‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 42 sur 113 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

PROFESSORAT A ORLÉANS (10 décembre 1510 — 14 juin 1511)

L'Université d'Orléans était depuis longtemps célèbre. « C'est une coutume chez les étudiants, dit un vieil auteur monastique, de parcourir le monde entier pour y récolter l'insanité par de longues études. Les clercs vont chercher les arts libéraux à Paris, les auteurs à Orléans, les codes à Bologne, les poisons à Salerne, les sortilèges à Tolède et les mœurs nulle part (1). » Transformées par une bulle de Clément V en Université de lois (27 janvier 1305), les écoles d'Orléans rivalisèrent de célébrité avec celles de Bologne. On y venait de toutes les parties de l'Europe ; depuis le XIV» siècle, Orléans possédait une nation d'Allemagne et une nation d'Ecosse (2). Au xvii« siècle, l'Université d'Orléans . connaîtra la décadence ; elle passera pour donner des grades moins aa mérite qu'à l'argent i3). Mais au début du xvi« siècle, elle ét^it encore dans toute sa splendeur (4).

Àléandre avait été appelé à Orléans par Pyrrhus d' Angleberme. Pyrrhus avait étudié les belles-lettres avec Érasme et Paul Emile. Il enseignait le droit à l'Université d'Orléans, et il a laissé quelques travaux en ces matières. Mais il s'intéressait encore davantage aux lettres: il resta en relations avec Érasme, écrivit

(1) T. Gasinî, La CoUura bolognese dei secoli XII e XIÏI ; dans GiornaU storico délia lelt. italiana^ T. i (i883), p. 5 etsuiv.

(2) M. Fournier, La Nation allemande à VUniv. d'Orléans au XI V^ siècle ; dans Nouvelle Revue historique de droit, i884, n» 4 ; E. Bimbenet, Chronique historique extraite des Registres des écoliers allemands (Orléans, 1876, in-8) ; H. Rasdhall, Ouv. cit., T. II, P. I, p. l^2.

(3) M. J. Loiseleur, L'Université d'Orléans pendant la période de décadence (Orléans, Herluison, 1886, in-8), p. a6 etsuiv.

(4) J.-E. Bimbenet, Histoire de V Université de Lois d'Orléans (Paris, i853, îii-8). — Voir aussi Du Boulay, Hist, Univ. Paris., VI, p, 58 ; D. de Laur, Érasme, précurseur et initiateur de l'esprit moderne (Paris 1872, in-8), I, p. 67.

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des poésies, un panégyrique de la ville d'Orléans, et plu^eiam Butres œuvres ePhistoire et deiittératurer (!)'« '

Pjrrrhus avait appris q.u*AIéandre désirait s'éloigner de.Pariô : il lui offrit des conditions avantageuses : Aléandre aurait chez Pyrrhus son logement et celui d'un domestique ; il recevrait en plus vingt écus au soleil jusqu*àPàques suivant^ etil ^rait indemnisé des frais de transport de ses livres (2).

Le 10 décembre 1510, Aléandre arrivait à Orléans avec Simon, jieveu de l'historien Paul Emile. Pyrrhus avait de nombreuses relations, et, cette année-là, il était recteur de l'Université ;- de plus, la renommée d' Aléandre avait précédé sa venue. Aussi, plus rapidement encore que naguère à Paris, les hommes les plus honorables vinrent-ils lui demander des leçons de grec ; le 21 décembre, il commençait à en donner chez lui à Jean Bruneau, chanoine de Saint-Aignan, et à Pierre Bourdinel, tous deux docteurs en droit (3) ; le même jour, il inaugurait un enseignement public de la même langue dans, la maison d*Arnouid Ruzé, scolastique de Sainte-Croix d*Orléans et chancelier de rUniversité (4) ; cette leçon avait lieu à une heure de l'aprèsmidi, à raison d'un écu par mois pour chaque auditeur. Enfin, le 24 janvier suivant, à quatre heures du soir, il commençait un enseignement plus spécial pour quelques privilégiés.

Parmi les nombreux élèves dont Aléandre donne les noms, on trouve Milon dllliers, doyen de Chartres et qui devint plus tard évéque de Luçon (5) ; Jean Lodé, de Nantes, éditeur des Préceptes conjugaux de Plutarque (6); Nicolas Bérauld, qui, en 1521,

(t) J. Débarbouiller, Pyrrhus dAngUberme^ dans Les Hommes illustres de t Orléanais (Orléans, i853), T. 11. p. 6i-64; Gh. Cuissard, U Étude du grec à Orléans depuis le ÏX* siècle jusqu* au milieu du X Vlll^ siècle; dans Mémoires de la Société Archéol. et Hist. de VOrléanaU, XIX. i883 (p. 645-839), p. 735-748) : J.-E. Bimbenet, Ouu, cité, p. 352-354 ; J. Paquier, Érasme et Aléandre, p. 10 ; dans Mélanges ., de V École Jrançaise de Rome, XV, p. 356. — Voir aussi Erasmi Opéra ^ T. III, i646 A. (Érasme à Pyrrhus, 1517} ; A. Horawitz, Briejwechsel des Beatas Rhenanus, Leipzig, 1886 in-8), p. 5o3.

(2) H. Omont, Journal^ p. 18, 19, 20 .

(3) H. OmoQt, Journal, p. 18 .

(4) H. Omont, Journal, p. 19.

(5) GalUa Christiana, VIII, col. 1206 ; II, col. i4i2 ; J.-B. Souchet, Histoire du diocèse et de la vUle de Chartres (1866-1873, 4 vol. ia-8). Ill, p. 439 et suiv.

(6) H. Omont, Journal, p. 19.

faisait paraître chez Pierre Vidoue ,une nouvelle édition du lexique grec de Crafton (1) : Charles Brachet, fils d'un trésorier d'Orléans, l'élève préféré d'Aléandre, qui parle de lui dans la préface de son lexique grec-latin (2). De plusieurs de ses élèves, Aléandre se fit des amis. Au premier de l'an 1511, le chanoine firuneau lui envoie deux aunes de drap noir; à Pâques, Pierre Bourdinel lui fait un présent d'argent ; pour . quelques heures de leçons, Milon d'Illiers lui envoie deux aunes de soie et de généreux honoraires : homme de cœur et homme pratique à la fois^ Aléandre note ces détails dans son Carnet,

. Il ne s'était engagé que jusqu'à Pâques; il resta deux mois encore à Orléans. On le pressait de rentrer à Paris (3j; il quitta Orléans le 14 juin 1511.

(1) Chevillier, VOrigine de Vlmprimerie,.,^ p. a55 ; Haag, La France protestante (1847), II, p. 189 ; Ch. Cuissard^ Mémoire cité, p. 782, 748-761 ; Doinel, dans BuU. de la Soc. ArchéoL et HUt de VOrléanais, T. VII (1878-1883). p. a4a.

(2) H. Omonty Journal, p. ao.

• (3) Ad. Horawitz, Michael Hammelberg (Berlin, Calvary, 1875, in-8), p. a8.

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