A U NOM VE LA DIGNITÉ DE LA FRANCE
- désormais, paraît-il, confiée à leur garde.
Si la « dignité » de la France était là en effet, aux tirés de Rambouillet, si notre grand et noble pays de sciences, de lettres, d’art et d industrie n’avait d'autre attrait pour les touristes, même augustes, que ces odieuses boucheries de bêtes innocentes dont 1 odeur de sang venait jadis à nous en buées abominables, la France serait bien malade — et les augustes touristes aussi. *
Mais laissons cela et résumons.
Qui d’abord, et au profit de qui, peut se permettre de prêter aux Chambres un vote qu’elles n’ont pas émis?
Qui, après leur avoir dicté ce vote, a l'audace de* l’exploiter d’avance comme acquis?
Qui, enfin, ose prendre à cette heure la responsabilité de la perte de plus d’un demi-million au détriment du Trésor public ?
Encore n’ajouterons-nous pas que tant d’argent
perdu l’aura été pour rien et sans même avoir servi aux plaisirs « augustes » de nos visiteurs princiers, s’ils nous visitent, ni même de notre président, vu que la société actuelle de Rambouillet ainsi expropriée, en bonne réplique de droit commun, n’y laissera certainement pas un merle.
11 nous faudra regiboyer. — Là encore, qui paiera? La chasse de Marly, si dédaigneusement traitée de « bourgeoise » aujourd’hui, fournissait tout au'ant de gibier que Rambouillet pour le moins. Mais pour récolter, il faut semer, et puis cultiver et entretenir, même en vénerie. Si Marly s’est « embourgeoisé », c’est-à-dire dépeuplé, c’est qu’on l’a épuisé sans rien lui rendre. Ces plaisirs de grandes chasses sont, paraîtil, joies de haute liesse; mais il paraît aussi que ça coûte très gros. Nos grands seigneurs de ce matin ne s’en doutent pas encore, ne l’ayant pas appris à leurs dépens, puisque nous avons jusqu’ici payé pour eux. Mais allons-nous encore poursuivre sur Rambouillet les frais de l’éducation commencée à Marly?
On a bien des fois parlé des républiques diverses et d Athènes et de Sparte. Je cherche en vérité, dans quelle république au monde on pourrait trouver place pour d’aussi antirépublicaines et impertinentes façons. Molière lui-même n’eût pas osé pousser son Monsieur Jourdain jusqu’à Rambouillet.
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Mais ce n’est pas tout, et que nous dit-on encore?
« Le parc de Versailles , dont la location expire à la r ) même date que celle du parc de Rambouillet , ne figu- » reraitpccs, lui non plus , sur les affiches des adjudica - » tions du 16 courant en Seine-et-Oise ? »
Et de trois, donc ! Pourtant, quelque princier que soit le premier visiteur attendu par M. Grévy, il ne peut séparer en trois son auguste personne sur Mari y, Versailles et Rambouillet. On ne court déjà pas commodément deux lièvres à la fois : trois chevreuils, que sera-ce?...
Mais je sens trop en moi qu’il n’est pas là matière à rire.
Si des amis bien dangereux et bien coupables ont pu fatiguer, jusqu’à les assoupir et les surprendre, une simplicité de vie jusqu’alors respectée de tous, une austérité de longue date sur laquelle il nous était bon de compter toujours, c’est à nous de nous défendre contre des prétentions non plus seulement ridicules, mais audacieuses jusqu’à l’outrecuidance, et qui, non refoulées, donneraient toute raison au dicton réactionnaire tant de fois éructé :
« — Ote-toi de là que je m’y mette. »
Du premier de nos fonctionnaires indignement abusé, nous en appelons au citoyen Grévy que jadis on ne trompait pas; mais, surtout, du président nous en appelons à « l'homme »...
Eh bien! non, non! 635,000 fr. pour poudre aux moineaux, gâchés comme cela d’emblée, de parti pris, le cœur léger 1 Et à quel moment vient-on nous apprendre cette nouvelle ? A cette heure où il fait si froid, où tant de pauvres gens ont tant besoin, par ces neiges glacées, par ces frimas, par cette bise, par cette détresse, par cette faim? Non, ce n’est pas ! Personne, à cette heure où villes et campagnes, et la grande Ville première grelottent sous la neige et la glace, personne n’oserait tendre une main impie sur tout cet argent avec lequel on peut faire un peu de bien contre tant de mal !
Non, ce n’est pas vrai ! — Et si c’est vrai, qu’importe encore : — c’est impossible !
A Berne. — Le néo -catholique Jean Wallon. — Les héros de la Vie de Bohème. — M. Loyson, curé de Mabille. — Les abjurations d’Henri Heine. — Au Restaurant des Pieds humides. — Gare les jambes! — Le sculpteur X. — Quand on fait une fin. — Les tripes à la mode de Caen. — Les poésies de Préault. — Bienfaiteurs et obligés. — Une date. — Les chevaux innocents. — Un sur vingt! — Notre Conseil municipal. — Pourquoi?
J’arrivais pour la premièrefois à Berne par l’automne, vers quatre heures du soir, pour y passer la nuit et le lendemain .
Je me préoccupais, en descendant du chemin de fer, des moyens d’employer au moins mal mon temps dans cette vieille ville pour moi nouvelle, lorsque, tout justement en entrant sous les arcades sans fin de la grande rue, je me cogne dans deux individus, — dont un prêtre catholique, en soutane et grand chapeau.
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« — Ah !.. . Nadar !!!...» — s’écrie celui qui n’était I pas le prêtre.
C’était Wallon, mon bon, mon excellent, mon vieux Jean Wallon, écrivain théologue relaps et persistant, la bête noire de Veuillot qui le perfora parfois ; Wallon avec son honnête figure de châtaigne d’eau, en as de carreau, que Mürger emprunta à notre vieille bande du café Momus pour l’exhausser nominalement en Colline , le philosophe de la Vie de Bohème ; Wallon, le dernier survivant de la bande joyeuse avec Schann- Schaunard et moi; Wallon le plus brave homme de la création, mais que j’ai toujours tenu pour bon à enfermer ; aussi comme il me le rend bien ! Moi, il me lierait.
Wallon nous présente, l’un à l’autre, son curé et moi ; ils se chargent tous deux de ma personne, et m’emmènent.
Notre curé me fait l’effet d’un bon diable, un peu bizarre, presque l’allure d’un quelqu’un qui serait déguisé en curé ; d’autre part, il n’est pas sans un certain aplomb, car son costume, assurément unique dans ces rues ultraprotestantes, attire l’attention et provoque les gamins. Mais l’abbé prend très bien la chose, — et au surplus, il est porteur d’un bâton à l’endroit où à l’envers de ceux qui s’approcheraient un peu trop.
« — Et que fais-tu à Berne ? avais-je déjà demandé deux ou trois fois en route à Wallon.
« — Je t’expliquerai cela tout à l’heure, à table... »
Nous sommes arrivés et nous dînons sur une terrasse, d’où nous contemplons les neiges de la Yungfrau, rosées par le soleil couchant...
Là enfin, Jean Wallon m’explique pourquoi il est à Berne.
Il y est venu fonder une nouvelle religion — bone Deus ! encore ! — Il a détourné l’abbé qui se trouvait mal à l’aise dans la sienne, ou bien l’abbé s’est suffi pour se détourner tout seul, et depuis deux ans, ils sont là attelés tous les deux, — folie parallèle, — soufflant, anhelant et crevant à cette drôle de besogne.
Tour ceux qui aiment les « dénouements », je termine ici bien vite en disant que mon Wallon resta à Berne un' an encore, — total : trois ans, hivers compris ; ils Sont durs par là ! — et qu’il s’en revint comme il était venu, sans avoir fondé sa paroisse Walloniste. Je suppose qu’alors l’abbé et lui se dispersèrent. Ce qui m’en console, c’est que nous y gagnâmes une église en moins.
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Je me rappelais tout à l’heure mon candide Wallon, en lisant — sans comparaison ! — une dernière réclame de M. Loyson Hyacinthe.
Jadis j’avais été, comme l’univers entier, poursuivi par une autre réclame photographique de ce desservant de Tertullias, curé de Mabille et archidiacre de « Va lente », — représentant impudiquement un homme gras au sein d’une famille touffue ( — Eh quoi ! monsieur ! faire servir à ça des petits enfants innocents !...), l’homme, rasé jusqu’au bleu des tempes comme Brasseur, en bâtisse sur le devant, — un de ces bedonnants dont le menton épais commence à reluire dès le second plat.
Cet homme non moins évangélique que de publicité, toujours à l’affût dans le désert de son Coin du quai, ne pouvait manquer de sauter sur l’occasion de tapage profitable à lui fournie par M. Naquet. Immédiatement il a trouvé un ou deux journaux qui ont de la bonne volonté et de la place de reste pour annoncer qu’il va à son tour traiter la question du divorce. 11 est, tout pesé, pour le père Didon, — comme s’il nous avait manqué une dernière raison pour être contre.
Ce fut et ce sera pour moi une rancune éternelle contre II. Heine qu’il vendît deux fois ou trois le
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Dieu qu’il n’avait pas. Encore Heine était-il le poète exquis que nous admirons et aimons.
Mais si parmi tous ce^ mystagogues, schismatiques, renégats même, il en est qu’une monomanie décrite, — besoin de vérité, soif du bien, — pousse vers des routes nouvelles h jamais inaccessibles à la raison, — quelle doit être la rapidité de notre fuite à l’approche de ces marchands de bons Dieux qui n’ont rien pour eux, rien que le verbiage courant et coulant d’un stagiaire d’office, — et qui ne passèrent pas même seulement, comme mon bon Wallon, trois hivers dans les neiges bernoises ?...
Toutes ces religions-là me font l’effet du bouillon de la rue Montorgueil, quand, à la dernière heure, on allait fermer le « Restaurant des Pieds humides » et que le garçon débuchait, une fois suprême, de la cuisine, brandissant son baquet et criant :
« — Personne n’en veut plus?.. . Gare les jambes !!!..»
Le sculpteur X... est insupportable. De talent
médiocre, il a toutes les vanités, et en crève. Absolument il faut qu’on ne s’occupe que de.Iui.
On parlait l’autre jour d’un absent, ce qui était déjà fort désagréable à X..., et c’était pour en dire du bien, ce qui devenait tout à fait intolérable. Les éloges ne tarissaient pas et X..., de plus en plus agité, en arrivait à ne plus pouvoir tenir sur sa chaise.
« — Quel homme charmant ! disait-on.
» — distingué...
» — démérité...
» — doux et brave...
» — dessinant à merveille...
» — musicien de premier ordre.,.
» — ... et ne parlant jamais de lui ! »
Ici, X... n’y tient plus — et éclate :
« — C’est comme moi !!! » s’écrie-t-il.
L'ancien héros des bals de l’Opéra, du temps qu’or allait aux bals de l’Opéra, notre vieux bohème Gas-
pard a fini par se décider au mariage, bien qu’il fût le moins mariable des hommes. Mais il avait par deux et trois fois épuisé le stock des dames de Mabille et des restaurants de nuit. Il fallait se décider à faire une fin.
Il est tombé, comme tous ceux qui se marient, sur une jeune fille d’honorable famille, simple et timide.
Le lendemain matin, Gaspard tourne et retourne dans la chambre nuptiale, un peu embarrassé luimême de la situation nouvelle, mais n’ayant, d’instinct, qu’une idée fixe : — sortir !
Il se décide enfin, prend son chapeau et, se retournant vers le lit :
« — Eh bien ! ma petite... Quand te reverrai-je?.,. »
C’est lui qui me disait, — car on n’a jamais pu lui reprocher d’être bégueule ni de s’effaroucher devant le trivial;
« — Dans la vie de plaisirs, on tombe parfois sur cer-
L’HOTELI,ERIE
taines rencontres sans gloire, mais non sans profit, dont on ne se vante pas, dont on serait même un peu honteux, mais qui ne manquent point de charme. Ces personnes — je ne pense à aucune analogie physique — me font l’effet des tripes à la mode de Caen : — c’est hon, exquis même parfois, mais à l’expresse condition qu’on ne pense pas qu’on en mange, ni qu’on en mangera, ni surtout qu’on en a mangé... »
Le sculpteur Préault avait concentré à peu près la même pensée abominable dans ce vers célèbre et unique, le seul qu’il ait jamais produit :
« Tout homme a dans son cœur un cochon qui sommeille. »
On est fatigué d’entendre toujours la même éternelle plainte contre les « ingrats », et il serait temps de rétablir enfin l’ordre réel des choses.
Il me semble que tout bienfaiteur, déjà largement
payé par l'infinie jouissance du service rendu, qui compte encore sur la reconnaissance, commence à devenir un peu excessif ; — mais s'il prétend en plus à la restitution, que laisse-t-il donc à faire à un usurier?
Tout le monde dit : j'ai mes pauvres ! — et pourtant combien de pauvres n’ont personne !...
Le jour de dimanche, 28 décembre 1879, avant neuf heures du matin, j'ai vu arrêter devant ma maison cinq tombereaux chargés de neige et attelés chacun de deux chevaux.
Jusqu'à une heure un quart de l'après-midi, heure de leur départ, ces tombereaux sont restés sur place, — chargés et attelés.
Où étaient, que faisaient pendant ces quatre heures,
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pour ne pas dire cinq, les conducteurs de ces tombereaux, — hommes, chevaux et charrois stérilisés ?
Lés chevaux, glacés sur place, frappaient de leur sabot la neige pour se réchauffer, et quelques-uns, énervés de l’attente, montaient sur le trottoir, coupant le passage aux piétons, et y restaient pour changer et se distraire.
Pendant ces quatre mortelles heures sans fin, ces chevaux ont-ils eu besoin de manger ou de boire? Ontils eu, dans ce cas, le nécessaire? — Je le demande.
Pauvres chevaux innocents !...
Sur combien d’autres points de la Ville assiégée par les neiges — et partout ailleurs — à ces mêmes heures et à d’autres encore — la même improductive dépense de personnel, chevaux et charrois ?
Quels chiffres peut représenter l’ensemble de ces dépenses stériles?
Quels chiffres encore, ces brigades d’hommes levées pour le nettoyage des rues, l’amoncellement des neiges, le dégagement des ruisseaux ?
Or, sur vingt hommes d’une brigade — je dis ce que je vois, comme nous le voyons tous, sur tous les points,
DES COQBECIGRUES
de jour et de nuit, presque invariablement, — UN — je dis UN — homme de l'équipe travaille pendant tout le temps de sa tâche avec suite, conscience; deux eneore, trois peut-être, mais plus mollement. — Tous les autres contemplent ces trois-là et, de temps en temps, quand ils ont nécessité de se réchauffer par un peu d'exercice, ou simplement quand ils sont fatigués de ne rien faire, ils donnent nonchalamment de ci de là un coup de pioche ou de pelle, — le tout sous la surveillance des brigadiers.
Je constate. Je ne critique rien, je ne m’en prends à personne, ni surtout à notre Conseil municipal de Paris, — celui de tous nos corps administratifs qui fait assurément la plus suivie, la plus consciencieuse, la plus utile, la meilleure besogne, — et le seul que nous ne payions point, — logiquement.
Dans quelles proportions une surveillance, une discipline plus sévères pourraient-elles arriver à pallier ici le vrai mal, mal géfléral trop profond, qu'il faut bien ; nous décider à regarder en face, si désagréables et importuns que soient ceux qui nous le montrent : — le défaut absolu d'intérêt commun, c’est-à-dire l'antagonisme social ?
Nous avons pu voir à un moment suprême, quand
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l’ennemi foulait le sol sacré, toute une population de déshérités debout et restant héroïquement debout, par la faim, le froid, sous les obus et, pis encore, sous l’inaction forcée, pour défendre la propriété qui ri était point sienne. — Nous avons aussi vu ce qui s’en est suivi : l’Assemblée monarchique de Bordeaux, l’audacieux déni du droit, l’injure grossière et publique aux représentants du peuple les plus légitimement populaires, la loi des loyers, celle des échéances, — et le reste...
Sommes-nous bien sûrs, nous qui usons à politicailler le temps si précieux, ce temps qui nous brûle, — sommes-nous bien sûrs d’avoir le droit d’étre absolument, rigoureusement sévères pour ceux qui se désintéressent du bien public, pour ces salariés qui ne gagnent pas leur salaire, — comme tant d’autres ! — quand nous sommes tout fiers d’en être encore à ce palliatif si dérisoirement insuffisant qui s’appelle la Charité, — lorsque, sous la calamité présente qui nous frappe tous indistinctement, petits, moyens et grands, fléau dont les conséquences sont aussi désastreuses que celles d’une nouvelle invasion, — la Solidarité du Mal, si cruellement évidente, ne parvient même pas seulement à nous faire entrouvrir les yeux à l’indiscutable, inéluctable nécessité de la Solidarité du Bien ?
Le petit Larochefoucault (non Bisaccia). — La bûche du Bohème. — Un panier percé. — Le veuf. — Les secrets de l’art. — Les loups n’ont pas de gorge. — Compteur gelé! — Le pays des Fourrures.
— L’entrée du Portugal. — Mort aux chapeliers ! — Tous boyards!
— M. Thiers et son pantalon gris. — Monsieur Charles ! — Le vieux carrick à papa. — Les draps en varech. — Quatre et demi kilos !
— Souvenir de Dantzig. — La fêle des Rois. — Trois ivrognes. — Un Polonais qui se flatte. — Le divorce. — Une dent humaine!
La première moitié de la vie s’emploie généralement à embrouiller la seconde, et la seconde à débrouiller la première.
Tendre la seconde joue au soufflet! Abnégation surhumaine bien faite pour toucher une âme tendre, — jus-
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qu’au jour où elle s’aperçoit que l’admirable maxime a été faite surtout au profit de ceux qui donnent les gifles aux autres.
Assaut de racontars entre Bohèmes : — misères, détresses, ruses de guerre.
B. . . raconte que lorsqu’il demeurait au sixième étage, rue Saint-Marcel, il s’est très bien chauffé pendant tout un hiver avec une seule bûche.
Il la jetait du haut de l’escalier, se précipitait pour l’aller chercher, la remontait en grimpant quatre à quatre, la jetait encore jusqu’à plénitude de chaleur naturelle.
Mais le vieux G... :
« — Panier percé, va! Pourquoi la bûche?;
Le petit Jules, qui a perdu sa mère en naissant, a été élevé par son père. L’enfant, qui commence à grandir, doit assister au mariage d’une cousine.
« — Et toi, Julot, quand te marieras-tu ?
» — Moi, jamais ! J’aime mieux rester veuf! »
Le miniaturiste Vernet était de riposte.
Il est invité à dîner à la campagne chez un de ses clients, M. Blanchon, homme plein d’importance, marchand de sucre retiré des affaires et âne bâté s’il en fut : — somaro , ma somaro solenne !
Après le dîner, M. Blanchon fait servir le café dans le « kiosque ». Le dialogue, qui ne court pas d’ordinaire avec M. Blanchon, tombe sensiblement, lorsque tout à coup l’amphitryon part au repos — et, de son creux le plus grave :
« — Mossieu Vernet ! Une chose que je n’ai jamais pu comprendre, c’est cette quantité, cette variété, je dirai même cette diversité de couleurs que vous autres peintres vous employez sur votre palette. — Pourquoi?... »
La question aurait assommé un bœuf. Mais Yernet :
» — Ah! monsieur Blanchon, pardon. pardon ! Vous avez les secrets de votre art ; — permettez-moi de garder les secrets du mien !... »
Guibollard a profité de la saison pour visiter Fontainebleau. On lui a tout montré : Franchard, Apremont, la Mare aux Fées, les Longs Rochers. — Mais, à la Gorge aux Loups, il s’est récrié et, haussant les épaules :
« — Comme si les loups avaient de la gorge!... »
DES COQUECiGRUES
Encore Guibollard :
Il rentre de sa partie de dominos, le soir, par le boulevard. — Une de ces dames le bouscule.
« — Hé ! va donc, compteur gelé ! »
Guibollard, interloqué :
« — Je ne vois pas le rapport... »
Notre zone ayant eu la fantaisie de devenir hyperboréenne, nous avons dû nous élever à la hauteur des circonstances. La contrée de ce vieux Mürger, déjà propice à l'éclosion des ours blancs, est devenue « le Pays des Fourrures » de l'ami Verne.
Chacun a arboré le poil de bête — « l'entrée du Portugal, la bête sur l'animal »! — et il faudrait vraiment à l’heure qu’il est arriver au bas de l’échelle après le dernier des derniers pour n'avoir pas au moins troqué son melon de feutre ras contre un astrakan imitation-première.