‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 55 sur 113 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ALEANDRE ET CHARLES-OUINT (fin de septembre — fin d'octobre 1520.)

Le début de la mission d*Aléandre ne fut pas heureux. L'empereur était toujours dans les Pays-Bas (1); pour le rejoindre plus aisément, Aléandre se décida à passer par la France (2). Oh sait combien dès cette époque les relations étaient tendues entre François P' et Charles-Quint. Soit désir de gêner Tempereur dans ses négociations, soit espoir de saisir des renseignements dans la correspondance du nonce, on retint quelque temps Aléandre en France {S).

Mais on lui rendit bientôt la liberté et il arriva à Anvers à la fin de septembre. Deux jours après, la Marck l'introduisait auprès de Charles-Quint (4) ; Caracciolo et Raphaël de

(1) Gachard, Collection des voyages des souveraine des Pays^-Bas (Bruxaltos^ 1874, in-4), II, p. a8 ; RA. II. 66 et suiv.

(2) H. Omont, Journal, 4a (la septembre i5ao).

(3) Bergenroth. Calendar. — Spanish. II, 319, n* 397 (Manuel à Charles- Quint ; Rome, a5 septembre i5ao); Brieger, p. a5o ;liA. II, 59. 456. Entre autres papiers» Aléandre portait à la Marck une promesse de Léon X pour son cardinalat. La cour de France en ressentit un vif mécontentement.

(4) Vat. 3913, f. 19''. — Cette lettre vient d'être publiée dans Qaellen und Forschangen aas iialienischen Archiven und Bibliothekenj I, n'^ i (octobre 1807) (Rome. Loescher). Les lettres suivantes d* Aléandre à Léon X avaient été éditées Tannée précédente par les RA. II, p. 455-46i. Mais il y a plusieurs corrections à faire à cette publication ; nous signalons id les plus importantes :

L. (A. p. 455-457). P 455. En tète, de la main d* Aléandre : 2d S^''^' iôQO. Aquisgrlmi. — P. 457, ligne i5 : anie^ au lieu àeautem, — P. 457, noté : Sed mittenda est quanto maturius fiéri poterit aliqUa peeunia, àU lieu de praemia. De plus, dans le ms., cette ligne est effacée d*un trait de plume,

II. (B. p. 457-459). — P. 458, ligne io« : mordacitaiem, au ll6U déi mendaeitatem; ligne la* : damnarit, au lieu de cremarU. Dèft lors, la fin de la note :i perd son objet.

III. (G. p. 459-460). — P. 459, ligne i8* : tanta, au lieu de tam. — Lignes Sa*-34^ : Nam dux tum suapte natura et istius gentls mot^ magnas

Médicis, Chièvres, Gattinara, Maurliano et d'autres conseillers impériaux assistaient à Taudience.

Aléandre débuta par un petit discours en français ; Gattinara lut ensuite la lettre du pape (1). « César, écrivait Aléandre à Léon X, écouta avec la plus grande bienveillance,puis, sans Tintermédiaire d*un interprète ou d'un précepteur, mais de sa propre bouche, il fit cette sage et pieuse réponse: c< Je protégerai lareliu gion, la dignité de Sa Sainteté et celle du Siège apostolique,fùtu ce au péril de ma vie ». Il continua dans le même sens et delà manière la plus appropriée aux circonstances. En comparant ce que j'entendais avec les mille propos faux et injustes qui circulent en. Italie sur un si grand prince, je ne pouvais m'eotipècher de maudire tout bas des langues qui colportent d'aussi ridicules mensonges. Qu'elles disent ce que bon leur plaira; ce prince m'a paru très bien disposé, d'une sagesse de beaucoup supérieure à son âge, d'une nature infiniment plus riche qu'on ne pourrait le croire à première vue. Pour la religion et la piété, tous ceux qui l'approchent sont unanimes à reconnaître qu'il ne le cède à personne au monde. »

. Charles confia à la Marck^ à M arliano et à Gattinara le soin de traiter avec le nonce de l'aflFaire de Luther ; ils n'avaient pas à discuter les ordres du pape, mais à les mettre loyalement et promptement à exécution.

Aléandre exposa aux trois commissaires l'objet dé sa mission ; ceux-cien référèrent à l'empereur, et le jour même, il signiiit un édit commandant de saisir et de détruire les livres hérétiques ; ils devaient être publiquement livrés au feu sur la place d'Anvers (2).

caerimonias in hisce negotiis observantis accessu difficilis est, tum se excusabat negotiis, quae cum Gaesare habebat.

IV. (D p. 460-461). — P. 46o, lignes i7*-i9« : Nobiies pauperes quamplurimi de leviore nota, Mer quos poeiicali acerbissime in nos invehuntur, et, si Dec placet, etiam ecclesiastici plerique, quos omnes. . . — P. 46i, ligne ao« : Ad bunc semper accessu diflicillimum adivimus tamen. . .

(1) Cette lettre n'existe plus. Voir plus baut, p. i46, et RA. Il, p. 5ii.

(2) Nous ne possédons pas ce premier édit de Charles contre les ouvrages de Luther ; jusqu'à présent^ il n'a pu être retrouvé dans aucune Bibliothèque ou Archives. De plus, celui du 22 mars i5ai n'y fait pas allusion. Baumgairten (Geschichie Karls V. T. I, p. 343. T. II, p. uo), en conclut que redit n'a pas existé, et qu'Aléandre a été berné. Devant les affirmations de cette lettre et des suivantes (BA. II, p. 455, etc. Vat. 8075, f. 22S': Al. à Enckenvoirt, a4 oct. i5ao), il est impossible de croire à cette mysti-

Alécmdre est pleinement satisfait de ces premières négociatioîis ; il regarde l*avenir avec confiance : << Jusqu'à présent, dit-il, Taffaire ne me semble pas mal conduite, et j'ai Tespôir qu'elle le sera mieux encore à Tavenir. » Il n'a que des éloges pour tous ceux qu'il a approchés, Caracciolo, Raphaël de Médicis et les commissaires impériaux. Par sa foi et son zèle, l'évéque de Liège les a tous surpassés. Quelques jours après, dans des lettres à Jean Copis(l), età Guillaume Enckenvoirt (2), il répétera l'éloge qu'il a fait de Charles-Quint à Léon X, et il se félicitera de s'être vu concéder en un jour ce qu'il eût à peine osé es-^ pérer obtenir en dix ans.

Il avait raison de se réjouir: avoir l'empereur de son côté, pouvoir mettre immédiatement la bulle à exécution dans les Pays-Bas était de bon augure pour obtenir de l'Empire la même obéissance aux ordres de Rome.

Le lendemain, il est vrai, la destruction des livres n'avait pas lieu ; il manquait à l'édit royal une formalité nécessaire : il n'était pas scellé du sceau du Brabant. Mais, dans les premiers jours d'octobre, Aléandre arriva avec la cour à Louvain, où se trouvait le chancelier ; la formalité fut remplie, et, le 8 octobre, plus de quatre-vingts livresjuthériens et écrits injurieux étaient brûlés sur la place publique en présence des magistrats, à la vue des Louvanistes et des gens de toute nation qui ne cessaient d'affluer à la cour (3). Le 17 octobre la même exécution avait lieu à Liège. La Marck y avait lancé contre les hérétiques un édit sévère, tel qu' Aléandre lui-même « eût voulu l'avoir dicté »>. Le prince-évêque y enjoignait de sévir contre tous livres luthériens

fication. Tout au plus peut-on supposer que l'édit ne fut pas publié dans tous les Pays-Bas ; on se borna peut-être à en donner une copie au nonce pour que, dans les lieux où il passerait, il pût accomplir sa mission. A la fin de la dièta de Worms, l'entourage de l'empereur ne se préoccupera pas davantage d'en faire parvenir les décisions aux diverses parties de l'Empire. (R\. Il, 66o)

Quoiqu'il n'eût pas connu cette première lettre, Wrede ne doutait déjà plus de Texistence de cet édit. (RA. H, 455. 466. 499).

Nous ne possédons pas non plus l'édit de la Marck dont il est question ciaprès. Voir Polain. Recueil des Ordonnancesl de la Principauté de Liège (Bruxelles, in-fol.) Sér. II, T. I, p. V.

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