‹ L'humanisme & la réforme: Jérôme Aléandre de sa naissance à la de son séjour à Brindes (1480Chapitre 56 sur 113 · RA. II · texte numérisé non relu

RA. II

(2) Vat. 8075, f. aa3''(a4oct. i5ao).

(3) H. Schmidt, D. Martini Lutheri Opéra latina, IV, p. 3io.

et contre quiconque favoriserait la nouvelle hérésie ; aux peines de la bulle contre les délinquants il ajoutait la confiscation des biens (1).

Ces premières exécutions produisirent Un grand effet en Allemagne; les novateurs en furent très irrités, « La Dominicaillerie louvaniste, écrivait Œcolampade, est parvenue à force d'argent à décider la destruction des œuvres de Luther. On s'assemble ; un bon nombre apportent des livres, mais non pas ceux de Martin. Les étudiants et la plupart des autres assistants s'entendent pour donner, Pun les Sermons du dUciple^ un autre, Tartaret^ un autre, le Dors en paix^ et autres auteurs semblables ; on en a plus brûlé de ce genre que d'oeuvres de Martin Luther. Enfin une canaille de Carme sans pudeur trouva un moyen ingénieux de montrer à tous la perversion de son âme : publiquement, il éteignit le feu et les cendres avec de l'urine. » (2).

On sait à quel état d'exaspération Luther en arriva en apprenant la destruction de ses ouvrages. Le 9 décembre il annonçait que le lendemain matin, à 9 heures, « les décrétales antichrétiennes seraient brûlées ». A l'heure dite, on allumait un bûcher sur la place de Wittemberg ; Luther jetait dans les flammes les décrétales et la bulle tandis qu'une foule tumultueuse parodiait les cérémonies romaines.

On était au milieu d'octobre. Le 22 du même mois, Aléandre assistait à l'entrée féerique du nouvel empereur dans Aix-la- Chapelle. Les écrivains de l'époque ne tarissent pas de détails sur cette inoubliable fête (3). C'était un jour d'automne chaud et ensoleillé, qui paraissait fait pour être l'aurore d'un si grand règne. A midi, sur la route de Maestricht à Aix, l'empereur est salué par les quatre électeurs de Cologne, de Mayence, de Trêves et du Palatinat, auxquels se sont joints les délégués de Frédéric de Saxe. A trois heures, le cortège se met en marche, l'un des plus beaux qu'il ait été donné à l'œil de l'homme de contempler. Le

(1) RA. II, 455, (Al. à Léon X; a3 cet. i5ao).

(2) E. L. Enders. D^ Martin Luthers Briefwechsel (Francfort, i88i-i8g8, 7 vol. in-8), II, p. 534.

(3) RA . II, p. go et «uiv.

margrave de Brandebourg marchait en tête, avec des trabants et des chevau-légers. Puis venait Jean d'Augsbourg avec trente, hommes, les commissaires impériaux, des comtes et seigneurs de l'Empire,plusieurs milJiers de fantassins armés d^arquebuses, de piques et de hallebardes, les conseillers d'Aix, le duc de Juliers, la maison des électeurs, des musiciens aux couleurs de Charles, rouge, blanc et or, la cavalerie, la maison royale, des hérauts jetant de l'argent au peuple et annonçant Tarrivée du maître, les dignitaires de la cour, les grands d'Espagne^ les chevaliers de la Toison d'Or et les princes d'Allemagne, les électeurs de Trêves et du Palatinat, le prince d*Anhalt et Tévêque de Brandebourg, comme représentant des électeurs de Saxe et de Brandebourg, le maréchal de Pappenheim portant devant Charles son épée. Enfin, « sur un cheval superbement harnaché, venait la majesté impériale, attirant tous les regards autant par son adresse de cavalier que par la richesse de son armure ». A ses côtés chevauchaient les archevêques de Cologne et de Mayence. Puis le représentant du roi de Bohême, septième électeur de l'Empire, les cardinaux de Salzbourg, de Sion et de Croy, les ambassadeurs étrangers, les conseillers de Charles et la cavalerie royale pour terminer le cortège.

Aléandre fut le témoin de ces magnificences ; le jour suivant, dans la vieille basilique de Charlemagne, il assistait au couronnement impérial. Mais il relate ces événements sans s'y arrêter. Sa pensée était ailleurs. Il songeait aux difficultés du lendemain. Jusqu'alors, il n'avait eu affaire qu'à l'empereur, dans un pays que celui-ci possédait en propre; désormais, pour atteindre l'hérésiarque et ses adhérents, pour ramener en Allemagne l'unité religieuse, il lui faudrait négocier avec tous ces princes divisés de vues et d*întérêts et qui consentaient d'autant mieux à parader auprès de l'empereur qu'ils voulaient moins lui obéir ensuite.

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