CHAPITRE VI
L'AUTEUR ET L'EDITEUR (30 avril 1509 — 1513) (1)
A Pfiœis et à Orléans, Aléandre ne se borna pas à enseigner : il composa et, surtout, il édita un grand nombre d'ouvrages classiques :
Le premier livre grec imprimé, la Grammaire de Constantin Lascaris, avait paru à Milan en 1476 (2). Comme on Ta vu plus haut, il faut descendre jusqu'à 1507 pour trouver des livres grecs imprimés en France : le 12 août de cette année, François Tissard publiait chez Gilles de Grourmont le Liber Gnomagyricus, ou collection de sentences tirées d'auteurs grecs. Jusqu'au 29 janvier 1509, il publiait chez le même éditeur quatre ou cinq autres ouvrages grecs, ainsi qu'une grammaire hébraïque, le premier ouvrage en cette langue qui ait été imprimé en France (3).
Pour la typographie comme pour l'enseignement de ces langues, Aléandre recueillit l'héritage de Tissard. En hébreu, il se borna à publier l'alphabet ; mais, par lui-même ou par ses élèves, il donna ^u moins quinze éditions grecques, dont plusieurs eurent des rééditions. Dans sa lettre à Aide Manuce, il parle avec dédain des caractères grecs fondus à Paris (4). Au début, il s'apppro-
( 1 ) Pour ce chapitre .voir OEavres d Aléandre, Section 1. (Ci-dessus, p.vii-x vi) .
(2) A. Firmin Didot, Aide Manace (1876), p. 35 et suiv.
(3) Geiger ("Vierleljahrschrift Jûr Kultar a. Lit, der Renaissance , II (1887), p. 189238 ; H. Omont. Essai,.. (1891), p. 5, 6; E. Jovy, François Tissard et Jérôme Aléandre (Vilry-le-François, 1899, în-8), p. a6 et suiv. Aux ouvrages mentionnés par H. Omont, M. E. Jovy inclinerait à ajouter une édition du poème des Amours de Héro et de Léandre. Quoi qu*il en soit, l'édition de ce poème décrite par M. H. Omont ne saurait être reportée à 1607, contrairement à ce que dit M. Jovy,puisqueles accents y sont fondus avec les lettres grecques. (Voir H. Omont, Essai, p. 35 ; E. Jovy, Oav. cité, p. 37-38).
(4) Plus haut, p. 39.
visionna donc à Venise; mais il ne tarda pas à avoir recours à Gilles de Gourmont, et, le 30 avril 1509, il faisait paraître chez lui les trois opuscules de Plutarque sur la, Vertu et le Vice^ U Fortune et la Manière dont les enfants doivent étudier les poètes. Dans la préface, il expliquait la nécessité de cette édition et donnait en même temps comme le programme de ce qu'il voulait faire à l'avenir.
« Lorsque, dit-il, je voulus professer publiquement les langues dans cette illustre Académie, que chacun, me semblait-il, non seulement me le demandait, mais m*en suppliait, je vis que rien ne m'était plus défavorable que le manque de livres, et surtout le manque de livres grecs et hébreux. Pour les livres hébreux, rares partout, ils le sont extraordinairement en France ; à part ceux que j'ai pour mes études et que j'ai recueillis çà et là péniblement et à force d'argent, on en trouverait, je crois, à peine deux ou trois dans Paris : encore sont-ils venus d'ailleurs. Leurs possesseurs les estiment à très haut prix : toutefois, ils ont été mis fort aimablement à ma disposition par quelques hommes de cette ville, qui possèdent l'hébreu d'une manière peu ordinaire, sans que je voie qui ait pu le leur apprendre. Je crois trouver la cause de cette pénurie dans ce fait que depuis longtemps les Juifs n'habitent plus ce pays : les docteurs en cette langue faisant défaut, les manuscrits eux-mêmes ont peu à peu disparu.
« A la vérité, l'on trouve en Italie d'excellents livres grecs, et de la plus belle typographie ; mais les dépendes considérables d'impression et de transport rendent ces livres assez rares et fort chers ; bien loin de suf&re aux milliers d'étudiants qui sont à Pcuîs, ils peuvent à peine contenter trois ou quatre amoureux des lettres grecques ; puis, les fît-on venir en plus grand nombre, on ne trouverait peut-être pas plus d'acheteurs qu'aujourd'hui ; le malheur veut que d'ordinaire ceux qui sont les plus portés à l'étude n'ont pas une fortune qui réponde à la grandeur de leurs talents et de leurs aspirations ; par contre, chez ceux qui peuvent se procurer des livres et tout ce qui est nécessaire pour étudier, souvent le talent fait défaut, ou cette sainte passion qui nous pousse tous, pour peu que nous soyons hommes, à nous intéresser aux belles-lettres. Ainsi donc, j'ai cru m'occuper
Utilement en prenant quelques extraits des meilleurs auteurs grecs (pour Thëbreu lès caractères manquent encore) (1), et en les faisant imprriùer avec les caractères qui se trouvent déjà dans cette ville; ces caractères, il est vrai, ne sont pas très choisis, mais vu les circonstances, nous espérons pourtant qu'ils seront de quelque utilité. Ce que j'ai fait pour ces trois opuscules de Plutarque, que je vais enseigner en latin, je le ferai aussi, avec Taide de Dieu, pour Homère, Euripide, Aristophane, Théocrite, Thucydide, Xénophon, Démosthène, Isocrate, Platon, Aristote. Hippocrate, Galien, Ptolémée, Nicomaque. Aristide, Lucien, Philostrate, Libanius, Basile, Grégoire de Nazianze, Jean Chrysostome, Damascène, et pour tout ce qui nous a été conservé de théologiens, de philosophes, de médecins, de mathématiciens, d'orateurs, d'historiens et depoètes. Aussitôt que de chacun de ces auteurs quelque chose aura été imprimé, nous l'enseignerons, pour notre utilité comme pour celle de nos auditeurs, mêlant toujours le latin au grec. Cicéron, l'honneur immortel du Latium, se glorifiait d'en agir ainsi : son exemple nous dispense d'apporter d'autre raison de notre méthode : nous ne saurions imiter un plus beau modèle.
« Je veux avertir aussi que je ne me suis pas préoccupé extraordinairement de choisir ce que je publie aujourd'hui, et que je ne veux pas le faire davantage à l'avenir. J'estime excellent tout ce qui nous est resté des anciens. Dû reste, il faut aussi tenir compte des imprimeurs, qui ne s'inquiètent guère que du gain, et ne sont pas toujours disposés à imprimer ce qu'on leur propose. »
Ainsi donc, par l'impression de ces ouvrages, Aléandre rendra service à la France, et non seulement à la France, mais w à l'Allemagne, à l'Angleterre, à l'Espagne, qui envoient tous les jours à Paris d'innombrables étudiants, comme au plus grand marché littéraire du monde. Du reste, ajoute- t-il, si mes désirs ne m'abu- ^çnt, j'ose affirmer que, sous peu, l'on verra s'imprimer en France un. grand nombre de livres, non seulement en grec, mais
(1) La grammaire hébraïque de Tissard contient un nombre assez considérable de mots écrits en caractères hébraïques (Paris, Bibl. nat. Inv. Réserve X, 1074). Probablement, toutefois, ces caractères n'étaient pas en nombre suffisant pour imprimer un ouvrage entier en hébreu, et c'est sans doute ce que voulait dire Aléandre.
en hébreu. Ce bagage littéraire, que l'on se procurera à bas prix, et nos leçons sur les auteurs permettront à qui le voudra de se promener à l'aise à travers les langues grecque et hébraïque, à travers le syriaque et le chaldéen, voisins de l'hébreu (1;. »
Comme on le voit, le programme d'Aléandre était aussi vaste que les littératures antiques. En mai d5()9, il continuait à le réaliser en donnant deux discours d'Isocrate, le Discours à Nicoclès sur la royauté, et le Discours à Dénwnique sur l'éducation ; l'année suivante, en publiant un Alphahel r/rec et hébreu et des Opuscules de Lucien (2).
Pendant son. séjour à Orléans, Aléandre se préoccupa de trouver à Paris un helléniste capable de surveiller des publications en langue grecque. Il crut Tavoir rencontré en Celse- Hugues Descousu (3), qui devait se faire un nom comme jurisconsulte. Il lui écrivit en grec, avec prière de lui répondre dans la même langue, afin de voir ce dont il était capable (4). Apparemment avait-il en vue une édition de Théocrite (5), Tun de ses auteurs préférés. Mais cette tentative ne devait pas avoir de suites.
Revenu à Paris, Aléandre s'occupa de rééditer le lexique grec de Craston. Désireux de fournir le plus tôt possible à ses compatriotes tous les éléments nécessaires à l'étude du grec, Tissard avait terminé son Liher f/nomagyricus par une trentaine d'onomatopées qui expriment en grec le sifflement ou le cri de divers animaux. En réalité, au commencement du XVP siècle, l'étudiant français n'avait aucun dictionnaire grec à sa portée. Depuis long-
(I) H. Omont, Ouv. cité, p. 5/i-57.
i'Z) llem^ p. a5-a(). Sur. la popularité de Lucien à la Renaissance, voir Maurice Croiset. Essai sur la vie et les œuvres de Lucien (Paris, i88a. in-8), p. 391 ; R. Fftrsler, Lucian in der Renaissance (Discours) (Kiel, i886. in-8).
i'^) Les recueils bibliographiques distinguent ce personnage du jurisconsulte Descousu (Moréri, IV, 119-iao ; Biographie générale (Hœfer), XIII, 792. H. Omont ne croit pas à ce dédoublement ("Ouv. citè^ 1891. p. la). Son opinion parait la plus probable. Gomme le jurisconsulte, rhelléniste avait étudié en Italie (plus loin, ch. Vil) ; comme lui, il était de Ghalon ; il avait les mêmes prénoms ; bref, il n'y eut vraisemblablement qu'un Desconsu, jurisconsulte et helléniste à la fois.
(4) Munich, ms. lat ^^007, f. !\ v° (aô mars i5ii). A. Horawitz, qui a publié la lettre latine à Humnielberg, a laissé la lettre grecque qui l'explique {Michael Hummelberg, p. 27, n° 3)
(J>) A.. Horawitz, M. Uummelberg, p. aO, a7.
temps, au contraire, Tltalie avait celui de Craston. En 1480, la première édition en avait paru à Milan ; il y en eut un grand nombre d'autres en Italie à la fin du XV* siècle ou au commencement du suivant (1). En 1497, Aide Manuce en avait fait paraître une avec addition d'un index ou vocabulaire latin-grec abrégé(2). A l'époque où Aléandre était à Paris, c'était là le seul lexique qui eût encore paru. On devait le reproduire plus ou moins pendant de longues années encore, et il devait garder sa vogue jusqu'à Henri Estienne (3).
La réédition entreprise par Aléandre dura toute Tannée 1512 ; comme il Texplique lui-même dans sa préface, il y fut aidé par six de ses élèves, Michel Hummelberg, Jean Bodin, Michel Boudri, Jean Conel, Charles Brachet et Yves Chevillât. Dans la même préface, il parle de la difficulté de se procurer à Paris de bonnes éditions grecques, et des grands obstacles qu'il a dû surmonter pour mener l'impression du lexique à bonne fin (4).
Dans l'intervalle, Aléandre avait entrepris une réédition de la Grammaire grecque de Chrysoloras. La maladie l'empêcha d'achever lui-même ce travail ; mais, au mois de juillet, l'œuvre paraissait avec le concours de François Va table. Dans la lettre dédicatoire à Barthélémy d'Auriac, on lit un pompeux éloge d'Aléandre : « Désireux de mettre à la disposition des étudiants ' des livres grecs à bon marché, il avait entrepris la réédition de cette grammaire, devenue extrêmement rare ; mais, par un excès de labeur, il avait altéré sa santé et il avait prié Vatable de mettre la dernière main à cette édition (5). >»
La même année, Aléandre faisait paraître, sous le nom de Gnomologie, une réédition modifiée du Liber Gnomagyricus de Tissard, les Sentences des Philosophes, de nouveaux Opuscules de Plutarque et le premier livre de la Grammaire de Théodore Gaza (6).
(1) Schoell, HisL delalUl, grecque (Paris, i8a3-i8a5, 8 vol. in-8), VU, 345-34:.
(2) Renouard, Annales de Vimprimerie den Aide (i834), p. i3.
(3) R. Copley Cristie, Etienne Dolel, trad. Stryienski (Paris, i886. in-8). ch. XI et XII ; A. Horawitz, Michael Bummelberg, p. 5, i6 et suiv.
(4) H. Omont, Essai,,,, p. 7-11, ôg, 60
(5) H. Omont, Ouv. cité, p. 27 .
(6) H. Omont, Ouv. ci/é,p. 3i et suiv. Pour rattribution à Aléandre de l'édition de Th. Gaza, voir même ouvrage, p. 70.
Vers le même temps, probablement au commencement de 1513, il publiait ses Tables grecques (1). A cette époque, les grammaires manquaient aussi bien que les dictionnaires. Il v avait, à la vérité, celles de Chrysoloras et de Théodore Gaza (2) ; mais Tune et Tautre avaient de graves défauts : composées par des Grecs, elles ne se mettaient pas au point de vue d'étrangers apprenant leur langue. Du reste, on y chercherait vainement Tordre, la méthode et les qualités de proportion que nous demandons à un ouvrage de ce genre.
Dans sa préface, Aléandre expliquait le but de son petit opuscule : « Ceux qui veulent apprendre les lettres grecques,disait-il, n'ont pas tous de grands loisirs à y consacrer. Comme je sais votre désir de les apprendre, j'ai cru que le profit et l'honneur auraient tous deux leur place dans la composition de ces Tables, où vous trouverez un tableau fidèle des lettres grecques. J'en avais eu la première idée à Orléans, cette terre si fertile en savants ; depuis lors, je les ai revues pendant les heures que j'ai pu arracher à mes occupations, et je les ai ramenées au plan de la grammaire de Théodore Gaza, que j'ai le dessein de vous enseigner. J'aurais pu, il est vrai, occuper ces heures à des travaux plus élevés et qui m'auraient procuré plus de gloire ; mais j'ai pensé que je devais mettre i^ bien public avant mon utilité privée. Quelle que soit la valeur de cet opuscule, veuillez donc, mes chers auditeurs, le recevoir avec la même bienveillance que je vous l'offre. Ayez pour certain qu'il n'y a personne de talent si ordinaire, de profession si opposée, de naissance si élevée, d'occupations si absorbantes, personne qui, au moyen de mes Tablesy ne puisse faire de rapides progrès dans les lettres grecques (3). »
Ces Tables furent la dernière des publications grecques d*Aléàndre ; mais, les années suivantes, plusieurs de ces publications furent rééditées. Vers 1515, Gourmont donnait de nouveau son Alphabet grec et hébreu et le premier livre de Théodore
(1) H. Omont, Ouv. cité (1891), p. la. Pour la date, voir, plus haut, p. viii.
(2) Tissard avait édité Chrysoloras chez Gourmont le i*** décembre 1607 . Bientôt Chrysoloras trouva daas Théodore Gaza un rival redoutable. Gourmont en donnait deux éditions en lâia et en i5i5 (H. Omont, Oav, citêy (iSqc), p. i5-i6). Panzer en signale cinq autres jusqu'à i535.
3) H. Omont, Ouy. cité, p. 70.
Gaza ; en 1517, la Gra/nmnire de Chrysoloras. Vers le même temps, il reproduisait trois fois les Tabler. En 1515 et en 1517» Schûrer les imprimait à Strasbourg. En 1514, il est vrai, Gourmont avait édité la Grammaire d'Urbain Bolzani de Bellune : en 1530 et 1531, Nicolas Clénard donnait ses InsiUulions et ses Méditations grecques, destinées à un succès extraordinaire. Mais ni l'ouvrage d'Urbain, ni même ceux de Clénard ne devaient faire oublier l'opuscule d'Aléandre (1 1. Les Tables furent l'un des ouvrages pédagogiques les plus en vogue dans la première moitié du XVI» siècle.
Lorsque Aléandre cessa d'éditer des ouvrages grecs, ses élèves étaient déjà assez formés par ses leçons pour être en mesure de l'entreprendre à leur tour. En 1513, Celse-Hugues Descousu donnait les Idylles de Théocrite, et Charles Brachet, les Dialogues de Lucien : deux ans après, Otmar Nachtgall publiait les mêmes Dialogues à Strasbourg (2). Au résumé, depuis la disparition de Tissard jusqu'à 1514, c'est à peine si un seul ouvrage grec, la Grammaire de Bolzani, paraît avoir été publié à Paris sans le concours d'Aléandre ou de ses disciples.
Les années suivantes ^es éditions grecques suivirent la marche de renseignement de cette langue ; leur nombre diminua au lieu de s*accroître. Il fallut attendre la^ondation du Collège de France et l'arrivée des Estienne pour que la typographie grecque reprit chez nous l'essor qu'Aléandre lui avait donné (3 .
(\) En i5i8 et en i5a3. il était réédité à Louvain par Martinus ; en i5ao, à Schlestadt, par L. Srhnrer ; en i524 et en 1627, à Cologne, par Qiientell; on en trouve ailleurs d'autres éditions jusqu'à i546. Dans sa Méthode pour Vinstruction des enfants (i5a3). Vives recommandait les « tables érudites » d'Aléandre. De ralione studii puerilis, ûatis Jo Lod. Vivis Opéra (Kasileae. i555, in-fol), I. p. 11. Pour les éditions des Tables, outre H Omont, voir Maittaire, Annales typographici II, 374, 276, 667 (éd. de Strasbourg, Schûrer, i5i5 : Colognp, Quentell, i524) ; Panzer, Ann. typ., VI, p. 75. n" 4oi (Schûrer, i5i5) : VIII, p. agi, n* 17 (éd. de i5ao. Schlestadt, Laz. Schûrer); Rebitte, O. Budé (i846), p 9-16; Buisson, li éper loir e des ouvrages pédago. giques du XVI* siècle (1886), Brilish Muséum, Catalogue, 12928, A. 4 (i52o, in-8) ; 1067, m. 28 (i523. in-4i ; 12923, A 6 (i532, in-8) ; i2()23. A 5 (1546, in-8).
(2) H. Omont, Essai .., p. 33, 63.
(3) En hébreu, rien ne fut publié à Paris jusqu'à 1620 Cette année-là, Agostino Giustiniani édita chez Gourmont la Grammaire du rabbin Moyse Kimhi ; ce. fut même le premier ouvrage exclusivement hébreu imprimé en France.
Comme Aléandre Tannonçait dans la préface des Opuscules de Plutarque, il mêla toujours le latin au grec, et la langue de Cicëron Toccupa presque autant que celle de Démosthène. Pendant son séjour en France, il participa au moins à sept éditions d'auteurs latins.
La première de ces éditions paraît avoir été celle des Sylves de Stace (1). L'épître dédicatoire en est adressée « au jeune et très illustre Louis de Bourbon de Vendôme (2).
Sur la demande des imprimeurs, Aléandre a cherché un prince à qui dédier les Sylves. La richesse^ l'amour des lettres et de l'étude, la noblesse du sang, tout lui a désigné Louis de Bourbon. C'est sous sa protection que cette édition va paraître ; c'est sous sa protection aussi qu' Aléandre veut commencer à faire des. cours sur l'auteur. Toutes les œuvres de Stace sont excellentes ; pourtant, tandis que l'AcAiZ/^ic/e est inachevée et la Thébaïde trop tourmentée à force de travail, les Sylves seules sont d'une facture à la fois parfaite et facile : c'est l'œuvre où Stace a condensé tout son génie poétique. Aussi après les divins poèmes de Virgile, les Sylves sont-elles l'œuvre qui devrait le plus se trouver entre les mains des jeunes gens. Les poèmes de Virgile sont propres à former un esprit dans l'enfance et qui a encore besoin de lait ; les Sylves rendent plus robustes des cœurs de jeunes gens ; Virgile est le pain dont on ne saurait jamais se passer ; les Sylves rappellent la variété des mets. Parmi les jeunes gens de talent et bien doués pour la poésie, plus d'un s'est arrêté en chemin pour ne s'être pas essayé d'abord dans de petits poèmes de ce genre. Ce n*est pas ainsi qu'agissaient les anciens : avant de chanter la guerre, Homère s'amusait aux combats dès rats et des grenouilles ; avant d'aborder les grands sujets, Virgile, selon le mot de Martial, « pleurait un moucheron ». Enfin, non seulement les Sylves possèdent l'élégance et la variété, mais elles ne
[i) Plus haut, j^. XII.
(2) Né le a Janvier i493, mort le 1 1 mars 1557. ^^ 1*' juillet 1617 ce personnage devait devenir cardinal: dès le mois d'avril 1 5 10. il était évoque de. L^ion. Gomme rien dans la lettre n'indique qu*A.léandre s adresse à un évèque, cette lettre a dû précéder Télévation de Louis de Bourbon à répiscopat: elle se place donc vraisemblablement en 1609. ou dans les premiers mois de iSio.Giaconius, Vi/a^ Pont, et Card. (16771, 111, 380 ; P. Anselme, 1, 3377 iij ii4. Gams, Séries Kpiscoporuin.
contiennent rien que de chaste, de pieux et de cotiforme aux bonnes mœurs. *
Le 13 janvier 1510, Aléandre écrivait la préface des Œuvres de Sallasie (1). Aide avait édité Salluste au mois d'avril 1509 (2) : vraisemUaUement^ Aléandre avait coopéré à cette édition : il la prit pour Ibndemeiit de la sienne. L*épttre dédicatoire en est adressée à François Poncher. Après l'éloge de François et d'Etienne PoûCher, Aléandre dit qu'il est très difficile de se procurer en France l'édition « de son cher Aide » ; mais François Poncher n'a pas voulu souffrir que Salluste ne fût pas à là portée de tout le monde. Il a confié à Aléandre le soin de l'éditer. Aléandre a comparé Tédition aldine avec un' manuscrit tt d'une vénérable antiquité » que lui a communiqué Paul Emile, et il a donné à Josse Bade l'exemplaire ainsi revu. Par cette publication il espère être agréable aux hommes d'étude, et plus encore aux hommes de cour, qui, de la sorte, pourront lire u le prince de l'histoire romaine ».
En 1511, Aléandre éditait les Camaldulenses Quaestiones ou Disputationes,
Le 27 mars, il écrivait d'Orléans, à ce sujet, à Michel Hummelberg : « J'ai revisé de nouveau les Camaldulenses Quaestiones ; il n'y manque vraiment rien de ce qui est utile pour le sens (M). ») Bientôt après, cet ouvrage paraissait chez Jean Petit, avec cette préface d'Hummelberg : « Vous avez dans ce volume, lecteur très studieux, les quatre livres des Quaestiones Camaldulenses, du Florentin Cristoforo Landini. De plus, le grec, qui manquait dans toutes les éditions parues jusqu*à ce jour, tant en Italie qu'en Allemagne, a été rétabli au moyen des plus habiles conjectures, et traduits en latin par Jérôme Aléandre de la Motta, l'interprète vrai, authentique et très fidèle des langues et des sciences i4). »
(1) Plus haut, p. XII-X[II. Sur cette édition voir, en outre. A.. Horawltz, Analekten zur Geschichle des Humanismus in Schwaben, 1512-4 5î 8 ; dans Siiznngsherichte der Wiener Akad Ph. Hist. Kl. T. LXXXVI (1877), p a58 : Badius Ascensius à Michel Hummelberg, 10 oct. i5i3 ; Panzer, Ann. typ. Vlli, p. 4, n^ 63o; Schweiger, Handbuch der classischen Bibliographie (Leipzig. i834), 11, 870 ; Graesse. Trésor de livres rares ou précieux, Vi, 287.
(2} Uenouard, Oav. cité, p. ^7.
(3) A. Horawitz, Michael Hummelberg (1876), p. 27.
(4) Plu» haut, p. XIII. Voir aussi Fanzer, Ann. typ,, VII, 554, n" 46a. Sur rinfluence de cet ouvrage, voir A. Lefranc, Le Platonisme.., à la Renaissance^ dans Revue d'histoire littéraire de la France, janv. 1896, p. 6.
Dès 4510, Aléandre pensait à Tédition d'Ausone. Mais, le 15 septembre, il écrivait de Paris à Michel Hummelberg : « Pour Ausone. il n'y a rien de fait: on s'en occupera sérieusement lorsque Josse Bade sera ici (1). »
Ausone paraissait, en 1511, chez Josse Bade, par les soins de Michel âummelberg. Celui-ci disait dans une courte préface : tt Nous ne saurions nier que dans tous les manuscrits d* Ausone ne se rencontrent de nombreuses erreurs, demandant un correcteur de marque. Jérôme Aléandre, homme au-dessus de tout éloge, qui, malheureusement, était occupé ailleurs pendant l'impression de cet ouvrage, se réserve de les élucider en public (2). »
Comme on l'a vu, en effet, Aléandre, aussitôt son retour à Paris, fit ses cours publics sur Ausone. D'après les explications qu'il y donna, Josse Bade faisait paraître, le 1*' octobre 1513, une nouvelle édition d* Ausone, avec cette préface : « Jeunesse studieuse, tu es redevable de beaucoup à Jérôme Aléandre, homme, comme tu le sais, extrêmement docte : c'est lui qui, le premier, a refait au Bordelais Ausone, à ce poète si gracieux, non seulement le nez, les ongles, les cheveux et autres parties sujettes à se gâter, mais la tête elle-même et les pieds, et une grande partie du reste du corps, rongée par la dent du temps, par l'incurie et l'injuste abandon des siècles. Bientôt, tu devras encore davantage à Aléandre, lorsqu'il enfantera ses abondants commentaires sur les ténèbres d' Ausone. En attendant, tu témoigneras aussi ta gratitude à Homedeus (3) : il a réuni avec soin les
(1) Munich, ms. la t. 4007. f. 3 r**. Joftse Bade était alors en Flandre. Cideasus, p. 43.
(2) Plus haut. p. XIV. Voir aussi Teufel, Geschichteder RomUchen LiUeratar (4* éd.), p. 991 ; A. Horawitz, Michael Hummelberg (1875), p. 16, 38 ; Anatekten zur Gefchichte des Hamanismas in Schwaben (ibt2''i5iS), dans SUzangs-beriehte der Wiener Akad, Ph. Hlst. Klasse, T. LXXXVI (1877), p. a34. — L'historien de M. Hummelberg, A. Horawitz, ne savait rien de cette édition, ni de celles de i5i3 et de 1517. Voir M, Hummelberg^ p. 16. Dans son savant travail sur la Moselle, H. de la Ville de Mirmont parle des éditions d'Ausone bites sous la direction d'Aléandre (La Moselle d'Ausone, Bordeaux, 1889, in-8, p. XXXVII-LX). Mais, malgré ses recherches, Tauteur est tombé dans plus d'une erreur au suget d'Aléandre.
(3) Personnage inconnu. Peiper inclinerait à Tidentifler avec Michel Hummelberg. Decimi magni Ausonii Burdigalensis opuscula (Leipzig, Teubner, 1886, in-8<*), p. LUI. Mais ce que Josse Bade dit ici d*Homedeusne peut convenir à Michel Hummelberg parti en Allemagne en i5ii.
annotations écrites d'Aléandre, son enseignement oral, et les heureuses trouvailles qu'il a faites lui-méme^afin de te fournir un texte aussi correct que possible (1). »
Au commencement de 1512, Aléandre donnait, chez Gilles de Gourmont, le traité de Cicéron Sur la Divination, Il le fit précéder d'une épître dédicatoire à Guillaume Cop : « Il y a, disait-il, beaucoup d*œuvres de Cicéron, le premier représentant de la langue latine^ qui n*ont pas encore été imprimées en France : si je ne me trompe, personne, jusqu'aujourd'hui, ne l'a publiquement enseigné dans cette ville. A la demande de mes auditeurs, je me suis imposé cette tâche, et j'ai commencé par les livres Sur la Divina- /('on; mais je renouvelle avec instance une demande que je me souviens d'avoir déjà faite, c'est que l'on ne m'attribue pas les erreurs où il arrive trop fréquemment aux imprimeurs de tomber (2). »»
Peu après, Aléandre publiait quatre Discours de Cicéron ; ce dut être sa dernière publication latine. A la vérité, nous n'avons pu trouver trace de cette édition ni dans les recueils bibliographi • ques (3), ni dans les bibliothèques (4). On ne saurait pourtant douter qu'elle ait existé, d'après ce qu'on lit dans une minute autographe d' Aléandre, qui paraît être im cours d'ouverture (5) : u Récemment, j'ai eu soin de faire imprimer les quatre discours de Cicéron que j'ai dessein de vous expliquer. Les trois premiers de mon petit livre sont les plus longs, et, en même temps, au jugement des anciens, les meilleurs de Cicéron ; le quatrième s'y est adjoint de droit, et presque de force, puisqu'il a été prononcé en faveur du poète Archias et qu'il renferme l'éloge de la poésie, pour laquelle je connais le penchant de la plupart d'entre vous. J'ai pris ces quatre discours en pensant à Quintilien, que nous allons bientôt expliquer. Je ne voulais pas vous voir arrivera
(1) Voir plus haut, p. XV.
(2) Plus haut, p. XIV.
(3) Conr. Gesner. Bililioiheca universalis, avec supplément (Tiguri, i545i5ô5), 4 vol. in-fol. ; G. Draudius, Bibliographia classica (Francfort, i(ia5), I vol. in-4 ; Mailtaire, Annales typographici (1719-1789), 6 vol. in-4 ; Panzer, Annales typof/raphici (1792-1803), 11 vol. in-4 ; General Catalogue ofthe British Muséum Library ; Catalogue delà. Bibl. nat de Paris, t. II (encore inédit, mais que Ton a bien voulu nous communiquer pour ce qui concerne Aléandre) ; etc.
(4) Les diverses bibliothèques de Paris, Londres, Bruxelles, Bàle, Strasbourg, Bonn, Munster. Gottingen, Dresde, Munich, etc.
.5) Ms. Vat. lat. 3913, f. a v. ; plus haut, p. XV.
cette explication ie cerveau vide, sans avoir iu quelques dfscours de Cicéron. ceux-là surtout dont Quintilien admire la grâce et rénergie, et qu*il cite le plus fréquemment dans ses Institutionjt De la sorte, vous comprendrez mieux Quintilien, et non seulement ces quatre discours, mais tous ceux du même auteur. »
Aléandre explique ensuite qu*il a fait imprimer ces discours pour les étudiants peu fortunés : ceux qui voudraient un plus gros volume pourraient se le procurer ailleurs. Du reste, il connaissait le soin de Guillaume, Timprimeur, qui avait déjà donné lesSy/ve^deStace; il pensait donc que ces quatre discours étaient d'une bonne impression.
« Toutefois, ajoute-t-il, peut-être dans le cours de notre enseignement, nous arrivera-t-il de faire au texte quelques changements, de corriger les leçons fautives, d'enlever les interpolations : vous saurez que tout cela viendra de nous-méme et de notre propre travail : nous ne voulons jamais cesser de feuilleter les manuscrits anciens pour peu qu'ils soient à notre portée, et de corriger les fautes des livres imprimés. En vue de la commune utilité de ceux qui étudient, nous l'aurions fait pour cet ouvrage au cours même de l'impression, si nous n'en avions été empêché par nos leçons publiques et privées, et par quelques autres occupations. »
Dans la préface des Opuscules de Plutarque (1509), Aléandre parlait de l'imprimerie comme d'un don venu du ciel (1). Trois ans après, il composait des hendécasyllabes phaléciens en Thon neur de cet art (2). Enfin, en 1521, il semblait comme à regret in-
(1) H. Omont, Ouv. cité (1891), p. 56.
{2) F. I' Beatisslmi Gecilii Cypriani Garthaginiensîum prsesulis. oraioris ▼erbique dÎYini prseconis eloquentissimi : ac Ij trini unîusque Dei proclamatoris vehementissimi. Opéra hinc inde ex || cerpta et in unum vigiliis et sumptibus magistri Bertholdi Rembolt || et Joannis Waterloes calcographonim peritissimorum et veracissimo || rum collecta et impressa quorum distinctio fronte sequenti notatur. — Marque typographique de Rembolt. — Tetrastichon ad Lectorea, Quisquis amas Christum...
F. I' : Index.
F. 2' : Roberti Fortunati epistola in recoiiimandationéoperis... Ex Plesseils tuis aedibus Parrhisii [sic) ad Kalendas novembres MDXII.
F. Z' Guielmi Poteti Bisantiniad lectures carmen.
F. 3' : Hieronyml Aleandri Augusti palatii ^omitis Poetae Laurea donati ar. lib. doctoris etearumdem publici Parisiis in utraque lingua interpretis Phalecium hendecesyilaboa. In commendationeni optimi inipressoris Ber-
sérer, dans Téditde Worms,une « loi d'imprimerie pour empêcher les maux qu'engendrait le mauvais usage d'un art si louable (1).» Par les publications qu'il fit à Paris, on voit qu'il ne se borna pas aune vaine admiration : il est un de ceux qui ont le mieux mérité de l'imprimerie dans la première moitié du XVI« siècle; une partie des éloges qu'il lui donnait lui revenaient à lui-même.
Lorsque Aléandre arriva en France, les études classiques y étaient en retard sur l'Italie de plus d'un demi-siècle. Tout y était à faire ou à peu près, alors qu'au-delà des monts la Renaissance touchait à sa fin. Il fallait donc publier beaucoup et vite, et Aléandre y réussit merveilleusement ; on peut à bon droit s'étonner de ce que, malgré les guerres et la peste, malgré ses longues et douloureuses maladies, ce jeune étranger parvint à réaliser dans l'espace de cinq ans. Cela, du reste, convenait à la fois aussi bien à sa nature qu'à sa situation : toute sa vie. ce fut chez lui un besoin de travailler rapidement, et par là même une tendance à s'assimiler plutôt qu'à créer. Son séjour à Paris dut contribuer beaucoup à développer chez lui cette disposition.
Les travaux d'Aléandre en France eurent donc avant tout un caractère de vulgarisation : Aléandre se borna à propager chez nous ce qu'il avait trouvé à Venise et à Padoue. Cela est vrai de son enseignement. En 1509, il commence par les Opuscules de Plutarque : Tannée précédente, il les avait déjà lui-même ensei-
tholdi Reinbolti : ubi obiter impressores monentur ofacium : Et Divi Cypriaai Laudes suinmo quasi digito attinguntur. E lot chakographis,
F. 4' G. de P. Jacobo Grossolario civi venelo.
Ces premiers folios ne sont pas numérotés.
F. I-CL\XX'. Texte. —A la fin : Beali Gypriani Opuscula noviter Parrhisiis In sole aureo vici Saneti Jacobi inipressa. Expensls magistri Bertholdi Rembolt et Johannis Waterloes. In intersignio saneti Georgii commorantium. Anno Domini MDXII. Die vero XIU novembris.
Ensuite, viennent, avec une autre numérotation, d'autres opuscules de saint Gyprien. F. XXXV : Finis opusculi Beati Cypriani Garthaginiensis episcopi De Gardinalibus Ghristi operibus, impressi Paris, in sole aureo. — Tabula materiarum. — Emporium epistolarum. — aooXi4o mm. — (Florence, Bibliothèque nationale).
Nous sommes redevable de la description de ce volume à Tobligeance du baron Podestà, bibliothécaire à la bib. nat. de Florence.
Panzer relate cet ouvrage ; Ann, typ. VII, p. 56o, n°» 5ia, 5i3.
(1) Caroli Quinti.... Edictam impériale (Louvain, 19-26 juin i5ai).
Plus haut, p. VIIMX.
gnés à Venise (1). Pour la plupart des autres auteurs qu'il expliqua, il est à supposer aussi qu'il les avait étudiés en Italie. Mais cela se remarque mieux encore dans les éditions qu'il donna ; il disait lui môme dans sa première préface qu'il voulait acclimater chez nous les éditions italiennes (2) ; il les reproduisit, en effet, et particulièrement les éditions aldines.
La première publication grecque d'Aléandre, les Opuscules de Plutarque, est prise tout entière de l'édition des soixante-douze Opuscules de cet auteur qu'Aide avait donnée au mois de mars de la même année (3)» et à laquelle Aléandre avait autrefois collaboré. Trois ans après , il tirait de la même édition trois autres Opuscules (4). Les deux Discours d'isocrate lui furent fournis par l'édition de cet auteur que Chalcondyle avait donnée à Milan en 1493 (5), les Opuscules de Lucien par l'édition aldine de 1502 (6), la Gnomologie par le Liber Gnomagyricus de Tissard, ou plutôt par l'édition des Idylles de Théocrite, que Tissard avait luimême reproduite en partie (7). Dans leurs éditions de Théocrite et de Lucien, Descousu et Brachet imitaient le maître et reproduisaient, eux aussi, les éditions d'Aide (8). Enfin, les Grammaires de Chrysoloras et de Gaza étaient répandues depuis longtemps en Italie, lorsqu' Aléandre les fit imprimer en France (9).
(\) T. Brieger, Aleander und Luther, 152i (Gotha, i884, in-8), p. 5a.
(2) Voir plus haut, p. 65-67.
(3) Renouard, Ouv. cité, p. 56. Ces deux éditions se trouvent à la bibliothèque Mazarine (Paris) ; (Plutarque d'Aide : 36^7 : Plutarque d*Aléandre, i433i(a); et à la Bib. de 1* Arsenal (Plutarque d*Alde, S.A. 1 586, Plutarque d'Aléandre, S- A. 2074). Les trois opuscules de Tédition d'Aléandre sont les 9* rp 87), 8« (p. 85) et a« fp. i3) de l'édition aldine.
(4) Bibl. Mazarine, Opuscules d'Aléandre, 10487 (6) (Omont, Ouv. cité (1891), W* XV). Ces opuscules sont les 6« (p. 75), 7* (p. 81) et i4* ^p- i43) de l'édition aldine.
(5) Sans titre, F. A. il : nXouTapyou fio; 'Idoxpatou; (Paris, Bibl. de l'Arlenal, A. iiaS B. L.).
(6) Renouard, Ouv, cité (i834), p. 39.
(7) Omont, Oav, cité (1891), p. 5, 11, 37. L'édition aldine des Idylles de Théocrite était de février i 495 (i 496 nouveau style).
(8) Renouard, Ouv. cité, p. 5 (Théocrite, 1 495) ; 39 (Lucien, 1 5o3).
(9) Chrysoloras avait été édité à Venise en i484) à Florence et à Vicence en 1491» etc. H. Omont, Catalogues,,. dAlde Afonac^ (Paris, 1 89a, in-fol.), p. 5. Théodore Gaza avait été imprimé pour la première fois en 1 495, chez Aide Legrand, Bibliogr, hellénique {Paris, i885. in-8), I, p. xli ; Renouard, Oav, cité, p. 4.
Quatre éditions grecques, toutefois, appartiennent plus spécialement à Aléandre et peuvent être rangées parmi ses œuvres propres : c*est V Alphabet hébreu et grec, le Lexique grec-latin, les Sentences des Philosophes et les Tables.
L'Alphabet est une compilation de lettres, d'abréviations et de prières usuelles ; très utile pour Tépoque, elle paraîtrait aujourd'hui presque enfantine. Les Sentences des Philosophes offrent une réunion de textes d'une bien plus grande étendue ; on y trouve en outre quelques éléments de grammaire grecque, premiers linéaments des Tables, et des prières usuelles. Les Tables sont vraiment l'œuvre d' Aléandre ; c'est la première grammaire grecque composée par un Occidental, qui ait été publiée en France. Elles donnent d'abord l'alphabet grec avec les divers groupements des lettres ; suivent des remarques assez étendues sur la prononciation, Us esprits, les accents et les syllabes. Dans une dernière page sont énumérées les parties du discours (i).
La principale édition grecque d'Aléandre est la réédition du Lexique de Craston. Aléandre prit pour base de son travail Tédition Aldine de 1407 (2) ; toute la première partie, c'est-à-dire le Lexique grec-latin, est identique (3). Mais les pages suivantes, qui indiquent les mots changeant de sens suivant la place de Taccent, ont déjà chez Aléandre quelques explications préliminaires que Ton ne trouve pas chez Aide (4). Dans la suite, les
(1) Ainsi, cette petite grammaire ne comprend guère que ce que nous appelons aujourd'hui la Phonétique. C'était plutôt un préliminaire à Théodore Gaza qu'un résumé de cet auteur, comme on l'a dit depuis. Ce préliminaire est fort court, puisqu'il ne comprend que quatre feuillets.
Nous avons comparé les trois éditions suivantes : Théodore Gaza, livre I»"" (Omont, Ouv. cité, n» XVI, p. 3a , Bibl. nat Inv. Kés \, i 4o2. — Théodore Gaza, livres I-IV (Beoocooou rpocjifjLaTixTiç jji'êXi» S\ Venise, Aide, I 525). Bibl. nat. Inv. X, O659. —Aléandre. Tables (Omont, n» III, p. i3). Bibl. nat. Inv. Rés. \ + 57 (a).
(2) Nous avons comparé les trois éditions suivantes ; édition d'Aide 1^97 (voir le titre dans Renouard, Oav. cité). Bibl. nat. Paris, Inv. Rés. X, 4i.— Édition d'Aléandre (Omont, Oav. cité, n» XIH). Bibl. nat. Inv. Rés. X, 544.
— Édition de Nicolas Bérauld (Diciionarium graecum Lutetia MDXXI).
Kibl. nat. Inv. X. 16a — La bibliothèque nationale ne possédant pas les éditions de Bàle, x5i9 (Panzer, Ann. typ., VI, p ai5, n® 3o8) et i5a4, (Jacobus Ceratinus. Voir Panzer, VI, p. a4a, n^ 5a4), nous n'avons pu comparer ces éditions aux trois autres.
(3) Aide f 1-17 1 ; Aléandre, p. i-455.
(4) Aide, f. 171^-181 ; Alcandre.fp. 456.409.
différences s'accentuent encore (1) ; Aléandre avait le droit de dire dans sa préface : « Si l'on examine ce vocabulaire avec soin, on verra que , soit par la disposition , soit par l'abondance des matières, soit par la pagination, qui a été introduite, il l'emporte sur tous ceux qui ont paru jusqu'à ce jour (2) » . Aussi l'édition d' Aléandre devait-elle être la base des éditions futures du lexique de Craston ; elles ne lui apportèrent que fort peu de changements (3).
Pour plusieurs de ses éditions latines, Aléandre fut encore un vulgarisateur. Les Sylves de Stace semblent une reproduction de l'édition qu'Aide M anuce avait donnée en 1502 (4) ; les deux livres De la divination sont identiques au texte des Œuvres philosophiques de Cicéron que Josse Bade avait publiées en 1511 (5). Nous n'avons pu voir les quatre Discours de Cicéron ; mais, à la manière dont Aléandre en parle, on sent assez que ce fut une réimpression à Tusage des petites bourses.
Pourtant, moins pressé que pour le grec, Aléandre fit pour plusieurs éditions latines (Kuvre personnelle. Pour les Œuvres de
(I) L*éditioa aldine ne contient qu'une faible partie de ce que renfernie l'autre. De plus, le répertoire général alphabétique latin-grec qui termine Touvrage eut bien plus riche en mots latins chez Aléandre que chez Aide, et il contient non seulement des mots, mais des locutions latines Enfin, à côté du mot latia, on trouve uniquement chez le premier le renvoi aux folios et aux lignes du lexique grec où ce mot est cité ; Tusage de ces renvois est d^autant plus difncileque,dansie lexique, feuilles ni lignes ne sont numérotées : à chaque fois, c'est donc un petit calcul à faire pour les trouver. Chez Aléandre, au contraire, outre les renvois au lexique grec, on trouve à côté du mot latin les mots grecs correspondants, ce qui fait de ce répertoire un véritable lexique latin-grec .
i'Z) H Omont, Ouv. cité, p. Oo. — Dans une préface pour le lexique greclatin de Jacques Gératin, Érasme fait mention de quelques lexiques parus auparavant, et ne dit rien de celui d' Aléandre (Opéra 111, 8oa : Dàle, i*" juillet i5a4;. Mais à cette époque, les rapports étaient assez tendus entre Aléandre et Érasme, et ce n*est pas juger trop sévèrement Érasme que de le supposer capable d'un oubli scientifique afin de satisfaire un ressentiment privé.
{'A) Dan» Tune des plus importantes, celle de Nicolas Bérauld (chez Pierre Vidoue, i5ai), le principal consiste dans l'adjonction de Topuscule grec de Jean le Grammairien (Fabricius. Bibtiotheca graeca, VI, 196) sur les Différences des Langues^ c*est-à dire sur les divers dialectes grecs.
(4) Renouard, Ouv, cité, p. 35 : Stalii Papinii Sylvarum libri quinque.,. (mense auguste, i5oa).
{b) Opéra M. T. (?/ceronw p/u7o«op/tica, f. 1 10 v'^-iSi r° (Bibl. nat Paris. Inv. X, 9o6) Cette édition reproduisait elle-même celle de Milan, chez Alex. Minutianus, Giceronls Opéra, 4 vol. in-fol. (1498-1 ^cjq). Deschamps, Essai bibliagraphique «or Cicm)n (Paris, i863, in-8), p. 60.
Sàlluste^ tout en suivant l'édition aldine (1), il consulta un manuscrit que lui avait communiqué Paul Emile. « Si quelqu'un, dit-il) compare les autres éditions de Salluste à celles de Josse Bade, il trouvera sans aucun doute que ce très grave auteur, naguère nouvel Hippolyte aux membres épars, est, lui aussi, devenu Virbius par la puissance divine, comme autrefois les membres du héros par la puissance de Diane ».
Dans les Camaldulenses Dispulaliones, Aléandre a ajouté le grec et Ta traduit en latin. Les précédents éditeurs s'étaient bornés à donner les mots grecs en caractères latins, ou même d'ordinaire les avaient supprimés complètement, ce qui rendait inintelligibles les passages où ils se trouvaient (2). L'édition de 1511, au contraire, donne constamment le grec; à côté, si le sens est assez facile à saisir, Aléandre se borne à répéter le mot en caractères latins ; s*il est long et difficile pour l'ensemble des lecteurs, il le traduit en entier (3).
Pour la première édition d'Ausone (1511), Aléandre et Hummelberg consultèrent un ou même deux manuscrits; dans sa préface Hummelberg parle des « fautes des manuscrits », et dans le corps du livre, on lit que, sur la foi d'un vieux manuscrit, Aléandre a rendu à Ausone le poème des Roses, jusque-là faussement attribué à Virgile (4). Dans son ensemble, cette édition est de beaucoup supérieure à celle d'Ugolet et même à celle d'Avantius, qui l'avaient immédiatement précédée ; la disposition en est meilleure, les corrections nombreuses, et, d'ordinaire, faites avec bonheur.
Plus tard, comme on l'a vu, Aléandre étudia spécialement Ausone; dans l'édition qu'il en donna lui-même en 1513, il fit de nouvelles corrections, d'après un manuscrit et d'après le sens ;
(1) Renouard, Ouv. cité, p. 57 (inense aprili iBog).
(2) Par exemple, dans Tédition décrite par Hain (Repertoriam bibliographicam) aous le n* gSôi . Paris, Bibl. nat. Inv. Réserve Z. 3i 6 (sine loco et anno), on lit : f. a r*. lig. i3 : « Telos », en caractères latins : f. i8 r^, lig. a8 : « Nam in suis : id est ratis opinionibus. ... • Ici l'édition de i5ii met (f. i^T^y lig. i4) : < Nam in suis xupiai; So^atç cyriaaes doxaaes, id est ratis opinionibus. . . ; » — f. 33 v<», lig. ag, le mot ircielv est laissé en blanc, etc.
(3) Par ex., f. 4i v* : ï>jv ij/ux^.v (>Ya6cova...,
(4) Ausonii Rosae quas properam (perperam) Maroni adscriptas Hieronymus Aleander ex fide vetusti codicis auctori adseruit. — Ver erat. ... (F. 4o).
elles ne sont pas rares, particulièrement dans le poème sur la Moselle (1).
Ce fut la dernière édition d*Aléandre. Deux mois après la date de la préface, il entrait définitivement chez Etienne Poncher (4 décembre 1513). Dans son passage à Paris, Ausone est Tauteur qu'il a le plus étudié, celui qui lui valut les plus beaux triomphes et dont il a laissé la meilleure édition.
A Paris, Aléandre avait en outre composé des œuvres restées manuscrites. Quelques-unes se sont perdues, en particulier les quatre livres de Commentaires sur Ausone dont parle Josse Bade (2), et auxquels Aléandre fait lui-même des renvois (3». Mais nous possédons encore de lui une série d'exercices scolaires qui remontent évidemment à cette époque (4) et deux recueils de notes qui semblent en être également (5).
Les exercices scolaires consistent en descriptions de villes et de pays, la plupart situés en France ; dans les marges se lisent des annotations d'Aléandre, du genre de celles que les professeurs mettent encore de nos jours II faut sans doute y voir uneimitation
(1) Nous avons comparé les six éditions suivantes :
1" F. 1** Opéra Ausonii nuper reperta... 1499 (Plus haut, p. XIV).
a" F. I fo : Opéra Ausonii nuper reperta. — F. a r» : Thadaeus Ugoletus Lazare Gassolae medico celeberrimo S. c Decreveram, eruditissime Lazare...» A la fin : Impressum Venetiis, anno MGGCGCI, die XXX octobris, in-S". — Paris, Bibl. nat. Inv. Rés. PYC894. Voir aussi Panzer, Ann. typ., VIII, p. 346. n» 7a.
3<* Ausonius (| per Hieronymum Avantium Yeronen || sem ar. doc. emendatus. A la fin (f. LXXXIIP) Impressum Venetiis per JoanneniTacuinum de Tri | dino : Anno Domini MCGGCCVII. Die. VU. Aprilis. (l^aris, BiW. nat Inv. Rés. m Y c 608).
40 Ausonii Paeonii i5ii. Paris, Bibl. de Hnstitut, Q, 86. (Plus haut.
p. XIV).
5« Ausonii Paeonii.. . i5i3. (Plus haut, p. XV).
6<> D. Ausonii Paeonii 1517. Paris, Bibl. nat. Inv. Rés. m Yc 609.
(Plus haut. p. XVI) Sur ces éditions, voir aussi de la Ville de Mirmont,oui>. eité^ p. XXIII et sûiv. Aléandre se servit de Tédilion dXgolet, mais il ne parait pas avoir usé de celle d^Avantius. Même aalear, p. LVIIL
(2) Préface d'Ausone, 1 5i 3-i 5 17 .
(3) Rome, Bibl. Chigi, ms. R. II. 49, .17 v; Vat. lat. 3936, f. i 87 r% elc.
(4) Ms. Vat. lat. Sgaa, 189-306.
(.1) Ghigi, R. H. 49, Vat. lat. 8936. — l*'* recueil (marque delà lettre B) : Ch. R Jl. 49, f. i-a; l'-ia'; Vat. 8936, f. 169-170; iai-i3i; a« recueil (Icllrc E) : Ch., R. H. 4î), f. a-8; ia'-3o'; Vat. 3936, f. i3i-i53; 170-176.
du Catalogue des villes remarquables y d*Ausone(l). La description de Paris est particulièrement soignée (2). On y trouve un pompeux éloge de la ville et surtout de son Université : le climat est salubre, le sol fertile ; la partie qui regarde la Belgique est trois fois aussi grande que les deux autres réunies et elle est de beaucoup la plus riche ; dans la cité est Téglise de Notre- Dame ainsi que la Sainte Chapelle ; du côté de la Gaule, TUniversité, la mère des arts libéraux, la nourrice des grands hommes, et qui, à ses gloires passées, joint aujourd'hui celle d'enseigner les belles-lettres : « Que si. dans toutes ces perturbations qui depuis trop longtemps, hélas ! bouleversent Tltalie, la mère des beaux-arts, que si» dans le péril toujours menaçant des infidèles, Ton peut garder quelque espoir de paix et de tranquillité, il semble que cet espoir ne peut se réaliser nulle part ailleurs qu'à Paris. »
Les deux recueils de notes d'Aléandre qui remontent à son séjour à Paris sont divisés chacun en deux parties. La première, beaucoup plus courte (3), comprend quelques remarques sur des matières religieuses, des points d'exégèse et d'histoire de l'Église. Dès lors, Aléandre lit TEcriture sainte, saint Augustin, saint Jérôme. Dans Texégèse, il fait surtout de la critique historique et verbale. Çà et là se trouve quelque remarque mélancolique. A propos de Rufin, il note de quelles faibles circonstances peut dépendre la renommée : n'eût été son différend avec saint Jérôme, peut-être, au lieu de descendre jusqu'à saint Grégoire, eût-on fait de lui le quatrième Père de l'Église latine.
La seconde partie (4) comprend surtout des remarques sur les auteurs anciens: Aléandre lit Hésiode, Démosthène, Lucien, Strabon, Porphyre, Julien, Salluste, Quintilien, Martial, Tacite, mais plus encore Théocrite, Plutarque, Cicéron, Tite-Live, Pline et Ausone. Il connaît les travaux contemporains, cite Béroalde l'ancien, Budé, Érasme et Reucblin. Certaines pages de ces notes furent sans doute des préparations de cours et passèrent plus tard dans le lexique grec-latin. Aucune expression exclama -
(1) Édition de i5i3, f. 91 v° et seq.
(2) Ms. Vat. 3922, f. 195-200.
(3) Chigi, R. II. 49. f. 1-8.
(4) Ghigi, f. i'-3o'.
tive, mais des remarques philologiques et historiques où la valeur des mots est pesée et comparée. Aléandre est pour ainsi dire de notre époque ; en lisant ces recueils, on croirait assister à tel cours de la Sorbonne ou du Collège de France.
Çà et là, ces notes prennent un caractère plus personnel; Aléandre s'intéresse à tout. Il a lu dans Pline que seule Tétoile de Vénus était assez brillante pour produire de Tombre par l'interception de ses rayons. « Mais ajoute-t-il, les 26,27,28 et 29 septembre 1513, au collège de la Marche, j'ai observé que Tétoile de Jupiter avait la même puissance, et je Tai fait remarquer à plusieurs. » Ailleurs, telle ou telle citation semble refléter les sentiments d* Aléandre lui-même. Avec ceux qui aiment la vérité toute nue, il ne paraît pas avoir prisé Tart oratoire : « L'art de Torateur, écrit-il après saint Jérôme, est de dire des choses vraisemblables plutôt que des choses vraies. » Et dans Texil d'Aristide, il note combien l'éloquence peut l'emporter sur la vertu.