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LE PLACEMENT

Les travailleurs de l’hôtellerie changent fréquemment de situation. Cette instabilité tient à la nature même du travail, essentiellement saisonnier, et aussi à la facilité avec laquelle, une place quittée, ils peuvent en trouver une autre. Un poste de portier, par exemple, demande les mêmes aptitudes et sensiblement les mêmes connaissances dans quel que hôtel que ce soit: à Paris, sur la Côte-d’Azur ou même à l’étranger, pourvu que l’employé ait la formation de base indispensable. De même, un commis de restaurant, un chef de rang, un valet de chambre trouveront à s’employer dans un hôtel du nord, du sud de la France, en Europe ou ailleurs. I suffit pour cela qu’ils s’adressent à une agence de placement qui, sauf en période de crise, aura tôt fait de trouver du travail à un employé de bonne volonté et sérieux. Le placement dans nos corporations a donc provoqué l’éclosion d’une multitude de bureaux plus ou moins recommandables, souvent lieux de tractations dangereuses pour le travailleur, ayant la plupart du temps pour siège un café et contribuant à la démoralisation du personnel. Heureusement, les lois des 14 mars 1904, 2 février 1925 et 19 juillet 1928, vinrent soumettre le placement, tant payant que gratuit, à des formalités destinées à permettre le contrôle des autorités administratives. Ces lois, dont les dispositions sont insérées dans le Code du Travail (1) ont éliminé un grand nombre d’officines louches et tendu à assurer une certaine régularité et une moralité

(x) Code du Travail, livre I, art. 59 à 98, 102 à ro8.

dans les opérations de placement (1). Actuellement fonctionnent dans ce but

1° Des bureaux de placement privés (2).

2° Des bureaux de placement paritaires municipaux et départementaux.

1° Opérations des bureaux de placement privés

La loi du 19 juillet 1928 (art. 79 et suivant du Livre I du Code du Travail) divise les bureaux de placement privés en deux catégories très distinctes : les bureaux autorisés et les bureaux déclarés.

Les premiers comprennent essentiellement les bureaux de placement payants, c’est-à-dire ceux qui sont autorisés par l’autorité compétente, d’une part à effectuer des opérations de placement dans une ou plusieurs professions et dans une circonscription déterminée (le plus souvent la commune) et, d'autre part, à percevoir des seuls employeurs une taxe par chaque travailleur placé, taxe dont le taux est fixé par l’arrêté d'autorisation. Rentrent également dans cette catégorie les bureaux, même gratuits, créés par des groupements ayant pour but principal le placement de leurs propres adhérents ; le nombre de ces bureaux qui ont été autorisés est infime.

Les bureaux déclarés comprennent les services de placement gratuit, fondés et administrés, au profit de leurs adhérents, par les Syndicats professionnels de patrons et ouvriers ou employés, les Sociétés de Secours Mutuels de

la loi du 1° avril 1898 et les associations régies par la loi du 1° juillet 1901.

Aux termes de l’art. 81, ajouté par la loi du 19 juillet

(1) La Fédération Nationale des Travailleurs de l'Alimentation estime que le placement donne lieu encore à de sérieux abus et bataille pour fair donner aux Offices départementaux et communaux paritaires le monopole du placement des travailleurs de l’industrie hôtelière.

(2) Voir le court historique sur le placement des travailleurs et le régime actuel du placement gratuit et payant dans Précis de Législation industrielle, Dalloz, 1927.

Voir une abondante documentation sur le régime des bureaux de placements avec notes jurisprudentielles, dans le 11° rapport présenté au Conseil général de la Seine sur le fonctionnement de l'O.D.P. pendant l’année 1929.

1928 au livre I du Code du Travail, les bureaux autorisés ou déclarés sont tenus de faire parvenir à l’Office départemental de placement public leurs statistiques des offres et des demandes d’emploi non satisfaits et des placements effectués.

Nous ne sommes pas en mesure de montrer quel est le nombre des placements faits dans l’hôtellerie par les bureaux de placement privés, tant par les bureaux autorisés que par ceux qui sont déclarés, les statistiques officielles classant notre industrie sous le titre général de « Commerce de l’alimentation ».

Nous pouvons noter, cependant, que le placement dans les commerces de l'alimentation est encore effectué en grande partie par les bureaux privés, ainsi qu’il ressort de la statistique suivante :

Opérations de placement dans l’ensemble des départements

(y compris la Seine) (1)

Nombre de Placements

A demeure En extra Total Pour cent à feL Pour 4 Office publics départe- MentaUxEMerE sr Er Cu. 87.466 48,7 136.826 38,8 Bureaux autorisés ...... 19.310 10,8 19.449 5,5 Bureaux déclarés ...... TOMRIS 40,5 196.635 55,7

Nous pouvons dire qu’actuellement le recrutement des travailleurs de catégorie supérieure est surtout effectué dans les bureaux de placement privés : Syndicats, Sociétés de Secours mutuels. Il convient, cependant, de reconnaître que les Offices des départements de la Seine (Paris), du Puyde-Dôme (Clermont-Ferrand) et des Alpes-Maritimes (Nice) ont fait des efforts notables, afin de répondre aux demandes de main-d'œuvre pour les emplois supérieurs. L’excel-

(1) Tableau ajusté d’après le « Bulletin du Travail » du 17 avril 1937. Voir également dans ce bulletin le nombre des placements par catégories : hommes, femmes.

lente et consciencieuse organisation de ces offices permet d’entrevoir le moment où les préventions patronales ayant disparu, ils effectueront habituellement les placements dans toutes les catégories, quelles qu’elles soient, de travailleurs de notre profession.

Très généralement, le recrutement de la main-dœuvre par l'intermédiaire des Sociétés de Secours Mutuels donne toute satisfaction. Par l'influence qu’exercent ces admirables organismes sur l’esprit des travailleurs, par les relations cordiales qu’elles provoquent entre le patronat et le salariat, par l’appui moral tutélaire qu’elles apportent .à ce dernier, les Sociétés de Secours Mutuels travaillent excellemment pour la paix sociale. Le placement est eïfectué dans des conditions satisfaisantes. Le Sociétaire qui n’est pas un inconnu, est proposé en connaissance de cause. . pour le poste vacant, en considération de sa valeur professionnelle et de ses références, qui en sont la preuve. D’ailleurs, des Commissions de travail sont chargées d’arbitrer à l’amiable les contestations possibles entre employeurs et employés, évitant ainsi les rancunes qui subsistent après tout règlement judiciaire. Constatons, en outre que, si le recrutement des Sociétés de Secours Mutuels est facilité surtout par les possibilités de placement offertes aux Sociétaires, ceux-ci n’en prennent pas moins, du fait même de leur adhésion, des habitudes d'épargne et de prévoyance, qui font trop souvent défaut dans la profession, et aussi le sens de la solidarité.

2° Offices publics départementaux

Le placement gratuit par l’intermédiaire d'organismes administratifs remonte à 1848, la loi organique municipal du 5 août 1884 (art. 70 et 94) donne aux communes la faculté de centraliser les demandes et offres d’emploi. Mais ce fut la loi du 14 mars 1904 qui organisa le placement public gratuit, encore élargi par la suite sous l'empire de la nécessité de donner du travail aux réfugiés des départements envahis. Enfin la loi du 2 février 1925 (art: 857et Suiv. du C TL) vint organiser le placement municipal et départemental. Elle exige que tout bureau municipal et tout office départemental soit placé sous le contrôle d'une Commission paritaire, composée d’un nombre égal de patrons et de salariés appartenant autant que

possible aux professions qui font le plus souvent appel au placement (art. 85 C. T.). Quand ces bureaux ou offices sont divisés en sections professionnelles, chacune des sections doit être placée sous le contrôle d’une Commission paritaire particulière.

Ne pouvant étudier dans le détail le fonctionnement et l’activité des bureaux de placement publics (1), nous prions le lecteur de se reporter au moins aux rapports annuels sur l'Office départemental de la Seine. Cet organisme social, dont les origines remontent à 1915, comprend un service spécial des « Restaurateurs-Limonadiers et Hôteliers » qui est, du reste, le plus important de tous.

Nous extrayons du rapport sur l’activité de ce service en 1930, les observations suivantes :

Dès le début de l’année 1930, le ralentissement des affaires entraîne le fléchissement des opérations. La crise s’accentue au printemps ; le marasme financier, tant en France qu’à l’étranger, retient dans leur pays de nombreux touristes, accoutumés à voyager en France.

L'absence de clientèle étrangère, le malaise général, l’inclémence de la température, contraignent les employeurs à diminuer leurs frais généraux, à restreindre leur personnel et, partant, à supprimer quantité de leurs offres d'emploi.

La recrudescence habituelle de l’activité, au moment de Pâques et de la Pentecôte n’a pas répondu à l’attente espé- réé:

Ce sont autant de causes défavorables à l’activité du service et qui expliquent la réduction considérable des placements « en extra ».

La période de morte saison a commencé tôt. Dès septembre, avec le retour des « saisonniers », le nombre des inscriptions s’est accru, d'autant que la fermeture de certains bureaux privés concurrents a entraîné de nouveaux employeurs à fréquenter le service de l’Office.

Sur un total de 14.025 placements à demeure réalisés par

(1) Voir pour les départements les rapports annuels des Offices départementaux adressés au Ministère du Travail. En ce qui concerne celui du département de la Seine voir, en particulier p. 35 du rapport sur l’année 1930, des graphiques et lableaux, que nous regretions de ne pouvoir reproduire, extrêmement intéressants.

le service des Restaurateurs-limonadiers et hôteliers, les catégories suivantes ont donné le plus fort appoint : plongeurs, garçons de comptoir, dames de salle, cuisiniers.

Le service a placé 1.708 mutilés contre 1.302 en 1929. Le placement des pensionnés de guerre se heurte toujours aux mêmes difficultés dans cette corporation : instabilité du personnel et exigences professionnelles nécessitant l’intégrité des membres.

Le placement de la main-d'œuvre juvénile reste faible, une centaine environ constituée presque entièrement par des grooms.

Les demandes de main-d'œuvre étrangère, toujours individuelles, se sont élevées à 625. Les trois-quarts ont reçu avis défavorables

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