ORGANISATION DU TOURISME EN FRANCE
L'étude détaillée des organisations officielles et privées qui concourent au développement du tourisme en France -représenterait un travail qui alourdirait trop ce volume. C’est là pourtan. un sujet tentant, parce qu’encore peu connu, et aussi parce que l’œuvre édifiée à cet effet est très diversement appréciée. Nous nous bornerons à tracer les cadres de l’organisation du tourisme français qui, sous ce mot pris au sens large, embrasse le tourisme proprement dit, le thermalisme et le climatisme.
Ainsi que nous l’avons dit précédemment, les pouvoirs publics ont donné, pour la première fois en 1930, une place dans le conseil du Gouvernement au Tourisme Français. Le deuxième Ministère Tardieu (3 Mars 1930) comprenait un Haut-Commissariat au Tourisme (1), et le Ministère Laval qui lui a succédé, l’a maintenu. L'organisme nouveau a pour but de coordonner les activités consacrées au tourisme, de définir et de poursuivre une politique touristique, d’en provoquer et d’en soutenir la réalisation, d’harmoniser les efforts des différents organismes. La tâche qui s’impose à ce ministère est urgente, pour réagir contre le marasme de nos industries touristiques et exploiter à fond ce domaine insuffisamment développé.
Son rôle est particulièrement délicat parce que les milieux politiques de notre pays ne paraissent pas encore avoir compris, en général, la valeur de cet admirable facteur d’enrichissement. Il semble aussi que de nombreux préjugés devront etre combattus. Nous sommes partisan d’une unité de vues, d’une hiérarchisation des influences, d’une coordination rationnelle et logique des efforts. Une autorité supérieure existe maintenant, donnons-lui tous les moyens, matériels et moraux, d'agir, informons-la autant
\i) Ministère Tardieu, 3 mars 1930. Haut-Commissaire au tourisme, M. Gaston Gérard. Transformé en sous-secrétariat d'Etat aux travaux publics et au tourisme sous le ministère Laval (Décret du 31 janv. 1931).
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qu’il est possible, et demandons-lui de fournir en échange aux grands groupements existants les directives d’ensemble et les renseignements dont ils ont besoin.
A côté du Haut-Commissariat, et sous le contrôle parlementaire des groupes du Tourisme du Sénat et de la Chambre des Députés, fonctionne l'Office National du Tourisme. Cet organe officiel, rattaché au Ministère des Travaux Publics, est réglementé par la loi du 24 Septembre 1919, les décrets des 4 Mai 1920, 30 Mai 1923, 23 Octobre 1924, 14 Mars 1925, 29 Juillet 1925 et 15 Juin 1926. Il jouit de la personnalité civile et de l’autonomie financière (1), est administré par un Conseil nommé par le Ministre des Travaux Publics composé de personnalités politiques, médicales, administratives et touristiques. (2)
Son but est d'assurer la liaison entre toutes les forces du tourisme, de les encourager dans l’exécution de leur programme, de provoquer les initiatives administratives et législatives en vue d’amélicrer le tourisme en France, de favoriser les relations entre les administrations publiques, les services publics, et les différents groupements d’industrie touristique. Il doit contribuer à meitre en valeur les richesses naturelles de la France, ses sites, ses monuments, la valeur curative de ses stations thermales et climatiques. Son rôle comprend aussi l’aide morale qu’il peut — et devrait — apporter au développement de l’industrie hôtelière.
Les organisations d’origine privée, reconnues maintenant d'utilité publique, comme le Touring Club de France, fondé en 1890, l'Automobile Club de France, dont la création re-
(1) Le budget de l’O. N. T. est alimenté, principalement, par le produit de la taxe additionnelle à la taxe de séjour, perçue dans les stations hydrominérales, climatiques et de tourisme. Cette taxe actuellement est établie d’après les tarifs ci-après : (arrêtés annuels du Ministre des Travaux Publics), 10% dans les stations où le produit net du principal n’a pas dépassé 20.000 fr.; 15% dans les stations où le produit net excède 20.000 frs et ne dépasse pas 50.000 frs.; 20% dans les stations où le produit net dépasse 50.000 frs. (Décret du 9 mai 1920 pris en application de la loi du 24 septembre 1919). Dans la loi de finances de 1930, un crédit de 1 million est réservé dans le budget du Ministère des Travaux publics en faveur de l’O. N. T. En outre, la ville de Paris et le département de la Seine ont voté une subvention de 1 million 400.000 frs dans le même but.
(2) Voir à ce sujet le rapport de l’administrateur-directeur de l'O. N. T., dernier rapport paru J. O. 17 décembre 1927, p. 7.
monte à 1895, le Club Alpin, fondé en 1874, le Club Vosgien, etc., ont mené la bonne campagne en faveur de l’amélioration des conditions de voyages et de la conservation de notre patrimoine touristique si varié.
Régionalement, dans un cadre qui tend à se resserrer de plus en plus autour d’une ville cu d’un centre déterminé, agissent comme d’utiles agents de propagande touristique, les syndicats d'initiative, au nombre de 685 en 1926 (1). Leur histoire, leur développement,qui n’a pas toujours suivi une marche assurée,par suite de l’individualisme typique du génie français, représente pourtant une page intéressante à connaître. Elle aboutit à l’union des syndicats d’initiative, en 23 Fédérations régionales, dominées par l’Union des Fédérations des Syndicats d’ NS reconnue d'utilité publique en 1921.
Tous ces groupements, ainsi que d’autres, agissant dans des sphères plus limitées ou plus spéciales, sont venus, après de patients efforts, unir leur force ädans un louable but de synthèse, sous la bannière de la « Confédération Nationale du Tourisme, du Thermalisme et du Climatisme Français », créée en 1925. Elle comprend : 1° L’Union du Tourisme officiel, représentent les organismes d'ordre administratif ou officiel qui s'occupent du tourisme, du thermalisme et du climatisme (groupe du tourisme du Sénat, 134 sénateurs ; groupe du tourisme de la Chambre des Députés, 118 députés; Office National du Tourisme, Ministère des Travaux Publics).
2° L'Union Nationale des Associations de Tourisme, représentant le tourisme militant (Automobile Club de France, Club Alpin Français, Touring Club de France, Aérc-Club, Club des Cent, Fédération Française des sociétés de cyclotourisme, Fédération Nationale des Clubs automobiles de
(1) Consulter dans « Renaissance du tourisme » n° 8 l’article de Jean Santiaggi, président de la fédération des syndicats d'initiative de la Côte d’Azur et de la Corse. Cet auteur dit: « Le syndicat d'initiative a été le creuset où se sont fondues, en un effort commun, toutes les parcelles d’énergie privée, sans estampille officielle, éparses sur tous les points, même reculés de la France. Il a été le terrain neutre, séparé de toutes les politiques de clan, en dehors de toutes les opinions, où se sont rencontrées toutes les bonnes volontés. Chacun, petit bourgeois, artisan, notaire, avocat, cultivateur, réchauffé par l’amour du pays natal, y a apporté son travail, sa modeste cotisation, ses idées, son appui moral, auprès des rouages officiels, lourds à mettre en mouvement. »
France, Club Vosgien, Société des Excursionnistes Marseillais, Nord-Touriste, Fédération alpine dauphinoïse, comprenant au total 500.000 sociétaires) ;
3° L'Union des Fédérations des syndicats d’initiative, représentant le tourisme réceptif (1) ;
4° L'Union des Eléments économiques du tourisme, du thermalisme, et du climatisme, représentant les intérêts d'ordres les plus divers, se rattachant directement au tourisme, au thermalisme et au climatisme. (Grands réseaux de Chemins de fer Français, Comité central des armateurs de France, Chambre Nationale de l’Hôtellerie française, Union des voies ferrées d'intérêt local et des transports publics automobiles de France) ;
5° La Fédération Thermale et Climatique française, groupant les intérêts techniques de la cure thermale et climatique (des comités locaux s’unissent dans chaque région pour former les comités techniques régionaux dont l’ensemble constitue la Fédération) ;
6° L'Union des Groupements scientifiques et techniques du thermalisme et du climatisme, représentant les éléments qui concourent à l’étude, à l’utilisation et à la mise en valeur des stations thermales et climatiques, considérées comme villes de cure (Institut d’hydrologie et de climatologie, Syndicat général des médecins des stations thermales et climatiques de France, Union des Etablissements Thermaux de France, Commission exécutive du Congrès des Villes d'Eaux, Bains de Mer et Stations climatiques).
La mission dévolue à la Confédération Nationale du Tourisme, du Thermalisme et du climatisme français est de centraliser les forces vives du tourisme, du thermalisme et du climatisme, afin de mieux coordonner les efforts et de les faire concourir rythmiquement à la défense des intérêts généraux dont ils ont la charge. (2)
Nous nous sommes efforcés précédemment de mon-
(1) Voir dans le Bulletin officiel mensuel de l’Union des Syndicats, d'initiative, N° de mars, avril, mai 1931, la situation financière de ce groupement, ainsi qu’une carte de France par fédérations de syndicats d'initiative.
(2) Tiré du rapport de l'O. N. T. (J. O., 17-12-1927.)