ALEANDRE A ROME. — IL DEVIENT SECRETAIRE DE JULES DE MÉDICIS
(17 juin 1516 — 27 juillet 1519).
Aléandre quitta Curange (1; le 16 mars 1516, chargé d'instructions et de suppliques pour la cour de France et pour celle de Rome (2). Dans son voyage, il vit Louise de Savoie, François K, et plusieurs de ses anciens amis de France. Il s'arrêta à Paris, à Chartres, à Orléans, à Lyon, et arriva à Rome le 17 juin suivant(3).
A Rome, la Renaissance était alors dans toute sa splendeur ; poètes, savants, artistes y étaient accourus en foule. Sous Jules II, Bramante avait commencé Saint-Pierre; Michel- Ange, sculpté son Moïse, Raphaël, peint la Farnésine et les chambres du Vatican. Léon X continuait à favoriser ce mouvement.il présidait royalement à ces années de joie et de prospérité (4).
Un humaniste aussi brillant qu'Aléandre s'était fait rapidement un nom au milieu d'une université toute pleine de scolastique, ou d'une ville comme Liège « fertile en hommes illettrés » (5). Dans la Rome de Léon X, toutes les places étaient prises. Cependant il y fut bientôt connu. Sa renommée Tavait précédé et il se trouvait au milieu d'Italiens heureux de retrouver un compatriote; son talent et sa nature entreprenante firent le reste. Lui aussi, il compose des odes (6) et chante Léon X en vers
(1) Petite ville de la Principauté de Liège.
(2) H. Omont, Journal . .,p. 17, 35. J. Paquier, Oav. cité, p ia3-i46.
(3) L. Dorez, Une lettre de Gilles de Gourmont .., p. 19 et suiv., Vat.. lat. 8075, f. II 4' (Aléandre à du Prat, 5 octobre lôig) . H. Omont, Journal^ p. 7.
(4) Voir les ouvrages de Gaspary, Voigt, Burckhardt, Gregorovius^ Mûntz, etc.
(5) J. Paquier, Oav. cité, p. a (Aléandre à É. Pencher).
(6) Vat. 807.'), f. iiS"^ : Aléandre redemande à un ami une ode Sur la Valu et la fiichesse, dont il est lauleur.
latins (1). L'argent de la Marck lui permet de faire figure: il a quatre serviteurs « sans lesquels^ écrit-il à Tévêque, Ton ne saurait ni honnêtement, ni commodément vivre à Rome » (2).
Un mois après son arrivée, il est déjà à la fête que Goritz donne chaque année aux membres de T Académie romaine. Pour l'introduire, on lui donne comme « compagnons » Colocci et Philippe Béroalde le jeune. Il voit là « un grand nombre de lettrés et d'hommes illustres » (3). Bientôt il connaît la plupart des humanistes de Rome : Paolo Bonbasio secrétaire du C6U'dinal Laurent Pucci (4), Branchonius qu'il félicite de sa coUec^ tionde médailles (5), Celio Calcagnini« homme très célèbre dans le monde des lettres » et à qui il communique son ode sur la Vertu et la Richesse (6), Colocci, qu'il nomme « le grand nourrisson des muses et d'Apollon y* (7), Gilles de V^iterbe (8) que sa science de l'hébreu dut faire promptement connaître d' Aléandre, Cristoforo Marcello, archevêque de Corfou « chez qui la noblesse et la culture deTesprit sont également excellentes » (9), Polydore Virgile qui s'adresse à lui pour savoir l'origine du plomb des lettres
(1) (A. Mai). Spicilegiam Romanum (1839), II, aSô.
(2) J. Paquier, Ouv cité, p. 198 ; L. Dorez, Une lettre de Gilles de Gour» mont... (1898), p. la, eipassim,
(3) H. Omont, JoarnaL p. 17. Peut-être faut-il lire a6 juillet, au lieu de 27. Sur l'académie romaine, Goritz, etc., voir outre les ouvrages généraux
(comme Gregorovius, Geschichte der Stadt Rom im Mittelalier, Stuttgard, 1896, 4* éd. in-8. VIII, 296 et suiv.), Pierio Valeriano, De Infelicilate liUeraioram^ éd.Mencken, p. 869 ; Erasmi Optfra( 1703- 1706), III, col. 754, 808 ; SUzungiberichte der Wiener Akademie. Ph. Hist. Kl. T. LXXXV (1877), p. i32, 166. etc., ï. LXXXVI (1877), p. 267; Berni,flim«(éd. Virgili, Firenze. i885, in-8), p. i32. J. Paquier, De Philippi Beroaldi junioris vita et scriptis (Paris, 1900, in-8% p. 77.
(4) Vat. 8075. f. 76^X1. à P. Bonbasio, fév. i5i8. ^5) Vat. 8075, f. 119' (i5i6-i520).
(6) Vat. 8075. f. ii3^ u5i6-i520). De son côté, Calcagninus faisait le plus grand éloge dWléandre. Cœlii Galcagnini. .., Opéra aliquot (Basileae i544, infol.), p. loi (Celio Galcagnini à Jacques Ziegler, 1 5 19-1620), p. 102 (Gaelius Galcagninus Juliano Nasello). Voir aussi Delitîae CC Italorum Poetarum (1608), I, 5 16, CaeliiCalcagnini ad Hieronymum Aleandrum et, plus haut, p.LXI ; ciaprès, p. 123.
(7) Vat. 8075. f. 101^ (i5i6-i52o).
(8) Vat. 8075, f. 77*^ (M. à Gilles [Rome, 7 juillet i5i7jj; L. Dorez^ Une lettre de Gilles de Gourmont . . . ( 1 898), p . 1 3 .
(9) Vat. 8075, f. 4' (août 1519).
apostoliques (1), Jean Goritz enfin, « le Père et le Mécène de tous les poètes » (2). Alors aussi il revoit Janus Lascaris venu à Rome pour diriger le collège des jeunes Grecs fondé par Léon X au Quirinal (3).
De bonne heure, Aléandre se fit remarquer parmi ces lettrés : En 1B20, pour le tourner en ridicule, Ulrich de Hutten le représente au milieu des Académiciens, parlant seul des repas entiers, déclamant en latin, récitant des tirades d'Homère: « Sa voix était sonore, son visage gesticulait, chaque parole, chaque geste respirait la fatuité. (4) ». De longues années après, le Mire put recueillir encore le bruit de cette renommée ; il nous montre Aléandre convoquant souvent chez lui les membres de TAcadémie et brillant entre tous par son amour des lettres, son habileté d'écrivain et sa prodigieuse mémoire (b).
Au commencement de 1518, Aléandre écrivait au prince de Carpi, Alberto Pio : « C'est un bruit général à Rome qu' Aléandre ne retourne pas en Gaule, mais que, par votre initiative et entremise, il est rendu à l'Italie, et attaché à la personne du cardinal de Médicis. D'où le tient-on, je l'ignore. Pour moi, je ne m'en suis ouvert qu'à Nicolas Schomberg et à Jean Matthieu Giberti, et cela sur votre propre recommandation (6).
(1) Vat. 6199, f. a3^ (Londres, 10 juin iSaoï.
(2) Vat. 8075, f. SS"- (i5i7?). Voir aussi J. Paquicr, J. AL et Liège, p. 160.322.
(3) Sur le Collège du Quirinal et Janus Lascaris, voir Arch. Vat. Arm. XLIV, T. 5, f. 34 (Léon X à Lascaris, 3o mars i5i3). K. K. MùUer. Neue Mitth. Aher Janos ùukaris . . dans Centralblatl fur Bibliothekwesen, I (i884). p 337 ; Legrand, Bibliographie hellénique (Paris, i885, în-8'}, I, p. GXVIIÎ, CL cl suiv. ; II, p. 333 . P. Batifol, Revue des Questions historiques, !•' janvier 1889, p. 179. A. Lefranc. Le Collège de France (Paris, 1893. in-8"), p. 4o, 91.
C'est peut-être à ce Collège qu*appartenait un Jean Severos, qui plus lard écrira plusieurs fois à Aléandre pour l'apitoyer sur son sort (Vat. 6199, f. 14^'", orig. Rome, i*' février i5ai; Vat. 6199, f. i46'', orig, Rome, 18 novembre i5ai ; Val. 6199, f. 144''. orig. [Rome, novembre i5a4].)
(4) E. Bôcking, Vlrichi Hutteni Opéra (Leipzig 1859-1870, in-8«), I, 44o- 44 1 : àMogue Hochstratus ovans ,
(5; Bibliotheca ecclesiastica. Pars altéra, Auberti Miraei opus posthumum (Antuerpiae, 1649, in-fol.), p. 37-38.
Liruti {2>fotizie. . . I, 484) fausse le sens de ce passage, et fait d* Aléandre un restaurateur de l'Académie romaine. Voir plus haut, p. LXXII.
(6) Vat. 8075, f. ib\
Nous trouvons mentionnés ici les quatre personnages les plus remarquables qu*Aléandre fréquenta pendant les premières années de son séjour à Rome, ceux dont Tinfluence l*amena à se fixer dans cette ville. Schomberg et Giberti se partageaient la faveur du secrétaire d'État Jules de Médicis. Lorsque celui-ci devint pape , Schomberg représenta auprès de lui l'influence allemande, Giberti, l'influence française.
Aléandre eut avec Schomberg de longues et nombreuses relations tant officielles que privées. Toutefois, ces relations n'allèrent guère au-delà d'une amabilité un peu réservée (1). Giberti, au contraire, fut vraiment à Rome l'ami de cœur d'Aléandre. Dans son Journal, après avoir parlé de Maffeo Lioni, Aléandre ajoute : « En 1495, le lundi 20 septembre, est né mon autre patron, cette moitié de mon àme, celui qui m*est aussi cher que la lumière du jour, Jean Matthieu Giberti , évéque de Vérone. Ses vertus, sa fortune, ce qu'il a accompli est tel qu'il faudrait de longs volumes pour le raconter (2).»
Sous Léon X et ses successeurs, Giberti se fit remarquer à la fois par sa brillante intelligence, son désintéressement et sa piété ; l'amitié de Giberti fait le plus grand honneur à Aléandre (3;.
(1) Nicolas de Schomberg (a3 août 1472-9 sept. 1637). Il étudiait le droit à Pise lorsqu'à la suite d'un sermon de Savonarole, il entra dans Tordre de saint Dominique (1197). En i5ao, Léon X le nomma archevêque de Gapoue ; en i534, Paul III le créa cardinal. Il mourut trois ans après, et fut enterré dans réglise de la Minerve. Quétif et Ëchard, Scriptores Ordinis Praed. II. loS-'iofi ; Revue des Questions historiques, i^'janv. 1893, p. 206-209 (Pierling); Gregorovius^ Geschichte der Stadt liom im Mittetalter (Stuttgard. 1896, 4* éd., in-8), VIII, 432 et suiv. — Outre la correspondance d* Aléandre avec Schomberg pendant la nonciature de Worms (Plus loin. Appendice II), nous avons deux lettres qu'il lui adressa. Vat. 8075, f. 39'' (Rome, i4 mai k5i9) ; f. 79^ (Ratiii bonne, a juin i532].
(2) H,. Omonif Journal, p. 39.
i3) Né à Palerme en 1496, Giberti fit partie de très bonne heure de la maison de Jules de Médicis (i5i3). Après de brillantes études, il devint, fort jeune, membre de l'Académie romaine et il fut dès Tàgede vingt ans mêlé aux alTaires diplomatiques. Il était pieux, sérieux et désintéressé. Il fut Tun des premiers membres de VOratoire du Divin Amour, et c'est grâce à lui surtout que l'ordre des Théatins fut reconnu par Clément VII (24 juin i524). Ea 1624, sur la demande du doge de Venise, il devint évéque de Vérone. Aussitôt, il voulut aller dans son diocèse. Mais Clément VII ne le lui permit pas. Pendant le sac de Rome, il dut s'enfermer avec le pape au château Saint- Ange. Le i5 novembre de la même année, il écrivait à Caraia que Dieu l'avait puni de n'avoir pas suivi son inspiration d'aller à Vérone.
L*ami le plus influent qu'Alëandre se fit alors à Rome fut Alberto Pio, de Savoie, prince de Carpi. Alberto Pio est célèbre par sa vie malheureuse et agitée et par la protection qu'il accorda aux arts et aux lettres. Après avoir été l'élève d'Aide Manuce, il était entré de bonne heure dans la diplomatie ; en 1511, il devint ambassadeur de Maximilien à Rome. Les dix années suivantes marquèrent l'apogée de sa fortune (1512-1521). C'est alors surtout qu'il put montrer son goût pour les lettres et les arts ; il les protégea à la fois à Rome et dans sa principauté (1).
Au commencement de i5a8. il put enfin s'y rendre : dès lors, malgré plusieurs apparitions k Rome, il résida habituellement dans son diocèse, dont il poursuivit activement la réforme catholique. Il y mourut le ag décembre i543, à rage de 48 ans. Voir Jo. Matthaei Giberti Opéra (Hostiliae, i 7^0, in- 4®). Ces œuvres sont précédées d*une vie de Giberti par Ballerini (p. I-LX). Fr. Dittrich, Beitràge zur Geschichte der kaiholischen Reformation im ersten Driltel des XVI. Jahrhunderts, II, Giberti von Verona, ein Heformator ; dans Historisches Jahrbach^ VII (1886), p. i-5o. Mais ni Ballerini, ni Dittrich n'ont parlé de l'amitié d*Aléandre et de Giberti. — Pour les lettres d'ÂJéandre à Giberti, voir Vat. 8075, f. 78*'' (iSig-iSao), et, ci-après, livre VI et Appendice II.
(1) Voir PompeoLitta, Famiglie celebri ilaliane {Carpi); Renouard, Annales de rimprimerie des Aide (Paris, i834. in-8) p. 8, A. Firmin Didot, Aide Manuce et V Hellénisme à Venise (Paris, 1876, in-8) ; Semper, Carpi, ein Fûrs- UnsHz der Renaissance (Dresde, 1882, in-4») ; Sanuto, /. Diarii, T. XXVI, aaa, 434, etc.; P. de Nolhac,Z^« Correspondants dAlde Manuce^ dans Studi e Docamenti di storia edirittOy Roma, VIII, p. a55, etc.; L. Dorez, Recherches et Documents sur la bibliothèque de Sirleto ; dans Mélanges., de V École fran' çaise de Rome, XI (1891) p. 46 1 ; Kluckhohn, Reichstagsakten.., I (Gotba, 1898. in-4)> p. 178, etc.
Paul Jove a fait, dans son style grandiose, un magnifique tableau des malheurs d* Alberto -. ^< La vie d'Alberto, dit-il, est un nouvel exemple des dérisions du sort, quand il s*acharne à se jouer des desseins des mortels : elle nous avertit de ne point nous confier en une vaine habileté, et nous apprend que la fortune est supérieure à toutes les prudences. D*une famille très ancienne, il avait reçu de ses ancêtres la ville de Carpi. Les belles- lettres, un noble caractère embellissaient son corps aussi bien que son âme. D'une taille haute et bien proportionnée, d'un grand courage, il était apte aux choses de la guerre, et il possédait surtout un esprit élevé, tourné vers les lettres et tout ce qui est grand. Son éloquence était telle que dans une assemblée, et dans toute autre discussion, il savait diriger à son gré la volonté des rois, et l'amener là où il le désirait : admirable conseiller dans la paix comme dans la guerre, sachant à merveille profiter d'une occasion favorable, ou la faire naître, quand elle ne se présentait pas. Mais la fortune, plus grande que la sagesse et le courage d'Alberto, enveloppa sa cause dans les malheurs publics ; César le dépouilla de l'héritage paternel ; la tristesse accrut les infirmités de son corps, et il mourut à Paris au temps où César et Soliman faillirent en venir aux mains sous les murs de Vienne. >» Pauli Jovii ^lo^îa (Basile», 1677, in-fol), p. 100.
Alberto Pio connaissait la Marck : aussi,presque aussitôt après son arrivée à Rome, Aléandreentra-t-il en relations avec lui. On a encore plusieurs lettres qu'il lui adressa de 1516 à 1518(1). Dans la première, il lui envoie Tédition de Plutarque que Josse Bade avait publiée en 1514. Ailleurs, il le prie d'accepter les Vies des Empereurs romains attribuées à Aurelius Victor et les œuvres de Paulin de Noie. A Toccasion de la Saint-Martin, il serait heureux de lui envoyer un vin renommé : comme il n'en a aucun, il le prie de recevoir trois couples de chapons. Toutes ces lettres sont parsemées de citations d'auteurs anciens. Elles contiennent des passages enjoués, mais surtout des considérations morales qui dénotent chez les deux personnages une nature portée vers les choses graves et sérieuses.
Enfin, Alberto facilita Tentrée d*Aléandre chez Jules de Médicis. Vers la fin de 1517 et au début de 1518, Aléandre lui écrit plusieurs fois à ce sujet. Il lui demande tantôt de le faire entrer définitivement au service de Jules, tantôt de lui obtenir du cardinal une habitation dans le palais apostolique ou ailleurs ; cette habitation allégerait ses dépenses et prouverait à tous qu'il est vraiment de la famille du cardinal. « Sa gêne est telle qu'il ne lui reste assez d'argent ni pour partir de Rome ni pour y vivre à ses frais. Au-delà des Alpes il serait riche et heureux. Italien, on Ta sollicité de se garder à sa patrie. Sans qu*il y soit pour rien, le bruit s'est répandu partout qu'il reste à Rome attaché au cardinal Jules. Dès lors il est à désirer que cette affaire en arrive à sa complète réalisation. »
La conclusion désirée ne se fit pas attendre longtemps. A la fin de 1517, probablement le 2 décembre, Aléandre devenait secrétaire de Jules de Médicis (2).
Il reste de cette époque (1518-1519) un grand nombre de lettres qu'il écrivit au nom du cardinal. Plus tard ses secrétaires
(1) Voici le tableau de toutes les lettres qui nous sont parvenues, avec leurs dates, certaines ou probables Vat. lai. 8075. f. i3' (fin de i5i6. ; f. 119' (.11 nov. i5i7); f. 17' (i3 nov. 1517); f. l^\ i4', i5\ i4' (déc. 1517. — i février i5i8) ; J. Paquier, J. AL et Liège, p. 175 fjanv. i5i8); Vat. 8076, f. i5' fii nov. [i5i8.3]); f. 11' (i5aa-i523?); Venise. Marciana. Lat. Cl. \IV, Cod. L, f. I 20 (vers le 30 novembre i5a4).
(2) H. Omont, Journal, p 17, /ii. Quatre jours après, il annonçait l'heureuse nouvelle à Gil)erli. H. Omont, Journal, p. 17.
les copièrent et les mirent parmi les siennes. En réalité, ce sont des lettres officielles, adressées à Maximilien^ à Charles-Quint, à Henri VIII, au roi de Hongrie, au duc de Savoie, à Wolsey, à Etienne Poùcher, au cardinal Grimani et à d*autres grands personnages (1). La latinité en est soignée et meilleure encore que dans beaucoup de lettres familières, écrites à la hâte. C'est une prose que Ton peut comparer â celle de Sadolet et des principaux humanistes de la Renaissance (2). Mais ce n'est guère qu'à ce point de vue qu'elles peuvent trouver place dans la biographie d'Aléandre. Écrites au nom du secrétaire d'État, elles regardent les intérêts delà Chrétienté et de la famille de Médicis.
Aléandre eut avec son nouveau maître des rapports familiers et même affectueux. Dans une ode de cette époque, Béroalde le jeune le cite à Jules de Médicis, parmi ceux qu'il doit appeler pour se distraire (3). Le 29 mars 1518, Jules écrivant à la Marck lui vantait la fidélité et le zèle de son représentant à Rome (4). A la mort de Laurent de Médicis (28 avril 1519), Aléandre témoignait à Jules, dans une lettre éloquente, la part qu'il prenait à sa douleur (5).
Ce poste de secrétaire ne fut pour Aléandre qu'une étape de courte durée. Le 27 juillet 1519, mourait le bibliothécaire du Vatican, Acciajuoli; le môme jour, Léon X choisissait Aléandre pour lui succéder.
(1) Vat. 8075. surtout du f. iSa au f. ao8. Dans le Vat. Sgaa, ff. 116-iao, se trouve une lettre de François !•'' à Léon X au sujet des Turcs (a3 déc. i5j7). Une note d* Aléandre dit qu'il la traduisit du français en latin pour être présentée au pape. — Cette lettre ne se trouve pas dans le Catalogue des Actes de François i«' (Paris, 1887-1896, 7 vol. in-4).
(2) Par ex. Vat. 8075, f. iSai* : à Maximilien; i36: au Grand Maître de Hhodes; i4o : à la marquise de Montferrat, etc.
(3) Philippi Beroaldi j unions Carminum libri III et Epigrammaton liber unii» (Romae, i53o, in-4), Garm. Mb. I, ao. Cf. J. Paquier, De Philippi Beroaldi junioris vita et scriptis (Parisiis, 1900, in-S**), p. 7a.
(4) J. Paquier, Jérôme Aléandre et, , . Liège, p. 187.
(5) Vat. 3918, f. 48-5i, (autog.); Vat. 8075, f. ai (copie ou plutôt abrégé) ; Vat. 8075, f. loô»" (Réponse de Jules de Médicis, a7 mai iSig).