DE QUELQUES APPLICATIONS DU DROIT OUVRIER DANS L’HOTELLERIE
Les travailleurs de l'hôtellerie n’ont bénéficié que tout dernièrement de la réglementation contemporaine du travail et encore actuellement on peut dire que les lois sociales pénètrent difficilement dans nos milieux corporatifs. Si, dès 1841 et plus encore dès 1848, des lois de protection à l’égard des salariés des manufactures, usines et ateliers vinrent réglementer le labeur des enfants et limiter la journée de travail des adultes, les travailleurs de l’hôtellerie ne furent qu’au cours de ces 25 dernières années, appelés à jouir d’un repos régulier.
Quelles sont les raisons de cet état de choses ?
Cela tient, tout d’abord, à l’éparpillement des entreprises hôtelières. Nous avons eu l’occasion de montrer que l’hôtel est, en général, une petite entreprise soumise à un régime patriarcal (1), employant peu de salariés, gardant son individualité propre et n’ayant aucun rapport avec les entreprises voisines ou concurrentes.
Les grandes entreprises hôtelières, organisées administrativement et dans lesquelles l’administration n’a que peu de rapports avec le personnel, sont de création relativement récente (2).
(1) Dans bien des petits hôtels, en province et même à Paris, les repas sont pris en commun, patron et employés. (2) Fin du siècle dernier.
ip
On conçoit que les travailleurs n’aient jamais eu l’occasion, ni d’ailleurs le besoin de se grouper pour faire entendre des revendications. Si des abus se sont produits, les salariés de l'hôtellerie, rendus très individualistes par la nature même de leur travail, avaient le moyen d’y échapper en changeant facilement de maison. La pénurie de la maind'œuvre hôtelière, en France, la grande étendue du marché du travail, qui dépassait nos frontières, ont fait que le chômage dans notre industrie était, jusqu’à ces dernières années, très réduit.
Remarquons encore que, à capacités égales, le travail dans l'hôtellerie, rémunéré en grande partie par les pourboires auxquels s’ ajoutent, la plupart du temps, un fixe, la nourriture et même le logement, offre des avantages supérieurs à ceux qui rétribuent la main-d'œuvre des autres industries. Jes pourboires étant généralement des dons manuels à caractère très personnel, le travailleur qui les attend a tout intérêt à se trouver au passage du client qu’il a servi et si tardivement qu’il se produise, il renonce volontiers, dans cet espoir, à la limitation de ses heures et de ses journées de travail.
Une autre raison, croyons-nous, de l’introduction tardive des lois sociales, réside dans les exigences d’un service qui ne s’arrête jamais. L'hôtel est toujours en exploitation (à part les hôtels de saison), et pendant 365 jours par an, l’hôtelier et son personnel doivent être en mesure de satisfaire leurs hôtes. Durant quelques heures de la journée, l’activité est intense, le « coup de feu », bien connu, oblige ceux qui y sont soumis à accomplir un gros effort musculaire, nerveux ou intellectuel. Mais ensuite, pendant de longues heures, le travail se borne souvent à assurer la garde et la mise en place du service. De là proviennent les difficultés pratiques d’une limitation des jours et heures de travail, surtout dans les petites maisons où on ne peut songer, sans que l’exploitation en souffre, à libérer le personnel à heure prévue et à jour fixe. Il n'empêche que, peu à peu, sous l’action de notre législation et la pression des organismes syndicaux ouvriers, le travail dans l’hôtellerie a été soumis à un statut plus favorable pour l’ouvrier, lui laissant le moyen de se reposer et de jouir de la vie familiale. Il faut pourtant convenir que les problèmes qui se posent de ce fait devant le patronat ne sont pas aisés à résoudre,
Faute de place, nous avons dû négliger une partie de
notre abondante documentation sur le droit ouvrier dans l'hôtellerie et nous n’envisagerons succinctement que :
La question du placement,
Le repos hebdomadaire,
Les huit heures,
L'emploi des mutilés,
Les assurances accident et les assurances sociales, La prud’homie,
Les œuvres sociales professionnelles.