DE COTTE
S’il s'agit là d'un des généraux du Deux-Décembre, il va de soi que ce nom ne peut se lire à la fois sur une de nos plaques municipales et dans l'immortel livre des Châtiments.
Nettoyons vite !
On voit à l’œil nu dans tous les journaux l’annonce d’une nouvelle société financière ( — encore !) — qui a de l’or à la Guyane Française, mais qui manque d’argent ici, puisqu’elle nous en demande.
Ce qui se détache en première vedette dans cet appel éloquent, comme toujours contresigné par quelques noms sonnants de classes dirigeantes, plus ou moins astérisqués, selon le rite, chevaliers, marquis ou ducs, parmi lesquels le glorieux descendant de « l’Enfant chéri de la Victoire » — c’est la dénomination du gisement aurifère en ces quatre mots fatidiques :
PLACER PAS-TROP-TOT (!...) Ça a toujours été mon avis.
Les rapports entre Russes et Allemands tournent évidemment à l’aigre. Plus vilain que les deux cochers qui se battent à coups de fouet sur le dos de leurs deux bourgeois, un journal russe d’hier va jusqu’à s’en pren-
dre aux dames Allemandes et s'oublie à ce point de les appeler « vaches », — ce qui est les mettre au pis. ( — Pardon !)
Cet oubli de toute galanterie est choquant. Chez nous, les gens mal élevés s’en étaient jusqu’ici tenus à un dicton courant, de goût plus que suffisamment médiocre : « — Il n’y a qu’à dire à une Allemande de » s’asseoir pour qu’elle se couche. » — Un fat que je sais a même eu l’impertinence de prétendre que cela n’est vrai que pour moitié, vu qu’il n’y a besoin de rien dire du tout.
Laissons pour compte ces sottises dont le moindre tort serait de n’être que propos d'ingrats, car les Allemandes ont été de tout temps pleines de bienveillance et d’une prédilection toute particulière pour les Français, — et j’espère bien pour nos petits-neveux qu’ejles persévéreront, — quoique cette préférence constante nous vaille chez « nos frères » du Rhin des rancunes jalouses autrement âcres encore, profondes et éternelles que le souvenir de nos guerres de l’Empire et des incendies monarchiques du Palatinat.
L’HOTELLERIE
J’ai eu jadis pour ami un original qui s’appelait Wolff, comme tous les juifs, et qui était de Cologne, comme tous les Wolff.
Ce brave homme était frappé d’une terreur bestiale quand on prononçait à son oreille le nom de Rothschild. lleine n’en était, lui, qu’au respect-, mais Heine avait déjeuné « famillionnairemcnt » avec le « Baron », et notre pauvre Wolff ne déjeunait seulement pas avec lui-même.
Notre Wolff avait généralement sur toutes choses des idées personnelles, pittoresques mais souvent essentielles. — Par exemple, il se plaisait à nous établir, preuves en main, que, dans le monde entier, il n’existait pas une pièce de cent sous qui ne fût bel et bien la propriété du « Baron ».
« Le Baron », dans sa munificente bonté et encore un peu aussi pour ne pas se faire par trop d’ennemis, « le Baron » voulait bien consentir à laisser en apparence, par-ci par-là, dans quelques tiroirs, en quelques goussets de gilets, un nombre préalablement par lui limité de pièces de cinq francs. Mais c’était à la condition expresse que chacun de ces écus restât tenu par un fil imperceptible, de longueur appropriée à la distance; et tous ces fils de tous les points du monde, tous, sans exception, aboutissaient en unité dans la
main du « Baron » qui ne les lâchait jamais, — dormant avec.
Ainsi s'expliquaient dès lors tout naturellement, grâce au bon Wolff, les grandes commotions financières et les petites aussi. Tout le monde va toujours, dans ces cas-là, se casser la tête et chercher quatorze heures à midi. C'est la guerre, c’est la paix. Les uns disent : c’est ceci ; les autres : c’est cela. WolfT nous disait tout de suite : Voilà ce que c’est! Et admirez quelle simplification vraiment géniale ! — Il y avait baisse : c’était ce le Baron » qui s’était levé un peu nerveux, et qui — vli ! d’un petit coup sec, avait donné l’éveil à toutes les pièces de cent sous, qui se serraient aussitôt toutes agitées, se cachant les unes derrière les autres. — Mais « le Baron » s’adoucissait, et, les fils lâchés, toutes les pièces avaient immédiatement repris confiance. — Enfin cc le Baron » voulait en finir et rentrer dans ses fonds : — vlan ! un bon coup de coude, en ramenant le poignet, — et toutes les pièces étaient rentrées au bercail, c'est-à-dire dans sa caisse.
Mon cher et regretté Charles Asselineau nous disait que Wolff était fou; — Asselineau en était-il bien sûr?...
L’HOTELLERIE