‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 47 sur 113 · LES SUCCESSEURS · texte numérisé non relu

LES SUCCESSEURS

L'enseignement d'Aléandre avait « remply Paris de toute science » (1} ; il contribua beaucoup à répandre en France le goût des nouvelles études. Mais cet enseignement eût-il encore été plus brillant, cinq années ne pouvaient suffire pour déraciner les vieilles méthodes ; bientôt la cause de l'humanisme fut de nou-' veau compromise. Pendant toute la première moitié du XVI" siècle, rUniversité ne changea presque rien au plan d'études que lui avait légué le moyen âge. Vers 1505, Marot perdait son temps à Paris ; dans la suite, les plaintes de Vives, de Ramus, de Muret et de beaucoup d'autres prouvent que les écoliers le perdirent longtemps encore (2).

Pour le latin, il est vrai, on trouve toujours des hommes remarquables; Paul Emile, Quinziano Stoa (3) et quelques autres. En 1515, Tavènement de François I" et la victoire de Marignan furent pour l'humanisme deux gages de triomphe. Pourtant on ne revit pas de sitôt les deux mille auditeurs se pressant aux leçons sur Ausone ; et le grec et l'hébreu tombèrent plus encore que le latin. Les années suivantes^ on trouve bien à Paris quelques professeurs qui viennent enseigner ces deux langues: Jacques Musurus de Rhodes (4), Chéradame et Glaréan pour le grec, Agostino Giustinicmi pour l'hébreu. Mais ces professeurs disparais-

(I) L. Dorez, Une lettre de Gilles de Gourmont... (i8 déc. i53i), p. 9 ; ejiirait de Reoue des B ibliothêques , }um-}uûiei 1898.

(idj J. L. Vivis Opéra omnia (Valence, 1782-1790, 8 vol. in-4, éd. Gr. Majansius). T. VI, De Causis corruptarum artium (i53i). cap. vu et seq. (p. 86).

(3) Flamini, Ouv> cité, p. a 10 et buiv. Jl vint en France dans ief dernièrea années de Louis XI [. ^ .

(4) H. Omoni, Essai.., y p. l'A. : : ;'•/:' •-.:•

sent bientôt et leur enseignement laiisse peu de traces. En réalité, de 1520 à 1530, c'est Noël Béda et le parti rétrograde qui l'emportent. La Réforme naissante, les guerres et la captivité du roi servent leur cause et réduisent au silence les partisans des belleslettres. La Sorbonne et l'Université ne cessent de dénoncer le grec comme la langue des hérésies et. si Berquin est brûlé en 1529, c'est moins comme hérétique que comme adversaire des vieilles méthodes (1). Aussi, au mois d'août 1530, la Faculté des arts en venait-elle à constater avec tristesse que, par les subtilités de sa dialectique, « l'Université de Paris était devenue la risée des nations étrangères » (2).

De toute part, cependant, l'esprit nouveau se faisait jour: à défaut de maîtres distingués, l'on avait du moins la lecture des œuvres antiques, des œuvres latines surtout, dont les éditions se succédèrent alors à Paris avec rapidité (3). A la tête des *' partisans des nouvelles études étaient Etienne Poncher, évêque de Paris, Guillaume Petit, confesseur du roi, Guillaume Cop, son médecin , François Dumoulin de Rochefort , son ancien précepteur, les du Bellay, Nicolas Bérauld, Jacques Colin, Guillaume Budé surtout que l'on retrouve sans cesse auprès du roi pour lui rappeler ses promesses. En 1529 enfin, la préface des Commentaires sur la langue grecque entraînait la volonté toujours indécise de François 1" (4). L'année suivante, au mois de mars, des lecteurs royaux commençaient à enseigner à Paris le grec et l'hébreu, et le latin suivait quatre ans après : le Collège de France était fondé. La plupart de ceux qui avaient favorisé l'entreprise étaient des amis d'Aléandre ; Budé, à qui revenait surtout l'honneur de la victoire, Vatable, le principal lecteur d'hébreu dans le nouveau collège, avaient été ses élèves. Dans la longue période d'essais qui avait précédé, il avait été, de tous les humanistes, celui dont l'enseignement avait eu le plus d'éclat, celui dont les leçons et les travaux avaient laissé la trace la plus durable et les résultats les plus féconds.

(1) Pierre Garon. Noël Béda. dans Posilions des thèses des élèves de V École des Charles (promotion de i-'oS), p. 29-33.

(2) Du Boulay, Oav, cilé, VI. 227.

(3) Hebitlé, Ouv. ciléy p. 91- Panzer, Annales Typogr. (AComrnenlarii linguae (jraecae, GuUelmo Budaeo... auclore, in-fol.

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