CAPITAINES ET SOLDATS ESTROPIEZ POUR SON SERVICE
Fontainebleau, 31 mai 1603, Bibl. Nat., Recueil Cangé, vol. VU, fol. 331.
Aujourd'huy, dernier de raay 1603, le Roy estant à Fontainebleau, voulant pourvoir au règlement nécessaire, en la maison de la Charité chrestienne du faubourg Saint-Marcel de la ville de Paris par luy affectée et destinée pour la nourriture et entretènement des pauvres gentilshommes, capitaines et soldats estropiez, et qui sont demeurez vieux et caducs, en luy faisant service, S. M. a ordonné et ordonne qu'il y aura uu bureau en la dicte maison, composé de tels de ses officiers qu'il voudra choisir et eslir pour recevoir et admettre en icelle lesdits gentilshommes, capitaines et soldats de la qualité requise, en vertu de lettres qu'elle leur en fera expédier, qu'avoir soin et esgard au bien et revenu d'icelle, et autres choses généralement quelconques qui y pourront appartenir. Et afin que chacun puisse cognoistre qu'iceux gentilshommes, capitaines et soldats y auront été admis, pour les services par eux faicts aux feus Roys et à S. M., en cette considération et pour aucunement les recognoistre, leur a permis et permet de porter en leurs manteaux, pour ordre, une croix de satin blanc, brodée de bleu avec un écusson rond de velours bleu, au milieu brodé de blanc, dans lequel il y aura une fleur de lys de satin orangé. Et il a aussi permis et accordé au sieur François Allin, leur procureur syndic et de ladicte maison, de faire mettre et apposer en sculpture et pemture, tant en la chapelle qu'aux autres endroits et édifices d'icelle, et autres qui en dépendent, une pareille croix, dans les espaces des branches de laquelle, il y aura ces mots : Pour avoir fidellement servy. Et dans un rond qui sera à l'entour d'icelle croix, y sera mis : « Henricus quartus, Dei gratia Francorum et Navarrae rex, nos huroduxisti, sexto Februaru anno 1603 », le tout suivant les modelles et figures qui en ont esté représentés à S. M. qui, de ce, m'a commandé en expédier toutes lettres nécessaires et le présent brevet qu'elle a voulu signer de sa main, et faict contresigner par nioy, son conseiller et secrétaire d'Etat.
Signé : Henry.
Et phis l)as : Ruze.
2 7^ l'hôtel royal des invalides
Les particularitez de la première procession des estropiez
Gazette de France i6j4, 11° io4 (extraordinaire du T^I octobre MDCXXXIV), p. 12 J
Puisqu'il n'y a point d'autre action composée de la charité, de la justice et de cette raaistresse de toutes les vertus, la militaire, que le soin de ceux qui ont prodigué leur vie pour le service de leur prince : je penseroys faire tort à la bonté du nostre, si je me contentoye d'avoir effleuré, comme en passant, dans mes gazettes, la fondation royale de cette fameuse commanderie, que la piété du Roy et de son premier ministre ont dédiée au logement et entretien des pauvres gentilshommes, capitaines et soldats estropiez au service de S. M., et si je ne vous déduisoye plus amplement les premiers devoirs auxquels ils se sont mis pour en faire la reconnaissance, n'estimant pas que je me pusse un jour garantir de blasme, si, pour plaire au vulgaire amateur de nouveauté, je n'osois insister sur des particularitez obmizes ou supposées par d'autres : dont la naïveté toutefois est requise à nostre histoire. En laquelle tout le monde devant prendre part, sçaura que ce ne fut pas sans quelque augure de l'avenir, que le pape Clément VIII imposa à nostre monarque le nom de ce Saint-Louis, l'un de ses prédécesseurs que vingt huit temples, collèges et hospitaux par lui bastis, entre ses autres vertus, ont fait le parangon de tous les roys chrestiens : puisque S. M. à présent régnante sous ses heureux auspices, ne dévoit en rien céder à sa piété, qui outre tant de saints lieux en son nom par elle bastis et restaurez, fait construire un superbe bastiment, contenant vingt-trois arpens de terre, au lieu où estoit le chasteau de Wicestre, par le soin du sieur Saint-Germain de Beaulieu. Ce fust là ou lesdicts estropiez s'acheminèrent le 27 du passé, jour de la naissance du Roy, depuis le prieuré Saint-Martin-des-Champs, demeure du cardinal de Lyon, grand aumosnier de France, administrateur général et surintendant de ceste commanderie, jasques à la chapelle de Bourbon, commencée à y estre construite : en très bel ordre, au son de six tambours et trois fifres : autant de trompettes les attendoient qui firent retentir de leurs chamades cette chapelle tendue de belles tapisseries ou quatrevingt desdits estropiez se trouvèrent ; à leur abord ils furent salués de seize volées de canons et de plusieurs coups de boettes, que le sieur de
la VioUette Lobier, l'un d'eux, y avait fait affuster par l'ordre du Grand Maistre de l'Artillerie. Alors furent par eux et par plus de 2.000 assistans qui y estoient accourrus de Paris, de toutes les conditions, sexes et âges, redoublez les agréables cris de Vive le Roy qui recommencèrent à chascun des trois tours que la procession fit autour de la chapelle, en laquelle ils entrèrent, avec toute la réserve que leur permettoit d'y tesmoigner la foule qui, se pressant, leur en empeschoit l'accéz. La messe y fut célébrée par le curé de Gentilli, comme elle l'avait esté le jour de la Saint-Louis, par l'ordre de l'Archevesque de Paris. A l'offerte furent présentez quatre grands pains par le sieur de Charmot Fillotte, leur syndic, lesquels quatre personnes avoient portez tout le long du chemin susdit et qui est d'une lieue et demie, posez les uns sur les autres en pyramides, garnis de banderoles des armes du Roy et de celles des cardinaux frères. Pendant qu'on les bénissait, les tambours, fifres, trompettes et canons faisoient leur musique ; car ces guerriers n'en vouloient point d'autre. Elle fut recommencée à la fin de la messe et suivie d'un feu d'artifice, dressé à costé de la chapelle par le sieur de La Lande, l'un d'eux, en forme de rocher, où plus de huit cents coups se firent entendre à trois lieues de là. Ces orages ayant cessé, le Père Anselme Cochen, Jacobin, fit la Prédication, qui fut suivie du Te Deum, et cette action de grâces des tambours et autres instruments : à l'harmonie desquels tous ces pains bénits furent reconduits à l'Hostel de Richelieu. Le premier, qui estoit celui du Roy fut laissié au contrôleur de la Maison de S. E. Le second fut partagé en deux et chascune de ses moitiez présentée aux cardinal de Lyon et Garde des Sceaux de France, chacun en leur hostel : qui furent reçus par cettui-ci en personne et par le sieur de l'Estoile, secrétaire du précédent, pour son absence. Le reste du jour fut employé à porter les pièces du troisième de ces pains au Grand Maistre de l'ArtUlerie et autres seigneurs de marque. Comme le 29 ensuivant, le quatrième fut distribué aux premiers Présidens et gens du Roy, du Parlement et Grand Conseil et autres personnes qualifiées : non seulement chacun d'eux, mais tout le peuple tesmoignant la satisfaction qu'ils recevoieut de voir le courage de François mis au plus haut poinct, par l'asseurauce qu'ils ont désormais, qu'en n'épargnant point leurs membres pour le service de leur Roy et de leur patrie, la récompense ne leur sera point aussi épargnée.
276 l'hôtel royal des invalides
Lettre de jMorte Paye (modèle)
ACCORDÉE DANS UN ChATEAU RoYAL
Arch. Hist., vol. XLII., pièce 25j
Aujourd'huy etc., le Roy estant à Saint-Germain-en-Laye, mettant en considération les services rendus dans les armées navalles de S. M. par René du Tremblay, dit La Roze, lequel a esté estropié du bras gauche en servant S. M. au dernier combat donné devant Naples par l'armée navalle de S. M. contre celle des ennemis, et voulant lui donner moyen de vivre le reste de ses jours, S. M., par l'advis, etc., lui a donné et octroyé une place de morte paye dans le chasteau d'Amboise, pour en jouyr ainsy que les autres soldats mortes payes establis en ladite garnison. Mandant S. M. au sieur marquis de Sourdis, chlr, etc., et gouverneur de la ville et chasteau d'Amboise, de faire jouyr ledit du Tremblay de ladite place de soldat de morte paye, en vertu du présent brevet, lequel S. M., par tesmoignage, etc.
Lettre de Religieux Lai
Bibl. Nat., ms. français 4222, fol. 4og-4io
Religieux Layc Louis rtc . et nos chers et bien amez les religieux, abbé et couvent de l'abbaye de..., ordre de..., diocèse de..., Salut, désirant gratiffier et traicter favorablement iire bien amé N. soldat en la compagnie de... au régiment de..., en consrderaon des services qu'il nous a rendus en diverses occasions de guerre, ou U a recen d.verses blessures, dont d est demeuré estropié, ainsi qu'il appert par les certifficatz cy attachez soulz le contresceel de iîre chancellerie, et voulant luy donner moyen de vivre le reste de ses jours; à iceluy pour ces causes avons donne et octroyé, donnons et octroyons par ces présentes signées de nre mam, la place de religieux lay, en vostre d[ite] abbaye, vacante p..r le decedz de G. dernier possesseur d'icelle; ci vous mandons et ordonnons que ledit N. faisant profession de la religion catholique, apostol.que et romaine, vous ayez à recevoir en lad. place de religieux 'ay, et a Inr administrer, sa vie durant, ses vivres, logis, vestemens, chauffages e routes autres nécessitez corporelles, comme' à un des antres relrg.eux d ad. Abbaye, et faisant tel service qu'il pourra, s'il n'est marre et s r est marié hors d'icelle abbaye, luy payer la somme de cent Irvres de lension, par chacun an, de quartier en quartier «, et par advance ou utrement, ainsi que bon luy semblera, et a votre refus, ^elay ou oppo sirion, nous mandons au baiUi de... ou son lieutenant, au - ""du, vostre d. Abbaye est assize, vous contraindre au payement de ladite loLe, et pendant le procez lui adjuger pareille somme de cent livres paTIn par forme de provision, au payement de laquelle norts mandons 'parem^ment audit Bailli ou son lieutenant de ™us contraindre, no - Lt oppositions ou appellations quelconques, pour '-!-"- --^° estre différé ; pourven toutefois que ledit... ne soit ponrveu eM „ a d'aucune autre place de Religieux lay et que celle de vre d. Abbaj ne soit remplie, commandons au premier nie huissier ou sergent, su ce quis, air pour l'exécution des présentes tous exploicts requis e Sessaires, sans demander congé, placer, visa, ne (uc), pareaUs. Car tel est, etc.. Donné à etc..
(i) Ms : quartier répété trois fois.
278 l'hôtel royal des invalides
Ordonnance pour obliger les soldats estropiés de sortir de Paris et d'aller dans les places frontières ou ils seront NOURRIS [modèle],
i5 février i644.
Bibl. Nat., ms. français 4221, fol. 25i v° Dépôt de la Guerre, ordonnances militaires, XVI, 123
De par le Roy
S. M. désirant purger sa bonne ville de Paris d'un grand nombre de soldats qui ont esté estropiez à son service, lesquels ne sont reduitz à mandier leur vie que pour ne vouloir pas soulager leur nécessité par le travail duquel ils sont encore capables, et voulant empescher que la fénéantise et la pauvreté ne les fassent entièrement périr, les envoyant à cet effet en aucunes de ses places frontières où ils puissent estre employez à ce dont les gouverneurs d'icelles les jugeront capables, et leur donnant moyen d'y aller et d'y vivre. Sa Majesté, de l'advis de la Reyne régente, sa mère, a ordonné et ordonne que tous lesdits soldatz estropiez qui mandient dans Paris, dénommez au roolle suivant, expédié sur le rapport du Lieutenant criminel de robbe courte en la Prevosté et Vicomte dudit Paris, après une exacte recherche qu'il en a faicte, vuideront et sortiront de la dicte ville et fauxbourgs de Paris, trois jours après la publication de la présente, sur peine de la vie pour aller aux places, où ils ont esté destinez par ledict roolle et se transporteront dans le mesme temps, par devant ledit lieutenant, pour recevoir de luy les ordres de S. M., en vertu desquels, ils seront reçeus dans lesdites places, avec ce qui leur a esté ordonné pour leur voyage à raison de 1 2 sols par chacun des jours qu'ils employeront à s'y rendre, et lorsqu'ils y seront arrivés, il leur sera payé cinq sols par jour et |fourny de pain de munition, du poids de vingt quatre onces, dont le fonds a esté et sera faict, de temps en temps, par advance.
Ordonne et enjoinct Sa Majesté au Prévost de Paris, ou son Lieutenant civil, de faire publier la présente ordonnance, et audit Lieutenant de procedder selon la rigueur d'icelles, contre ceux desdits estroppiez qui ozeront différer d'y obéir.
Faict à Paris le i5 febvrier 1644.