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sagés, sans attendre que l'Etat subvienne à tout, règlemente et administre tout. Ce que nous demandons à ce dernier, c’est de simplifier les formalités qui entravent encore les voyages, d’alléger les industries touristiques du lourd fardeau fiscal qui les accable, et de favoriser un mouvement d'idées devant aboutir à une campagne en vue d’intéresser tous les français au développement du tourisme.

Nous ne ferons pas ici le procès de toutes les taxes qui frappent les voyages dans notre pays, et qui, mal assises, incompréhensibles ou exagérées, ont provoqué une irritation croissante et presque toujours justifiée. Le mal accompli est assez sérieux pour que l’on s’attache maintenant à faciliter les voyages au lieu de les entraver.

Les transports de persones par voie ferrée supportaient en 1913 un impôt de 12 %, qui a été porté en 1926 à 32,50 , du prix des places, et qui, pour les places de luxe atteint 64 % (1). Ne peut-on penser que, si l'Etat ne percevait pas un tel tribut, les (Compagnies se trouveraient amenées à améliorer les conditions de transport, afin de rendre les déplacements ferroviaires plus agréables ? En ce qui concerne les voyages par automobiles, on estimait que 800.000 personnes à peu près avaient été transportées en autos-cars seulement au cours de 1928 (2). Que dire du nombre de touristes visitant notre pays dans leur propre voiture, ou dans des autos de louage et subissant de ce fait des charges fiscales qu’on évaluait en 1927 à tout près de 2 milliards et demi pour l’industrie automobile (3) ! Enfin, laissant de côté pour l'instant l'examen de la fiscalité propre à l'hôtellerie sur laquelle nous reviendrons, ne peut-on trouver insupportable le prélèvement opéré sur la bourse du visiteur de nos stations hydrominérale, climatiques et touristiques, sous le nom de taxe de séjour ? (4). Un grand pays, aont les comptes arrivent,

(1) Revue politique et parlementaire, 10 mai 1929. Revue des questions de transport, C. Colson.

(2) La France Economique, 1928. L’industrie automobile, p. 372.

(3) La France Economique, 1928. Article précité.

Taxe d'Etat : 619.870.000. Taxe municipale : 110.000.000. Taxe sur le chiffre d’affaires : 750.000.000. Taxe sur l’essence et l’huile : 866.072.000. Taxe sur les permis de conduire : 18.440.000 frs.

(4) La taxe de séjour. Application de la loi du 27 septembre 1919, par le Dr. G. Cany, 1920. Imprimerie Joachim, Clermont-Ferrand.

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en définitive, à se balancer, grâce aux sommes que lui apportent les visiteurs étrangers, dont les transactions faites au titre du tourisme en général, se chiffrent à un nombre respectable de milliards, a-t-il le droit de permettre et d’encourager une collecte humiliante pour sa dignité ?

Contrairement au sentiment de ses partisans, nous sommes délibérément hostile au principe même de la taxe de séjour, copiée sur la vieille « Kur-Tax » allemande. Nous soutenons que c’est une méthode paresseuse que celle qui consiste à pénaliser les visiteurs d’une station, d’une ville (la taxe sur les meublés à Paris !), sous le prétexte d’obtenir des fonds pour améliorer les conditions de réception.

H appartient aux municipalités, à tous ceux qui produisent dans les villes et stations d'intérêt touristique de subvenir aux charges d’entretien et d’amélioration du site local.

Un commerçant, dans son magasin, ne fait-il pas l’impossible pour parfaire la présentation et l’étalage de ses produits en vue d'attirer et de retenir la clientèle, et s’aviseraitil pas de faire payer un droit de visite à ses acheteurs ? Si, comme il est logique, nous généralisons, les municipalités ne doivent-elles pas se mettre en irais pour drainer vers elles les richesses que le tourisme est susceptible de leur apporter :

Malgré tous les arguments en faveur de cette taxe (1), nous pensons qu'il est urgent de la supprimer radicalement, parce qu’elle est antiéconomique dans son essence. Débordant sur la note d'hôtel payé par le touriste, elle sera toujours critiquée, parce que vexatoire, d'autant plus vexatoire que sont venues peu à peu s’adjoindre à elle des centimes aditionnels, non seulement au profit des communes, mais même au profit des départements, d'autant plus critiquable encore que son montant varie suivant les villes de séjour, ce que ne peut comprendre le touriste étranger, complètement ignorant du régime fiscal français (2).

(1) Lire à ce sujet dans « Urbanisme et Tourisme » par Léon Auscher et G. Rozet, éd. Ernest Laroux, Paris, p. 129 à 177, l’éloge de cette taxe. Voir aussi la brochure publiée par l’Office National du Tourisme « Guide des stations de tourisme et de la taxe de séjour » Paris, imp. Nationale, 1927. Voir pour arguments à contrario Bulletins du Syndicat Général des Grands Hôtels, juin 1910, mai, 1913, janvier, 1924, octobre, 1924, décembre 1925, janvier, 1926, février, 1926, juin 1926.

(2) Lire également l’article de Stéphane Lauzanne dans « Actualités » du 18 avril 1929 et celui du même auteur dans « Le Matin » du 4 avril 1931, intitulé « Une taxe qui fait du mal à Paris : la taxe de séjour ».

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Un économiste a très heureusement fait ressortir l’efficacité de l’impôt indirect en disant qu’il reposait sur un principe « d’anesthésie fiscale ». Il est payé sans qu’on s’en aperçoive. Pense-t-on que la taxe de séjour, véritable dîime dont l’hôtelier est rendu responsable, puisse passer inaperçue de nos visiteurs ?

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le régime de nos cartes d'identité, sur les doubles impositions, en vertu desquelles les étrangers paient l’impôt dans leur pays et dans le nôtre, sur le système des pourboires qui sévit à l’état endémique, même là où il devrait être inconnu. L’étude de ces questions nécessiterait un travail spécial que d’autres entreprendront. Nous désirons surtout montrer qu’avant toutes choses, il importe de mettre l’ordre dans la maison, de conjuguer tourisme et urbanisme, (1) de faire comprendre à tous et à chacun que l’hospitalité est une vertu et aussi’ une science qu’il importe de propager, si on veut la faire servir à la prospérité du pays.

Pourquoi n’envisagerions-nous pas l’économie touristique comme l’une des matières qui mérite, maintenant, sa place dans l’enseignement officiel d’une de nos Facultés de Droit ? L'Italie et l’Allemagne ont déjà compris que l’étude du tourisme était si complexe, en même temps si nécessaire, qu’elle devait être faite par des économistes ayant toute l’autorité voulue. Le programme de cette étude pourrait être, par exemple, chez nous, le suivant :

1° La recherche des causes, des moyens et de l’influence du tourisme au point de vue économique et social. A la base de l’enseignement, nous plaçons la création d’une bibliothèque, la réunion d’archives et de monographies ainsi que l’établissement de statistiques. L'étude qui couvrirait le domaine entier du tourisme comprendrait, en particulier : les moyens de transport par air, par terre et par mer (limités au transport de personnes), les questions professionnelles, celles concernant les expositions, les foires, les congrès, les stations touristiques, thermales et climatiques. Enfin, la science de l’hospitalité.

(1) Voir les vœux du dernier Conseil National économique en ce qui concerne le développement du tourisme dans : Annexe au procès-verbal de la séance de la Chambre des Députés du 3 juillet 1931.

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