ROLE DES ORGANISMES PROFESSIONNELS
SYNDICATS HOTELIERS
Nous ne nous proposons pas d’étudier en particulier le fonctionnement des nombreux Syndicats hôteliers qui se sont formés sur notre territoire au gré d'initiatives privées (1). Leurs statuts ont sensiblement le même objet: à savoir la défense des industriels hôteliers et assimilés aux points de vue matériel et moral.
Mais nous avons mentionné à différentes reprises un organisme national qui, à notre point de vue, est appelé à représenter vraiment l’industrie hôtelière française, branche maîtresse du tourisme : La Chambre Nationale de l’Hôtellerie Française. Constituée le 31 mai 1917 par la fusion des principales organisations hôtelières existant alors, elle est une union de syndicats.
Au point de vue corporatif, elle aide les syndicats et les hôteliers dans les difficultés nées de l’application des lois (contentieux fiscal, contentieux civil). Elle cherche par ses relations avec les pouvoirs officiels et le Parlement à améliorer la législation hôtelière existante.
Mais dans l’esprit de ses fondateurs, cette organisation ne devait pas être d’ordre strictement professionnelle. Etant donné le caractère d’intérêt général de l’hôtellerie et sa place dans les industries touristiques, la Chambre Nationale se devait de travailler, selon ses moyens, à l’amélioration du régime touristique français. En somme elle ne doit pas représenter seulement les hôteliers pris dans leurs intérêts in-
‘ (x) Voir la nomenclature de ces groupements dans Lacan: Guide juridique et pratique de l'Hôtelier et du Voyageur, Sirey, chapitre Ir, p. 9 et suivantes.
dividuels, mais l’hôtellerie elle-même, conçue comme une des grandes industries du pays.
Un tel programme suppose des ressources abondantes et pourtant, l'examen des comptes rendus financiers annuels montre que les chiffres dés recettes provenant des cotisations ne sont pas élevés. L'équilibre avec les dépenses est atteint à l’aide de ressources accessoires, assez aléatoires:
Années Cotisations encaissées Dépenses faites 1925 frs) 69:h12 frs 79.007 1926 — 72.239 — 122.252 1927 -— 86.442 — 200.136 1928 — 102.492 — 258.049 1929 — 130.159 " — 293.195
Mentionnons, pour en tirer la conclusion qui s’impose, que le montant des cotisations des membres de la Société Suisse ds Hôteliers (organisme fedérant les nombreux syndicats hôteliers locaux) s’élevait en 1929 à : (1)
Francs suisses : 115.000, soit francs français : 70.000 environ |!
Naturellement la Chambre Nationale de l'hôtellerie française se tient en liaison avec l’Alliance Internationale de l’Hôtellerie, non seulement à cause de la solidarité d’intérêts de toutes les industries touristiques mondiales, mais aussi dans un but d’information (renseignements sur les courants touristiques nouveaux, sur les progrès réalisés à l’étranger, etc.…).
L'Alliance Internationale de l’Hôtellerie, dans les destinées de laquelle nous avons grande confiance, fut fondée en 1921 à Monaco, par M. Georges Barrier (2), qui en a été le premier Président pendant huit ans et qui en est encore le Président d'honneur. Sa personnalité s'était déjà affirmée à la tête de la Chambre Nationale de l’Hôtellerie Française. Son prestige et son autorité ont grandement servi la cause de l'Alliance et de l’hôtellerie. Elle groupe aujourd’hui les Associations Nationales Hôtelières de vingt-quatre pays dans quatre continents.
Le but de l’A. I. H., est : « d'étudier et de résoudre les
(x) A raison de 75 cts suisses par lit de maître et 0 cts de supplément par lit a faveur du Service de Placement.
(2) M. le D’ Seiler de Zermatt, qui lui a succédé, est aussi un grand Préside. a
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problèmes de l’hôtellerie internationale «. Par l’accord du Mayfair (octobre 1928) l'Alliance est qualifiée pour exprimer les desiderata de l’hôtellerie internationale aux Gouvernements et autres Pouvoirs Publics, ce qu’elle a déjà fait à plusieurs occasions. Elle est donc actuellement l’organisme neutre mondial, soucieux de l’intérêt de l’hôtellerie internationale, et reconnu comme étant son porte-parole.
Il serait trop long d’énumérer ici les nombreuses questions. qui ont fait l’objet de délibérations aux réunions biannuelles du Comité de l’Aliiance, ou de citer les rapports extrêmement documentés qui ont été fournis au cours de ses divers Congrès. Le lecteur voudra bien se reporter aux comptes rendus publiés périodiquement par cette association.
Ce qu'il importe de rechercher ici, c’est. le rôlé du Syndicalisme professionnel hôtelier français dans le passé. Nous essayerons ensuite de formuler comment nous concevons son activité dans l’avenir.
La critique générale que nous nous permettrons de faire, en commençant, s’adresse à toute l’organisation syndicaliste française. La loi du 21 mars 1884, qui est sa charte, est une « loi de liberté et non une loi d’organisation » (1). Le fait d’exercer une profession n’entraîne pas l’obligation de s’affilier à un syndicat corporatif déterminé ; chacun est libre d’y adhérer et de s’en retirer à son gré. Il en résulte que les Syndicats ne groupent qu’une faible partie de la profession, qu’ils ne peuvent pas, par conséquent, représenter avec autorité devant l'Etat. Les intérêts individuels, les intérêts de classe sont servis par les Syndicats ; on ne saurait dire que les intérêts de la profession, communs aux employeurs et aux employés le soient comme ils mériteraient de l’être (2).
Dès lors, domine, chez nous, une distinction entre les Syndicats patronaux et les Syndicats ouvriers, les groupements mixtes n’ayant jamais pu combler le fossé qui s’est creusé entre les deux, au cours d’une « lutte de classe » stérile.
Selon nous, la tendance syndicaliste française repose sur un malentendu, sur une interprétation surannée des besoins
(1) J. BreTaig pe LA Gnessaye: Le Syndicalisme. L'organisation professionnelle de l'Etat, Sirey 1931, p. 15.
(2) Sur l'organisation syndicaliste française, voir G. Sceze : Le Droil ouvrier, Armand Colin, 1922, p. 51 et suiv.
de notre économie. Les intérêts et les aspirations qui apparaissent divergents entre chefs d'entreprise et salariés sont, au fond, communs et parfaitement solidaires les uns des autres. L'organisation de notre société moderne est si complexe qu’elle exige un etfort de discipline volontaire et d’entente sociale.
Sans adhérer au syndicalisme obligatoire, tel qu’il existe en Italie et en Russie, nous croyons que les groupements professionnels devraient représenter devant l'Etat, qui en dernier ressort doit être l’arbitre indiscuté, la totalité des individus relevant d’une même profession ou d’une même catégorie dans la profession. (1)
De cette façon l’étude raisonnée des conditions d’existence et de développement de certaines industries encore méconnues, pourrait être entreprise utilement, leurs justes revendications, leurs aspirations légitimes présentées avec autorité à l’examen des pouvoirs publics. L’harmonie nécessaire entre les forces économiques aurait peut-être ainsi tendance à se réaliser.
Les Syndicats hôteliers français n’échappent pas aux critiques que nous venons de faire sur le syndicalisme chez nous, en général. D’un côté existent des syndicats professionnels patronaux, de l’autre des syndicats professionnels ouvriers. Entre les deux, la liaison est fragile et bien rares sont les réunions au cours desquelles des questions corporatives connexes aux employeurs et employes ont pu être traitées avec toute l’ampleur qu’elles méritent. S'il en était autrement, les revendications ouvrières qui finissent, quoi qu’on en dise, par être imposées brutalement et souvent maladroitement par les pouvoirs publics, tiendraient compte des intérêts professionnels communs, en considération des difficultés pratiques d’exécution qu’elles présentent.
Quoi qu’il en soit, nous occupant uniquement, pour l’instant, des organismes patronaux, nous remarquons qu’ils n’ont, souvent, qu’une vie ralentie, précaire, restreinte dans ses cadres et ses aspirations. Quelles sont les causes de cet état de choses regrettable?
Cela provient, en premier lieu, du fait qu'ils ne représentent pas des intérêts parfaitement communs. Il n’y a, à notre avis, aucune analogie ou, tout au moins, qu’analogie
(1) Voir J. BRETRIE DE LA GRessaye : ouvrage cité. La formule: « Le Syndicat libre dans la profession organisée » est séduisante et nous nous P 8 y rallions volontiers.
très relative, entre ce que l’on appelle un « hôtel-bureau », un « hôtel-vins », à plus forte raison entre un café, un débit et un hôtel pour touristes. Cependant, nous constatons que les syndicats hôteliers comprennent des membres n’exploitant que des établissements d’hébergement, ne pouvant être considérés comme des hôtels à destination du tourisme, au sens élevé, que nous lui avons toujours donné. La diversité des intérêts que les syndicats représentent ainsi est pour eux une cause de faiblesse congénitale (1).
Dès lors, pourquoi persister à vouloir enrôler sous la même bannière des professionnels de formation et d’occupation très différentes, qui ne peuvent envisager les problèmes qui se posent de la même façon?
Loin d’aboutir à l'éparpillement des forces, un cloisonnement dans l’organisation syndicale de base s’impose, qui pourrait aboutir ensuite par une représentation plus large dans une fédération nationale coordonnant tous les intérêts hôteliers et connexes en vue d’une meiïlleure exploitation de notre domaine touristique.
Enfin, reconnaissons, que trop souvent, la pauvreté des services rendus aux adhérents a detourné de nos syndicats bien des protessionnels qui y auraient trouvé leur place. Jusqu'ici, leur action a surtout eu pour but de lutter contre une fiscalité ruineuse et tracassière. Leur devoir immédiat était en effet, de s’errorcer ce résister à l’écrasement irrémédiable d’une industrie, jugée faussement trop prospère, et dont les apparences brillantes devaient, naturellement, susciter les convoitises des démagogues en mal de ressources nouvelles.Trop absorbés par les soucis d’une lutte d’autant plus âpre que les exigences du fisc devenaient plus pressantes, ils n’ont pu se vouer à leur tâche tout aussi urgente, mais peut-être plus délicate « d’organisation de la profession ». Ceci suppose le développement de la discipline syndicale, l’étude d’un programme défini d’action, l’éducation de ceux qui persistent à ne considérer que leur intérêt individuel, inconscients du fait qu’en définitive, seul l’intérêt général aboutit à leur avantage particulier.
L’hôtellerie française qui s’ignore elle-même, ne pouvait faire valoir l’extrême complicité de son organisation, la
(1) Ainsi les iniliés savent qu'aucune formule salisfaisante n'a jamais élé trouvée, qui mette d'accord les hôteliers, simples logeurs, avec les représentants des hôtels de tourisme au sujet de la responsabilité hôtelière. La jurisprudence traite différemment les uns et les autres et on comprend que le point de vue étroit de chacun soit passionnément défendu.
sensibilité des facteurs qui concourent à son exploitation et le rendement à peine satisfaisant des capitaux qui y sont investis. Elle ne pouvait pas se consacrer à un travail constructif, se bornant à défendre son existence même, menacée.
Une appréciation erronée des pouvoirs publics, de la presse et de l’opinion a contribué à créer un état d'esprit dont l'hôtellerie et le tourisme, en général, devaient souffrir. Il n’est que temps de remonter le courant et les hôteliers français n’ont plus le droit de se désintéresser d’une tâche qui s'impose à eux impérieusement.
Nous ie 8 ie programme immédiat de travail suivant :
Création dans chaque syndicat d’une commission ayant pour but de réunir une documentation de plus en plus complèite sur les établissements hôteliers qui leur sont rattachés; (Recensement par catégories fiscales actuelles des hôtels, du personnel, indices d’activité, études sur l’économie et l’organisation des exploitations hôtelières, recherche des prix de revient, de prix minima, etc...).
Centralisation de cette documentation à la Chambre Nationale, d’où partiraient toutes les directives nécessaires, grâce à un organisme d’études (1) ayant pour but de :
Réunir, commenter, interpréter toute la documentation et les statistiques provenant d'enquêtes périodiques, cellesci, pour s’adapter au tempérament français, devant porter d’abord sur les points d’ordre général pour ensuite aboutir à l’inventaire détaille des forces économiques de l’hôtellerie française. Examiner, débattre toutes questions de technique hôtelière, proposer des méthodes, des procédés de rationalisation (2). Dresser un plan de propagande en faveur d’une industrie mal connue du grand public.
Ainsi, pensons-nous, l'hôtellerie prendrait de plus en plus une juste conscience de son importance, de sa nécessité dans la vie du pays et serait à même de réfuter toutes les légendes dont, moralement et matériellement, elle souffre depuis trop longtemps. Nous sommes persuadés qu’en réali-
(x) Le Syndicat des Directeurs Français d’'Hôtels a préconisé la création d’un Cercle de Hautes Etudes Hôtelières, dont les buts sont identiques.
(2) Rationalisation ou organisation raisonnée et scientifique des entreprises commerciales et industrielles dans tous leurs organes et éléments. (Lire: Etudes sur les Instituts d'organisation scientifique de travail en France et à l'étranger, par Pierre Lemy.)
sant ce programme l'hôtellerie « au service du tourisme » sortirait épurée, plus vivante que jamais.
CRÉDIT NATIONAL HOTELIER
Si, par ailleurs, les pouvoirs publics n’ont pas toujours eu une politique touristique raisonnable, nous devons reconnaître que l’étude approfondie du crédit dans l’industrie hôtelière s’est, de bonne heure, imposée à leur attention. L’hôtellerie nécessite, en effet, des capitaux considérables et l'Etat ne pouvait se désintéresser de cette question vitale.
A l’heure actuelle, la France est la seule des grandes nations touristiques où fonctionne une institution spécialisée : Le Crédit National Hôtelier.
Quelle a été l’origine de cet établissement, quel en est le fonctionnement, comment s’est manifesté son activité?