‹ L'humanisme belge à l'époque de la renaissanceChapitre 9 sur 27 · LE DOYEN DE SAINTE-GUDULE · texte numérisé non relu

LE DOYEN DE SAINTE-GUDULE

jecturale, nos compatriotes pratiquèrent l'une et l'autre avec un égal succès.

« Ce département de la science, fait observer judicieusement M. le baron Descamps, n'est pas à mépriser. La critique verbale est à la base de toute critique. Avant d'interpréter les doctrines et les faits, il faut les connaître avec exactitude dans les sources. Labeur immense, œuvre de longue haleine, sur laquelle des générations de Justes Lipses ont peiné et peinent encore I Trava.il souvent ingrat et souvent méconnu I Mais il faut nous dire que la possession des textes antiques, que la résurrection des lettres était à ce prix (i) ».

On comprendra sans peine l'évolution qui se produisit chez nos humanistes, en présence des exigences croissantes de la science. De vulgarisateurs et de « remueurs » d'idées qu'ils étaient au début, ils deviendront plus spécialement des érudits, des savants, des philologues. Ils s'éloigneront de la foule et s'adresseront à une élite.

Peut-on, en effet, sérieusement tirer parti d'un auteur, peut-on même l'éditer convenablement, si on ne le comprend pas dans son intégrité ? Et comment arriver à la parfaite intelligence de sa pensée, sans la connaissance approfondie de sa langue, avec toutes ses nuances, ses particularités et ses finesses ? Toute allusion aux événements contemporains, aux mœurs et aux institutions du passé doit être tirée au clair. Le moindre détail doit être entendu et prend, dès lors, de l'importance.

Pour le critique, pour le philologue digne de ce nom, la civilisation antique, sous ses multiples aspects, n'aura plus de secrets. Pour la reconstituer dans ses différentes manifestations, il se fera grammairien, philosophe, jurisconsulte,

(i) Baron Descamps, Discours prononcé à l'inauguration de la statue de Juste Lipse, à Louvain, le g mai 1909. Dans u Liber memorialis des Fêtes jubilaires de l'Université de Louvain, 1834- 1909 », pages 46-47.

historien, chasseur d'inscriptions et de manuscrits. Et nos archéologues comprendront que leur érudition ne peut rester sédentaire, qu'elle ne doit pas être confinée entre les murs d'un cabinet de travail, mais qu'elle s'exercera et trouvera aussi son aliment à l'étranger, au cours de voyages lointains et d'expéditions parfois périlleuses.

On le voit, c'est toute une résurrection laborieuse qui s'accomplit. Dès le milieu du règne de Charles-Quint, les Belges prendront une part de plus en plus importante au mouvement scientifique en Europe. Avec Juste Lipse, leur école philologique atteindra les sommets : son influence restera prépondérante jusqu'au second tiers du xvii'^ siècle.

L'helléniste Pierre Pantin, le latiniste François de Maulde et l'archéologue Etienne Pighius, auxquels sont consacrés les chapitres qu'on va lire, m'apparaissent comme des figures caractéristiques de l'humanisme érudit.

Pierre Pantin naquit à Thielt en 1556. Il était le petit-neveu de Guillaume Pantin, humaniste distingué, médecin-pensionnaire de la ville de Bruges (i).

Ses parents étaient pauvres et subvinrent avec peine aux frais de son éducation. Il commença ses études à Gand, ville dans laquelle il compta toujours de nombreux amis. Puis, il partit pour Louvain, où il suivit, à la Pédagogie du Château, le cours de rhétorique d'André Schott, un de nos philologues les plus érudits.

Schott n'avait que quatre ans de plus que son disciple : Pantin s'associa à ses travaux ; puis, quand son professeur se décida à quitter le pays, il devint son compagnon de voyage. Il le suivit à Douai, où il vécut dans la famille de Philippe

(i) Voir notre étude sur Guillaume Pantin, dans la « Biographie nationale », tome XVI, col. 565-567.

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