ALEANDRE AGENT DE LA MAHCK A ROME IMPRESSIONS SUR ROME
Cependant Aléandre n oubliait pas la mission pour laquelle on l'avait envoyé à Rome. Jusqu'à sa mort il y fut le représentant dévoué de Tévéque et du diocèse de Liège. Si la Marck ne put obtenir la reconstitution de l'autorité épiscopale dans son diocèse, il reçut du moins le cardinalat et des privilèges personnels qui lui facilitèrent son administration.
Les premières années ne furent pas heureuses ; tout se tournait contre la Marck. Aléandre, il est vrai, semble avoir obtenu les faveurs privées que le prince-évéque avait demandées pour lui et sa famille (1) ; mais les faveurs d'ordre public se firent attendre.
L'affaire principale, le cardinalat, recula même au moment où la Marck se croyait sûr du succès. Léon X avait accordé à François I" le choix d'un cardinal ; le roi remit à Fleuranges la dépêche par laquelle il désignait la Marck ; au mois d'avril suivant (1517), c'était l'archevêque de Bourges, Antoine Bohier, qui était promu au cardinalat. En réalité, de la cour de France (2) on avait écrit en faveur de ce dernier. Léon X, a-t-on
(1) Val. lai. 875, f. 76' (i5i7.a), lor (ibi-j?), etc. (Lettres d'Aléandre k ce sujet).
(2) La plupart des anciens historiens parlent d'une lettre de Louise de Savoie. Dans ses Études sur François I" (Paris, i885 in-8, T. I, 99-109). Paulin Paris disculpe cette princesse : il prouve qu*elle chercha constamment à entrer dans les vues de François I^**, qu'elle méprisait Antoine Bohier, et qu'elle était loin d*ètre en mauvais termes avec les la Marck. Dans les papiers d'Aléandre, il n'y a pas la moindre allusion à cette afCdre. Toutefois, les récits du temps, et particulièrement celui de Fieuranges, ne permettent pas de mettre en doute qu'il soit venu de la cour de France une recommandation en faveur de Bohier ; apparemment, cette recommandation vint, non de François I*'^ ou de Louise de Savoie, mais du chance* lier du Prat, parent de Bohier.
dit, aurait d'autant plus vite fait droit à cette demande qu'il voulait se débarrasser par là des importunités d'Aléandre (4). Quoi qu'il en soit, Alcandre corrompit un secrétaire deBembo ; il parvint ainsi à se procurer le double des lettres venues de France et il l'envoya à la Marck qui en éprouva le plus vif mécontentement(2). Jusque-là, la Marck avait comblé Aléandre de faveurs. Aux bénéfices qu'il lui avait jadis conférés à Liège, il en avait récemment ajouté deux autres : l'hôpital de Dreux (3) et la chancellerie du chapitre de Chartres (4). En outre, il avait consenti aux lourds sacrifices pécuniaires qu'entraînait la présence d'Aléandre à Rome. Mais les échecs qu'il éprouvait lui firent craindre que son
(l) Varillas, Histoire de François /««^ (La Haye, i684, iii-ia), I, p. iao-ia3 ; Liruti, Nolizie..,, I, 474
U) Mémoires de Flearanges, p. 276 ; dans Choix de Chroniques et Mémoires sur Vhisioirede France (Paris, A. Desrez. i836, in-8). — Entouré de difficultés, la Marck ne se découragea pas. Dans les derniers mois de 1617, il fit rédiger par son vicaire général Gilles de Blocquerie une supplique au pape et deux longs mémoires, Tun pour le cardinal Pompeo Colonna, l'autre pour Aléandre : il y cnumérait les maux dont soulTrait Tcglise de Liège (Bologne, Univ. 954, i. 3i-38). Ces pièces ne sont pas datées, mais, parle contenu, on voit qu'elles sont de la fin de x 517.
(3) En x5o7, la Marck avait obtenu Tévèché de Chartres par l'entremise de Louis XIl ; bien qu'il n*y résidât jamais et que, dès i5i8, il fût devenu Tennemi de la France, il le conserva jusqu'en i524. J -B. Souchet, Histoire du diocèse eide la ville de Chartres, (Chartres, i86()-i873, 4 vol. in-8), III, 467- 5ai. Voir aussi Archiv. Vatic. Bull. JuL //. An. 9, T. 10, f. (ii-Ga; — Arm. XXXIX, T. 25, f. 5a8r (30 nov. i5o7) ; Bib. Barberini XXXVI, T. II, f. G4^ (29 mars lâaS) : on s'y occupe de la cession de cet évèché par la Marck.
Pour l'hôpital de Dreux, voir H. Omont. Journal, p. 17 ; J Paquier, Jérôme Aléandre et... Liège, p. 9. En allant de Liège à Rome, Aléandre passa par Chartres ; il y arriva le 6 avril et y demeura plusieurs jours. (L. Dorez. Une lettre de Gilles de Gourmont, p. 24-2G). C'est donc dans ce voyage qu'il prit possession de ce bénéfice.
(4) A la mort du chancelier Michel Mainterne (i5 juillet 1517). le chapitre, sur l'ordre de l'évcque. élisait Aléandre pour lui succéder. '< C'est dans cette Église une dignité fort importante », note Aléandre dans son Journal. En etTet, au-dessous de l'évèque et du doyen du chapitre, le chancelier avait la direction immédiate des célèbres écoles de cette ville. H. Omont, Journal, p. 17 ; J. Paquier, Jérôme Aléandre et la Princ. de Liège, p. 179 ; A. Clerval, Les Ecoles de C/iar/res (^Chartres, 1895, in-8), p. 323, 435-437.
Sitôt ((u'il eut reçu la nouvelle de son élection, Aléandre se pourvut à la Daterie. afin qu'aucune difTicultc ne pût survenir. U. Omont, Journal, p. 17 ; J. Paquier, Ouv.cité, p. 173 (24 juillet i5i7) Je 19 août, il fut reçu à Chartres par procureur, et le 10 septembre en personne. A. Clerval, Ouv, cité, p. 435- 437. H. Omont. Journal, p. 17. Dans une lettre du 27 août 1617, Aléandre parle de son prochain voyage en France (Vat. 8075, f. lao*").
argent ne servît uniquement à satisfaire l'ambition d'Aléandre, son amour du faste et du plaisir. Il en parla à son entourage et il en fit écrire au chancelier ; il exigea même, semble-t-il, un compte détaillé des dépenses qu'on lui demandait de solder.
Peu après, Aléandre dressait ce compte ; il allait du 16 mars 1516 au 15 septembre 1517. Pendant ces dix-huit mois, Aléandre avait dépensé 1978 francs pour le prince-évéque et 995 francs pour lui-même. Des 3001 francs qu'il avait reçus, il lui en restait 27 1 De plus, les 995 francs de ses dépenses personnelles avaient été pris à moitié sur l'argent de la Marck et il demandait discrètement la remise de cette dette (1).
Aléandre accompagna ces chiffres d'explications destinées à apaiser le prince-évêque. Ce compte et ces explications ont une très grande importance pour Tétude de son caractère au moment où une belle carrière s'ouvrait à lui, mais où son avenir n'était pas encore sûrement assis. Ils sont curieux aussi par les détails qu'ils contiennent sur la vie romaine, très fastueuse et très mesquine à la fois, comme elle l'a été pendant tant de siècles.
L'année précédente, il avait fait dresser un premier compte où il énumérait avec précision et par articles les dépenses du voyage de Liège à Chartres (2). Celui de 1517 est beaucoup moins précis et beaucoup plus « littéraire ». Aléandre avait probablement reconnu les inconvénients de la méthode par articles qui donnait trop de prise à une discussion minutieuse ; il préféra procéder par périodes et par séries. Il entoure de force explications les chiffres qu'il pense devoir effrayer le prince-évêque. Mainte fois, dit-il, il a été trompé par les fournisseurs. Désormais, il est sur ses gardes et il espère pouvoir se garantir de leur malhonnêteté ; mais il n'ose se le promettre dans cette ville de Rome, « étrange bête féroce aux têtes multiples ». Selon la coutume de cette ville, il lui a fallu prodiguer les pourboires à des entremetteurs. A Rome, tout est du double plus cher et moins bon qu'en France. Enfin, entouré de difficultés, il s'est senti envahir par la tristesse; malgré les remords de sa conscience et contrairement à ses habitudes, pour échapper à la mort, il a suivi l'usage d'une ville où il est presque impossible de mener une vie austère.
(1) L. Dorez, Une lettre de Gilles de Gourmont..., p. ia-17, a4-3a. (2)/tem, p. i8-a4.
Ce compte était accompagné d'un préambule destiné à le faire plus facilement accepter:» Longtemps, disait-il^il avait eu jusqu'à quatre chevaux à sa charge ; les usages de Rome l'obligeaient à un train de quatre ou cinq serviteurs. Il vivait très simplement. Pourtant, dans l'intérêt de laMarck, il avait dû donner quelques repas sortant de l'ordinaire. Plus que partout ailleurs, les fournisseurs étaient experts dans l'art de tromper. Pour les domestiques, voler leurs maîtres, c'était avoir de la pratique ; surpris en flagrant délit, ils entassaient parjure sur parjure pour se disculper. D'abord, il avait espéré s'acquitter rapidement de sa mission et ne demeurer que peu de temps à Rome. Le Souverain Pontife et les cardinaux influents lui avaient fait le plus aimable accueil et il en avait ressenti une vive joie. Mais bientôt il s'était aperçu qu'à Rome tout n'était « qu'hypocrisie et corruption » ; on l'avait payé de mots ; c'étaient ses adversaires qui avaient obtenu gain de cause. Depuis qu'il avait constaté la triste réalité, il n'avait pas eu un seul moment de gaieté. Ses cheveux avaient blanchi et, s'il avait cherché quelques consolations condamnables, c'était pour tromper un instant des ennuis qui sans cela l'eussent conduit au tombeau. Pour -toute récompense, son prince s'irritait contre lui ! Mais lorsqu'une fois la Marck aurait vu les comptes de son administration, il reconnaîtrait que son chancelier lui était « l'homme le plus fidèle qu'il eût au monde (1). »
(1) Le compte, les explications données, les lettres d'Aléandre prouvent et que la Marck était fort mécontent et qu'Aléandre fut assez habile pour l'amènera ses fins. Mais, ces deux points établis, il reste encore à se demander si les dépenses dWléandre étaient aussi exorbitantes que Festimait la Marck. Par son habileté. Aléandre parvint-il à se faire excuser des dépenses désordonnées, ou simplement à désarmer un supérieur qui s'irritait sans motif plausible ? M. Dorez donne la première solution : à son avis, Aléandre a exploité la situation . Nous inclinerions beaucoup vers la seconde. Malgré Textrème difficulté d'apprécier la valeur de l'argent à telle ou telle époque, on ne serait peut-être pas fort éloigné de la vérité en estimant que 3ooo francs au début du XV1« siècle en valaient à peu près 3o ooo d'aujourd'hui. Eh bien ! si le représentant d'un prince évèque devait se rendre aujourd'hui de Liègeà Rome, qu'il eut un train de trois ou quatre chevaux, et de quatre ou cinq serviteurs, qu'il fût obligé de traiter à Rome une foule de questions épineuses, il est fort probable qu'au bout de dix-huit mois il aurait dépensé 3o,ooo francs Aujourd'hui, il est vrai^ ce représentant n'aurait pas un train de maison aussi considérable. Mais il faut bien reconnaître qu'à l'époque celui d' Aléandre était loin d'être d'un luxe extraordinaire Volontiers, nous comparerions la Marck aux provinciaux habitués à la vie patriarcale des villages de leur pays ; ils croient avoir alîaire à des hommes désordonnés lorsqu'ils entendent parler des dépenses doubles et triples qu*entrainc un séjour à Paris.
La lecture des comptes et des explications qui les accompagnaient ne désarma pas la Marck ; au contraire, Ventrée de son chancelier chez Jules de Médicis (2 décembre 1517) acheva de le mécontenter. Homme vif et fort peu retenu en paroles, il maugréa contre Aléandre qui lui dépensait beaucoup d*argent sans arriver à rien (1) et il se laissa aller contre lui aux expressions les plus amères : son chancelier lui rappelait à merveille ses deux neveux, dont l'un était orgueilleux et l'autre prodigue (2). Il lui fit écrire en ce sens par un certain Casulanus et par son frère Jean-Baptiste. Ce fut l'occasion des deux plus longues lettres d'Aléandre à la Marck (3).
Dans la première, Aléandre énumère les nombreuses raisons qui l'ont poussé à entrer au service de Jules de Médicis. Bien loin de le détacher du prince-évéque, cette situation lui permettra de le servir beaucoup mieux qu'autrefois ; s'il voit qu'il ne peut en être ainsi, il se fera une joie de retourner à Liège. Le séjour de Rome exige des dépenses considérables ; pourtant, les comptes qu'il a envoyés une fois payés, il ne demande à la ^arck que la continuation de son traitement annuel de 900 francs. Il le supplie de ne pas s'irriter contre lui ; du reste, en le délaissant, la Marck irait contre ses véritables intérêts.
Pour donner plus d'autorité à ses excuses et à ses demandes, il avait fait précéder cette lettre d'un bref de Léon X, et de lettres d'Alberto Pio et du cardinal Colonnà. La lettre de Colonna est perdue, mais nous avons encore le bref du pape et la lettre d'Alberto. Léon X, disait le bref, gardait Aléandre près de lui ; la Marck devait s'estimer honoré de voir un de ses hommes jugé digne de traiter les affaires du pape et celles du Saint-Siège. Il priait la Marck de laisser à Aléandre ses bénéfices, de continuer à lui être favorable et de lui envoyer ses livres, s'il en avait besoin.
Pour qu* Aléandre eût plus d'autorité à Rome,disait Alberto, il lui avait conseillé d'entrer au service du cardinal Jules de Médicis; parla Aléandre serait très puissant auprès de ce cardinal et, pour servir la Marck, il serait en meilleure situation qu'auprès
(1) J. Paqoier, Ouv. cité, p. 198.
(2) Item, p. i85.
(3) lUm, p. 177-187 ; 189-307.
de Léon X lui-même. En donnant ce conseil à Aléandre, Alberto n^avait pas cru moins prendre les intérêts de la Marck que ceux du pape, de Jules de Médicis et d' Aléandre lui-même. Celui-ci serait loin de la Marck, il est vrai, mais aujourd'hui, il était de toute nécessité que les personnages d'un rang élevé dans TÉ^glise eussent quelqu'un à Rome pour la sauvegarde de leurs intérêts (1).
En même temps, Aléandre obtenait pour la Marck plusieurs faveurs et les lui faisait annoncer par Jules de Médicis (2). La Marck fut un peu apaisé ; il consentit à ce que son chancelier demeurât à Rome et il lui continua sa pension. Toutefois, pour le paiement des dettes, il ne voulut rien entendre et, selon son ordinaire, il s'exprima assez librement dans son entourage : « Les bénéfices qu'il avait donnés à Aléandre n'avaient servi qu'à fournir à celui-ci le moyen d'entrer chez Jules de Médicis ; s'il avait beaucoup de serviteurs de ce genre, trois évéchés de Liège ne suffiraient pas à les contenter (3). »
Malade, Aléandre n'eut pas le temps d^étre court ; il fit à la Marck une réponse de dix-sept pages. Cette longue lettre est curieuse à plus d'un titre ; on y sent le désenchantement de l'intellectuel brisé par ce rien humiliant qui s'appelle le besoin de vivre, l'habileté de l'Italien qui sait se plier aux hommes et aux circonstances plutôt que de se raidir contre eux, la fierté de l'homme de valeur qui termine en disant que si on le rebute on pourra chercher un autre Aléandre, mais sans arriver à le trouver. Enfin le sentiment qui domine est celui de la ténacité: sous chaque phrase, on sent qu' Aléandre veut rester à Rome et qu'il veut y rester l'homme de la Marck.
La Marck paya, mais pas assez toutefois pour couvrir toutes les dettes d'Aléandre, pour couvrir surtout celles de ses autres agents à Rome et de son propre neveu Badoche, dettes pour lesquelles Aléandre paraît s'être rendu caution. L'année suivante, le chancelier écrivait encore à l'évéque pour lui exposer ses embarras financiers ; s'il ne recevait aussitôt quatre cents ducats , il partirait de Rome et Tévêque le chercherait ensuite en vain (4).
(1) J. Paquter, Ouv. ce7^, p.„i74-i77.
(2) Item, p. 187.
(3) Item, p. 195, 197.
(4) Item, p. aïo-au.
Cette lettre est la dernière de ce style que nous possédions. Deux mois après, Aléandre était nommé bibliothécaire du Vatican : il avait là une situation rémunératrice, le fixant définitivement à Rome et le rendant indépendant de la Marck.
Au résumé Ton doit dire que les lettres précédentes sont à la louange du prince-évéque. A travers ses expressions de désespoir, on voit assez qu' Aléandre a confiance qu'il ne sera pas abandonné. Nature vive, la Marck s'échappait en paroles violentes ; intelligent, il s'élevait au-dessus des préoccupations d'un vulgaire administrateur et reconnaissait le mérite de son chancelier. Il y gagna pendant sa vie un surcroît de prestige à Liège, à Rome et dans l'Europe entière ; auprès de la postérité, Tun de ses plus beaux titres de gloire est d'avoir été le protecteur d' Aléandre.
Les deux années suivantes, celui-ci continua à s'occuper du cardinalat de la Marck (1). Désormais Tévêque avait deux grands ennemis à Rome : François !•' et LéonX. Le 27 avril 1518, la Marck était devenu Pallié de Charles d'Espagne et par là même de l'Empire par le traité de Saint-Trond. Dès lors le parti français le combattit à Rome avec acharnement (2). Alberto Pio était toujours l'ami privé de la Marck ; mais devenu ambassadeur de François !•' auprès de LéonX, sa situation officielle l'empêchait de rien tenter pour lui (3).
Le pape, du reste, n'était aucunement disposé à favoriser la Mark. £n 1518« il avait demandé à la diète réunie à Augsbourg de voter des décimes contre les Turcs ; les ecclésiastiques devaient donner le dixième, les laïcs, le vingtième de leurs revenus pendant trois ans. Aussitôt, la diète avait pris une attitude d'opposition. De tous côtés, s'étaient élevés des cris contre les abus de Rome; les ecclésiastiques avaient parlé encore plus haut que les laïcs,, et psurmi eux tout particulièrement Érard de la Mark. Dans un Mémoire à l'empereur, il se plaignait « de 1" inobservance des con-
(1) J. Paquier, Ouv. cUé, p. 194, ao8, ai4.
(2) J. Paquier, Ouv. cité, p. 194, :2o8 ; Ruscelli, Lellere di Principi ( Venezia i58i), I, 78 ; Molini, Doeumenti di iloria Ualiana (i836), I, 84 (Bibbiena à Louise de Savoie, 19 mai 1620^; Archivio storico italiano, Ser. Uï, T. XXV, 397, 399 ; 6. A. Bergenroth, CaUndar of State Papers. — Spanish^ T. II (1509i5a5), p. 3ai ; A. Wrede, Reichstagsaklen,.. II (1896), 59, 60, 116.
^3) J. Paquier, Ouv. cité, p. ao8.
cordats, et de la soif de Tor chez les courtisans de Rome. Une avance immense, sortie de l'enfer lui-même, remplissait le cœur de ces hommes mous et efféminés; leur unique préoccupation était de dépouiller les Barbares, Il comparait les Romains à des chasseurs avides, laissant les églises sans prêtres, les troupeaux sans pasteurs. Le service de Dieu, les écoles restaient dans l'abandon « la foi s*en allait, les bénéfices étaient donnés aux indignes tandis que de respectables prêtres en étaient réduits à mendier. Avec sa douceur et sa bonne éducation, Léon X devrait comprendre qu'il lui fallait sauvegarder non seulement ses propres droits^ mais encore ceux que possédait chaque Église. »
Ce Mémoire avait attiré à Tévêque la haine de Léon X ; dès lors, il avait juré de ne jamais Télever au cardinalat (1).
Mais ce pape sut faire à la politique plus d'une concession. Charles renouvela ses instances en faveur de son allié (2) et, le 9 août 1520, Léon X nommait la Marck cardinal (3). Cette nomination, il est vrai, resta secrète une année entière ; mais le 9 août 1521, le vœu de Tévêque était enfin réalisé. Le 18 septembre suivant, Raphaël de Médicis était chargé de lui porterie chapeau (4).
Aléandre était alors loin de Rome depuis un an déjà. Au mois de juillet 1520, Léon XTavait envoyé comme nonce en Allemagne
(1) Sur ce Mémoire et les sentitnents de Léon X pour la Marck, voir J. E. Kapp, Kleine Nachlese nûtzlicker Urkunden (Leipzig, 1737- 1733, in-8) U, p. 397 et suiv. L. Ranke, Deutsche Geschichle im Zeiialler der Reformation L 33 j {Sammtliche Werke, Leipzig, Duncker u. Humblot, 1867, T. I). Gachard, La Bibliothèque nationale de Paru (Bruxelles, 1870-1877, a v. Sn-4)« H, p. 68; Waltz, Martin Luther; dans historische Zeiischrijt, N. F. V, 1879, p. a38-34i ; Baumgarten, Geschichte KarVs V. (Stuttgard, i885, in-8), I, 388 et suiv. : Gebhardt. Die Gravamina der denischen Nation gegen den rùmischen HoJ (3reslau,i895, in-8% a* éd.) p 99-101 . J. Paquier,Out;. cité. p. 209. Paul KalkofT, Jakob Wimpheling ; dans Zeitsckrijt Jûr die Geschichte des Oberrheins, Xll{iSg'j).b'jg.
(2) Vat. lat. 8075, f. iSi'^ (J. de Médicis à Charles-Quint, 1519) ; Molini. Documenti di Storia Ualiana, 1, 84 ; Le Glay. Négociations diplomatiques entre la France et CAutriche, II, p. 398 ; Gachard, La Bibliothèque nationale de Paris (Bruxelles, 1877, in-4)t II, p- 68; KluclLhohn, Beichstagsakten,,. (Gotha, 1893, in-4), p- aa9, 358 : J. Paquier, Ouv, cité, p. 309.
(3) Ciaconius, Vitae Pontificum et Cardinalium, II I, 4 30. Bergenroth. Calendar... II, p. 809,318 (5 juillet, 13 sept. i53o).
(4) Arch. Vat. Arm. XLIV t. 5, f. i4a. Léo X, card. Leodiensi : « Gum his diebus... » La remise du chapeau eut lieu à Bruges. J. Daris, His^ toire. . . de Liège au XVI* siècle, p. 4a.
et dans les Pays-Bas pour y publier la bulle qu'il venait de lancer contre Luther.
A Tavenir, les relations entre Aléandre et la Marck changeront de nature ; elles seront presque d'égal à égal. Mais Aléandre aura toujours une grande déférence pour son ancien maître et protecteur ; il i\e cessera de s'occuper des affaires de Liège. Entre ces deux hommes il y avait eu plus qu'une juxtaposition passagère; leurs natures fermes et entreprenantes s'étaient harmonisées et, malgré quelques brouilles, ils restèrent toujours unis par les liens de l'estime et de Taffection.