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Avant guerre, le pourcentage de travailleurs étrangers était beaucoup plus considérable encore. On peut dire que la main-d'œuvre, dans les grands hôtels, était surtout étrangère. Nous croyons que l’une des raisons de cet état de choses était que le Français, voyageant peu, n’acquérait pas la connaissance des langues étrangeres, indispensable dans la grande hôtellerie. D’autre part, l'hôtellerie était considérée comme une industrie peu reluisante. On lui préférait l’éclat, même modeste, d’une fonction officielle. Il faut aussi reconnaître que l’hôtellerie, industrie qui ne chôme jamais, réclame de sérieux sacrifices quant aux loisirs. Réglementées seulement depuis la loi de 1906 sur le repos hebdomadaire, et depuis l’application de la loi des huit heures aux travaux de la restauration et de l’hôtellerie, les heures de présence du personnel étaient pratiquement illimitées. Le Français,
qui trouvait facilement à s’employer dans d’autres industries moins astreignantes, laissait le champ de l’hôtellerie libre aux étrangers conscients des difficultés qu’on éprouve partout à gagner son existence. Enfin, peut-être, le contact presque permanent avec la clientèle exige de grandes qualités de souplesse, de maîtrise de soi-même, alors que le caractère français est volontiers indépendant, frondeur et se soumet plus mal que celui de certains peuples à la discipline stricte que réclame notre industrie.
Est-ce à dire, en conséquence, que le Français ne soit pas apte à faire un hôtelier? Ce n’est nullement notre pensée. L’argument de l’ignorance des langues ne peut, à l’heure actuelle, être invoquée sans injustice: en dépit des difficultés que le travailleur français trouve à s’expatrier, les pays voisins fermant jalousement leurs frontières pour raison de chômage, il n’est plus d’employé d’hôtel qui ne soit convaincu de l’impérieuse nécessité de connaître les langues étrangères et ne fasse l’impossible pour se les assimiler. De plus, naturellement ouvert, aimable sans obséquiosité, ayant des qualités d'initiative, de clarté, d’adaptation rapide, le Français, au contraire, peut faire un très bon hôtelier. Un grand nombre l’ont prouvé d’ailleurs par la réussite, ce qui est la meilleure preuve. Nous sommes convaincus que l’hôtellerie offre un champ d’activité sérieux pour les jeunes générations françaises sur lesquelles nous nous sommes penchés dans les écoles hôtelières et dont les réelles qualités d’application, de discipline librement consentie, leur désir d'accomplir avec entrain des tâches parfois ingrates et rudes, sont le gage d’une suprématie de la main-d'œuvre nationale.
Il ne faut pas oublier, cependant, que l’hôtellerie est, avant tout, un terrain neutre où se coudoiïent tous les peuples, un lieu d'échange, par excellence. Si, pour attirer et retenir, elle doit garder jalousement le caractère national que le visiteur aime à trouver chez elle, il est normal, il est souhaitable, qu’un certain mélange de races soit réalisé dans les rangs du personnel. Nous sommes donc, résolument, partisan des conventions d'échanges de main-d'œuvre entre pays étrangers et le nôtre. Plusieurs accords de ce genre fonctionnent et mériteraient d’être généralisés (Accord franco-anglais 16 mai 1928, franco-allemand 31 octobre 1928, franco-autrichien 27 mai 1930). Quant aux propositions qui ont été faites et sont encore l’objet de discussions passionnées en ce qui concerne la protection de la main-d'œuvre française:
dans l'hôtellerie, nous avons toujours réservé notre opinion. Il ne suffit pas seulement, en etfet, de considérer les intérêts seuls des employés français, enclins, cela se conçoit, à défendre et à élargir leur position toute naturelle sur le marché de la main-d'œuvre française. Il faut aussi se rendre compte des difficultés réelles que les employeurs trouvent, surtout dans l’industrie hôtelière de saison, à recruter le personnel qui leur fait défaut (1).
Souhaitons que la mesure en vue de la protection de la main-d'œuvre nationale, qui sera proposée aux pouvoirs publics, tienne compte de toutes les considérations matérielles en présence. Nous savons d’ailleurs que le développement constant de l’enseignement hôtelier en France, le ‘recrutement sans cesse meilleur de notre main-d'œuvre, l’attrait que prendra notre industrie sur le public qui l’ignorait, rendront moins urgentes dans un temps plus ou moins prochain les mesures de protection souhaitées actuellement.
On a pu remarquet par les chiffres donnés plus haut, que le nombre des femmes employées dans l’hôtellerie est plus élevé que celui des hommes. Cela tient, évidemment, à l’abondance dans notre pays des petits hôtels où, pour des raisons d’économie, on leur donne la préférence. Dans les grands hôtels, les emplois confiés aux femmes peuvent se répartir en trois grandes catégories:
1° Emplois de bureau;
2° Emplois de surveillance et d’administration intérieure; 3° Emplois ménagers.
Nous ne nous occupons pas de la femme du directeur, appelée à le seconder et dont la présence est jugée indispensable par bon nombre de propriétaires d'hôtels moyens et même de grands hôtels. Mais nous trouvons la femme au secrétariat de la direction, à la comptabilité, à la caisse et à la réception ; les derniers emplois dans les petites et moyennes maisons. En ce qui concerne les postes de surveillance et d’administration intérieure, les femmes ont leur place marquée comme gouvernantes d’étages, d’économat, d'office, de lingerie. Enfin, naturellement, on trouve les femmes à la cuisine, sinon comme chefs (emploi ne leur est
(1) Voir, dans ce sens, le Rapport moral de l’Assemblée générale du 27 janvier 1931 de la Chambre Nationale de l'Hôtellerie.
réservé que dans les petits hôtels), du moins comme fouraières, et aussi comme fille de salle, femmes de chambre, raccommodeuses, femmes de menage.
Comme on le voit, si quelques-uns de ces postes offrent de l’avenir et conviennent à merveille à l’activité féminine, on ne trouve qu’exceptionnellement des femmes à la tête d'hôtels ayant quelque importance. Il n’en est pas de même aux Etats-Unis, où un certain nombre de femmes sont directrices ou propriétaires directrices de grosses entreprises. La finesse de leur sens psychologique, leurs qualités de maîtresses de maison semblent y être appréciées. Chez nous, l'élément masculin, auquel on accorde une autorité plus grande, un équilibre et une impartialité mieux assis à l'égard du personnel subalterne, enfin la résistance physique indispensable, ne semble pas prêt d’être menacé dans les postes de direction qu’il détient indiscutablement. Il n’est guère possible de dire actuellement si une évolution se produira dans cet ordre d'idées.
ORIENTATION PROFESSIQNNELLE
« N'importe qui n’est pas apte à faire n'importe quoi » (1). Chaque enfant, chaque adolescent, possède des qualités physiques, intellectuelles et morales qui le prédisposent, si aucune circonstance ne vient l’en détourner, à embrasser telle ou telle carrière, de préférence à telle ou telle autre, et à y utiliser au mieux ses facultés naturelles. D’autre part, certaines professions sont, à un moment donné, par suite d’une vogue momentanée ou durable, qui a pour résultat la « saturation » de leur marché de main-d'œuvre, moins susceptible que d’autres d’offrir des débouchés satisfaisants aux nouveaux venus.
De sorte qu’en vue de diriger la jeunesse (2), selon ses aptitudes, vers le milieu professionnel qui convient, diffé-
(x) F. Mauvez: La Rose des Métiers, 1922. Editions littéraires et politiques. l ; ;
(2) Sur l'éducation de la jeunesse, voir G. CompayRÉé: L’Education intellectuelle et morale.
rentes questions se poseront que la famille, les éducateurs, les sociologues devront s’efforcer de résoudre. C’est un problème particulièrement délicat que celui de l’orientation professionnelle (1), problème économique, problème social (2), d’une importance particulière dans notre pays à faible natalité.
Depuis plusieurs années déjà (3), nous nous sommes intéressé à l’orientation professionnelle, et nous ne saurions en faire une étude complète dans ce travail. Nous renvoyons le lecteur aux nombreux ouvrages qui traitent ce sujet important et, comme nous le disions, très délicat, puisqu'il touche aux domaines de la psychologie, de la physiologie, de la sociologie, et de l’économie politique. Mais nous l’examinerons dans ses relations avec notre profession.
« Mon fils n’est « bon à rien ». 11 ne se sent d’aptitude ni pour les études, ni pour aucun métier. Maïs, comme il est en âge de gagner sa vie, nous avons pensé à en faire un hôtelier. Quel est votre avis? »
Telle est la question qui nous fut maintes fois posée. Nous ne saurions dire qu’ainsi exprimée, elle nous fut agréable.
On considère généralement encore que la profession d’hôtelier ou celles qui s’y rattachent ne nécessitent aucune aptitude physique ou spéciale, aucun bagage intellectuel, aucune disposition particulière, et que d’autre part, les carrières dans l’hôtellerie sont lucratives et faciles. Il en résulte que notre industrie est appelée à être encombrée de non-valeurs, d’inaptes qui sont destinés à échouer et à faire des aigris. Ici, comme ailleurs, nous ne pourrons que déplorer l'insuffisance de la documentation que possèdent les milieux hôteliers sur leur propre profession au triple point de vue: économique, technique et physiologique (4).
Le public, en l’absence de monographies professionnelles
(1) Appelée « Vocational Guidance » aux Etats-Unis, « Berufsberatung » dans les pays de langue allemande.
(2) Julien Fonrèene : L'orientation professionnelle et la détermination des aptitudes, 1921. Editions Delachaux et Niestlé, bel ouvrage auquel nous avons dû une partie de nos connaissances sur la question il y a quelques années.
(3) Voir nos articles sur la situation des employés dans l’hôtellerie, France Hôtelière, février et mars 1924.
(4) Voir Julien FoNTèGnE, ouvrage cité, p. 77.
qui sont à la base de toute orientation, est par conséquent tout aussi excusable de ne pas en connaître davantage (1\.
Sans vouloir prétendre à suppléer à une carence regrettable, nous pourrons essayer de jeter les bases d’une étude que, volontairement, nous sortons du domaine de la théorie afin de susciter la collaboration de tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de notre industrie.