‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 46 sur 113 · AMIS FI' DISCIPLES · texte numérisé non relu

AMIS FI' DISCIPLES

Pendant les quelques années de son enseignement, Aléandre se fit de nombreux amis. Naturellement, le jeune humaniste fréquenta peu les tenants de Tancienne Sorbonne, Noël Béda et les siens. Deux ou trois fois même, il parle avec grand dédain « de cette très scolastique académie, » « de ces mots vides de sens qui lui soulèvent le cœur (1).» Ce n'est pas toutefoisTun des côtés les moins remarquables de son caractère, qu*il soit alors parvenu à ne froisser personne. Il resta cinq ans à TUniversité sansqu*une seule voix s'élevât contre lui.

En 1521, on voit même par ses lettres qu*il était resté dans les meilleurs termes avec les docteurs de la faculté de théologie. A la diète de Worms, les partisans de Luther disaient bien haut qu'à part de légères restrictions TUniversité de Paris avait approuvé sa doctrine Pour éclairer les docteurs et leur éviter toute décision fâcheuse, Aléandre leur envoie les livres de l'hérésiarque, les informe de Topinion qu'on leur prête, et les exhorte à condamner promptement Luther, afin de couper court au scandale (2),

Le 15 avril suivant, l'Université rendait sa sentence,défavorable au novateur (3). Pourtant elle se taisait sur les points touchant Tautorité du pape. De nouveau, Aléandre songe à agir sur les

(1) Ci-dessus, lettres à Bonomo et à Érasme.

(2) Balan, Monumenta Réf. Luth. (i884)y ai3 ; Brieger, Aleander and Luther, i52i, (i884), 188-189.

(3) Determinatio tueologijc | facuHatis Parisien, super doctrina Lutheriana | hactenus per eam visa. — Marque typographique de Josse Bade — Veaundatur in officina Ascensiana sub | cautione ad calcem explicanda. — ln-4; 16 feuillets non numérotés. Signatures aii-bv (Paris, Bibl de la Société de THIst. du Prot.) ; d'Argentré, Cottectio Judiciorum (Parisiis, in-fol.), II (1728), p. i-iv; J. Le Plat, Monumentorum ad hUtoriam Concitii Trideri' tini.... amplistima Cottectio {Lou\ain, 1781-1782, 2 vol. in-4), FI, 98, ii4

docteurs de Paris : il repassera par la France, il leur parlera et il espère obtenir d'eux qu'ils refassent leur condamnation dans un sens plus favorable à la papauté (1).

On peut donc dire qu'Aléandre jouit à Paris d'une faveur universelle. La part principale en revenait à cette amabilité € par laquelle, lui dit Josse Bade, tu t'es attaché tous les académiciens (2j ; • à « ces mœurs très douces, » que ses luttes contre les protestants ont plus tard fait méconnaître, mais qu'en 1521 Aloisi Marliano vantait encore dans une lettre à Érasme f3). Son habileté fit le reste. Il visa à ne heurter personne, à rester sur le terrain de l'antiquité classique. Cette habileté lui faisait décimer la mission qu'on voulait lui confier auprès du concile de Pise. Sans doute encore est-ce la prudence qui le fit se tenir à l'écart dans l'affaire de Reuchlin. Lui qui savait l'hébreu au point de passer pour juif, lui qui lisait les œuvres de Reuchlin (4). lui enfin qui priait Michel Hummelberg, l'im des plus chauds partisans de Reuchlin (5j, de le saluer de sa part (6J, on ne le voit jamais se mêler à cette retentissante querelle, ni pendant son séjour en France (7), ni plus tard à Rome.

Par contre, il se lia avec presque tout ce que la France avait alors de partisans de la Renaissance. On a déjà vu ses relations avec Paul Emile et celles qu'il noua à Orléans; plus tard, il sera question d'Etienne Poncher (8) ; à ceux-là il faut ajouter Guillaume Budé, Lefèvre d'Étaples, Guillaume Cop, Germain Brice, Cyprien Benêt, Rembolt, Gilles de Gourmont, Josse Bade, et plusieurs autres.

Celui qui, le premier^ accueillit Aléandre à Paris, parait avoir été Guillaume Budé (9). Le Restaurateur des études grecques en

(1) Balan, aoi, Brieger, a37, a57-a58.

(2) Préface de Plutarque, i5i4. << Ingenuitas et obsequendi studium. »

(3) D. Erasmi Opéra omnia (1703-1706), III, 636 D. (7 avril t5ai).

(4) Chigi, R II, 49, r. 10 r».

(5) Voir à la fin de ce chapitre les ouvrages sur M. Huminell>erg, et L. Geiger, Joh, Reuchlin (Leipzig, 1871. in-8), p. i56, 33i, 368.

(6) A. Uorawitz, M, Hummelberg, p. 34.

(7) Longues délibérations de la fdculté de théologie au sujet de Reuchlin. Paris, Bibl.nat. Nonv, acquis, lat 178a, f. 35 et suiv. (i*** mai i5i4, etc.).

(8) Plusloin, liv. m, cb. I.

(9) Voir, plus haut, lettre à Aide Manuce, ch. II.

France était déjà célèbre (1) ; âgé de plus de quarante ans, il avait publié plusieurs ouvrages, et, dès lors, au jugement de Lascàris, iloccupait le premier rang parmi les hellénistes français. Pourtant, il n'hésita pas à se mettre sous la direction du jeune Aléandre.

Avec Guillaume Budé, Lefèvre d'Étaples tenait alors la tète du mouvement humaniste (2). Lefèvre est une des plus belles intelligences qu'ait possédées la France à cette époque. Il tient à la philosophie par son culte pour Platon et surtout par le renouveau qu'il donna aux doctrines d'Aristote ; il tient à l'exégèse et à la théologie par ses explications nouvelles de TEcriture sainte, 4 rhistoire de TÉglise par ses projets de réforme et par sa traduction de la Bible, contemporaine de celle de Luther.

Aléandre entra vite en relations avec Lefèvre ; au début, il paraît même avoir suivi ses leçons (3). « Saluez surtout Lefèvre, pour qui j ai la plus grande estime et la plus grande affection, *> écrivait-il à Hummelberg le 27 mars 15H (4).

Plus tard, Lefèvre se déclarera pour les nouvelles doctrines : en 1521, il rompit avec les catholiques (5) ; dix ans après il fut contraint de s'exiler à Nérac en Gascogne. Dans une lettre de cette époque à Jean-Baptiste Sanga, Aléandre parlera de lui en termes sympathiques (6) : « J'avais reçu l'ordre du pape, et moimême j'avais le désir de chercher, si je le rencontrais quelque

(\)Heb\iié, Guillaume Badé (Paris, 1840. in-8}. E.de Budé, Vi^de Guillaume Budé (Paris, i884, in-a4). Mais cette Vie n'a point fait oublier la précédente.

(2) K. H. Graf, Jacobus Faber, Slapulensis, dsins ZeiUchrift fàr die historische Théologie^ i85a, p. 3-86; i65-a37 ; Bévue historique^ Xli (1880), p. ia3; A. Horawilz, Brie fwechsel des B. Bhenanus (1886), p. la, 87, 4i^ i5i, elc, et les autres publications de Horawitz sur Hummelberg et Rhenanus. Société de l'histoire du protestantisme français Bulletin historique et littéraire. T. XLI (189a). 57-93 ; iaa-i3o; T. XLIII (1894), p. 57-59 ; 449-46o : Douen et Weiss, divers articles sur Lefèvre ; A. Laune. Lejèvre d'Étaples et la traduction française de la Bible, dans Revue de V Histoire des religions, juillet 1895, p. 56-73 : A. Lefranc, Le [platonisme . ., dans Revue d'hist, litt. de la France, janv. 1896. p. 4. 5 ; E. Rodocanachi, Renée de France, duchesse de Ferrure (Paris, OllendorlT, 1896, in-8).

(3) A. Lefranc, Le Collège de France, p. 39-33.

(4) A. Horawitz, M. Hummelberg (1875), p. a8.

(5) Revue hUt., XH (1880), p. i33.

(6) Laemmer, Monumenta Vaticana (Fribourg, 1 861 ,in-8), p. 90 ; Herminjard. Correspondance des réformateurs dans les pays de langue française, H (Paris-Genève, 1868, in-8), p. 386-388.

part, à l*adoucir et à le ramener. Car, au fond, ses erreurs sont peu de chose, bien qu'au début la nouveauté les ait fait paraître grandes. C'était alors chose inouïe que de changer la moindre syllabe dans l'ancienne version dont se sert l'Église, d'y corriger même un texte altéré par la faute des copistes. Mais aujourd'hui qu'il s'agit de tout autre chose que de traduction, il semble qu'une version nouvelle où l'on n'a introduit aucune mauvaise doctrine est une affaire de minime importance. »

Après avoir indiqué d'une manière si lumineuse la raison pour laquelle tant d'humanistes passèrent à la Réforme, Aléandre conseille la douceur : il faudrait essayer d'obtenir de Lefèvre la rétractation de quelques articles, comme le fit saint Augustin, et il termine par ces paroles : « Vous ne trouverez ni inopportune ni rebutante l'entreprise que je vous propose, car nos saints d'autrefois remuaient l'Orient et TOccident pour gagner un savant, et nous sommes à une époque où il faut savoir au besoin mourir pour le Christ. »

Guillaume Cop, médecin du roi, traducteur d*Hippocrate et de Galien, était un partisan enthousiaste des nouvelles études (1). En tète de sa traduction des Préceptes salutaires de Paul d'Égine (2j, il raconte qu*il avait autrefois commencé le grec en Allemagne sous Mithridate et Conrad Celtes ; il en continua Tétude à Paris avec Janus Lascaris et Érasme ; mais à cause de leur départ précipité pour l'Italie, « il n'eût rien fait de sérieux, si bientôt, pendant une année entière, il n'eût suivi les cours de Jérôme Aléandre, savant possédant à fond le latin, le grec, l'hébreu et le chaldéen. »

L'année suivante, Aléandre dédiait à Cop l'édition du traité De la Divination : « C'était à la munificence de Cop qu'il devait

(1) Voir la Correspondance d* Érasme; E. Bocking, Ulrichi Halteni Opéra; Sapplementum (Lipsiae, 1870), II. 438 ; A. Horawitz, Analekten zar Geschiehie der déformation and des Ilumanismas in Schuniben, dans Sitzungsberichle der W. Ak. Ph. Hist. Kl T. LXXXXIX (1878), p. 106, où, du reste, il se trompe en le confondant avec Copis; A Horawitz, Briejweehsel des B, Rhenanas (1886), p. 4i.

(2) Pauli Aeginetae Praecepia salubria Guilielmo Copo BasUeiensi interprète. Parisiis. ex offidna libraria Henrici Stephani, a. Ch. Salv. MDX, 4* Apriilis (i5ii). Bibl. nat. Paris, T. c' i4. Lepassagetraduit ici se trouve dans Tépltre dédicatoire à Germain de Ganay, évèque de Cahors. — Sur ce personnage, voir P. Anselme, VI, 443, Gams, p. 5a5.

d'être encore à Paris; c'était lui qui, par de longues exhortations, l'avait amené à y rester et à y continuer son enseignement. Aléandre était heureux de lui dédier un livre sur l'astrologie et la divination,à lui,prince des astrologues, médecin plein de science et d'habileté, et possédant à fond le grec, le latin et tous les genres de doctrine. »

Nous avons d' Aléandre une longue préface à Y Incendie de la Cordelière^ de Germain Brice (1). Aléandre avait déjà connu Germain Brice à Venise, où celui-ci accompagnait Janus Lascaris dans son ambassade. « Dès lors, lui dit-il, je ne pouvais me lasser d'admirer la souplesse de ton intelligence et l'étendue de ton érudition, aussi bien en grec qu'en latin ; tu l'emportais non seulement sur tes compatriotes français, mais sur les Italiens eux-mêmes, et non sur les derniers d'entre eux. Mais aujourd'hui, après avoir lu ton poème sur V Incendie de la, Corde- Hère, je me suis pris à faire les réflexions suivantes : « Eh ! pauvres mortels que nous sommes! nous nous plaignons que le génie s'en va, et nous rendons notre époque responsable de notre propre apathie 1 Quoi de plus grandiose que ce poème, quoi

(1) F. I . r*. Ghokdigerae Navis | conflagratio. — Marque typographique de Josse Bade, — Ab Ascensio im pressa : eu m gratia et privilegio régie ne alius triennio proximo sub ditione regia imprimât. - F. a r<*. Hieronymus Aleander Mottensis Germano Bri | xio Archidiacono Albiensi et Francorum reginae a | secretis S. P. D. « Mirari non salis poteram... Lutetiae Parhisiorum MDXII. 4° l^alendas Januarias. » — F. 3 t**>. c Augustissimae Francorum Reginae Britonumque Duci Annae | Germanus Biixius Altissiodorensis Felicitatem. fngens illa animi tui.... Blesis, x kal. nov. MDXII. » — F. 5 et suiv. Germani Brixii Altissio | dorensis IIerveus sivë Chor | digéra fla- GRANs {350 hex,) — Hervei Geiiotaphium (5 distiques).

À la fin : Ex aedibus Ascensianis, ad idus Januarias, M | DXIII ad calcnlum Romanum. Cautumqueest | privilegio regio ne quis praeter Ascensiumin toto ; regno Franciae imprimere triennio proximo | attentat. -^ Petit in-4, 12 feuillets non numérotés Bibl. nat. Paris, Inv. réserve, pYc, ia54 ; mYc. 68, 671. Le premier de ces trois exemplaires ne contient que la lettre d* \léandre à Germain Brice, et celle de Brice à Anne de Bretagne.

Sur rincendie de Marie la Cordelière, et le présent ouvrage de Germain Brice, voir Bajot et Poirré, Annales maritimes et coloniales^ déc. i844, a* partie (sciences et arts), p 998-1073 (A. Jal) ; i845, t. I, sect. I, p. 717-780 (A. Jal); Ch. de la Roncière, la Cordelière et le Régent, dans Revue des Questions historiques, i"*' juillet 1899, P- 30o-aio. Le combat fut livré le 11 août i5ia, entre le navire français la Cordelière et le navire anglais le Régent. Le capitaine du navire français se nommait Hervé de Portzmoguer, celui de l'anglais sir Thomas Knyvet.

de plus élégant et de plus achevé? » Si Germain Brice continue, ajoute Aléandre, il ne surpassera peut-être pas Virgile et Cicéron, puisque, ainsi qu'Achille, il faut toujours les mettre hors de pair, mais il se placera à un rang élevé parmi les auteurs anciens. La plupart des écrivains n*ont réussi que dans un genre ou dans Tautre ; Brice est d'autant plus grand qu'il excelle à la fois en prose et en vers. C'a été un grand acte de sagesse d'Anne de Bretagne de le prendre comme secrétaire et de le combler de faveurs, d'autant qu'il est non seulement un grand écrivain, mais le plus habile des hommes dans la gestion des affaires.

Aléandre eut des relations très amicales avec les trois imprimeurs Berthold Rembolt, Josse Bade et Gilles de Gourmont. On sait qu'à la Renaissance, plusieurs imprimeurs furent au premier rang des hommes de lettres, et que les plus célèbres humanistes ne dédaignèrent pas de se faire correcteurs d'épreuve*. Sans avoir laissé dans l'histoire des lettres un nom comparable à celui d'Aide Manuce et d'Henri Estienne, Rembolt, Josse Bade et Gilles de Gourmont furent pourtant des esprits très cultivés. Les préfaces dont ils ont fait précéder un certain nombre des ouvrages qu'ils ont édités suffiraient à le prouver (1).

En 151 2, Aléandre composait des hendécasyllabes en l'honneur de l'imprimeur Rembolt (2). « Paris, disait-il, regorgeait d'imprimeurs,maisd'excellentsil en possédait fort peu. La science du latin, l'habileté à se choisir de bons coopérateurs, une préoccupation constante de donner les éditions les plus correctes, les plus soignées et les plus élégantes qu'il fût possible,tout plaçait Rembolt parmi les meilleurs. »

Le 1*' décembre 1514, Josse Bade dédiait à Aléandre son édition des Vies parallèles de Plutarque (3). « Une dédicace, disait-il, peut viser trois buts principaux : faire l'éloge de quel-

(1) Sur Gilles de Gourmont. voir L. Dorez, Une lettre de Gilles de Gourmont à Girolamo Aleandro fi^Vj dans Revae des Bibliothèques^ }uln-}}iil\ei 1898, et les ouvrages cités par M. L Dorez; Ph. Reaouard, Imprimeurs /MTifttf/u (Paris, Claudia, 1898, in- 1 a), p. i58; sur Josse Bade, Schmidt, Histoire litt. d Alsace ^ I, 3i4 ; Biographie nationale de Belgique, I, 610 ; A. tiorawitz, Brieju»echsel des B. Rhenanus (1886), p. 36, 39, 69, 594, etc. ; Ph. Renouard, Ouv. cité (i 898). p. 1 1 -i 3.

(2) Voir ci-dessus, p. 75-76.

(3) Ci-dessus, p. 53. — On a déjà vu quel éioge Josse Bade faisait d'.\léandre dans la préface d'Ausone : p. 73.

qu'un et mériter sa faveur, dire du bien de l'œuvre et la mettre sous une protection, parler du travail de Tauteur de l'édition. » Toutes ces raisons à la fois poussaient Josse Bade a dédier son œuvre à Aléandre. Peut-être toutefois ne l'eût- il pas osé si la bonté d* Aléandre n'avait été égale à sa science, et ne lui avait fait croire que ce modeste présent serait accepté avec bienveillance.

Quant à Gourmont, il semble avoir poussé jusqu'au culte son affection et son admiration pour Aléandre. En 1516, son commerce l'appelle dans les Pays-Bas ; aussitôt, il songe à visiter Aléandre, devenu chancelier du prince-évéque de Liège (1). En 1531, à la réception d'une lettre de l'helléniste devenu nonce auprès de Charles-Quint, « il se trouve tout en pleurs et lermes, .> n'ayant jamais osé penser qu'il fût « sy longuement en la noble mémoyre » d' Aléandre (2).

De très bonne heure, Aléandre entra en relations avec le dominicain Cyprien Benêt (3). Pendant son séjour à Orléans, il lui écrivit au sujet d'une édition de Théocrite qu'il semble alors avoir eu ridée d'entreprendre (4). Dès cette époque Cyprien était son homme de confiance, son intermédiaire à Paris (5). Il le restera dans l'avenir, et de tous ceux qu' Aléandre connut en France, c'est avec lui qu'il conservera les relations les plus suivies et les plus prolongées (6).

(i) Vat. 6199, f. 36. Theobaldus Pigenatus à Aléandre; Paris, 3 mars I 5i 6). Gourmont avait une maison de librairie à Louvain (Ph. Renouard, Imprimeurs parisiens .. . p. i58). C'est apparemment là qu'il allait en i5i6.

{'D L, Dorez, Art, cité, p. 7, dans Revue des Bibliothèques, juin-juillet

(3) Cyprien Benêt était originaire de T Aragon. Sa vie est mal connue ; les historiens de TOrdre de Saint-Dominique perdent sa trace vers i5aa et croient que, dès 1609, il avait quitté définitivement Paris. Quétif et Échard, Scriptores Ordinis Pra?dtcatorum (Pa ris, 1 72 i,in-lol.), H, 49, 5o. En réalité il vivait certainement encore en i53i,époqu3 où, avec Gilles de Gourmont, on le voit s'occuper d*un neveu d'Aléandre venu à Paris pour ses études (L. Dorez, Art. cité, p. '], dans Revue des Bibliothèques, juin-juillet 1898)

(4) A. Horawitz, Michael Hummelberg, p, 27. Ci-dessus, p. 67).

(5) H. Omont, Journal^ p. 20.

(rt) J. Paquier, Érasme et Aléandre, p 26, dans Mélanges. . . ., XV, p. 372. Voir aussi sur ces relations ; J. Paquier, J . Aléandre et Liège, (1896), p. 19, 147. A. llorawïU, d&ns SUzungsberichte der Wiener Akad,T.L\X\\l(iS'j'j), p. 260(26 mais iji4;. — Dans le manuscrit de Bologne (Univ. 954, f. i23-

Par d*autres passages des écrits d*Aléandre, ou de ses contemporains, nous voyons qu'alors il connut aussi Fausto Andrelini(l), Pierre Manuce (2), Louis Ber (3), qui reparaîtra avec lui dans les luttes contre la Réforme, Joachim Egellius de Ravensbourg, (4) ami de Michel Hummelberg, peut-être aussi Jean Sapidus de Schlestadt (5), le dominicain Guillaume Petit, plus tard évéque de Troyes et confesseur de François V' (7), Louis Vives (8), qui, après la diète de Worms (1521), s^unira à lui contre Luther (9), le jurisconsulte François Médulla, qui devait lui faciliter son entrée chez la Marck (10), Josse Clichtoue, Télève de Lefèvre, et comme lui professeur à l'Université de Paris (11) ; Michel Boudet, aumônier de Claude de France sous Louis XII, et plus tard évéque de Langres (12), enfin Celse-Hugues Descousu, qui, en 1513, s'intitulait « professeur de langues grecque et hébraïque à Paris.» Naguère, Aléandre et Descousu s'étaient connus à Padoue. A vrai dire Aléandre ne semble guère se Tétre rappelé, à la manière

139) se trouve la copie d*un Dref de Léoa X à Gypriea, obtenu vraisemblablement par l'entremise d' Aléandre : Exemplam retervationis expeditae per Breue in fauorem magUtri Cypriani Beiiell, theologi ord. prœdicat (Titre de la main d* Aléandre). ReligionU zeliu. Bome. i3 juin tSai. Par ce brel\ Léon X accorde à Gyprien le droit de posséder des bénéfices et lui donne VexpecUUive d'un monastère et d'une cure situés en Espagne

(l) A Horawitz, M Humnielberg, p. 27.

(•2) /tem, p. a6, 27.

(3) Item, p. 37; H. Omont, Journal, p. Sg.

(4) A. Horawitz^ Oav. ciii, p. 37.

(5) lUm, p. 37, et les autres ouvrages de Horawitz.

^6) Ms Vat. lat. 8076, f. 36 r^. Sur Petit voir Herminjard, r)au. cité, I, p. 16,44, 78; lU, ni, 161. A. Lefranc, Oav. cilê, p. 47, etc.

18) Fr. Kayser, L. Vives, ///92-i.V^O, dans //wtorwc/i««Ja/ir6uc/i,XV (1894). p. 307-353.

(9) Ms. Vat. 6199, f. 33 (Vives à Aléandre, 17 déc. i533.)

(10) Ms. Vat. 8075, f. 333 vo (ci-dessus, ch. U.lettre à Bonomo);H.Omont, Journal, p. 36; J. Paquier, /. Aléandre et Liège (1896), p. 33, 37, etc. Nous n'avons du reste pu trouver aucun renseignement sur ce Médulla dont Aléandre dit à Bonomo : < Qui apud invictissimum Caesarem pro cbristianissimo Rege oratorem gesturus se confert . » Le savant historien de Louis XII . M. de Maulde la Glavière, que nous remercions de ce renseignement, nous 4 dit que Médulla n'a jamais figuré parmi les vrais ambassadeurs de Louis XII .

(ll)CIerval, De Jadoci CUchtovei vita el scriptis (Paris, 1894, in-8), p. 18 ; Herminjard, Correspondance des Réformateurs, II, p. 386. (12> J. Paquier, J. Aléandre et Liège, p. 170.

dont, en 1511, il parle de lai à Hummelberg, et dont il lui écrit à lui-même (1). Mais, dans la suite, les rapports devinrent plus amicaux ; en 1513, Descousu dédiait à Aléandre son édition des lylles de Théocrite (2).

Outre ces amis, hommes de son âge ou plus âgés que lui, et dont plusieurs» par amour des nouvelles études, suivirent ses leçons, Aléandre eut ses élèves proprement dits, étudiants qui s'attachèrent à lui et se mirent sous sa direction.

A la Hn du moyen âge, les collèges avaient peu à peu supplanté les écoles de la rue duFouarre ; ils étaient tout à l'Université de Paris : renseignement de la faculté des arts y était presque complètement renfermé. En arrivant, l'étudiant entrait dans un collège et s'attachait à un maître qui le réclamait lorsque le prévôt le mettait en prison. Les relations entre les maîtres et les étudiants étaient plus intimes qu'elles ne le sont aujourd'hui dans les internats eux-mêmes (3).

Dans ses notes, Aléandre nous a conservé les noms d'un grand nombre de ses élèves. En homme pratique, obligé de vivre de sa profession, il écrivait soigneusement les comptes de chacun d'eux (4). De plus, dans les préfaces et dans les lettres d'Aléandre ou des hommes de Tépoque, on en trouve plusieurs de mentionnés. La plupart sont aujourd'hui inconnus et leur souvenir n'offre aucun intérêt ; mais, parmi eux, quelques-uns attirent l'attention, soit par la notoriété qu'ils ont acquise, soit par les relations amicales qu'ils eurent avec Aléandre.

bn 1509 arrivait à Paris Otmar Nachtgall ou Luscinius ; il apprenait le latin de Fausto Andrelini et le grec de Jérôme Aléandre. En 1515, dans la préface d'une édition des Dialogues

(1) A.. Horawitz, M. Hummelberg, p. 27; Munich, Bibl roy,^ ms. lat. 4007 f. 3 r».

(2) H.Omonl, ^Mdi... (i89i\p 61.

(3) Thurot, Ouv.ciié, p. 38, etc. ; llashdall, Ouv, cité, l, 478 et suiv.

(4) Voir son Carnet.dans H. Omont. Journal .., p. ai. Une liste du même genre se trouve dans lems. Vat. SgiS, f. 18 v" : 15 no vemb ris (<ic). Piron(?). Braconier, Jamin, Servais, Jehan Simon, Antoine, Warnier. Jehan de Teu(.3) Henry, Lambiert. A ces noms sont joints de petits traits verticaux qui indiquent probablement le nombre des leçons données.

de Lucien, il se recommandait de son précepteur, « le très illustre Aléandre de la Motta (1). »

Parmi les hellénistes anglais deTépoque se remarque Richard Croke, qui devait enseigner le grec à Leipzig et à Cambridge (2). En 1512, il suivait les leçons d'Aléandre, lorsque les bruits de guerre entre la France et l'Angleterre lui firent regagner son pays. Dans une lettre à Érasme, Aléandre lui recommandait Richard et faisait de lui le plus bel éloge (3).

Au mois daoût 1512, Louis Ruzé vient d'Orléans à Paris pour suivre les leçons d' Aléandre (4).

Vers le même temps, Barthélémy d'Auriac a traversé presque toute la France pour vonir entendre les mêmes leçons (5).

En 1514, Gérard de Verceil corrigea l'édition latine de Plutarque publiée chez Josse Bade; au témoignage de Timprimeur, il attribuait tout l'honneur de son travail à Aléandre, qui lui avait enseigné le grec et le latin. 6).

Adrien Amerot, de Soissons, a suivi pendant deux ans les leçons d' Aléandre. Aussitôt après son départ de Paris, il devient professeur de grec à Louvain. Le 17 mai 1515, il écrivait à son ancien professeur, pour lui témoigner sa gratitude et lui demander quelques éclaircissements sur le troisième livre de Théodore Gaza (7).

(1) H. Omont, Essai. ..p. 63. — Sur Nachtgall, voir Schmidt, Histoire UlUraire dAUace, II, p 174-310 II enseigna à Strasbourg, à Louvain, à Paris, à Vienne et dans d'autres villes encore.

(2) Voir DictionaryoJ national biography,\l\\, 119-iai.

(3) J. Paquier, Érasme et Aléandre, p. 10. dans Mélanges..., XV, 356.

(4) Rebitté, G. Budé (i846), p 49-74 Plus tard, Ruzé sera Vxxn des principaux hellénistes français du \VI'> siècle.

(5) H. Omont. Essai .., (1891 , p. 58. Guillaume Farel arriva à Paris vers i5o9 ;il est vraisemblable qu'il suivit lui aussi les leçons d'Aléandre. Herminjard. Correspondance des Réformateurs, I, 179.

(6) Préface de Plutarque, ci-dessus, ch. IV. — En i5i6, Gérard de Verceil était à Milan, où, avec Janus Lascaris, il travaillait au progrès des nouvelles études. Ms. Vat. 6199, f. 36, orîg. ^Theobaldus Pigenatus à Aléandre, 3 mars [i5i6j).

(7) Vat. 6199, f. 37 r«. orig. — Adrien Amaury ou Amerot dit aussi Quennevelie. Sur Adrien Amerot voir : D. Erasmi Opéra omnia, III, 94 sept. i5ai ; F. Nëve, Mémoire hist. et litt. sur le collège des Trois Langues à V Univ. de Louvain (Bruxelles, i856. in-8). p. 307-210 ; Reusens, Documents rel. à rhisi, de VUniv. de Louvain ; dans Analectespoar... Vhistoire eccl, de la Belgi^ que, série a, t. W, p. 35a. t. VI, p. 5o, 53 Reusens dit que *< a puero in Relgio educatus fuit. » ce qui n*est pas exact comme on le voit ici .

Lorsque Aléandre fut parti à Liège, ses anciens élèves de Paris se souvinrent de lui et de son enseignement. Le 3 mars 1516, l'un d'eux, Théobald Pigenat, lui écrivait pour lui témoigner sa reconnaissance et le supplier de lui envoyer les notes littéraires qu'il lui avait promises (1).

Georges Rieker ou Rikier a été Télève d'Aléandre à Paris, et plus tard il la reçu chez lui à Worms. Par une lettre qu'Aléandre lui écrivait d'Anvers (14 juillet 1521), on voit qu'il s'occupait alors à obtenir pour Rikier quelque faveur de Rome(ii. Longtemps après (1541), le cardinal Aléandre écrira aussi pour lui à l'évoque de Feltre, Thomas Campeggio. Le 19 janvier, Rikier l'en remercie avec effusion ; il ne sait comment exprimer sa reconnaissance à un si grand homme d^avoir daigné se souvenir de lui (3).

Nicolas Clénard n'a pas entendu Aléandre, mais il a été formé au grec par ses ouvrages et par un de ses disciples devenu professeur à Louvain. Ce professeur, apparemment Luscinius, parlait souvent d'Aléandre et de sa maxime: « Fais le bien et ne crains personne. » Le 28 décembre 1536, Clénard écrit à Aléandre, d'Évora en Portugal ; il lui rappelle ces souvenirs, lui dit que lui aussi il est devenu professeur de grec et d'hébreu, et que Latomus l'a encouragé dans cette voie. Depuis deux ans, il est chez Tarchidiacre d'Évora; on y parle souvent d'Aléandre. Un peintre, Nicolas Cantaranus, a fait le portrait de Clér^ard ; àl'entour il a écrit la maxime: « Fais le bien et ne crains personne. >» Ensuite, le bon Clénard se hasarde à demander un service : parce qu'il est marié, on lui refuse tout bénéfice et il faut qu'il soit pauvre (4).

Enfin, plus encore que ceux-là, se remarquent à des titres divers, parmi les élèves d'Aléandre, Charles Brachet, Claude de Brillac, Wolfgang de Bavière et Michel Hummelberg.

(1) Ms. Va t. 6199, f. 36, orig.

(2) Vat. lat. 8075, f, 97 r».

•(3) Florence, Àrchlvio di Stalo. Mss. Cerviniani^ filza IV, n** 106 (Th. Campeggio à Aléandre: 99 déc. i54o, orig.)] n^ 109 (Rikier à AI., Worms, 19 janv. i54i, orig,).

(4) Ma. Vat. lai. C199, f. 70, 71, orig. Sur Nicolas aénard (i49d-i542), voir Bibliographie nai, de Belgique, IV, p. 163-171 (F. Nève).

Charles Brachet, ^< mon meilleur et mon plus cher élève, » avait suivi à Orléans les leçons d'Aléandre. Il vint avec lui à Paris et, en 1513, il y édita les Dialogues de Lucien. Dans la préface il parlait avec reconnaissance de son « professeur, homme que ses talents mettaient hors de pair (4). » Le 27 juillet 4543 il lui fallut partir pour étudier le droit. Le mois suivant, Aléandre lui envoyait une traduction littérale du troisième chant de riliade, « afin que loin de luif Brachet, par son moyen, pût profiter encore (2). »

A Orléans, Aléandre avait eu comme élève Claude de Brillac, neveu de Christophe de Brillac, évéque de cette ville. Le 23 juin 4544 Christophe le lui envoyait à Paris(3). Les relations devinrent sans doute assez vite familières entre le maître et Télève : au mois d*août de Tannée suivante, Aléandre écrivait à Tévèque pour lui demander de se souvenir de lui dans la distribution de bénéfices devenus vacants. De la sorte, Tévêque favoriserait un homme usé par l'étude et il lui laisserait des loisirs pour prier, et écrire à la louange de la famille de Brillac. (4).

Christophe dut se montrer généreux ; quelques mois après, le 18 novembre, Aléandre dédiait à Claude sa Gnonwlogie (b). « Claude^ y lisait-on, était Tenfant gâté de la fortune : il avait la richesse, la santé, la beauté, la jeunesse, les talents les plus variés, une famille d'où était sortie, comme du cheval de Troie.

(1) H. Omont, Essai.,., p, 62.

(2) H. OmoQt, Journal,,,, p. ao-22.

(3) H. Omont, Essai,.., p. 28; Journal ,., p. aa. Bibl. nat. Paris, Inv. Réserve, X, 67 (4), f. a v«.

(4) Vat. 8075, f. aai r», copie. — De plus, on lit au T. LI des Archives de l'Université de Paris (Paris, Bib. nat. Rolulus nominandorum, non Tolié), ^rectorat de Gérard Regaault) :

<« Magister Jheroninius \leander in artibus inaglster et in Universitate Parisiensi latinae et graecae linguarum publicus professor se nominat (seprêsente) ad coUationem domini episcopi Parisiensis . idem se nominat ad collationem domini episcopi Aureiianensis. » Cette présentation doit être du mois de mars ou d'avril 15 1 a . Aléandre venait d'être reçu docteur ès-arts. Les présentations de l'Université de Paris étaient presque toujours suivies d'effet.

Nous sommes redevable de ce document à Tobligeance de M. L. Dorez.

(5) Voir ci-dessus, eh. VI. Cette dédicace n'a pas été reproduite par M. Omont, dans son Essai sur les débuts de la typographie grecque à Paris. On la trouve dans la Gnomohgie (Bibl. nat. Paris, Inv. Rés., X, 57 (4), f. a v'.

toute une phalange d'hommes illustres. Parmi eux se faisaient remarquer Tévêque d'Orléans, son oncle paternel, et Tévêque de Tulle, son oncle maternel. »

Dans la même lettre, il faisait un magnifique éloge de la France, de l'Université de Paris, et tout particulièrement de la générosité française. « En France, les hommes les plus obscurs par la naissance pouvaient s*élever aux plus hautes dignités. La grande Université de Paris était le type de la tranquillité attique et de la vraie liberté ; ses milliers d'élèves égalaient presque en nombre ceux de toutes les autres universités réunies. Plusieurs étaient riches et d'illustre famille; mais, pour la plupart, il en était autrement ; très pauvres, sans naissance, fils de laboureurs, ils ne possédaient que la liberté de l'étudiant et la largesse de leurs protecteurs. Cette largesse prouvait la bonne étoile de la France autant que la grandeur d'âme des Français. C'était un exemple rare dans les autres pays et même en Italie, la mère de toute doctrine. » (1)

L'élève d'Aléandre le plus illustre par la naissance fut le prince Wolfgang de Bavière, frère du duc Frédéric de Bavière et du comte Louis, électeur palatin. Pendant deux années entières, il suivit assidûment ses leçons (2). En 1512, Aléandre lui dédiait son

(i) Un an et demi avant, Aléandre faisait à Michel Hummelberg un éloge enthousiaste de l'Allemagne (plus haut, p. 55). A cette époque, il désirait aller enseigner dans ce pays. Hummelberg en avait écrit à Henri Bebel, Thumaniste de Tubingue. La réponse de Bebel, qu'en Allemagne Homère et Virgile donnaient encore moins de pain qu'en France (A. Horawitz, Michael Hummelberg, p. 43; a; février i5ia), dut modifier Topinion d'Aléandre : elle contribua sans doute à lui faire écrire l'élcgede la France.

Des écrivains allemands qui se sont occupés d'Aléandre, presque aucun n'a oublié de citer le passage à la louange de l'Allemagne : J. Friedrich. DerHeichslag zu Worms im Jahre ià21 (AbhdL Bayer. Akad. 1870), p. 59- 60, K. Jansen, Aleander am Heichstage za Worms, 452i (i883), p i5; J. Janssenn, Geschichten des deatschen Volkes II, liv. II, ch. 1 (p i45 de la 3* éd. Allem. 1879), c^c* ^^ contraire, pas un seul, que nous sachions, n'a cité le passage sur la France que nous traduisons ici.

En réalité, il convient de n'attacher une trop grande importance ni à l'un ni & Tautre : suivant qu'il croyait y trouver avantage, Aléandre vantait Tune ou l'autre nation.

(2) T. Brîeger, Aleander und Lulher, iôQî (Gotha. i884, in-8), p. a6. Item Arch. Vat./Vu/iz. diCerm. T. 5i. f. 88** (Aléandre à Sanga, Ratisbonne. a8 fév. i53a) ; Val. lat. 8075, f. laS r« (Venise, 39 août i633, Aléandre à P Léonard Ecki.

Lexique g rec'ialui : « S'il laissaitpasser la moindre occasion,disaitil, de manifester sa déférence pour Wolfgang, on pourrait ajuste titre le taxer d*ingratitude, « cette source de tous les vices. »

Après avoir longuement développé cette idée par des exemples tirés des lettres profanes et sacrées, il dit que les imprimeurs et les étudiants l'ont prié de placer en tête de ce lexique une lettre dédicatoire à quelque prince. Aussitôt, Aléandre a pensé à Wolfgang, « qui consacre aux belles-lettres ses jours et ses nuits, qui, au plus dur de Thiver, est son auditeur assidu, le matin, avant Taurore, aux leçons de grec, comme Taprès-midi aussitôt après le repas, aux leçons de latin. » De même que le prince, les hommes de sa suite, Félix et Phénix HeymenhoflF, son précepteur Jacques Simler, se donnent tout entiers aux lettres ; c'est, entre le maître et eux, la plus noble émulation. Un habitant de Gadès vint à Rome pour voir Tite-Live ; Aléandre est plus fortuné encore : de sa lointaine patrie, Wolfgang est venu à Paris, non seulement pour le voir, mais pour vivre avec lui et pour recevoir son enseignement. Parmi les nombreux auditeurs de France, d'Allemagne et de tous pays qui se pressent devant sa chaire, Volfgang brille « comme la lune parmi les feux moindres de la nuit (1). »

Le 27 août 1531, Beatus Rhenanus écrivait à Jean Hervagius, que, pour lui, il avait eu comme professeur de grec ce a pauvre Hermonyme, plus habile à tirer de l'argent qu'à enseigner », « plus apte, dit-il ailleurs, à être cocher que professeur (2) ». M Mais, ajoute-t-iMorsquejefus retourné dans ma patrie, mon cher Michel Hummelberg a trouvé des docteurs plus érudits et plus bienveillants : François Tissard d'abord, puis Jérôme Aléandre de la Motta. Ce dernier lui fit faire de rapides progrès dans les lettres grecques et le prit, en outre, en grande affection, tant à cause de son heureux caractère que de son application aux langues ».

(1) Lettre dédicaloiro du Lexique grec-latin de i5ia.f. a r*-5 r°. (Paris, aSdéc. i5i3) (Bibl. nat. Paris, Inv. Rés , X,5a).

(2) A Horawitz, Briefwechsel des B. Rhenanus.p. 34o, 4o5. Rhenanus eut le temps de coanaitre Tissard à Paris, mais il en partit vers 1 607, avant l'arrivée d* Aléandre. A. Horawitz, B«a(u< Rhenanus, Eine Biographie (Wien, 187a, in-8), i3-i8 (Extrait de Sitzungsberichle der Wiener Akad. Ph. Hist Kl. T. LXX). Gust. Knod, Zar Hiographie u. Bibliographie des Beatus Rhenanus : dans Cenlralblatl fwr Bibliothekwesen, H (i885). p a54.

Michel Hummelberg est en effet l'un des élèves qu'Aléandre affectionna le plus, celui qui paraît avoir eu avec lui la plus nombreuse correspondance (IJ. Toute sa vie. il s'occupa surtout de philologie ; c'est celui des élèves d'Aléandre qui s'assimila le mieux l'enseignement du maître (2),

(1) Munich, ms. lalin 4007, f. 3 r<» ; A. à H. (i5 sept i5io ; grecque) ; — A. Horawilz, Aîichael Iluniiielberg (Berlin, Galvaiy, 1875, in-8), p. 26-60 : G lettres, du 8 mars 1 5 11 au 3 i ocl. i5i2 ; — A. Horawitz, Analehlen zur GeschichLe des Humanismus in, Schwaben 15i2-î5i8, dans Sitzungberichte der Wiener Akad.Vh. llist. Klasse. T. LXXXVI (i877).p. a48-26o ; 3 lettres, 1*^ août i5i3, 10 octobre i5i3 et 26 mars i5i4 ; — Ms. Vat. latin 61 99, f. 34 r% oriar. 7 avril i5i6, II. à A. ; — A. Horawitz, Analeklen zur GeschichLe der Rejormalion u. des Humanismus in Schwaben^ dans Sitzungsbe" richle der Wiener Akad Ph Mist.Kl T. LX\XlX,(»S7 8),p.io6,i24 : alettresd'A. à H, 5 avril i5iS, 21 juillet 1019 ; la première est reproduite dans J. Paquier, J. Aléandre et là Principauté de Liège 1 18»,6), p. 188 ; — Munich, ms. lat. 4007, f. loi r", II. à A., i3 avril 1019.

(^)Néà Uavensbourg en Souabe (i4^7j. Michel Hummelbdrg vint à Paris vers i5o3 pour ses études, et il y resta jusqu'aux environs de lôii. U retourna alors dans son pays, mais, en iôi4, il se rendit à Ilome pour un procès, très heureux de cette occasion de visiter Tltalie. Il demeura à Uome deux ans au moins et retourna à Uavensbourg, où il mourut subitement onze ans après (19 mai 1527). Il avait composé une Grammaire grecque que Rhenanus édita àBàle, en i533. — Voir dans la Revue des questions historiques (i*'' janvier 1899, p.' l^I-I83) de plus longs développements sur les relations d'Aléandre avec Michel Hummelberg.

Michel Hummelberg avait un frère nommé Gabriel, médecin distingué, qui habitait aussi Uavensbourg et qui lui survécut plusieurs années. Allgemeine deutsche Biographie ; A. Horawitz, Briefwechsel des lieatus Rhenanus (1SS6] ; passim, et autres publications antérieures de Horawitz ; Ms. Vat. lat. <So75; f. 122 r<^ : Al. à Gabriel Hummelberg (Rome, ai juillet i5i9).

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