sentimental et un peu déclamatoire des hommes de la Convention trouvait à se satisfaire dans le maintien d'une institution de ce genre, où la vieillesse est secourue, où de loyaux services sont dignement récompensés, ou les vertus militaires sont exaltées.
C'est aux Invalides, on le sait, que se joua le prologue du drame. Déjà les représentants de la noblesse s'étaient réunis à l'Hôtel ahn d'élire leurs députés aux États généraux et de commencer la rédaction des cahiers de doléances. Le 13 juillet 17S9, le peuple se porta aux grilles de la maison, réclamant des armes. Le gouvernem- Sombreuil ne put s'opposer à l'envahissement de l'Hôtel, les réserves d'armes furent pillées. Le lendemain, la Bastille était prise, maigre la faible garde de quatre-vingts invalides qui ^•eillaient aux tours de la forteresse. Pendant les mois qui suivirent, il semble qu on se soit peu soucié de THôtel: cependant, ses habitants furent soumis aux mœurs nouvelles : en juillet 1790, les invalides allèrent en masse prêter le serment civique. De^-ant le nombre toujours grandissant de réclamations et de plaintes, des commissaires furent envoyés à l'Hôtel. Leur rapport, bien que rédigé dans un esprit fort modéré, montre cpe bien des points restaient à améliorer bien des abus à faire disparaître. Fallait-il pour cela supprimer 1 Hôtel lui-même? De bons esprits le crurent, qui soutinrent leur th.^se avec éloquence. Aussi, bien des pétitions émanées d'invalides arrivaient à l'Assemblée. Les vieux soldats formaient deux camps bien distincts. Les uns réclamaient le maintien de l'anticiue institution, d'autres préféraient en échange l'octroi d'une pension et la fermeture d'une maison où une discipline étroite leur était a charge. Pension ou liberté! Les droits d'oblats ayant été supprimes avec d'autres droits féodaux, tm décret fut pronmlgué le 21 septembre 1790. accordant en remplacement une indemnité al Hôtel.
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Le comité militaire fut saisi, dès le début de l'année suivante, d'une proposition tendant à supprimer la grande maison royale.
Le rapporteur. Dubois-Crancé, exposa, le i5 février, à la tribune de l'Assemblée, les principales lignes du projet : le grand nombre des soldats (30.000 environ) a^^ant le droit d'entrer aux Invalides, ^ était opposé au petit nombre des places disponibles à l'Hôtel (3.000 environ). L'économie réalisée par la fermeture de la maison et la suppression des services permettrait d'améliorer la pension des invalides restés en province. D'autre part, quel spectacle démoralisant que l'inaction de ces soldats dont les forces pouvaient encore utilement s'exercer aux champs ! Si l'on prétend que ces vieux guerriers ont droit à un asile pour leurs derniers jours, pourquoi leur infliger une discipline sévère et leur ôter la liberté, « le plus cher des biens » ? Quant aux compagnies détachées, la vie qu'on y mène est languissante, misérable et inutile. Qu'on supprime donc l'Hôtel, qu'on augmente les pensions, qu'on fasse disparaître ces compagnies d'invalides, sauf huit qu'on conservera sur les côtes. Dans les vastes bâtiments désaffectés et devenus disponibles, on installera une prison. Les vieux soldats infirmes ou malades, moines lais ou manicros, seront versés dans les hospices départementaux .
Il se trouva heureusement quelques voix courageuses pour s'élever contre des mesures aussi absolues. Dans la séance du 20 mars 1791, qui décida du sort de l'Hôtel des Invalides, plusieurs orateurs, et non des moindres, prirent la défense de la vieille et glorieuse institution. Le député Guillaume, le comte Stanislas de Clermont- Tonnerre, et surtout l'abbé Maury, eurent raison des détracteurs systématiques de la vieille et glorieuse maison : les invalides mutilés au service de la patrie appartiennent au pays, celui-ci n'a pas le droit de s'en débarrasser simplement en les reléguant dans des hôpitaux. Qu'importe que la maison soit de fondation royale, si l'œuvre est belle et féconde ! Nul ne peut être forcé d'entrer à l'Hôtel, mais (|ue ses portes restent ouvertes à tous ceux qui le voudront.
En conséquence des éloquents discours qu'elle venait d'entendre, l'Assemblée décida le maintien de l'Hôtel des Invalides en modifiant seulement le mode d'admission et les divers rouages de
CONCLUSION
radministration. Malgré un second rapport de Dubois-Crancé, renouvelant les arguments déjà défendus, le député Lacuée fit adopter un projet de loi (pi fut promulgué le 20 avril 1792. Le nom de l'institution disparaissait et était remplacé par celui plus pompeux d'Hôtel national des militaires invalides. Ne pouvaient être admis à rHôtel que les seuls soldats que leur caducité, leurs blessures ou leurs infirmités graves mettaient dans l'impossibilité de continuer leur service et de subsister par leurs propres moyens. Par ime innovation intéressante, les hommes des armées de mer étaient reçus sur le même pied que leurs camarades des armées de terre. La tentative ébauchée au milieu du dix-huitième siècle d'un Hôtel des Invalides de la marine établi au centre du parc de Versailles n'ayant pas abouti, il avait semblé juste que les matelots des équipages ne fussent pas moins bien traités que les soldats des régiments. Les invalides qui préféreront à la vie de l'Hôtel la jouissance d'une pension pourront opter à leur fantaisie ; ils gardent la faculté de rentrer aux Invalides. Le nombre des admissions sera fixé, suivant le nombre des places disponibles, par le Corps législatif qui garde sur l'Hôtel nouvellement réorganisé un droit absolu et constant des contrôles. L'État-major est supprimé; plus de gouverneur, de lieutenant de Roi, de major. L'administration, placée, chose singulière, dans le ressort du ministère de l'Intérieur, est confiée à un double conseil : le conseil général et le bureau administratif, tous deux accessibles aux invalides de tous grades et recrutés par voix d'élection. Enfin, la loi de 1792 s'occupait des compagnies détachées : elles restaient à la disposition du ministère de la Guerre sous la forme d'un corps de vétérans nationaux comptant 5.000 hommes répartis en dix compagnies, et considérés comme en service actif. Cette loi, qui réglait minutieusement une foule de détails, refusait aux fonctionnaires de tout ordre le droit d'être logés à l'Hôtel — on ne fit exception que pour Parmentier, supprimait aussi des anomalies choquantes, de celles qui devaient être le plus révoltantes aux yeux des esprits égalitaires; par exemple, la diff-érence de pain des officiers et des soldats.
Le nouveau régime, appliqué rigoureusement et impartialement, eût pu avoir d'excellents résultats; il débarrassait l'Hôtel d'un État-major fiistueux et inntile. d'une foule de parasites ; il n'ouvrait
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les portes de la maison qu'aux seuls invalides : mais le principe de l'élection placé à sa base devait nécessairement amener le désordre et l'anarchie. Des scènes regrettables ne manquèrent pas de se produire. Les grandes guerres révolutionnaires, en envoyant aux Invalides une foule de blessés, d'autre part les abus sans nombre , signalés à l'Hôtel, où les conseils administratifs étaient impuissants à maintenir Tordre, les divisions intestines qui y ruinaient la discipline, amenèrent le Comité de salut public à remanier, par un décret du 2 5 floréal an II, l'administration des Invalides.
Elle fut confiée à une commission, puis à une agence composée de trois membres, nommés et surveillés par le comité. Cette agence s'efforça souvent, en vain, de rétablir Tordre et la paix parmi les vieux soldats. Il est vrai que ceux-ci se trouvaient trop en vue pour ne point vouloir attirer encore davantage l'attention sur eux. Les plaintes étaient constantes, la lutte aiguë entre les partisans les plus exaltés de Tesprit nouveau et ceux plus vieillis, qui gardaient aux traditions monarchiques une fidélité plus ou moins absolue. De là des froissements constants, des cabales et des calomnies. Ajoutons-y l'orgueil extrême de ces invalides. Il n'était point de fêtes patriotiques — et on sait qu'elles étaient fréquentes — où ils ne figurassent au premier rang, pas de manifestations politiques où ils ne voulussent jouer un rôle. En eux la Révolution honorait, sous une forme pompeuse et grandiloquente, la vieillesse, la valeur et la loyauté : ils paraissaient sur les estrades des fêtes, parmi les jeunes filles couronnées de roses, présentaient eux-mêmes à la barre de l'Assemblée des pétitions emphatiques. Bref, ils devenaient encombrants. Il était temps de leur donner un nouveau chef. Sombreuil. le dernier gouverneur, avait été exécuté en 1793, après que sa fille eut illustré les derniers jours des Invalides de la monarchie d'un trait héroïque et charmant de grâce et de sacrifice. La loi de 1792 avait supprimé le poste de gouverneur : un arrêté du Directoire (30 brumaire an V) créa celui de commandant en chef pour le général Brice-Montigny. et rétablit Tannée suivante la dignité de gouverneur confiée au général Berruver. Sous leur commandement. Tordre reparut à l'Hôtel, sa situation financière fut également améliorée. Une retenue de deux centimes par franc, rappelant les vieux « deniers pour livre » de la monarchie, un
COXCLUSIOX ^"-^
décret du Conseil des Cinq-Cents (ventôse an VIj. réglant Fadministration financière, amenèrent à l'Hôtel les ressources suffisantes. L'organisation de l'Hôtel resta, dans les grandes lignes, telle que l'avait constituée le décret de Tan II jusqu-au décret organiciue
de iSii.
Le nombre toujours grandissant des invalides imposa la création de succursales de l'Hôtel : celles de Versailles et de Saint-C>T furent les premières créées. Elles disparurent peu après comme celles de Béthune. de Nice, de Louvain (transférée à Arras sous la Restaïu-ation) et d'Avignon, cette dernière maintenue jusqu'en
' Pendant la période révolutionnaire, l'Hôtel des Invalides fut le théâtre de fêtes nombreuses et solennelles. Nous ne pouvons songer à les retracer toutes ici. Signalons seulement Tune des plus importantes • l'anniversaire de la fondation de la République du i" vendémiaire an M (2 2 septembre 179S). Le Directoire se transporta en crande pompe à l'Hôtel. Larévellière-Lépeaux, au nom du Goirvernement. prit la parole et exalta chez les invalides « le courage guerrier, le patriotisme et tomes les vertus civiques ». Devant les drapeaux pris à Tennemi pendant les campagnes dernières, trois vieux soldats, désignés par leurs camarades comme étant les plus vaillants, reçurent Taccolade du président du Directoire On leur remit ensuite une couronne de laurier et une médaille d'argent portant ces mots : La République à ses défenseurs. L'Hôtel, depuis 179^ avait perdu tout caractère religieux. Les vases sacrés, les ornements de Téglise avaient été fondus, disperses, ou gisaient, oubliés, dans un dépôt ciuelconque de monuments; l-amel avait été enlevé, le baldaquin démoli, les tableaux brûles; un temple de Mnrs avait remplacé Téglise de Saint-Loms. Les emblèmes monarchiques avaient également souffert : une série d'arrêtés prescrivait de supprimer tous les signes de la féodalité. En conséquence, la grande statue équestre de Louis XIV. un buste du Roi. des écussons. des monogrammes avaient disparu. L'Empire devait restituer à la vieille maison son caractère religieux. Le premier Consul avait, dès le iS brmnaire. tenu à s'assurer la sympathie des invalides. Le 23 thermidor an VIII. il y célébra solennellement ranniversaire de la Ba.tiUe. Discours, cautate. stroplie. eulhunnu.es,
claquement de drapeaux, rien ne manqua à la fête. Le transfert sous le dôme des cendres de Turenne, exhumées lors de la violation des tombes de Saint-Denis, donna encore à Bonaparte l'occasion de célébrer les vertus morales et guerrières. Peu à peu le premier Consul s'empara, pour ainsi dire, de l'Hôtel des Invalides. . Dans ce « Temple de la Valeur )) étaient groupés les soldats d Italie, témoins de sa jeune gloire, et les vieux estropiés de la monarchie que les victoires nouvelles remplissaient de joie. Le nouveau chef militaire confisqua à son profit tous les souvenirs de gloire et tous les récents enthousiasmes. C'est aux Invalides que r Empereur distribue les croix de la Légion d'honneur, donnant à cette cérémonie le plus magnifique cadre guerrier qui se puisse. Pour bien montrer que les temps sont révolus, l'église est de nouveau rendue au culte. Le cardinal -légat célèbre la messe à l'autel rétabli. Comme aux jours de la monarchie, une cour brillante se presse sous le dôme ; le Te Deum des victoires, le serment prêté par les nouveaux légionnaires, frappent vivement l'imagination de l'armée. Napoléon profite de toutes les occasions d"aller à l'Hôtel, de se montrer aux vieux soldats, d'y 'entretenir sa popularité : les drapeaux, les trophées de guerre affluent aux Invalides: l'épée et les décorations de Frédéric le Grand sont solennellement déposées dans la chapelle, le cœur de Vauban y est porté en iSoS : la batterie triomphale s'augmente de pièces nouvelles qui saluent les victoires de la Grande Armée, les obsèques pompeuses du maréchal Lannes, célébrées à l'Hôtel, sont le prétexte de grands déploiements de troupes et d'une cérémonie imposante. L'Empereur et l'Impératrice visitent les Invalides : en iSii, un service d'argenterie aux armes de Marie-Louise est accordé aux officiers de l'Hôtel. Mais Napoléon ne se contente pas de ces manifestations extérieures. Un décret organique, daté du i5 mars iSii. assure le fonctionnement de 1 institution par l'octroi d'une importante dotation. |:)roduisant annuellement des sommes évaluées à G millions. Après la chute de l'Empire, la situation de l'Hôtel au point de vue administratif et financier fut modifiée, le gouvernement de la Restauration ayant confondu la dotation impériale avec celle des écoles militaires et de l'ordre de Saint-Louis. Peu à peu. les divers revenus furent diminués; le gouvernement <le juillet, en 1S32, supprima
CONCLUSION
la dotation, versa les rentes et capitaux au Trésor, les immeubles et propriétés de THôtel aux Domaines, et le budget des Invalides fut voté chaque année comme un chapitre séparé du budget général de la Guerre.
Nous ne saurions raconter ici toutes les cérémonies dont les Invalides furent le théâtre : visites souveraines et princières, Te Deiim, obsèciues solennelles des maréchaux et des généraux. La cérémonie est. du reste, presque toujours la même, mais nous ne pouvons passer sous silence l'événement capital de l'histoire de l'Hôtel : le transfert des cendres de l'Empereur. On sait qu'en i84o Louis-Philippe obtint des Chambres le crédit nécessaire à l'expédition de la Belle-Poule. Le i3 décembre, le cercueil de Napoléon entrait aux Invalides, où le Roi le recevait au nom de
la France "^'X
Dès lors, c-en était fait des vieux 'souvenirs monarchiques. La maison bâtie parle grand Roi est devenue celle de l'Empereur; c'est lui seul (lue la foule des visiteurs évoque, et dans cette demeure de soldats, il reste comme le soldat-type, le militaire parfait, ^ui songe encore à Louis XI\' en parcourant les cours, les corridors sonores, les longues galeries? Des souvenirs de 1 Empire se rencontrent à chaciue pas: ce sont ses drapeaux qui reposent sous le dôme, ses étendards dont les fers de hampe ornent la chapelle. Si Louis XIV. vêtu à la romaine, chevauche au-dessus <le la grande porte, c'est la statue de l'Empereur qui domine la cour d'honneur. Les derniers invalides veillent actuellement autour de son tombeau. Bientôt ils ne seront plus, mais l'Hôtel subsiste, qui abrite le tombeau du plus grand de nos hommes de guerre. Le Roi Louis-Philippe fut bien inspiré en choisissant, pour que Napoléon y dormit son <iernier sonnneil. le palais édifié par Louis XIV
pour ses soldats.
Dans la lumière dorée, gardé par les vierges de Pradier. le sarcophage de porphvre rouge dresse ses lignes simples et. de partout, on V vient en pèlerinage. Tout auprès, non loin des bâtiments encore réservés aux invalides, les salles du nmsée de l'armée ont
(0 Place, a-abord dans la chapelle Sa.nt-Jérôme. le corps ne fu, -déposé dans le tombeau monumental qu'en iS6i.
l'hôtel royal des invalides
heureusement complété les galeries du musée d'artillerie ; au long des grands réfectoires où sont célébrées les victoires de Louis XIV, on a pieusement réuni des objets épars : quelques soies fanées, des uniformes défraîchis, des décorations dont l'éclat a pâli, mais qui sont les plus émouvantes des reliques. Les souvenirs des armées impériales y sont en plus grand nombre, mais le général Niox fut bien inspiré de consacrer quelques salles à la vieille monarchie : dans une vitrine, on trouvera quelques pièces où s'évoque l'histoire ancienne des Invalides. Au dix-neuvième siècle, après les guerres de l'Empire, cette histoire s'est paisiblement déroulée jusqu'cà la récente réforme qui l'a condamnée. Un projet s'esc^uisse aujourd'hui qui consisterait à ouvrir de nouveau les portes de l'Hôtel aux soldats blessés. Il est à souhaiter qu'il se réalise. On ne saurait sans un serrement de cœur consentir à la disparition de l'Hôtel des Invalides ; c'est le lieu le plus glorieux et. comme disait Montesquieu, « le plus respectable de la terre » .
Lettres patentes de déclaration du Roy contenant qutl n'a
ENTENDU ET n'eNTEND QUE LES TITULAIRES DES ABBAYES OU PRIEUREZ, ESTANS EN LA COLLATION DES ORDINAIRES DE SON ROYAUME, SOYENT TENUS RECEVOIR AUCUN SOLDAT OU STROPIAT, ES PLACES DE RELIGIEUX LAYZ.
i56S, 20 octobre, Paris.
Bibl. Nat., Actes royaux, août-décembre i56S
Charles, par la grâce de Dieu Roy de France, à tous ceux qui ces présentes verront, sur ce qu'il nous a esté remontré de la part des prélats et clergé de nostre royaume, que combien qu'il soit notoire que noz prédécesseurs Roys et procureurs généraulx, diligens conservateurs de noz droicts royaulx, n'ont jamais prétendu aucune provison es places de religieux laiz ou oblatz, sinon es abbayes et prieuréz qui sont a ■ nostre nomination et de fondation royaUe, et non en celles qui sont à la collation et disposition des prélats, abbéz, chappitres et communautez de nostre royaume; toutefois par importunité ou autrement on a puis quelques années, obtenu plusieurs noz lettres addressées aux baïUifs et séneschaulx ou leurs lieutenants, et autres noz juges, pour contraindre aucuns abbéz et prieurs de la qualité susdicte, qui, de faict, ont esté contraincts de recevoir es dictes places de religieux laiz des soldats stropiatz, les nourrir et entretenir ou leur faire fournir la somme de 60 liv. par an chacun : et ce par saisye de leur temporel, exécutions et contrainctes sur leurs receveurs ou fermiers, combien qu'il y ayt arrestz donnés en nostre court de Parlement à Paris, par lesquels (es cas dont
il a esté question) les prieuréz collatifz ont esté deschargez des dictz religieux laiz ou oblats, — Sçavoir faisons que ne voulans qu'on continue faire chose préiudiciable aux dicts prélatz et clergé, et afin qu'on ne doubte plus de noz vouloir et intention sur ce, avons déclaré et déclarons par ces présentes n'avoir jamais entendu, comme encores n'entendons pour quelque considération ou cause que ce soit, que les titulaires des abbayes ou prieuréz qui sont en la collation des archevesques, évesques, abbéz, chappitres et communautés de nos royaume, pays et terre de nostre obéissance, soient chargez, ni tenuz de recevoir aucun soldat ou autre stropiat es places de religieux laiz ou oblatz, ains seulement entendons et voulons y pourveoir comme nos prédécesseurs roys, es abbayes et prieuréz qui sont à nostre nomination et sur laquelle nostre Saint Père le Pape a accoutumé y pourveoir. Et si aucune lettre de don ou provision sont à l'advenir expédiées au contraire, les avons dés à présent déclaré nulles et de nul effect et valeur, et icelles révocquées et révocquons ensemble toutes saysies, contrainctes et exécutions qui seront faictes en vertu des dictes lettres : sans que ceux qui les auront obtenues s'en puyssent ayder en quelque manière que ce soit. Et pour le regard du passé, voulons pour aucunes considérations que ceux qui ont obtenu noz lettres particulières, ioyssent leur vie durant des dictes places de religieux layz esquelles ils ont esté receuz : et pour raison de quoy n'y a procès intenté, sans qu'on puisse répeter les sommes qui ont esté cy devant receuës et payées, suivant nos dictes lettres et les sentences ou iugements donnez en l'exécution d'icelles. Si donnons en mandement à noz amez et féaulx les gens tenons nos courts de Parlement, baillifs, seneschaulx ou leurs lieutenants ou autres noz officiers à qui il appartiendra, que de l'efFect et contenu es présentes noz lettres de déclaration, ils fassent ioyr plainement et paisiblement tous ceux qu'il touchera, sans aucun empêchement ou trouble leur soit faict au contraire. Et par ce que de ces dictes présentes on pourra avoir affaire en plusieurs et divers lieux, voulons et ordonnons qu'au vidimus d'icelles, collationné par l'un de noz améz et feaulx notaires et secrétaires ou faict soûls scel royal, foy soit adioutée comme au présent original. Car tel est nostre plaisir : nonobstant les lettres qu'on pourrait prétendre avoir obtenues, lesquelles avons révocquées comme dict est.
Donné à Paris le vingtième jour d'octobre l'an de grâce mil cinq cens soixantte huict, et de nostre régne le huictiéme.
Ainsi signé : sur le reply. Par le Roy, en son conseil.