X... s’est dispersé du coup
Dans un non moins vieux vaudeville de Duvert Lausanne, Arnal disait :
« — Lord Byron, — que les Anglais, dans leur ignorance de la prononciation française, appellent « lord Baïronne ...»
Je me suis demandé quelquefois et je demande au Courrier de Vaugelas si notre mot d’argot enfantin « chipper » ne viendrait pas du nom légendaire et populaire chez les Anglais, de Jack Sheppard , célèbre voleur du dix-huitième siècle, queMme Marie Laurent représentait avec tant de succès dans le drame les f h eva lier s du Brou ilia rd .
Si j’ai gagné un lapin, passez-le!
DES C0QUECIGRUE3
Le monsieur distrait est debout entassé avec d’autres dans une embrasure de porte. Chacun se hisse sur les pointes pour voir les danseuses.
Le Monsieur distrait. — Tiens ! tiens ! ! ! tiens! ! !... Mais, est-ce que Mrae Y... n’est pas enceinte?
Son voisin, très monté. — Faites donc attention une fois en votre vie à ce que vous dites, monsieur, si vous en êtes capable ! Vous savez bien que Mrac Y..., ma sœur, est veuve depuis dix-huit mois ?
Le Monsieur distrait, se confondant en excuses. — Oh ! mille pardons ! je la croyais toujours demoiselle !...
. . . Au moment où nous arrivions, Elle et moi,
à l’angle des rues Pasquier et Chauveau-Lagarde, la pluie recommença à tomber. Elle avait, comme par un fait exprès, sa robe de visites de noces, toute fraîche et neuve. « — Pressons le pas ! lui dis-je. Yoilà l’ondée qui reprend, et ils doivent déjà être à table. »
L’HOTELLKRIK
Nous prenions notre élan, — quand d’ensemble nous nous arrêtâmes court :
Un petit chien, dont les os perçaient la peau sous ses poils collés par la pluie, laid, archibâtardé, sans couleur appréciable sous la boue, grelottant, la queue entre les jambes, était campé, seul, au milieu du carrefour. Il y eût semblé figé sans son frissonnement non interrompu.
Il interrogeait mélancoliquement de l’œil les quatre rues autour de lui, se demandant laquelle lui serait moins inclémente pour y pousser son vagabondage sans espoir...
Il me regarda — étant le plus grand des deux devant lui et comme de juste devant le plus protéger, — il me regarda d’un regard profond, plein d’éloquence muette, de prière humble et d’angoisse, — le regard de l’isolé, de l’abandonné, du condamné.
Et ce regard du misérable disait : — Est-ce celui-là, enfin, ô mon Dieu! qui me fera miséricorde? Est-ce lui qui va méprendre et défendre, qui va me donner le toit, me réchauffer, me nourrir ? Est-ce lui qui va me rendre la vie quand la mort déjà me tient ?
Je l’avais bien vu, certes, mais je ne l’avais pas regardé.
Si je l’avais regardé, — oh ! si je l’avais regardé,
j’étais perdu, je l’avais bien senti. Aussi m’étais-je détourné d’un air indifférent. .. — Mais Elle , il y avait Elle!... — J’avais eu beau me mettre bien vite entre ce regard et elle, elle l’avait senti plutôt encore que vu, — et c’est elle à son tour qui me regardait, bien tout au fond de moi, et qui, muette aussi, m’interrogeait — et me priait...
Tout cela, rapide comme la pensée et aussi comme l’irritation qui me gagnait, l’irritation de l’homme qui déjà n’est pas content de lui. — Eh bien ! quoi ? Est-ce que je ne le vois pas, moi aussi, le petit chien? Estce que je suis un être sans cœur, un méchant ? Mais, en vérité, puis-je amener cette horrible bête, ce lambeau boueux, chez des hôtes qui nous connaissent à peine ? — Et nous sommes en retard, et les secondes s’ajoutent aux minutes, et cette pluie qui tombe !.. ) — Encore, faut-il ramasser tous les chiens errants ? — Et qui nous dit que celui-ci n’est pas enragé ? etc.
Il fallait trancher d’un coup, enfin : — « Et puis, dis-je résolument, pense donc : ça nous en ferait trois ! ! ! — Allons, viens ! »
Et je l’entraînai — sans flous retourner.
Mais nous n’osions plus nous parler, et le regard du pauvre petit chien, dans ma pensée, me suivait, reproche obstiné, remords....
I/HOTELLERiE
Je l’entends, Elle , je l’entends toujours, entant encore, à peine femme; j’entends sa voix, infiniment douce, un peu hésitante et qui, par exception réservée, ne s’affermissait qu’émue.
Elle me disait, dans ces commencements :
« — Tu en sais bien plus que moi et il m’est bon de te croire toujours en toute chose ; mais là, je ne le puis plus et je sens bien au fond de moi que je ne le pourrai jamais. Comment serais-je jamais heureuse, qui jamais au monde pourrait être heureux lorsqu’il y a tant de mal? J’aurais ton amour éternelle conserverais éternellement autour de moi tous ceux que j’aime et qui m’aiment, tout ce qui est le bonheur pour nous me serait accordé sans réserve et sans fin ; — mieux encore, je vivrais à jamais en esprit avec toi dans l’extase d’un rêve charmant, par l’espace, la clarté, les oiseaux et les fleurs, — que la pensée du mal des autres, cet insupportable remords, viendrait au milieu de mon abominable, égoïste oubli, me percer comme une lame aiguë. Comment^ je jouis de tout et tant d’autres manquent de tout! Celui-ci a faim, cet autre a froid. Au fond des hôpitaux, le pauvre meurt dans la souffrance, sans la famille, sans l’ami. Je vois le captif, je vois l’exilé, je
DES COQCEC.GUÜES
vois celui qui tend vainement la main. Us souffrent et ils s’en vengent en étant mauvais. Us martyrisent, ils supplicient jusqu’au tout petit enfant qui n’a jamais fait de mal. Us achèvent sous leurs coups le cheval tombé. Que d’horreurs! — Oui, je sais qu’ils ont imaginé, pour ce qu’ils croient le bien, je ne dis pas non, — cette religion qui veut que tout soit au mieux, et que le mal soit nécessaire et profitable. Mais j’ai beau vouloir me soumettre, je ne peux pas, et il me semble que je suis un monstre quand il m’arrive de sourire. — Tiens ! seulement, te le rappelles-tu, notre pauvre petit chien mouillé?... »
Si je me le rappelais ! Il m’étouffe encore. ..
(Extrait des Mémoires de Gaspard, — à jamais inédits.)
La Chapelle Épilatoire. — Jules Simon et l’archevêque de Paris. — L’emballeur Commerson emballé. — Au pays des Coquecigrues. — Joseph et la Putiphar. — Le Constitutionnègre - — Sus aux socialistes! — M. le vice-président Biscotin. — L’odieux Papon (extrême gauche). — Mayeux, Prudhomme, Macaire, Vireloque, Calino, Guibollard et M. Petdcloup. — Villemessant modiste. — Le poète Banville. — Gagner la belle . — L’avoué canotier. — Trochu le macrocéphale. — Avant tout les Prussiens! — En Afrique. — La Charogne. — Les pommes vertes.
Je contemple toujours avec étonnement la Chapelle dite Expiatoire de la mort de Louis XVI — que les concierges du quartier, gens irrévérencieux, ont tort d’appeler « Explicatoire », voire « Épilatoire ».
Cet appel, désespéré et stérile, d’un irrévocable arrêt, — en pierres de taille, d’un style médiocre et tout à fait désobligeant pour l’œil, ne me gêne pas d’ailleurs autrement dès qu’il reste trois ou quatre fidèles encore qui semblent tenir beaucoup à y venir une
L’HOTELLERIE
fois 1 an; autant qu’on le peut, il ne faut désobliger ni déranger personne.
Mais, d’autre part, il faudrait un peu aussi considérer, au noin de l’histoire et de la logique, que cette chapelle est le démenti flagrant et permanent, la négation quelque peu provocante de tout ce que nous avons fait, de tout ce que nous avons été depuis 89. Elle supprime tout, jusqu’à notre État civil, et si elle existe, c’est nous qui n’avons pas le droit d’exister.
Au moins sur cette contradiction de simple détail, et qui n’est pas sans agacer quelques-uns, est-ce qu’il ne serait pas un peu temps de s’entendre ?
Toute religion, avant d’être une utopie, puis un dogme, puis une tradition, a irrémissiblement commencé par être une révolution. Le Christ est un de nos plus grands révoltés.
Il faut bien que nos plus déterminés conservateurs et immobilistes reconnaissent cette vérité historique, pour peu qu’ils entr’ouvrent les yeux.
DLS COQUECIGUUES
Toute tradition étant, de par son nom même, faite pour être transmise à ceux qui en veulent, on comprend qu’une Religion s’accepte, — pourvu qu’on ne l’impose pas.
Il est encore et surtout intéressant pour la conservation et la perpétuité des Religions qu’on ne les impose pas à l’effet d’en tirer profit. Ce fut une mauvaise heure pour elles quand un Maître put écrire : — Lorsqu’on te parle de Dieu, mets la main sur ta poche !
Ln fait de Religion, c’est-à-dire de Foi, puisque seule la Foi sauve, il semble dans la logique ici relative qu’il ne soit rigoureusement à admettre que la soumission pure, pleine et entière, — aveugle.
Mais généralement les gens qui ont ce qu’ils appellent une religion se la taillent sur le patron de leurs défauts et de leurs vices, allongeant de ci, coupant de là, acceptant du dogme ce qu’il leur convient, en rognant ce qui les gênerait, le tout à la commodité de la demande. — Cela fait une très grande quantité de religions.
L’IIOTI'XLEIUE
Ce qui est plus bizarre, c’est que lorsqu’ils ont ainsi disposé leur traversin, ces gens-là y dorment tout à fait tranquilles.
J’ai connu aussi un athée forcené qui nous disait en roulant des yeux terribles :
— Moi, Monsieur, je ne suis pas un imbécile : je ne crois pas à toutes les bêtises des prêtres, je ne crois pas en Dieu, moi, Monsieur ! — mais je crois qu’il y a un Etre suprême , qui .
Et les déductions s’ensuivaient.
Mais il y a plus fort encore que toutes ces religionslà : — c’est la religion présente de Jules Simon — l’homme qui a inventé la fameuse formule : « profon-
dément républicain, et profondément conservateur. »
— sans pareil, d’autre part, pour imiter dans les sociétés le cri du petit chien « que l’on lui a marché sur la patte. »
Du temps que cet équilibriste était ministre de l’Intérieur sous le « loyal » Maréchal, un député de nos amis le rencontre sortant de la Chambre au commencement delà séance.
— Comment , Monsieur le Ministre , vous nous quittez, déjà ?
— Oui, répond le fils de Voltaire par le trou le plusdouxdesa flûte, componctueux, tout miel et cire:
— je viens d’apprendre que Msr l’Archevêque souffre d’un méchant vilain rhume et je vais passer une petite demi-heure auprès de lui pour le consoler un peu... [Textuel.)
Et il file de côté, demi-voûté, l’œil en boutonnière de soutane...
CO